LE DÉBIT
La physionomie de deux personnes qui causent vous fera comprendre, sinon le sujet, du moins la manière dont elles parlent : car l'homme qui parle trop doucement nous endort, — celui qui parle trop vite nous fatigue, — celui qui bredouille nous impatiente, — celui qui cherche ses mots nous agace les nerfs, — celui qui parle d'un ton monotone sans desserrer les dents nous excite à bâiller, — celui qui crache en parlant, celui qui nous parle sous notre nez nous inspirent le dégoût, — celui qui crie nous assomme, — celui qm saute d'un sujet à un autre nous fait rire et nous met en colère ;"— enfin celui qui perd le fil de son discours et répète souvent : « Je disais donc /... où en étais -je ? n nous fait donner au diable.
Parler est un art dont beaucoup d'hommes fort spirituels n'ont pas la
pratique et dont quelques sots possèdent l'instinct, ce qui nous fait porter à premiôre audition des jugements que nous réformons souvent en appel.