LES HABITUDES
Les habitudes sont une faiblesse chez le vieillard , un travers chez l'homme mûr, et un défaut chez le jeune homme; chez l'enfant, elles sont presque un vice.
Une grimace longtemps répétée finit par devenir un tic, de même une habitude dégénère en manie, et une manie n'est autre chose que la folie sur un point donné, comme le tic un détraquement partiel de la machine animale.
Les habitudes sont donc plutôt une hialadie que les symptômes de tel esprit ou de tel caractère, et à ce titre nous n'en parlerions pas si quelques-unes ne rentraient dans le domaine de la caricature.
Celle, par exemple, de ne pouvoir manger quand la place qu'on occupe ordinairement à table est prise par nn autre.
Celle de ne pouvoir dorm.ir dans un autre lit que le sien, ce qui rend les voyages très-difficiles.
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Celle de se promener tous les jours à une heure marquée, vint-il a {)leuvoir des hallebardes.
Celle de ne pouvoir s'endormir qu'en lisant son journal.ce ,,ui d'abord est peu flatteur pour le journaliste, et vous condamne eilsui e à autalt de nuits blanehes qu'il y a d'interruptions dans l'envoi de la feuille
I nous resterait beaucoup d'autres manies à passer en revue; mais il vau mieux terminer là ce chapitre et nous occuper des goûts, de ."„x e des divertissements dans lesquels se reflètent quelques mianc s deS-^' vidualite morale. C'est ce que nous ferons la prochaine fois.
Ch. Phiupon.
Oitferentes espèces de chapeam,
Paris. — Typographie Je ¥i
lE PREMIER MINISTERE DE M. THIERS.
li OCTOBRE 1832.
La session était à peine terminée , qu'un grand malheur venait affliger les amis sincères du gouvernement constitutionnel : le IG mai, M. Casimir Périer tombait parmi les victimes du choléra !
La situation dans laquelle il laissait les affaires présentait de véritables dangers , malgré les efforts généreux de sa politique pleine d'énergie et de fermeté.
Nous n'avons qu'à signaler rapidement les principaux événements de notre histoire, du mois de mars 1831 au mois d'octobre 1832.
Le parti républicain se dessinait hardiment dans le pays. La presse républicaine était représentée par la Tribune, Je National , le Mouvement, la Révolution de 1830; et les procès se multipliaient avec rapidité. Une loi sur les attroupements avait précédé la clôture de la Chambre an mois d'avril : mais les mouvements tumultueux de la capitale se ma-
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nifeslaient au nioiiklrc i)ré!exle. L'insiuieclion de l-yoïi avait tenu eu échec l'aclion du gouvernement pendant plusieurs jours : sous le point de vue spéculatif, à côté des républicains , le parti saint-simonien , quoique moins pratique, exerçait une influence assez active. Les conspirations se succédaient, et, soit aux tours de Notre-Dame, soil dans la rue des Prouvaires, la guerre civile devenait de plus en plus imminente.
Pendant quelques mois , le cabinet crut devoir redoubler d'énergie.
Comme si la mort de Casimir Périer eût donné plus d'audace aux partis, la mort du général Lamarque devint pour les républicains une occasion décisive. Tout Paris assistait, le 5 juin , aux obsèques de cet orateur qui avait si longtemps défendu la liberté et la grandeur du pays. I^Jais il y avait dans l'attitude des assistants , dans leur nombre , dans leur silence morne, une sorte de communication d'idées menaçantes que la moindre cause devait exciter et produire au dehors. La révolte n'attendait qu'un prétexte pour éclater. Le convoi était arrivé à la Bastille; des jeunes gens s'écrient tout à coup qu'il faut porter le corps du général Lamarque au Panthéon. L'aulorité [laraît s'y opposer. A l'instant, l'insurrection éclate et se prolonge. La ville est en proie à la jjIus vive anxiété : il semble que la révolution de juillet recommence. Les faubourgs se sont levés, armés comme un seul homme; le drapeau rouge a été déployé ; le sang coule. Enfin le 7 juin, grâce à l'union de la garde nationale et de l'armée, le calme fut rétabli.
Au moment même de rinsurrcction , M. Thiers avait conseillé la mise en état de siège, afin d'opposer une véritable énergie à ces premiers excès; mais, sans que l'on puisse s'en expliquer le motif, ce ne fut qu'après que le calme fut obtenu que cette mesure fut piise. A l'-étonnement général , eu même temps que l'on promulguait cette ordonnance après coiq), des tribunaux exceptionnels avaient élé improvisés. Un arrêt de mort contre un insurgé, le nommé Geoffroy, avait été prononcé. Il n'avait fallu rien moins qu'un arrêt de la cour de cassation pour que le cabinet s'aperçût de l'inopportunité ridicule de cette mesure. Le rétablissement de l'ordre fit effacer l'ordonnance d'état de siège, qui ne restera dans nos fastes que comme témoignage d'une fantaisie sans cause, d'une menace stérile et sans gravité.
Les chambres allaient se réunir : il n'y avait pas parmi les membres du cabinet, et pour diriger les affaires, un homme d'État véritablement capable de supporter un tel fardeau; cela dut nécessiter un changement dans le personnel, tout en laissant subsister le système fondé par Casimir Périer.
L'année parlementaire qui s'était épuisée en discussions éloquentes, et qui avait trouvé M. Thiers toujours sur la brèche, avait altéré sa santé.
Lorsque la Chambre se scparn, M. Tliiers parlit pour l'Ilalie. Les distractions du voyiige, l'air si doux (ju'il respirait, le rétablissaient assez vite, lorsqu'il apprit la mort de Casimir Périer et la nouvelle que la duchesse de Berri avait dcbai que en France. La mort du président du conseil de-
vait amener une modification dans le cabinet : M. de Montalivet fut islacé au ministère de l'intérieur, et M. Thiers fut invité à revenir à Paris : on l'avait, un instant, nommé au ministère de l'instruction publique,; puis l'ordonnance avait été révoquée, et le cabinet était resté à l'étal de crise, lorsque les événements qui éclatèrent à l'approclie de la réunion des chambres durent rendre nécessaire la formation d'un nouveau cabinet.
Rien ne peut donner une idée de la mêlée ministérielle à cette époque. Jamais, depuis 1830, les hommes politiques auxquels avait été d'ordinaire livré le partage des portefeuilles n'y avaient apporté plus de vivacité, plus d'amour-propre. La question qui les divisait était celle de savoir à qui serait confiée la présidence du conseil. Dans la session qui avait précédé les événements des 5 et 6 juin, M. Dupin avait conquis une grande influence dans la Chambre , et l'on avait eu la pensée de le faiie entrer dans le conseil.
Il y avait à cela trois difficidtés : d'abord, les honneurs de la présidence flattaient singulièrement le député de la Nièvre; mais on craignait surtout pour ce poste ce mélange sii^gulier de petits travers et de grandes qualités qui ont toujours fait de M. Dupin un hom-me émincnt, mais quelquefois embarrassant.
Puis, à l'égard des membres qui devaient composer le cabinet, le roi ne cachait pas son goût très-décidé pour deux personnages polit i<{ues, sur
r amitié et sur le dévouement desquels il s'était habitué à s'appuyer d'une manière absolue, M. le général Sébasliani et M. le comte de Montalivet. M. Dupin s'expiimait assez vertement sur leur compte. Enfin, M. Dupin ne dissimulait pas son antipathie pour les doctrinaires
dont on parlait; et, dans un diner où il avait été entouré de caresses et de flatteries particulières, M. Dupin n'avait jamais consenti à céder à des propositions faites par M. Persil, et qui avaient pour but de lui donner pour collègues MM. Guizot et Bertin de Vaux.
Cependant, surpris comme à l'imiirovisle à Neuilly, dans un rendezvous où se trouvaient le maréchal Soult, le général Sébastiani, M. le comte de Montalivet, M. de Rigny, M. Persil et plusieurs autres, M. Dupin avait cédé; le nom des membres du cabinet allait être publié dans le Moniteur, lorsqu'un fait étrange vint changer la situation, etcomphquer encore les faits en jetant de nouveaux retards dans la formation du cabinet. Dans cette conférence, on avait obtenu de M. Dupin que MM. Sébastiani et Montalivet feraient partie du ministère, et que M. le maréchal Soult serait président du conseil ; mais plusieurs amis, qui exerçaient une grande influence sur M. Dupin , se plaignirent amèrement de la faiblesse avec laquelle il avait cédé aux obsessions ou aux caresses dont on l'avait entouré. On raconte même que, tout émuedela complaisance inaltenduede M. Dupin, une personne s'était rendue chez M. l'amiral de Rigny, et lui avait annoncé d'avance le refus du député de la Nièvre. L'amiral ne voulut pas y ajouter foi, lorsque l'huissier annonça M. Dupin. Le ministre fit passer le visiteur dans un cai/inel voisin du sien, d'où l'on pouvait tout
cnlciulro, ; et M. Dniiin, qui ('luit entré chez rniniral plein de conviction sur la fausse roule qu'on lui avait fait suivre , annonça, au grand désappointement du minisire et à la satisfaction de l'auditeur caché, sa résolution énergique de revenir sur sa promesse.
Mais on comptait siu' le dévouement de M. Dupin , et tous les futurs ministres se rendirent à Saint-Gloud, avec la certitude que l'on ne sortirait pas du château sans avoir prèle serment entre les mains du roi. Ce-