LE JEUNE ROI ET LA PASTOURELLE
Comme elle lui rend en riant — ses ornements royaux, — il jette sa couronne — au fond de la claire fontaine :
« Je te confie cette couronne, — précieux gage d'amour, — jusqu'à ce que je te revoie — après bien des jours de danger.
« Un roi gît en prison — depuis déjà seize longues années ; — son pays est en proie — aux troupes de méchants ennemis.
« Je veux délivrer ce royaume — ■ avec mes fidèles chevaliers; — je veux briser les chaînes de ce roi — pour qu'il puisse voir le printemps.
« Je pars pour ma première guerre ; — les jours me semblent étouffants. — Dis, m'offriras-tu encore après la victoire — de l'eau de cette fraîche source? »
« Autant en fournira la source, — autant en puiserai-je et t'en offrirai-je ; — tu reprendras aussi ta couronne, — brillante comme en ce jour. »
Le premier chant est chanté, — le dernier vient aussitôt après. — Un oiseau a pris son essor, — voyons où il s'est posé.
Maintenant il me faut raconter et chanter — le bruit des trompettes et des épées, — quoique j'entende résonner les chalumeaux — et pépier les alouettes.
Il me faut maintenant raconter, chanter — les cadavres et la mort, — quoique je voie bourgeonner les arbres — et s'épanouir les petites fleurs rouges .
Je ne veux plus m'occuper que de Goldmar ; —
vous n'auriez jamais cru cela. — C'était le premier des héros — au combat comme auprès des dames.
11 emporta le château d'assaut, — y planta sa bannière victorieuse. — Du fond de sa tour fut arraché — le vieux roi.
« O soleil, ô montagnes là-bas, — ô champs, ô forêt verdoyante, — que vous êtes donc restés jeunes — et comme je suis devenu vieux ! »
La fête triomphale commença — pleine de splendeur et d'allégresse; — mais, comme je ne m'assis pas au festin, — je ne pourrai vous le raconter.
Et, quand je me serais assis — parmi les rangs des convives, — j'aurais oublié le reste, — tout le reste pour le précieux vin.
A Goldmar s'adressa — le royal vieillard : - - « Je veux donner un tournoi : — quel prix vous offrirai-je ? »
« Sire, illustre roi, — offrez-nous en prix, — au lieu de heaumes et d'éperons d'or, — une houlette et un agneau blanc! »
Pour un prix ordinaire aux courses des bergers — qui se défient dans les prés fleuris, — on vit alors une foule de chevaliers — manier la lance et l'écu.
Sire Goldmar dans la lice — renversa tous les chevaliers ; — il reçut au son des trompettes — une houlette et un agneau blanc.
Et le royal vieillard — ■ reprit la parole : — t Je donne une nouvelle joute — et j'y mets un plus haut prix.
« Oui, je vous offre en récompense — non un vain jeu, ni une bagatelle, — je vous offre ma couronne — par la main de la plus belle des reines. »
Comme s'enflammèrent les hôtes — au fier appel