LA TRAVERSÉE DU ROI CHARLES
Le roi Charles naviguait sur mer — avec ses douze pairs ; — il se dirigeait vers la Terre sainte, — quand il fut assailli par l'orage.
Alors Roland, le vaillant héros, dit : — « Je sais bien pousser et parer; — mais cet art m'est sans utilité — contre les vagues et la tempête. »
Puis parla sire Ogier de Danemark : — « Je sais pincer de la harpe; — mais à quoi cela me sert-il, quand si violemment — nous chassent les vents et les flots? »
Sire Olivier aussi n'était guère joyeux ; — il regardait ses armes : — « Ce n'est pas tant pour moi — que pour Hauteclaire *. »
Ensuite parla le perfide Ganelon, — mais il ne parla que tout bas : — « Si je pouvais m'en tirer de la bonne façon, — je vous donnerais bien tous au diable. »
L'archevêque Turpin soupirait fort : — « Nous sommes les champions de Dieu ; — viens sur la mer, Sauveur bien-aimé, — et daigne nous conduire au port. »
Le comte Richard sans peur éleva la voix : — « Esprits de l'enfer, — je vous ai rendu maint service; — tirez-moi d'ici maintenant. »