‹ Le livre des ballades allemandesChapitre 45 sur 71 · LA MALEDICTION DU CHANTEUR · texte numérisé non relu

LA MALEDICTION DU CHANTEUR

« Malheur à vous, salles altières ! Que jamais un doux son ne résonne — dans vos enceintes ; ni accords, ni chants, — non! rien que des soupirs et des gémissements, et les pas craintifs des esclaves,

— jusqu'à ce que le Dieu des vengeances vous réduise en ruines et en poussière !

« Malheur à vous, jardins embaumés dans la gaie lumière du printemps ! — Je dresse devant vous la face défigurée de ce mort, — pour que vous vous desséchiez, que toutes vos sources se tarissent, — et que vous gisiez aux jours futurs, désolés, pétrifiés.

« Malheur à toi, infâme assassin ! exécration des chanteurs ! — Que vains restent tous tes efforts pour les palmes 'd'une gloire ensanglantée; — que ton nom soit oublié, enseveli dans une nuit éternelle ;

— qu'il soit comme un dernier râle exhalé dans l'air vide ! »

Ce cri du vieillard, le ciel l'a entendu : — les murs gisent abattus, les salles sont en ruines ; — une seule haute colonne témoigne encore de la splendeur effacée, — et celle-ci même, déjà crevassée, peut tomber pendant la nuit.

Et tout autour, au lieu des jardins embaumés, une lande déserte ; — nul arbre ne répand d'ombrage, nulle source ne perce le sable. — Le nom du roi n'est redit dans aucun chant, dans aucun poème :

— englouti et oublié ! telle est la malédiction du chanteur. Uhland.

BERTRAND DE BORN i.

Tout en haut du roc escarpé — fument les débris d'Hautefort, — et son châtelain est amené enchaîné — devant la tente du roi : — « Est-ce toi qui par tes chants et ton épée — as fomenté partout la rébellion, — qui as soulevé les enfants — contre l'autorité de leur père?

« Vois-je devant moi celui qui se vante, — dans sa présomptueuse jactance, — de n'avoir jamais eu besoin que de la moitié — de son esprit? — La moitié en ce jour ne te sauvera pas ; — le tout ne sera pas de trop — pour relever ton château — et briser tes chaînes. »

« Tu Tas dit, mon seigneur et roi, — voici devant toi Bertrand de Boni, — qui enflamma d'un chant — le Périgord et le Ventadour, — qui pour son puissant suzerain — fut toujours une épine dans l'œil ; — et c'est par amour pour lui que des fils de roi — bravèrent le courroux de leur père.

« Ta fille était assise dans la grand'salle, — en un jour solennel fiancée d'un duc, — quand mon messager chanta devant elle — le chant que je lui avais enseigné ; — il chanta ce qui avait jadis fait l'orgueil de cette femme, — les amoureuses plaintes

r. Voir la note à la fin.

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