LE TOMBEAU DANS LE BUSENTO
Il est nuit. Sur les bords du Busento, près de Cosenza, on murmure des chants étouffés ; — les eaux bruissent une réponse et les tourbillons font écho.
En amont, en aval du fleuve, passent les ombres des Goths vaillants, — qui pleurent Alaric, le meilleur de leurs morts.
Avant l'heure et loin de la patrie, il leur a fallu l'ensevelir là, — tandis que les boucles blondes de la jeunesse entouraient encore ses épaules.
Et sur la rive du Busento ils se sont rangés à l'envi — pour détourner le cours du fleuve et lui creuser un nouveau lit.
Ils ont enlevé la terre de ce fond mis à sec — et y ont descendu le cadavre, en armes, à cheval.
Ils l'ont ensuite recouvert de terre lui et ses magnifiques trésors, — pour que les hautes herbes du fleuve pussent croître sur la tombe du héros.
Détournées une seconde fois, les eaux ont été ramenées sur ce lieu, — et les flots puissants du Busento ont écume dans leur ancien lit.
Et un chœur d'hommes chante : « Dors, héros, dans ta gloire ! — La cupidité d'aucun Romain ne déshonorera ta tombe! »
Ils chantent, et toute l'armée des Goths s'unit à
l'hymne des louanges. — Portez-les, ondes du Busento, portez-les de mer en mer!
Platen .
Alaric, roi des Visigoths, venait de livrer Rome au pillage pendant six jours et se dirigeait vers l'Italie méridionale, quand il fut surpris par la mort à Cosenza, petite ville baignée par le Busento (410). Pour que sa tombe ne fût pas outragée, raconte la tradition, ses soldats voulurent qu'elle fût creusée dans le lit même de la rivière et massacrèrente nsuite les prisonniers qu'ils avaient employés à ce travail.