‹ Le livre des ballades allemandesChapitre 55 sur 71 · L'EMPEREUR DE FER · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR DE FER

Charles fait avancer pour l'assaut — l'armée victorieuse de ses Francs intrépides ; — de la plus haute tour de Pavie — le roi Didier (Désier) les regarde. — Il parle sans souci à Ogier (Otkar), — transfuge de la cour de Charles : — « Cette place est forte, en sûreté; — nous y sommes aujourd'hui et pour longtemps.

« Regarde, ses Francs arrivent à cheval ; — leurs longues files s'approchent. — Je vois flotter leurs nombreuses bannières ; — ils ont l'air assez fier. — Mais ils s'acharneraient pendant un siècle — bien en vain contre ce château. — Charles est-il parmi eux? » — « Prends garde, — ce que tu vois, ce sont seulement les bagages. »

Plus inquiet, Didier regarde le nuage — qui cache les suivants dans la poussière. — Cette multitude l'étonné; — il dit, l'âme pleine d'angoisse : — « Sûrement Charles est parmi ceux-ci ! — L'armée est puissante et nombreuse. » — « Non, je te l'aurais montré; — ce n'est que l'avant-garde. »

« Hélas ! qu'allons-nous devenir, — si Charles amène encore d'autres forces !» — « Quand il arrivera, tu t'en apercevras bien ; — mais je ne sais trop à quoi cela nous servira. » — De nouvelles troupes cependant — dénient ; le roi dit : — « Cette armée est innombrable ! — Charles est-il arrivé ?» — « Pas encore, pas encore! »

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Et voici que dans cette épaisse foule d'hommes

— chevauchent des prêtres chantant des cantiques ;

— sous un baldaquin de soie et bénissant, — on voit s'avancer douze évêques. — Abbés, prieurs et chapelains — sont suivis de la foule bariolée des servants ; — parmi les croix et les bannières — montent de gais tourbillons d'encens.

Soupirant et se frappant la poitrine, — le Lombard s'écrie : « Ah ! malheur à moi ! — Concilier cet ennemi intraitable, — nous l'aurions pu pendant des mois. — Maintenant descendons, descendons,

— cachons-nous dans les entrailles de la terre ; — devant une armée si imposante — je n'oserais jamais montrer mon visage. »

Ogier, le noble héros, se souvient alors — d'avoir vu dans de temps meilleurs, — ce qui n'est plus maintenant qu'un sujet d'effroi, — la grandeur et la magnificence de Charles : — « Quand les eaux couleur de fer — du Tessin et du Pô réunis — battront les murailles de Pavie, — peut-être alors Charles paraîtra ! »

Ogier parle encore, — et voyez ce torrent qui ondoie — là-bas dans la plaine, comme si s'étaient rompues — les digues et les jetées de l'Océan. — Charles arrive à cheval, couvert de fer ; — de fer sont sa cuirasse, son casque, son bouclier; — de fer semble son maintient, — et lui-même semble une statue de fer.

De fer aussi étaient de son cheval — la couleur et la vigueur; — de fer chacun des pairs; — de fer tout le flot des chevaliers. — Ogier s'écrie : « Le voici enfin, — roi, celui que tu demandes : — notre

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mort est inévitable. » — Il dit et tombe à la renverse, sans connaissance.

Simrock.

Toute cette scène est tirée d'un passage bien connu de la chronique latine du moine de Saint- Gall. Ce passage, par sa couleur poétique, semble être une paraphrase de quelque vieille cantilène, aujourd'hui perdue; l'écrivain ecclésiastique a prodigué, pour l'embellir, les fleurs de la plus mauvaise rhétorique.

Le fils d'Ogier, Baudouinet, à ce que racontent les chansons de geste, avait été tué d'un coup d'échiquier sur la tête par Chariot, le fils de l'empereur, dans un accès de colère au jeu. Ogier ayant demandé justice à Charlemagne, celui-ci punit son audace par L'exil. Après mainte aventure, Ogier vint demander asile à Didier, roi des Lombards, qui s'était révolté pour soutenir. les prétentions de la veuve et des enfants de Carloman, frère de Charlemagne.

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