LA FILLE DU VOÏVODE
« Quand je suis venue le long du ravin, — j'ai fait partir trois loups, — qui hurlaient comme pour un bon butin — et avaient la langue ensanglantée.
« Quand je suis arrivée à la lisière des pins, — j'ai entendu trois corbeaux crier. — Ils criaient : Eh! les petits, vous allez joliment — vous régaler d'une fraîche lippée.
« Quand je suis arrivée au lac gelé, — j'ai trouvé un garçon ; — sur la neige glacée — d'une profonde blessure avait coulé tout son sang.
« Dans la froide neige fleurit petite rose rouge. — Tu as bien compris maintenant : — longue est la route et profonde la forêt : — ton chéri ne viendra jamais. »
La chanson est finie, la vieille partie, — la flamme du foyer éteinte; — la jeune fille reste assise et ne dit mot ; — ses joues sont bien pâles.
Et plus fort au dehors siffle le vent, — et plus fort crient les corbeaux. — Trois jours plus tard, — le voïvode enterrait son enfant.
Geibel.