LA FILLE DU VOIVODE
C'est dans la forêt, au fond de la forêt, que se trouve — la maison du voïvode * ; — des aiguilles de frimas pendent au toit glacé, — et la neige couvre le sol.
La demoiselle, assise au foyer, file — son voile de noces ; — elle écoute le bruit du vent dans la cheminée — et attise le feu.
A ce moment entre et s'approche la femme des bois, — qui d'ordinaire n'apporte rien de bon : — « Bonsoir, chère belle fillette, — je viens te chanter une petite chanson. »
« Que me font tes chansons ? — Mon amoureux va bientôt venir. — Tu as là du pain, tu as là de la bière, — et retourne à ta forêt. »
La vieille dit : « Tu as bien le temps, — ton chéri ne viendra jamais ; — la forêt est profonde, la route est longue; — il a pris un autre chemin. »
« Que me tourmentes-tu avec un faux malheur? — Mon amoureux me restera fidèle, — il me Ta promis, jusqu'à ce que de la neige — sortent les petites roses rouges. »
La demoiselle parle bien haut, et pourtant elle est inquiète; — le vent siffle étrangement; — la vieille reste, la vieille chante, — près du feu, sa complainte étouffée :
i. Gouverneur, palatin, titre d'origine slave.