‹ Le livre des ballades allemandesChapitre 60 sur 71 · LA FILLE DU VOIVODE · texte numérisé non relu

LA FILLE DU VOIVODE

C'est dans la forêt, au fond de la forêt, que se trouve — la maison du voïvode * ; — des aiguilles de frimas pendent au toit glacé, — et la neige couvre le sol.

La demoiselle, assise au foyer, file — son voile de noces ; — elle écoute le bruit du vent dans la cheminée — et attise le feu.

A ce moment entre et s'approche la femme des bois, — qui d'ordinaire n'apporte rien de bon : — « Bonsoir, chère belle fillette, — je viens te chanter une petite chanson. »

« Que me font tes chansons ? — Mon amoureux va bientôt venir. — Tu as là du pain, tu as là de la bière, — et retourne à ta forêt. »

La vieille dit : « Tu as bien le temps, — ton chéri ne viendra jamais ; — la forêt est profonde, la route est longue; — il a pris un autre chemin. »

« Que me tourmentes-tu avec un faux malheur? — Mon amoureux me restera fidèle, — il me Ta promis, jusqu'à ce que de la neige — sortent les petites roses rouges. »

La demoiselle parle bien haut, et pourtant elle est inquiète; — le vent siffle étrangement; — la vieille reste, la vieille chante, — près du feu, sa complainte étouffée :

i. Gouverneur, palatin, titre d'origine slave.

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