L'hetman est un chef à la fois civil et militaire
2. Le mot steppe, d'après l'Académie, est masculin. M. Littré reconnaît cependant que quelques voyageurs le font féminin et ajoute dans son complément : « le mot russe est féminin. Le mot est féminin en russe, en allemand, en suédois, en roumain, etc. S'il est masculin en polonais, c'est à cause de sa désinence, les noms terminés en p étant masculins. En français, l'influence de la désinence devrait faire préférer le féminin, s'il y avait une raison pour hésiter. MM. Marmier, Viardot,Rambaud, Elisée Reclus, tous ceux qui peuvent faire autorité pour les choses russes, employent le féminin, à l'exception de M. Vivien de Saint-Martin, qui, par esprit de conciliation sans doute, se sert des deux genres.
LA MERE DU COSAQUE [An
tombes. — Loin de la terre natale, le premier fut appelé — à la guerre des Turcs par la levée de l'armée 1 : — lui-même, du haut de son cheval, il tua le pacha, — mais il tomba et fut réuni à lui par la mort.
Quel fut le prix de ce sacrifice ? Un jour, dans une ronde joyeuse, — excité par les enivrantes vapeurs du vin, — son second fils d'un mot imprudent
— outragea le nom de Catherine ; — il se trouva aussitôt une oreille pour accueillir la délation d'un traître ; — la parole légère pesa plus lourde qu'un meurtre, — et au fond des mines, loin des clartés du jour, — son corps enchaîné s'épuisa dans les fatigues et les privations .
Il en restait encore un, le plus jeune, le fils des douleurs ; — ses yeux étaient bleus , sa chevelure flottante noire : — tendre enfant, qui pour son cœur maternel — était en même temps absinthe et doux baume. — On eût pu la voir souvent au milieu de la nuit — se relever à la lueur de la lampe,
— épier le visage de son fils — et s'endormir auprès de sa couche.
Il grandit : son œil, clair comme l'aube, — embrassait le monde d'un regard fier et joyeux; — nul autre ne lançait aussi vite son cheval, — nul comme lui ne maniait la lance. — Et quand, la nuit, il chantait une chanson devant les tentes, — les gens faisaient silence, écoutaient pleins de plaisir — et
1. Comme nous le verrons tout à l'heure, la scène se passe vers 1775, sous le règne de l'impératrice de Russie Catherine II, qui rit une longue guerre à la Turquie.
applaudissaient... mainte jeune fille sentait se gonfler — son sein palpitant de soupirs langoureux.
Soudain, proclamant le droit de la violence — contre tous les méfaits commis par le Russe, — Pougatchef1 parut : la vengeance était sa mission sainte, — une épée lui servait de sceptre, — sa voie devait être inondée de sang. — ■ Le cri de guerre, l'appel à la liberté retentirent, — volant comme une flèche sur la steppe verdoyante, — et les chaînes qui traînaient à terre — furent forgées en haches de combat.
La nouvelle parvint aux oreilles de la mère, — et pendant deux jours elle resta assise, songeant en silence ; — mais le troisième, à l'heure de minuit, — elle dit tout bas à son fils : — « Ton frère aîné gît en terre étrangère, — le corps du second s'est épuisé dans les mines... » — Elle s'arrêta court ; le fils sifHa son cheval : — il avait compris sa mère sans plus de paroles.
Elle ne pleura pas quand, bride abattue, — son chéri s'envola de ses bras , vers l'aube : — elle voyait déjà sur les ailes de la gloire — son nom porté à travers la moitié du monde. — La flamme de sa lance se rougissait de sang ; — son sabre, comme l'éclair et la foudre, trouait les rangs en-
i. Pougatchef, aventurier né à Simoveïsk, sur le Don, en 1726. il souleva les Cosaques en se faisant passer pour l'empereur Pierre III, mort depuis dix ans, et ravagea les gouvernements d'Astrakhan, d'Orenbourg et de Mazan. Vaincu par le comte Panin sur les bords de la Volga, il fut vendu cent mille roubles par les siens, conduit à Moscou et exécuté (1775).