‹ Le livre des ballades allemandesChapitre 65 sur 71 · LA MÈRE DU COSAQUE I · texte numérisé non relu

LA MÈRE DU COSAQUE I

C'est d'abord son vêtement, puis ses mains glacées, c'est enfin son corps qu'elle a saisi, qu'elle serre ; — mais les bords de la rive sont escarpés et difficiles, — le courant est violent et la charge, hélas ! si lourde ! — Et sans relâche se pressent, s'entassent, — d'innombrables cadavres qui suivent en murmurant ; — ils la heurtent, ils la poussent et la rejettent — toujours plus profondément dans le fleuve.

Elle se raidit, lutte... elle ne veut pas lâcher son fils, — et elle avance déjà au milieu du courant.... — Elle tient encore, elle tient!... dans le plus cruel des embrassements — la mère va mourir sur son fils mort ! — Le pied lui manque, sa tête s'enfonce,

— ses cheveux plongent profondément sous les eaux... — Poitrine sur poitrine , enlaçant leurs membres rigides, — la mère et son fils flottent vers l'Océan.

Et le défilé continue ! Toujours glissent de nouveaux cadavres, — traînards à la course incertaine,.

— jusqu'à ce que l'aube fasse pâlir les étoiles. — La brume tombe, le matin se lève, — et ce qui teint les vagues roses, — ce n'est plus du sang répandu dans la bataille : — c'est le soleil, qui rayonne du haut des cieux, — comme un messager de Dieu,, dissipant les ténèbres de la nuit !...

Prutz.

Le même sujet, transporté en Bohême, a été traité par A. Meissner.

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