‹ Le livre des ballades allemandesChapitre 67 sur 71 · L'EMPEREUR CHARLES DANS LE DESENBERG I · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR CHARLES DANS LE DESENBERG I

Pour l'Empereur seul s'éclairent — en même temps les yeux et l'esprit ; — il crie d'une voix retentissante : — « Nains, dites-nous le compte des années. »

Il écoute, et l'ombre de nouveau — envahit son visage : — « Couchez- vous, mes preux, couchezvous ! — Ce n'est pas encore notre compte. »

Avec un sourd cliquetis glissent — à terre un guerrier après l'autre : — ils dorment en attendant le temps — qui rompra leurs charmes.

Alors se rassied à la table, — avec sa barbe et ses cheveux blancs, — l'Empereur frais de jeunesse — et merveilleux de visage.

Œbecke.

Charlemagne, que les Allemands se plaisent à considérer comme un héros national, n'est pas mort, il est seulement endormi dans une montagne. Mais est-ce dans le Desenberg ou sous le château de Nùrnberg ? est-ce dans le Gudensberg, comme l'affirment les Hessois ? est-ce dans l'Untersberg ou Wunderberg, comme le veulent les Bavarois ? Il est difficile de le décider. Quand la barbe de l'empereur aura fait trois fois le tour de la table, la fin des temps sera proche. Dans la plaine de Wals, non loin de Salzbourg, se trouve un poirier desséché, qui, coupé trois fois, a toujours repoussé : il reverdira. L'empereur y viendra suspendre son écu, et la grande bataille de l'Antéchrist commencera. Tous les bons seront d'un côté, tous les méchants de l'autre ; le sang couvrira la plaine. Mais Charlemagne vainqueur anéantira les méchants, et l'âge d'or refleurira sur l'Allemagne régénérée.

LORELEI

Loreleï, Loreleï — chante bien haut des chants merveilleux; — ils résonnent ici, ils résonnent là ; — ils soulèvent et apaisent les flots ; — la mélodie attire les bateliers, — qui jamais ne reviennent.

O fils de roi! tu le sais bien; — qui te rend si téméraire? — Jeune homme, le choix d'une belle

— est-il pour ton cœur d'un tel embarras ? — Veuxtu, à peine adolescent, — aller déjà au devant delà mort?

« Je me suis juré un grand serment — de m'emparer de Loreleï. — J'ai rêvé d'elle cette nuit; — son chant est venu jusqu'à mes oreilles. — Vers Loreleï guidez la course du bateau, — dût-il mille fois se perdre ! »

Le fils de roi s'appuie sur la barre, — entouré de ses compagnons. — Ils n'ont pas encore dit mot :

— Etes- vous si résolu à la mort? — Vous voyez làbas le gouffre entr'ouvert... — et vous restez inébranlable ?

« Du haut de la froide pierre, contemplant — le sombre abîme des eaux, — chantant à la clarté du jour, — chantant sous la voûte étoilée, — bien-

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