LE COUP DE LA BOTTE
Ils étaient là-haut attablés ensemble — et buvaient dans la grande salle d'honneur; — les flambeaux brillaient du haut du Stein, — et leur lumière étincelait au loin dans la nuit.
Le Rhingrave dit : « Un courrier — vient justement de me laisser cette botte; — celui qui la pourra vider d'un trait — aura le village de Hùffelsheim. »
Et, tour en riant, de sa propre main il remplit de vin la botte jusqu'au bord — et l'offre à la ronde. — « Allons, messieurs! vous connaissez le prix. »
Jean de Sponhein se tient en paix — et souhaite bien du plaisir à son voisin; — celui-ci, Meinhart de Dhaun, — fronce intimidé ses noirs sourcils.
Florsheim embarrassé se caresse la barbe, — Kunz de Stromberg hoche la tête, — et le vaillant chapelain du château lui-même — considère la coupe monstrueuse avec effroi.
Mais Boos de Waldeck crie de loin ; — « A moi la gorgée ! à votre santé, messieurs !» — Il soulève la botte, la vide d'un trait — et retombe lourdement sur son siège.
« Sire Rhingrave, dit-il, le courrier n'a-t-il pas laissé — ici son autre botte? — D'un second pari — j'aurais encore volontiers gagné Roxheim! »
Et tous de rire, et de louer Boos, — et de vanter son bonheur et son insondable capacité; — mais Hùffelsheim, corps et biens, — n'en appartint pas moins dorénavant au chevalier Boos.
Pfarrius.
Cette amusante légende a été introduite par le poète américain Longfellow dans son charmant poème intitulé The Golden Legend.