LORELEÏ I
hôtes, — à me rendre cette visite nocturne? — Restez chez vous et dormez bien, — de peur que le diable ne vous tente! » — « O sainte Marie, qui conduis les phalanges — des bienheureux du ciel, j'invoque ton assistance... — Malédiction sur Loreleï! »
Mais elle, pleine d'une effroyable terreur, — monte et s'enfuit à la plus haute cime, — et dans sa mortelle angoisse, — elle se lamente à travers la nuit : — <( Père, sur le seuil de la mort, — ton pauvre enfant te supplie. — Envoie tes chevaux blancs; — si tu veux me sauver, ne tarde pas ! — Déjà j'entends leurs voix... les voici qui arrivent... — les bourreaux ont gravi le roc... Les chevaux!... Debout, vents et flots! »
Soudain, du plus profond de ses abîmes — le Rhin gronde et se gonfle; les torrents, qui sommeillent, — débordent des étroites ravines; — les eaux s'enflent comme des avalanches — et montent comme des vapeurs. — Avant qu'un moine ait paru, — le Rhin a atteint son enfant; — les eaux ont repris la fille inquiète, — les chevaux écumants n'attendent pas, — et la sœur s'envole vers ses sœurs.
Immanuel.
Lurleifels est une roche qui se dresse sur le bord du Rhin, auprès de Saint-Goar. Elle était, paraîtil, autrefois dangereuse pour les bateaux qui descendaient le fleuve. De là est venue la légende d'une sirène, d'une mermaid, d'une nixe, attirant par ses chants les pauvres bateliers qu'elle noyait. Ce mythe
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de la sirène, de la femme-poisson, se retrouve partout et dès les temps les plus reculés. Certains mythologues croient y voir un souvenir ôqs relations de la femme et du serpent au Paradis terrestre, ce qui expliquerait la grande diffusion de cette fable. Quant à Loreleï, elle n'a pas cessé d'être populaire en Allemagne : le Minnesànger Murner l'a chantée au xme siècle, et nos contemporains Brentano, Simrock et Heine la chantent encore. J'ai choisi la ballade d'Immanuel, si imparfaite qu'elle soit au point de vue littéraire, parce qu'elle m'a semblé contenir tout ce que la légende raconte sur ce sujet.
La ballade russe de la Ronssalka, par Pouschkine, rappelle beaucoup les ballades de Loreleï.
LE COUP DE LA BOTTE l6l