DE LIMOGES
Avant de parler des émaux limousins, nous dirons quelques mots sur la technique et la classification des émaux en général. L'émail est une matière vitreuse, colorée au moyen d'oxydes mélalliques. Incolore et sans mélange, on l'appelle fondant. L'oxyde d’étain lui Ôte sa transparence, aussi entre-t-il dans la composition de tous les émaux opaques.
Voici le procédé employé pour l'application de l'émail : On broie la matière cristalline et métallique de manière à en faire une poudre que l’on délaie dans l’eau; cette pâte liquide est apposée sur la plaque à l’aide du pinceau ou de la spatule, suivant les épaisseurs, puis soumise à une haute température, elle fond et fait corps avec le métal.
Selon les auteurs, la classification des émaux présente quelques quelques divergences. On divise les émaux en deux grandes classes : 10 LES ÉMAUX DES ORFÈVRES; — 2° LES ÉMAUX DES PEINTRES.
On appelle émaux des orfèvres, tout émail contenu dans une partie évidée et creusée par le travail de l’outil tranchant. Les émaux des orfèvres forment quatre subdivisions : 40 Les émaux champlevés ou en taille d'épargne et les émaux de niellure ; — 2 Les émaux cloisonnés ou émaux de plique ; — 3° Les émaux de basse taille ou translucides sur relief. — 4 Les émaux mixtes.
1° LES ÉMAUX CHAMPLEVÉS ou EN TAILLE D'ÉPARGNE.— Pour obtenir les émaux champlevés, on traçait sur une plaque de métal le dessin à reproduire ; le milieu en était évidé à l'exception des contours et les parties creuses servaient à recevoir l'émail. Par l'action de la chaleur, les émaux se parfondaient entre eux et adhéraient à la plaque métallique. Si l'opérateur était un graveur de talent, il donnait au métal plus d'importance et conservait quelquefois des personnages entiers finement tracés au burin. Dans le cas contraire, l'émail tenait la plus large place.
Les Phéniciens, très habiles dans la fabrication du verre, les Egyptiens et les grands peuples de l'Asie ancienne, ont connu l'émail de poterie, mais ils ont ignoré, eux et toute l'antiquité, l'application de l'émail au métal. M. J. Labarte, s'appuyant sur quelques rares spécimens, fort douteux d’ailleurs, prétend le
contraire. Jusqu'à ce jour l'opinion du savant archéologue n'a trouvé que des contradicteurs. Sur des bijoux, sur des objets symboliques en bronze, sur des scarabées, les artistes égyptiens ont introduit, dans des cavités, des morceaux de verre ou de marbre, des mastiques colorés. Là, se sont arrêtés leurs essais en ce genre.
Quant à l'émail posé à froid sur le métal et rendu vitreux par l’action du feu, l'usage est postérieur à l'ère chrétienne. C’est dans les Gaules que ce procédé fut d'abord employé. Les plus anciens de ce genre sont gaulois ef gallo-romains, et datent du If siècle. Limoges fut le centre de cette importante industrie. Les émaux, exécutés sur cuivre, ne sont que par exception l'œuvre d'artistes de talent; tombés dans le discrédit au XVe siècle, ils furent remplacés par les émaux des peintres.
Lorsque les plaques ou les bijoux, gravés en taille d'épargne ou en creux, étaient émaillés de noir, on les appelait ÉMAUX DE NIELLURE. Ce travail élégant et sévère, qui n’a jamais été abandonné par les orfèvres, doit remonter à l’origine de l’émaillerie,
2 LES ÉMAUX CLOISONNÉS ou ÉMAUX DE PLIQUE. — On donne le nom d’émaux cloisonnés à des émaux polychromes placés dans des espaces réservés et divisés par de petites cloisons en métal, généralement en or. Les émaux cloisonnés sont d’origine bizantine; on les trouve souvent associés aux pierres précieuses. Au XIIesiècle, Rome et Venise, voulant imiter le luxe de Constantinople, firent venir des émailleurs de la capitale grecque, pour décorer les églises et les palais.
Ces sortes d'émaux sont très rares aujourd’hui; cela tient à ce que, étant sur or ou sur argent, lorsque la mode vint à changer, on les a détruits pour en retirer la matière précieuse.
30 LES ÉMAUX TRANSLUCIDES SUR RELIEF ou DE BASSE TAILLE. — Les émaux translucides sur relief sont des ciselures émaillées. L'artiste procédait de la manière suivante : Sur une plaque d'or ou d'argent, il dessinait et ciselait toute sa composition. Cette ciselure, d'un très faible relief, était recouverte de poudre d'émail nuancé, par grandes teintes plates de vert et de rouge pour les vêtements, de bleu pour les ciels, de violacé, pour les carnations. La chaleur du four faisait entrer les émaux en fusion et leur donnait le brillant et la transparence de la glace. Les saillies de la sculpture laissant à l'émail peu d'épaisseur, les fonds au contraire en donnant beaucoup, établissaient une échelle de tons harmonieux. C'est ainsi que les habiles orfèvres du
moyen âge et de la Renaissance ont produit, par l'union de la ciselure et de l'émail, de véritables peintures. (De Laborde, Notice des Émaux du Louvre ; Paris, 1857.)
Ce genre fut longtemps pratiqué en Italie. Jean de Pise, en 4986; ses élèves Agostino et Agnolo, Bartoluccio Ghiberti, au XVe siècle; Benvenuto, au XVI, et tous les grands orfèvres italiens l'employèrent tour à tour. Dès le XII° siècle, cet art n'était plus un secret pour la France. Une infinité de bijoux en font foi dans les vieux inventaires.
49 LES ÉMAUX MIXTES. — Pour ne pas compliquer la classification, on désigne sous le nom d’émaux mixtes les émaux qui participent de plusieurs procédés.
LES ÉMAUX DES PEINTRES. ÉMAUX SUR APPRÊT OU ÉMAUX PEINTS. — Les émaux peints, exécutés sur une plaque de métal sans le secours de l'échoppe ou du burin, sont originaires de Limoges, et c’est dans cette ville qu'ils ont été portés à leur plus haut degré de perfection. Vers le milieu du XV° siècle, la grosse émaillerie sur cuivre était en plein discrédit. Pour relever leur industrie et lutter à bas prix avec la riche orfèvrerie sur or et sur argent, les limousins imaginèrent de peindre directement en couleurs vitrifiables, sur une plaque de cuivre.
L'honneur de cette transformation doit revenir aux habiles peintres verriers de Limoges. Ils n'eurent qu'à appliquer sur métal, et par les mêmes procédés, les couleurs qu'ils étendaient sur le verre. C'est ainsi que bien des peintres verriers cultivèrent en même temps la peinture en émail. Les premiers essais présentèrent de grandes difficultés; l'expérience apprit à les surmonter en recouvrant tout d’abord la plaque de cuivre, d’une couche d’émail plus ou moins épaisse et de couleur foncée.
Diverses familles d’émailleurs se sont distinguées par leurs travaux et chacune d'elle a vu surgir un artiste hors ligne. Ces hommes de talent furent Jean Pénicaud IT, Léonard Limousin, Pierre Reymond, Pierre Courtois, Jean Court dit Vigier, Colin Nouailher et Noël II Laudin. C'est à ces maitres et à quelques autres, qu'il faut reporter ces beaux émaux payés par les amateurs des prix fabuleux.
Au XVIe siècle, les émailleurs copient Raphaël, Jules Romain et le Rosso; ils font les portraits de nos Rois, de nos Reines et des plus grands personnages; ils s'inspirent des gravures de Virgilius Solis, d'Androuet du Cerceau, d'Etienne de Laulne, etc. Le dessin vise à la correction, la palette est riche et harmonieuse.
Pour donner plus d'éclat à certaines parties de leurs tableaux, les peintres en émail firent usage de paillon, légère feuille d'or, d’argent ou de cuivre. Ges petits morceaux brillants, recouverts d’'émaux translucides, acquiéraient une vivacité de couleur dont on sut produire d'excellents effets, tant que l'usage en fut modéré.
Avec le XVIIe sièclecommence ladécadence. Les sujets sont tirés de la religion, de l’histoire ou de la fable; mais les modèles italiens cessent d'être recherchés ; les médaillons des douze Césars abondent et les portraits des saints se multiplient à l'infini; chaque artiste montrant une prédilection marquée à reproduire les traits de son patron. La couleur est terne ou criarde, les grisailles ressemblent trop souvent à des effets de neige et l'emploi du paillon et des rehauts d’or devient abusif.
M. de Laborde, le premier, a donné, sur latechniqueen général et sur la manière de chaque artiste, de précieux renseignements, source intarissable où curieux et auteurs ne cessent de puiser. De nouveaux travaux, dus à MM. du Sommerard, Maurice Ardent, l'abbé Texier, A. Darcel, Jules Labarte et Clodius Popelin, laissent bien peu de chose à faire. Lesmoyens nous font absolument défaut pour y rien ajouter. D'ailleurs, le cadre que nous nous sommes tracé sera suffisamment rempli par un résumé précis, offrant une compilation raisonnée.
Pour faciliter les recherches, nous classerons les émailleurs de Limoges par ordre alphabétique.
JEAN Court, dit VIGIER. — Mort septuagénaire en 1583. Cet habile émailleur, très estimé de son vivant, s’est particulièrement appliqué à la grisaille, genre dans lequel il tient un rang distingue. Il a du sentiment, de la finesse, un dessin ferme et correct; ses carnations, exemptes de l'abus des teintes saumonnées, ont un grand charme.
Marque : J. G. D. V. ou en toutes lettres.
Vente Pourtalès. — Le Festin des dieux, coupe aux armes d'Écosse, adjugée 28,455 fr. (Musée de la Kunstkammer de Berlin.) — Les Noces de Psyché, plat ovale, 5,000 fr.
JEAN DE COURT. — Florissait pendant toute la seconde moitié du XVIe siècle. Il imita Léonard Limosin et les Courtois. Dans ses émaux de grande dimension, il affiche des défauts choquants, un coloris crillard, un dessin incorrect, «des figures longues jusqu'au ridicule, des profils bizarrement maniérés dans une forme carrée et pointue, avec un caractère particulier adopté par sa fille
Suzanne et qui sert à reconnaitre ses ouvrages. » Ces imperfections sont très atténuées dans ses petits émaux d’un faire précieux et dont les figures restent gracicuses malgré leur maniérisme. Marque : I. D. C.
SUZANNE DE COURT. — Florissait en 1600. Fille de Jean de Court dont elle adopta la manière avec plus d’afféterie et moins de talent. « Ses figures de faces se ressemblent toutes et celles de profil ont une forme particulière qui permettrait de les inscrire dans un as de carreau. Une certaine mignardise, une grâce affectée, se lient à un coloriage creux et criard que rend papillotant un pointillé doré, poussé Jusqu'à l’abus. » (De Laborde.) Elle n’a nile sentiment de l'effet, ni celui de la couleur; cependant ses émaux sont exécutés avec un soin minutieux qui leur donne un certain charme et les fait rechercher.
Marque : S. G. — SvzaANNE COVRT ou SYSANNE DE COYRT.
Vente Fountaine, 1884. — Cassette à sujets tirés de l'Ancien Testament (450 guinées) 11,813 francs. — Aïguière de forme antique, en émaux polychromes. 15,750 fr. à M. Edward Joseph.
JEAN CourTeYs ou Courrois. — XVIe siècle. « Jean Courteys, dit M. Maurice Ardent, père d'autre /ean, porté au rôle de 14602, signa des émaux en 1532 et en 1540... Toutes les pièces de cet émailleur si fécond étaient fortrenommées. » (Æmailleurs et émaillerie de Limoges, Isle, 1855.) Toutefois Jean s’est montré bien inférieur à Pierre Courtois. «L’un avait quelque chose et comme une étincelle de feu sacré; l’autre n'a que de la main, de l'adresse et de la patience. » (De Laborde.)
Il abuse des rehauts d'or, il pousse les carnations au rouge vif, et malgré la profusion des couleurs, ses émaux polychromes sont monotones, sans énergie, ainsi que ses grisailles. Jean Courteys travaillait à la Ferté-Bernard, comme peintre verrier, en 1534. — Marque : I. C.
Vente A. Febvre, 4882. — Cinq assiettes, par J. Courtois, représentant cinq des Mois de l’année, 142,600 fr.
Vente F'ountaine, 1884. — Aiguière décorée d’une Bacchanale (578 liv. st.). 14,450 fr. — Le Festin des dieux, plat en grisaille, d'après Raphaël. 49,950 fr. — Le même sujet, moins bien traité, sur fond bleu. 3,830 fr. — Superbe aiguière, à sujet mythologique polychrome. 60,375 fr. Acquise par M. Ad. de Rothschild. — Au même, Moïse et le serpent d’airain, plat émaillé sur paillons. 73,500 fr.
MARTIAL COURTEYS Où COURTOIS. — Florissait en 1580.
Il était surtout orfèvre et a dù faire très peu d'émaux peints. Marque : M. C.
Vente Sollykoff. — Moïse frappant le rocher, grand plat polychrome, marqué M. C., adjugé à M. Addington, 6,258 francs.
PIERRE COURTEYS ou CouRTOIS. — Florissait en 1550.
C'est un des meilleurs dessinateurs de l’école de Limoges. Sa manière marque un talent, dit M. de Laborde. « Inutile de critiquer une certaine rudesse dans l'expression des figures, de la grossièreté dans la touche, une sorte de sauvagerie dans les effets et dans la couleur. Pierre Courtois était un artiste et l’on sent sa puissance jusque dans ses défauts. Ce qui le fait reconnaître, c'est le ton général de ses émaux un peu sombres, où le brun et les nuances vineuses violacées sont abondants, mais que rehaussent les bleus vifs dont il compose ses fonds et une verdure vigoureuse un peu froide qui lui est particulière. »
En 1559, il fit, pour le château de Madrid, près Paris, de douze figures, presque aussi grandes que nature, repoussées etémaillées sur cuivre; elles représentent des dieux de l'Olympe. Le Louvre en conserve neuf, les trois autres sont passées en Angleterre. Pierre Courtois a peint des grisailles et quelques camaïeux bleus. Dans ses travaux, il copie Raphaël et Jules Romain, le Rosso et les petits maîtres français. Étienne de Laulne lui fournit les mois allégoriques de l'année.
Marque : P. C. ou P. C. T. Il signait aussi P. CORTEYS. — CovrTeys ou COVRTOIS.
Vente Jilla, 1883. — Coupe sur piédouche. 2,850 fr.
Noëz LAUDIN, — Les Laudin ont fabriqué considérablement d'émaux de toutes sortes, Noël Laudin, le chef de cette nombreuse famille, dont la descendance est assez embrouillée, naquit en 1586 et mourut à l’âge de 95 ans, en 1681.
Noëz II LAUDIN. — Né en 4657, mort en 1727. C'est l'artiste de la famille. Il a laissé de jolis émaux, pleins de fraicheur et de finesse, bien modelés et d’un coloris agréable. Il signait : N. LAUDIN L'AINÉ AU FAUBOURG BOUCHERIE, pour se distinguer d’abord de Nicolas, qui habitait le même quartier, mais PRÈS LES JÉSUITES, puis de Jacques IL, son frère, selon MM. Ardent, son cousin suivant l'abbé Texier. Noël II Laudin à signé aussi : N. LAUDIN LAISNÉ ou simplement : N. L.
Nicozas LAUDIN. — Né en 1698, mort en 1698. Frère de Jacques Laudin. Nicolas signait ses émaux : N. LAUDIN A LIMOGES, ou N. LAUDIN, PRÈS LES JÉSUITES, où du monogramme : N. L.
JACQUES I LauDiN. — Né en 1627, mort en 1696. Ses œuvres se confondent avec celles de son contemporain Jean Laudin. Marque : IL. L.
Vente Jitta, 1883. — Coffret en bois, émaux de J, Laudin. 1,100 fr.
JACQUES IT Launix. — Né en 1663, mort en 1729. IL à peint des émaux colorés sur fond noir et de belles grisailles. Beaucoup de ses ouvrages sont signés au revers: LAUDIN ÉMAILLEUR AU FAUBOURG DE MANIGNE, A LIMOGES. I. L.
JEAN LAUDIN. — Florissait à la fin du XVII siècle et dans les premières années du XVIII. Il affectionne la grisaille, mais il tombe dans les effets de neige parce qu'il passe trop rapidement du blanc au noir. Ses émaux sentent trop souvent le commerce, au détriment de l'art. « Il a répété à satiété, et pour ainsi dire à la mécanique, les douze Césars, les scènes de la vie champêtre, les Éléments, les Sens, etc. Tout cela se débitait, comme de nos jours les gravures et les lithographies qu’on vend encadrées, pour décorer les appartements. » Jean Laudin a laissé cependant quelques bons émaux qui jouissent d’une faveur méritée. « On rejette un Laudin avant de l'avoir regardé dit M. de Laborde,et souvent après avoir considéré attentivement la précision de ses contours, le fondu de ses grisailles, on se reproche des préventions peut-être trop sévères et l’on: soutient les enchères. »
Il signait souvent I. L. en mettant au revers ses noms, titres et adresse. « Quoique le monogramme de Jean Laudin soit le même que celui de Jean Limosin, on ne peut confondre les ouvrages de ces deux émailleurs. Leur manières d'employer les émaux est très différente. Jean Laudin n'a fait aucun usage du paillon, il n’a pas rehaussé son travail d’un minutieux pointillé d’or, il n’a pas cet air brillant ; il est médiocre d’une autre manière, »
NicoLas II LauDiN. — Né en 1697, mort en 1749. En dehors de ses émaux, il a exécuté quelques bonnes peintures sur vélin, entre autres une copie de l’Assomption d’après Rubens et une Descente de croix de grande dimension signée : N. LAUDIN.
1747. 11 marquait aussi N. L. Nous trouvons une divergence d'opinions sur le prénom de cet artiste. M. Maurice Ardent l'appelle Nicolas IL, et l'abbé Texier, Voël III.
Ces prénoms commençant par la même lettre ont amené la confusion dans les ouvrages des Laudin dont la manière conserve toujours un air de famille. M. A. Darcel, tout en hésitant, se décide pour NogL Il LAUDIN et nous donne une marque tout à fait analogue à la signature indiquée plus haut. N° 685. Plaque ovale. Le Martyre de sainte Agnès. Revers noir bleu avec l'inscription : N. LAuDIN, 1730. (Catalogue des émaux du Louvre.)
« Pour distinguer autant que possible les œuvres des Laudin, écrit M. Maurice Ardent, j'ai fait une étude particulière de leurs revers. Ceux de Voël sontoros bleu,ceux de /eanrouges et ceux de Vicolas d'un gris lilas terne et marbré. C’est à ce dernier, qu'il faut attribuer ces portraits de femmes vêtues d'étoffes sombres, rehaussées d'or, sur fond bleu de ciel. »
Nicolas II Laudin travaillait mi-partie en grisaille, mi-partie en couleurs. Ses encadrements ornés de dorures sont encore relevés par des reliefs imitant les pierres fines.
Josepn LAUDIN.— Mort en 1727. Il a peint avec'talent un grand nombre d'émaux à sujets historiques et religieux et répéta à l'infini le portrait de saint Joseph, son patron. Il demeurait près des Jésuites, faubourg Boucherie. Revers lilas marbré.
LéonarDp LimosiN. — Né vers 1505, mort en 1575. Premier chefde la manufacture royale fondée à Limoges, par François [. Il travailla longtemps au château de Fontainebleau et s’y fit cette grande réputation qu'il conserva depuis, celle d'être le plus fameux des émailleurs limousins. Les œuvres de cet artiste fécond sont aussi variées que nombreuses. Il excella dans la grisaille et Le portrait.
« Léonard Limosin, dit M. A. Darcel, nous semble être de tous les émailleurs de Limoges celui quia le mieux su allier tous les procédés d'exécution connus et pratiqués isolément avant lui. Dans une même composition, il réunit tous les genres et sait les fondre avec une adresse qui relève un praticien consommé et un savant coloriste. » (Votice des émaux….. du Louvre.) — Marque : L. L. avec une fleur de Iys.
Vente Soltykoff. — Portrait d'Antoine de Bourbon, adjugé au duc d’Aumale. 145,750 fr. — François I et Claude de France, sa femme, grands portraits, adjugés aux barons Scillière. 52,500 fr.
Vente Fountaine, 1884. — Le Banquet des dieux, plat ovale ; on y retrouve les portraits de Henri IT, de Catherine de Médicis, de Diane de Poitiers et du connétable Anne de Montmorency, 183,750 fr.
Mari LamosiN. X VIe siècle. — Il travaillait dans l'atelier de son frère Léonard et devait lui préparer ses émaux. On lui attribue certaines pièces, marquées au chiffre L. L., mais qui sont indignes de Léonard Limosin.
Jean Lamosix. — Néen 1561. Fils de Léonard Limosin, dont il fut loin d'égaler le talent. Ses travaux, très nombreux d’ailleurs, offrent des inégalités choquantes. Dans ses meilleurs ouvrages, il montre de la finesse, un dessin précis et accentué. Il a peint de grandes pièces ainsi qu'une foule de tableaux de sainteté et de petits objets usuels. On connait des émaux de Jean Limosin, datés de 1597 à 1625.
Il signait en toutes lettres ou du chiffre [. L. accompagné d’une fleur de lis, ce qui a fait supposer qu'il avait été comme son père directeur de la manufacture royale.
LéonaRD II Limosin. — Né vers 1550, mort après l’année 1625. Fils de Martin et neveu de Léonard. Il s'associa avec son neveu Francois ; les deux artistes ne paraissent pas avoir fait de bonnes affaires, probablement par suite de l’avilissement des prix, dont parle Bernard Palissy :
« As-tu pas veu aussi les esmailleurs de Limoges, lesquels par faute d'avœir tenu leur invention secrète, leur art est devenu si vil qu'il leur est difficile de gaigner leur vie au prix qu'ils donnent leurs œuvres. Je m’asseure avoir veu donner pour trois sols la douzaine, des figures d’enseignes que l’on portait aux bonnets, lesquelles enseignes estoyent si bien labourées, et leurs esmaux si bien parfondus sur le cuivre, qu'il n’y avait nulle peinture si plaisante. Et n’est pas seulement advenu une fois, mais plus de cent mil, et non seulement ès-dittes enseignes, mais aussi aiguières, salières, et toutes autres espèces de vaisseaux et autres histoires, lesquelles il se sont advisez de faire : chose fort à regretter. »
La manière de Léonard IL est celle de ses contemporains Jean et Joseph Limosin, « une routine, un métier où l’art et l'originalité cèdent le pas à une adresse de main qui suffit à tout ; ses petites figures ont le profil pointu des petites figures de Suzanne de Court, mais elles sont plus courtes et moins bien sur leurs
jambes ; il les fait détacher sur un émail noir qu'il rend brillant par un petit travail de résille d’or, en pointillé et en rinceaux. » (De Laborde.)
Marque : L. L. ou la signature : L. LIMOSIN, avec paraphe.
FRANÇOIS LIMOSIN. — Il travaillait en société avec Léonard II, son oncle, en 1579. Il suit moins que celui-ci et son autre oncle Jean les errements des de Court. Ses formes sont plus pleines, son modèle plus ressenti ; « dessinateur sans grand caractère d'’ailleurs, il copie les compositions de Virgilius Solis et d'Étienne de Laulne, » — Marque : F. L. ou FRANÇOIS LIMOSIN.
Josepx LimosiN. — Né dansles commencements du XVIe siècle. On suppose qu'il était fils de Léonard IT. « Le ton général de ses émaux le rapproche de ses contemporains Jean Limosin, Suzanne de Court, Martial Reymond ; mais il avait plus de finesse dans sa touche, plus de netteté dans son dessin, plus de propreté dans l’ensemble de son exécution. » Malheureusement ce travail soigné n’est éclairé par aucune lueur de génie. Joseph Limosin copie Étienne de Laulne, fait usage du paillon et abuse des rehauts d'or.
ISAAC MarTiN. XVIe siècle. — Il reste dans la foule des vulgaires imitateurs de Léonard Limosin. Son dessin est défectueux et ses couleurs manquent d'harmonie.
Il signe en toutes lettres : YsaAc MARTIN.
F. E.S, Logaup. 1583. — Signature relevée par M. Didier-Petit sur un triptyque de sa collection et représentant un Calvaire.
F. P, MimBreLé. 1584. — Signature d’un émail figurant saint Pierre, saint François d’Assise et un moine, donnée par M. Didier- Petit dans son Catalogue de vente.
MoONVAERNI. — Florissait au XVI° siècle. « Monvaerni, dit M. A. Darcel, appartient à cette période de l’art français qui semble s'être complu dans le laid et dans la maigreur. »
Coun NouaïLuER (Couzx Noyer). — Florissait en 1545.
D’après M. Maurice Ardent, la famille des Nouailher, à Limoges, connue dans le principe sous le nom de Noylier, remonte au milieu du XVe siècle. Couly, en patois limousin, est synonyme de Colin, diminutif de Nicolas.
« Dessinateur très négligé, mais émailleur très habile, Couly Noylier est de plus possédé d’un goût malheureux pour les inscriptions, qu'il trace avec un grand dédain de l'orthographe française ou latine. Les traits de couleur de ses grisailles sont épais et incerlains ; ces grisailles sont d'habitude colorées dans les vêtements par de larges glacis. Le fondant est généralement en excès dans son émail, de sorte que ses gris sont légèrement translucides et vitreux. » (A. Darcel.)
Couly Noylier vivait encore en 1588. Marque : G. N.
Jacoues Nouarcuer. — Né en 1605, mort après l’année 1680, où il perdit sa femme.
Il fabriqua surtout des émaux modelés en relief, genre particulier dont l’idée lui appartient.
« La tournure de ses figures, le choix de ses couleurs, {ransportent en pleine régence d’Anne d'Autriche et dans l’atmosphère de Mignard. La ténuité des traits des visages, la finesse des profils, le dessin et le modelé habile des mains, sont, en outre, des caractères qui lui sont propres. » (De Laborde.)
Il affectionne les sujets religieux et signe : JACGQUES NOALHER, RUE MAGNINIE.
Mari Noyzier. — Florissait en 1634. Il portait le surnom de Chabrou, qu'il transmit à ses descendants.
« Le monogramme N.M. pourrait lui appartenir ; on a vu, en effet, souvent faire passer le prénom après le nom de famille. — Le C. N. inconnu voudrait-il signifier Chabrou Nouailher? »: (Maurice Ardent, É'mailleurs et É'maillerie de Limoges.)
Pierre 1 Nouarzner. — En étudiant la facture des divers émaux signés Pierre Nouailher ou du monogramme P.N.,— M. A. Darcel conclut qu'il a existé deux artistes de ce nom. Pierre I Nouailher, père de Jacques, aurait conservé une partie des traditions du XV£ siècle et serait l'auteur des deux coupes à anses du musée du Louvre cataloguées sous les n°° 424 (S' Martial) et 498 (Triomphe de Neptune et d'Amphytrite). « En effet, les figures montrent encore une certaine élégance hérissée de la Renaissance, même dans le dessin des extrémités qui sont accentuées avec fermeté. Puis la pratique est encore celle de la grisaille, telle qu'elle fut employée pendant Le XVI° siècle ; mais au dessin par enlevage tracé en dessous se mêlent déjà quelques traits de bistre noir appliqués par dessus. » (A. Darcel.)
Marque : P.N. ou PIERRE NOVALHER.
Vente Fountaine, 1884. — Judith et Holopherne, aiguière. OEuvre de la décadence. 7,219 fr.
PIERRE II NouAILHER, l'aîné (dit CnABrou.) — Né en 1657, mort en 4717. Fils de Martin. Artiste médiocre, dont le coloris est souvent criard et le dessin incorrect. Ses grisailles se détachent sur un noir bleuâtre qui prend un ton d’ardoise.
Il signe : P. NOuAILNER. — PIERRE NOUAILHER, 1686 ; ou bien P. NOUAILHER L'AYNÉ, ÉMAILLEUR.
Josepn NOUAILHER. — Joseph Nouailher jeune florissait en 1686 et travaillait encore en 1726.
MARTIAL NOUAILHER. — Florissait en 1730. Il épousa Marie Soudanas et fut le père de Bernard Nouailher.
BERNARD NoOUAILHER. — Bernard Nouailher l'aîné naquit en 4732. Il a signé BERNARD N. un émail oblong représentant un Ecce Homo sur fond noir.
M. Maurice Ardent cite un autre Bernard Nouailher jeune, qui, ayant perdu son frère et sa femme en 1748, se mit à signer BEr- NARD ENE (aîné) UEUr (veuf). Évidemment ce ne peut être que le frère du précédent. |
M. de Laborde ne mentionne qu’un seul Bernard Nouaiïlher dont il décrit un émail figurant un évêque à genoux en costume de moine. On lit au revers: BERNART. NOUAILHER. KENE. LENNUE. F. « Les Nouailher faisaient si peu de cas de l’orthographe, dit le savant archéologue, qu'il est permis sans plaisanterie de traduire ainsi cette inscription : Bernard. Nouailher. qui est né. l’ainé. fecit.
JEAN NOUAILHER. — Florissaiten 1737. 11 demeurait rueManigne, sous l’Oratotire, ce qu'il a inscrit sur des émaux datés de 1748.
JEAN-BAPTISTE NOUAILHER.— Né en 1732, morten 1804. Il était fils de Jean-Baptiste Nouailher, dit Chabrou, dont on connaît un émail de 1748. A défaut de date, on se trouve embarrassé pour distinguer les ouvrages du père de ceux du fils. Leur signature abrégée était I. B. N. ou Bte N.
Dessin see et incorrect, couleurs criardes, Jean-Baptiste Nouailher file est le dernier représentant de la peinture en émail à Limoges. Elle était tombée au plus bas et il dut lPabandonner, dès avant la Révolution. Il se livra à la peinture bien plus qu’à
l’'émaillerie, dit M. Maurice Ardent, et donna des lecons de dessin.
M. D. Pare. — Florissait de1574 à 1609. Artiste habile, successeur de Léonard Limousin comme peintre-esmailleur du Roy et dont le nom est resté une énigme.
Il a signé tour à tour M. D. — M. D. P. P. — M. PAPE. — M. D. PAPE.
M. de Laborde le nomme Martin Didier et s'appuie sur l’article suivant, extrait des comptes royaux de l’année 1599 : « À Marlin Didier, esmailleur de sa Majesté la somme de 30 livres tournois ordonnée pour ses gages. » M.M. Jules Labarte et Darcel n'admettent pas cette explication ; le premier prétend que Martin Didier n'était qu'un émailleur sur métaux et le second fait justement observer que l'artiste en signant: M. Pape, aurait oublié son nom.
Quoi qu'il en soit, le style de ce maitre est élevé; si son dessin éprouve quelques défaillances, cette faiblesse est relevée par la beaulé des attitudes, Dans ses émaux de couleur, il se servait de préférence d’un violet brillant qu'il fondait habilement avec ses bleus. Ses grisailles rappellent les dessins à l’estompe de Prud'hon.
Vente Soltykoff. — La Vie de saint Jean-Baptiste, triptyque polychrome, adjugé à M. Eug. Dutuit. 7,297 fr.
PÉNICAUD (LéoNARD où NARDON). —-Florissait à Limoges, entre les années 1495 et 1535. Il est le chef d'une famille d'artistes qui, pendant une grande partie du XVI siècle, se sont illustrés par de remarquables travaux. En patois limousin, Nardon est synonyme de Léonard. C'est à ce maitre, dit M. A. Darcel, qu'il faut attribuer ce qu’il y a de plus parfait parmi les émaux peints de style encore archaïque.
Les œuvres de Nardon Pénicaud sont très rares. « Le Louvre n’en possède, que quatre. M. Spitzer n’en a qu'une, mais elle est de premier ordre. » (Les Émaux peints de la collection Spitzer, par Clodius Popelin, Gazette des beaux-arts, août 1881.)
Vente Hamilton, 1882. — Triptyque à paillons et à reflets métalliques : la Descente de Croix, la Mise au tombeau et la Résurrection. 45,865 fr. à M. G. Attenborough. Cet émail avait été adjugé 1,050 fr. à la vente Fonthill. — L'Adoration des mages, à M. Attenborough. 34,598 fr.
JEAN I PÉNICAUD. - — Florissait en 1530. Il s'est beaucoup inspiré
des gravures allemandes et flamandes. Son dessin est correct ; ses carnations, trop violacées au début, deviennent dans la suite plus rosées. À partir de Jean I, les émaux de tous les Pénicaud portent à l'envers la marque L. P. en monogramme, frappée au marteau etsurmontée d'une couronne. En dehors de cette marque de famille, on attribue à Jean I Pénicaud certains émaux signés LP.
Vente Soltykoff. — Tuther, portrait signé : I. P., adjugé aux barons Seillière. 15,015 fr. — Les Noces de Psyché, d’après Raphaël (aux mêmes). 22,050 fr.
JEAN II PÉNICAUD, ou PÉNICAUD JUNIOR. — Florissait en 1539. M. A. Darcel le suppose plutôt le neveu, que le frère de Jean Pénicaud l’ancien. Jean IT Pénicaud a eu deux manières : «D'abord miniaturiste et français, il est timide sérieux, un peu sec; plus tard, il semblerait qu’un voyage enItalie ou tout simplement l'influence de Léonard Limosin, qui rapportait de Fontainebleau les errements à la mode, le fait tourner au genre grandiose, facile et un peu lâché. »
Ce maitre signait : PÉNICAUD JUNIOR ou simplement P. I. (I pour J, abrégé de Junior.)
Vente Hamilton. — Une tasse et son couvercle, figurant les Amours de Samson et de Dalila, avec la signature JOoHANNES PénicAuDr JUNIOR. 1539. Adjugée à M. T. M.Whitehead. 54,600 fr.
Vente X... — L'Ascension du Christ, plaque payée par M. Basilewski, plus de 21,000 fr.
Vente Castellani, 1884. — Douze plaques rectangulaires peintes en émaux de couleur, avec rehauts de dorures sur fond noir. Scènes tirées de la vie du Christ. 45,000 fr.
JEAN III Pénicaun. XV[° siècle. — Cet artiste est une des gloires de Limoges. Dans toutes ses œuvres, même les plus hâtives, on retrouve la touche magistrale du maître, un coloris vigoureux et plein d'harmonie. Il peignait de préférence en grisaille, avec les carnations teintées. Ses ouvrages ne sont pas signés, mais ils portent tous le poinçon de la famille.
Vente A. Febvre, 1882. — L’Annonciation, plaque par un Pénicaud, 41,000 fr.
PIERRE Pénicaun. — Né vers 1515. Il était peintre sur verre comme le furent différents émailleurs de Limoges. C’est le moins habile de la famille, Il n’est ni dessinateur ni coloriste, et cherche en vain à imiter Jean III Pénicaud. « Sous la main de Pierre
Pénicaud, les personnages s'allongent et deviennent plus maniérés; les draperies se transforment en lambeaux déchiquetés et l'émail est moins brillant. » (A. Darcel.)
Marque : P. P. L'émail épais qui recouvre ses plaques, en cache presque toujours le poincon.
H. Poxcer. XVI° et XVIIe siècles. — M. Maurice Ardent suppose qu'il s'appelait Hélie. Il travaillait encore en 1622. « Sa manière est dure, l'aspect de ses émaux est sombre et triste. » Ses contours, enlevés à la pointe, sont lourds, et l'aspect enfumé de ses grisailles en amoindrit encore le mérite.
H. Poncet a peint, sans goûletsans talent, des coupes, des tasses, des plaques représentant les douzes Césars à cheval, des portraits de saints, de la Vierge et du Christ.
Marque : H. P. — H. P. L. — ou H. Poncet (Le P toujours lié avec l’H.)
Puicippe PonNceT. — Fils du précédent, florissait en 1653. Artiste de la décadence dont on ne connait aucun émail. Il ne dut pas avoir plus de talent que son père quin'en avait guère.
Il a pu signer du chiffre P. P.
Prerre Reymonn. XVI siècle. — On ignore l’année de sa naissance; mais, d’après l'abbé Texier, ilse marie en 1530 (Dictionnaire d'orfévrerie), et l’on sait qu'il travaillait encore en 1582. Il commence par copier les maîtres flamands, et recherche ensuite les maitresitaliens; c’est sa plus belle époque. Plus tard, il prend pour modèles les compositions d'Androuet du Cerceau, d'Etienne de Laulne, de Théodore de Bry, ete. Pierre Reymond ne s’est pas contenté de peindre en émail, il a rendu sur le vélin, avec une grande habileté, l'éclat des métaux et des pierres fines. (Maurice Ardent, É'mailleurs et Émaillerie de Limoges.)
Marque : P.R.— Pierre Reymond signait aussi RAYMO, REYMON, REMON ou REXMON.
Il a travaillé pendant plus de cinquante ans; son œuvre est considérable et très inégale; non seulement il a beaucoup produit par lui-même, mais il faisait décorer, par des aides ou des apprentis, toutes sortes d'objets de la vie usuelle, sur lesquels on apposait son chiffre. Cette façon mercantile de marquer indistinctement toutes les pièces d’un même atelier fut trop souvent employée à Limoges; elle nous explique ces inégalités choquantes, inadmissibles dans les ouvrages de certains artistes.
Vente Hamilton, 1882. — La Mort du Christ, triptyque en couleur, adjugé à M. Wareham. 31,608 fr.
Vente Bécherel, 1883. — Assiette peinte en grisaille, datée de 1566 et figurant un repas, quatres figures. 1,190 fr.
Vente d'Osmond, 1884. — Plat rond, marqué P. R. et représentant en grisaille une scène de festin. 2,700 fr.
Vente Fau, 1884. — Assiette peinte en grisaille avec rehauts d'or et les chairs teintées : Le Triomphe d’Amphitrite. 2,700 fr. — Le Christ en croix, saint Jean et Madeleine, émaux de couleur. 245 fr.
Vente Fountaine, 1884. — Les Grâces et Vénus, coupe. (165 guinées) 4,332 fr. — Coupe à décor de grisailles, marquée : P. R. (500 guinées) 13,075 fr. — Pendant. [600 guinées) 15,750 fr.
JEAN et Josern REYMOND. — Ges deux artistes sont le père et le fils. Jean mourut en 1603. Joseph vivait encore en 1625, ainsi que le prouve une grisaille aux carnations teintées, signée I. R., avec la date de 16928, séparée du chiffre par une fleur de lis. Jean et Joseph signaient I. R., de sorte que, sans le millésime, on peut confondre leurs œuvres. Toutefois, une grande différence existe entre le talent des deux maitres, et le père s'est montré bien supérieur à son fils. Gelui-ci affiche un dessin sec, incorect et ses personnages ont des formes longues et grèles qui trahissent sa faiblesse et servent à le distinguer.
MarTiAL ReyMoND. — Émailleur et orfèvre, mort en 1630. Au baptème d’un de ses fils, en 1603, il signa sie MARTIAL REYMOND. D'après M. Maurice Ardent, ce titre de Sire semblerait indiquer qu'il était peintre du Roi ou directeur de la manufacture royale. Il rappelle Jean Courtois, Suzanne de Court et Jean Limosin, tout en leur restant inférieur ; ce qui le distingue, c’est un trait sec et dur, c’est l’uniformité des yeux de ses personnages qui leur donne quelque chose de sévère et de tragique.
Marque : M. R. en monogramme.