CURIEUX DE FAIENCES AU COQ, D'ARNHEIM
MM. PAUL DALLOZ (Paris), une fontaine, — EVENEPOEL (Bruxelles), plaque, tableau, cafetières, canette, aiguière, corbeilles, plateau, beurriers, encrier. — FÉTIS (Bruxelles), plat. — DE LIESVILLE (Paris), une cafe-
ss : tière ravissante. — REYNOLDS Cafetière d’Arnheim, à décor bleu. (Londres), un plat. — VAN RO. Collection de M. de Liesville, MONDT (Belgique), un plat.
CHINE. — PORCELAINE. — D’après Stanislas Julien, la porcelaine fut inventée dans le pays des Sin-p'ing, sous la dynastie des Han (206 avant J.-C. à l’an 86 de notre ère). (Histoire et fabrication de la porcelaine chinoise, ouvrage traduit du chinois, annoté par E. Salvetat, Paris, 4856.) Sous la dynastie des Ming (1368-1644), on prit l'habitude de marquer les pièces, ce qui permet aujourd'hui de préciser les dates. La fabrication devint très florissante et s'éleva au XVC siècle à son apogée. La guerre avec les Tartares devait la réduire presque à néant; elle se releva sous l'impulsion de l'Empereur Kang-hy, de la dynastie tartare des Tsing, qui régna de 1661 à 1722. Ce fut une époque brillante pour l’industrie artistique de la céramique chinoise. Après lui, la fabrication ne diminua pas comme importance ; elle s’accrut, au contraire, mais les belles traditions allèrent toujours en s’affaiblissant. Aujourd'hui la décadence est complète, il ne reste rien de ces délicates peintures, de ces émaux si chatoyants, si vifs et si harmonieux ; les belles formes même ont disparu.
Les fabriques les plus renommées se trouvaient dans la province de Keang-se, dont la plus célèbre était celle de King-tetchin ; au commencement du XVIII siècle, d'après le père Dentrecolles, missionnaire français, mort à Pékin en 1741, elle comptait trois mille fours et toute sa production était réservée au service de l'Empereur et de la famille impériale. Le décor des porcelaines de Chine est varié, tout en conservant un caractère qui lui est propre. Les paysages où dominent les eaux et les montagnes, la flore du pays, les animaux, les arabesques, les scènes religieuses, sont autant de sources où les artistes ont puisé des sujets décoratifs. Les dieux de Bouddha, qui promettent aux humains tout ce qu’on peut désirer : longévité, amour, talents, honneurs, richesses, devaient être fréquemment employés, surtout en statuettes. C'heou-Lao, dieu de la longévité Dieu suprême, a le front démesurément haut et saillant, la barbe vénérable, la bouche souriante. Il tient d’une main la pêche symbolique et quelquefois on lit sur ses vêtements le mot cheou, longévité. En l'absence du dieu, ses attributs sont le lièvre, la grue, le cheval sacré, le cerf blanc ou axis, le pêcher ou son fruit, le pin, le bambou, le nelumnbo au parfum d’anis, qui croit de préférence dans les lacs et le Ling-tchy ou agarac, sorte de champignon des montagnes ; la manière dont on le représente rappelle nos cornes d’abondance. Certaines porcelaines affectent la forme du nelumbo, du Ling-tchy et surtout de la pêche.
Pou-Taï ou Pou-Sa, au triple menton, au sourire perpétuel, est le Dieu du contentement. On le représente assis sur une
outre, gonflée des félicités terrestres. FÜ ou Bouddha est assis les jambes croisées, appuyé sur la fleur du nénuphar. Æouan-in, sorte de vierge chinoise, est représentée de diverses manières, ayant près d'elle une branche de saule, un vase, une chute d’eau, le dragon céleste, et tenant parfois un enfant sur ses bras. Les animaux comme les dieux et les plantes cachent presque toujours une idée symbolique.
Le Fong-hoang, sorte d'oiseau dans le genre du phénix des Grecs, était jadis le symbole des Empereurs; il est aujourd'hui celui des impératrices. Le Dragon à cinq griffes, emblème sacré par excellence, a été substitué au Fong-hoang, comme signe de la dignité impériale. Le Ai-lin ou Ahi-ling, quadrupède doux et bienveillant, a le corps couvert d'écailles et les jambes terminées par un sabot divisé. Le Cheval sacré, représenté dans les nuages ou sortant des flots, annonce par sa présence, comme le Khi-ling ou le Fong-Hoang des événements heureux. Le chien de FÜ ou chien de Corée est le gardien habituel du seuil des temples; son aspect est menaçant, sa crinière hérissée et ses pattes sont armées de griffes aiguës. Nous n'avons pas craint de nous étendre un peu sur ces divers symboles en usage au Céleste Empire. Les amateurs pourront les rencontrer non seulement sur des porcelaines, mais encore sur des dessins, des éventails, des étoffes brodées, des bronzes, des bois et ivoires sculptés, etc.
Selon les dynasties, on a varié la couleur des porcelaines réservées au service de l'Empereur. Le jaune citron, adopté depuis deux siècles, est toujours consacré à cet usage.
Parmi les pièces recherchées des collectionneurs, nous indiquerons : Les porcelaines provenant du service impérial, à couverte entièrement jaune, décorées du dragon à cinq griffes. Les porcelaines craquelées et truitées, dont la couverte est toute fendillée. Le mot truité s'emploie pour indiquer de fines gerçures en petits segments, par analogie avec les écailles menues de la truite. Les vases de cette sorte sont de plusieurs couleurs. Le beau bleu turquoise est, dit-on, le plus rare. Les porcelaines dites à mandarins, c'est-à-dire décorées de sujets représentant les grands personnages chinois; quelques-uns sont traités avec une rare perfection. Les porcelaines coquille d'œuf, d’une légèreté extrème. fabriquées pour la première fois à King-te-tchin, au XV° siècle, N'oublions pas les beaux vases à reliefs peints. Les fines statuettes, les pièces à ornements réticulés, c’est-à-dire en forme de réseau découpé à jour, parfois à double paroi cloisonnée. Les vases céladons en vert pâle ou de toute autre nuance tendre ou flou. La porcelaine dite lapis-lazuli, rehaussée de dessins d'or.
La porcelaine peau d'orange et la porcelaine chair de poule, recouvertes de légères aspérités.
L’assiette, dite aux sept bordures, vaut plus de 1,000 fr. A la Vente Hamilton, Londres, 1882, une potiche élancée, à couvercle et à décor mandarin, s’est vendue 15,690 fr.
JAPON. —Malgré les textes français, l’histoire de la porcelaine japonaise ne paraît pas antérieure au XVI® siècle. A cette époque, un courageux potier se serait rendu en Chine pour y étudier les procédés de fabrication de la poterie translucide, et les aurait mis en pratique à son retour dans l’île de Fizen, sa résidence, Le décor se résumait pour la palette, au bleu sous couverte. Un siècle plus tard,un Chinois établi à Nangasaki, apprit à préparer les couleurs et à les appliquer sur toutes sortes de pièces. Les porcelainiers japonais ne furent pas en possession de tous leurs moyens de fabrication avant le XVIIe siècle, et leurs plus beaux ouvrages ne peuvent remonter au delà de cette époque.
La porcelaine du Japon varie d'aspect suivant les lieux de production, dont les plus célèbres se trouvent dans les provinces de Fizen, de Kaga et d'Owari. La province de FIZEN comprend NAGASARI, IMARI, d'où l’on embarque tous les articles provenant d’ArirA, et quelques centres moins connus. Les traits essentiels du décor consistent dans l'emploi presque invariable des fonds rouge, bleu et or, et des bouquets de chrysanthèmes et de pivoines, qui couvrent les surfaces. » (G. Audsley et J. Bowes, la Céramique japonaise, Paris, 4881.) Actuellement, les vases et les grands plats de Fizen présentent, au milieu d’une ornementation fleuronnée, des médaillons irréguliers à sujets de genre ou militaires.
KAGA. — Depuis le milieu du XVIT siècle, on y fabrique une belle porcelaine aisément reconnaissable à son décor rouge et or. Parfois le décor est polychrome, mais le beau rouge dit bengara y est toujours dominant.
OWARI. — Ses porcelaines blanches à décor bleu, fabriquées de nos jours par quantités et vendues à bas prix, ne sont plus qu'un produit industriel sans intérêt artistique.
Les porcelaines japonaises se confondent souvent avec les porcelaines chinoises dont elles dérivent, et dont elles portent fréquemment les marques. Dans les deux pays, les dieux et les symboles ont une ressemblance intime. On remarque, dans les produits japonais, des formes plus variées et quelquefois plus
originales ; un bleu plus intense; l'emploi plus fréquent de l'or et du rouge, plus brillants et plus purs; des figures d'un dessin plus correct et plus élégant. Les plantes, les animaux, et surtout les oiseaux et les poissons, y sont peints avec une plus grande exactitude. On observe encore, sur ces belles porcelaines, le dragon impérial, à trois griffes seulement ; la réunion sur une même pièce de tous les emblèmes de longévité, qui sont le sapin, le bambou, la grue et la tortue ; la première est appelée Æiri-mon ou armoirie en forme de Kiri (Paullownia imperialis) ; la seconde le Guik-mon, armoirie en forme de chrysanthème, est la plus ancienne. Une carpe debout, remontant une chute d'eau, ou figurée en relief dressée sur sa queue, paraît être un des sujets préférés des artistes du Niphon.
Les Japonais se sont montrés aussi très habiles dans la fabrication de la faïence et des grès.
SATSOUMA. — Faïence à décor polychrome et or, sur fond blanc chamois. Le vieux Satsouma, enjolivé d'oiseaux minutieusement peints, ne se rencontre qu'en petites pièces et ne présente jamais de sujets à figures. Les plus beaux types datent du premiers tiers du XIX° siècle. Les produits actuels sont également remarquables; très variés de forme, ils présentent de fines peintures, des parties délicatement modelées en relief et des applications d'or par masses, d’un riche effet.
KIOTO. — « Faïences à fond jaunâtre, décorées de fleurs peintes en émail un peu épais, aux pétales cernées d'or. »
BANKO, dans la province d'Ise, « nous envoie ses admirables petites théières en grès, aux parois minces, résistantes et sonores, dont la pâte jaspée et marbrée offre dés colorations grises si harmonieuses. » (Ed. Garnier, Histoire de la céramique, Tours, À. Mame, 1882.) Au point de vue de l’art, la céramique japonaise a bien perdu de ce qu’elle était autrefois, cependant il faut reconnaître que, pour les poteries opaques, la décadence est beaucoup moins sensible.
ALLEMAGNE. — Porcel. D. — MEISSEN. — C’est à Dresde, en Saxe, que la fabrication de la poterie translucide à pâte dure, jusque-là inconnue en Occident, fut découverte par l'Allemand Büttger, en 1709, etla première fabrique de ce genre fut établie à Meissen sur l'Elbe. En 1720, Horold devint directeur et fit progresser l'établissement. Le dessin s’inspira de la Chine, comme par le
passé, mais la palette s'enrichit sensiblement. En 1731, le sculpteur Kandler, mis à la tête des travaux d'art, étendit encore la renommée de Meissen. Les œuvres de ce célèbre artiste sont d'une grâce admirable et pleines de séductions. La plus belle époque de la fabrication commence à l’arrivée de ce maître et finit à la guerre de Sept ans, qui fut désastreuse pour l'établissement. C’est pendant cette période qu'apparaît le style saxon avec son cortège de fleurs, d'oiseaux, d'insectes, etc., peints avec une délicatesse extrême. Il produit des boîtes à pendules, de gracieuses figurines, des tabatières et bonbonnières décorées de ravissantes miniatures, des services de tables et des vases de toutes sortes, ornés de fleurs, de fruits, de légumes, de cariatides et d'amours en relief, La peinture et la sculpture se prêtent un mutuel concours et rivalisent de goût, de finesse et de perfection. Marques : A. R. en monogramme (Augustus Rex) sur des pièces primitives réservées au Roï. En 1712, la marque aux deux épées croisées est généralement adoptée. Horold, en 1720, diminue la longueur des épées et prolonge les gardes de manière à les rejoindre. Plus tard, les épées reprennent leur forme habituelle avec l’adjonction d’un point, ou d’un petit cercle entre les deux poignées. Vers la fin du siècle, Marcoli, devenu directeur,remplace le point ou petit cercle par une étoile; O %
ces derniers ouvrages annoncent la décadence et sont inférieurs aux précédents.
A la sortie du four, les pièces blanches qui présentaient le plus petit défaut passaient au rebut et la marque recevait par le travers un coup de roulette
qui faisait un creux dans la pâte. Ces produits tarés
dont l'usine se défaisait à bas prix ont été décorés
par les soins de spéculateurs peu scrupuleux et revendus pour du vieux saxe. On appliquait de même sur les ouvrages terminés, défectueux après la seconde cuisson, un, deux et jusqu'à trois coups de meule, selon leur degré de non réussite.
Depuis longtemps, la manufacture royale reproduit à l'infini les jolis modèles qui ont élevé si haut sa réputation et donne elle-même l'exemple de la fraude en apposant les anciennes marques sur ces vulgaires copies. Un œil exercé reconnaîitra le plus souvent ces päles imitations à leur navrante médiocrité ; cependant divers spécimens mieux réussis peuvent faire naître le doute. Nombre d'acheteurs trop confiants sont journellement dupés par suite de ces marques fausses.
La porcelaine de VIENNE (1720), est citée pour ses riches
dorures et ses reliefs délicats. On doit à M. Lectner l’in-
= vention d'un beau noir d’urane, faisant ressortir les pein-
tures auxquelles il sert de fond. Les sujets mythologiques
de Ferstler, les animaux de Lamprecht, d’après Berghem,
el les tableaux dé fleurs de Joseph Nigg, sont très estimés. A
partir de 1744, les ouvrages sont marqués de l’écu des Habsbourg.
HOCHST-SUR-LE-MEIN, près MAYENCE (1720), doit sa célébrité à ses fines peintures de paysages et d'animaux, et surtout aux ravissantes figurines du sculpteur Melchior. La marque représente une roue, tirée des armes de Mayence. Dans la suite, la roue a été surmontée d'une couronne électorale.
BERLIN. — Cette belle fabrication commence sérieusement avec la guerre de Sept ans (1756 à 1763). Les œuvres de Berlin sont du dernier fini; la pâte en est très blanche, et l’on admire particulièrement ses groupes en biscuit, la délicatesse de ses pièces à reliefs, et la perfection de ses camaïeux roses. Marque : un sceptre. En 1833, pour déjouer les contrefaçons, on ajouta au sceptre les lettres
K. P. M. auxquelles on adjoignit, pour les porcelaines dorées, le globe impérial surmonté de la croix.
NEUDECK-NYMPHENBOURG — (Bavière). La manufacture créée à Neudeck fut transférée à Nymphenbourg en 1758. Porcelaine de choix, sur laquelle l'or et les couleurs ont été appliqués avec une grande perfection. Les paysages de Heintzmann et les copies faites par Adler, d’après les tableaux de la galerie de Munich, ont acquis une juste célébrité. Gette fabrique a employé, comme celle de Niederwiller, le décor en camaïeu rose, sur fond de bois de sapin. La marque de Nymphenbourg est l’écu de Bavière, losangé en bande, d'azur et d'argent de 21 pièces, en bleu au grand feu ou en creux dans la pâte.
FRANKENTHAL. « La porcelaine de Frankenthal, dit le Journal du commerce (juillet 1760), a le même fond de richesse que celle de Saxe et de France; elle est, comme ces dernières, bien audessus de celles de la Chine et du Japon, non seulement pour l'éclat du blanc et le brillant de la couverte, mais encore pour
l'élégance de ses cartouches, pour la manière dont les fleurs
sont groupées, variées et finies, pour le goût, la noblesse ae descontours etla beauté, la force et la vivacité descouleurs,.
Cette manufacture excelle surtout dans les figures... » La ai marque primitive est un lion rampant, parfois accompagné
du monogramme de Paul Hannong ou de celui de Joseph- Adam Hannong. A partir de 1761, l'électeur Charles Théodore, devenu propriétaire de l'usine, adopta le chiffre C. T. couronné, qui fut remplacé, en 1778, par l’écu de Bavière.
FURSTEMBERG (1750) a fabriqué de ravissantes porcelaines dignes d'être comparées à celles de Meissen et de Berlin. La marque consiste dans la lettre F gothique, changée dans la suite en majuscule cursive.
et surtout ses groupes de figurines, modelés avec un art infini, ont été de tout temps très estimés. La baronne d'Oberkirch, dans ses Mémoires, fait le plus grand éloge de cette porcelaine. (7. 1., 22 sept. 1782.) Marque : Deux C entrelacés, surmontés de la couronne des électeurs de l'Empire.
LOUISBOURG 1758. — Ses camaïeux, ses médaillons
FULDA (Hesse). — Belles pièces modelées ou peintes ; fins paysages en camaïeu. Marque : Deux F surmontés de la couronne au globe crucifère.
WALLENDORF et diverses fabriques de la Thuringe marquaient d’un trèfle ; HENNEBERG, d'un R; RAUENSTEIN, R:\ ; KLOSTER-WEILSDOREF, C. V ou d'une barre ; BADE, de deux fers de lance affrontés ; ELBOGEN, en Hongrie, d'un bras armé d'une épée.
SUISSE. —ZURICH.— Le caractère des produits de cette usine, fondée par des transfuges de Hôüchst, se confond avec celui de porcelaines allemandes. Marque : un Z, parfois barré.
NYON {Canton de Vaud). — Manufacture créée vers 1790 par Maubrée, peintre de fleurs franais, La marque figure un poisson.
HOLLANDE. — WESP marquait d'un double V, ou de deux épées cantonnées de trois points,
OUDE-LOOSDRECHT et AMSTEL, près d'Amsterdam. — L'usine fut d’abord établie à Loosdrecht, parle pasteur Moll en 1762. A la mort de celui-ci, en 1782, elle fut transportée au village d'Amstel. Porcelaine admirable et très bien peinte. Marque : M. 0. L. jusqu'en 1782. A partir de cette époque, on y ajouta le mot AMSTEL.
LA HAYE. 1778. — Les amateurs hollandais sont passionnés pour les belles pièces de Loosdrecht et surtout pour celles
die de La Haye. Ces deux fabriques excellaient
dans le décor des fleurs, des oiseaux, des
paysages, des marines et des scènes familières. Marque : une cigogne.
DANEMARK. — COPENHAGUE. —L'établissement, monté en
1779, a produit peu d'ouvrages de luxe, mais il les a rendus
avec un art et un soin irréprochables. En 1802, Muller
ZE fit modeler des figures. Les plus beaux groupes datent
d’une époque assez récente ; ce sont des réductions en
biscuit, d’après les œuvres du grand sculpteur Thorwaldsen. Marque : Trois lignes ondulées.
BELGIQUE. — TOURNAY. — Porcel. Tr. — Manufacture célèbre fondée en 1750 par un ancien militaire nommé Pétérynek. La porcelaine de Tournay est admirable et ne redoute aucune comparaison. Rien n’est plus séduisant que ses décors de fleurs et d'oiseaux, d'amours, de paysages, de marines, de sujets galants délicieusement peints en couleurs polychromes, en grisaille, en camaïeu rose ou violet. Les figurines soit en biscuit, soit coloriées, modelées
Par Gilles de Valenciennes, par Nicolas Lereux et quela À ques autres, ne sont pas moins remarquables. La marque
primitive est une tour ; elle est très rare. Une autre tour
plus répandue est conuue sous le nom de Zour aux
+ oiseux. Vers 1757, Pétérynck adopta les deux épées DA croisées, cantonnées de quatre croisettes. Gomme + ailleurs, la marque en or était réservée aux pièces
de choix.
BRUXELLES. — Porcel. p.— 1787. — Beaucoup de services à décor de fleurs et d'oiseaux. Marque : B. avec ou sans couronne, Le décorateur Z. Crelté,a souvent signé de sesinitiales L. C.
SUÈDE. — MARIEBERG, près Stockholm. — Porcel. T. — Fabrication soignée, dont les produits sont marqués en creux des lettres M. B. conjuguées.
ITALIE. — FLORENCE. — PORCELAINE DES MÉDICIS. — C'est en Italie que furent fabriquées les premières porcelaines européennes. Des essais tentés à Venise sur la fin du XVe siècle amenèrent quelques bons résultats. Alphonse IF, duc de Ferrare, grand amateur de majoliques, réussit aussi à faire de la porcelaine, mais ces tentatives n’eurent pas de suite, et c’est à Florence que le succès parait avoir été le plus complet. En 1575, après une dizaine d'années de recherches, faite au château de San- Marco, sous le patronage de François de Médicis, on put fabriquer une porcelaine assez remarquable, pour mériter d’être offerte aux souverains. La porcelaine des Médicis, obtenue avec le kaolin de Sienne et de Vicence, est généralement peinte en camaïeu bleu et présente deux types distincts. L'un, tiré de l'Orient se compose d’arabesques persanes et de bouquets de fleurs où l’on retrouve la chrysanthème, l'œillet d'Inde et la tulipe; l’autre, purement italien, s'inspire des maîtres du XVIe siècle.
A la mort de François, la fabrique grand-ducale s'établit à Pise,oùelle fonctionnait encore en 1620. La marque la plus répandue réprésente la coupole de la cathédrale de Florence, Sainte-Mariedes-fleurs, au-dessus de la lettre F. Une autre marque peu usitée consiste dans les armes des Médicis. Sur les six palle, où boules, sont les initiales F. M. M. D. E. IL. (Franciscus Maria Medices, où Medices Magnus, Etruriae dux secondus.) Cette porcelaine, découverte fortuitement en 1859, est d'une extrême rareté. On n’en connaît que trente-deux pièces, telles que coupes, plats, bassins, bouteilles, aiguières, gourdes, flacons, ainsi réparties : Trois au musée de South Kensington. — Cinq au musée de Sèvres. — Trois à M. C. Drury E. Fortuum (près Londres). — Deux à M. Alessandro Castellani (Rome). — Deux au Roi Don Fernando, de Portugal. — Une à M. Millet (Sèvres). — Une à sir T. Graham Brigg, Bart. (Londres). — Une au duc di Verdura (Palerme). — Sept au regretté Bon Ch. Davillier. — Une à M. Leroux. — Une à M. Spitzer. — Trois au Bo G. de Rothschild. — Une à M. S'- Baron ; ces derniers de Paris.
La plus belle de ces trente-deux pièces est une aiguière polychrome, du cabinet de M. G. de Rothschild; elle est décorée de fleurs épanouies, d'où sortent des amours, des nymphes et une Minerve casquée. C’est le seul type multicolore connu de cette intéressante fabrication. Une gourde, ornée de deux mascarons en relief, marquée au dôme de Florence, appartenant à la même collection, a été adjugée, le 19 mars 1860, au prix de 4,460 fr. (Ben Ch. Davillier, la Porcelaine des Médicis.)
DOCCIA, près Florence. Manufacture de poterie opaque et
translucide, établie en 1735 par le M Carlo Ginori. Elle est surtout
célèbre pour ses ouvrages à reliefs. La marque est une
étoile à six pans. Depuis longtemps, l’usine fait des
contrefaçons de ses anciens ouvrages en y apposant la
marque d'autrefois, de sorte que bien des amateurs
sont victimes de cette supercherie. « Les curieux, dit M. A. Jacque-
mart, ne doivent plus acheter qu'en tremblant, les pièces
inscrites de ce signe. » Doccia a imité aussi diverses fabriques
italiennes, notamment les scènes mythologiques, les coraux et les coquillages de Capo-di-Monte, avec les anciens moules.
CAPO-DI-MONTE, près de Naples. — Porcel. r. et np. — Cette fabrique, créée par Charles II, en 1736, imita d’abord la Chine et le Japon, puis Sèvres et adopta un genre gracieux caractérisé par des sujets à reliefs où figurent notamment des scènes mythologiques, des coraux et des coquillages moulés d’aprèsnature. Plus tard l'établissement fut transféré à Naples et les fouilles d'Herculanum apportèrent dans le décor d'importantes modifications. Jusqu'au départ de Charles IT (1759), la marque consiste en une fleur de lis. A l'avènement de Ferdinand, on adopta le chiffre R. F., ou simplement la lettre N couronnée.
VENISE. — Porcel. Tr. et p.— Fin décor artistique, rehaussé par l'éclat de ses ors. Marque : VEN* , ou une ancre, parfois surmontée des lettres V.F,
LE NOVE (Lombardie). — Porcel. r. — Écuelles, jardinières, pièces diverses, ornées d'armoiries, de vues, de personnages ; vases à couvercle décoré de fleurs en relief et de bouquets peints. La marque est une sorte d'étoile à cinq ou six pointes.
VINEUF, près Turin, marquait d’un V, le plus souvent surmonté de la croix de Savoie.
ESPAGNE. — BUEN-RETIRO. — Porcel T. — Lorsque Charles III quitta Naplesen 1759, pour venir prendre possession du trône d’Espagne, il emmena avec lui des ouvriers et des modèles de Capo-di-Monte et fonda dans les jardins de Buen-Retiro la manufacture de ce nom. Ainsi s'explique cette ressemblance intime entre les deux fabriques napolitaine et espagnole. Marque : deux G croisés, qu’il faut éviter de confondre avec ceux de Louisbourg et de Niederwiller.
ALCORA. — Porcelaine peu artistique marquée d'un A.
RUSSIE. — SAINT - PÉTERSBOURG. — Élisabeth Pétrowna fonda cette usine en 1744. Catherine IT augmenta son importance en 1765 et lui prépara cette célébrité qu'elle a conservée depuis. Les marques sont au chiffre du souverain ; celle de Catherine IT à l'E russe
(£katerina) est la plus recherchée.
ANGLETERRE. — La porcelaine fabriquée dans la Grande- Bretagne au X VIII° siècle est en général une porcelaine tendre, composée d'un mélange de sable d’Alumbay (île de Wight), d’argile blanche et de verre pilé, nommé flint-glass.
CHELSEA. — Ses porcelaines rivalisent avec ce qui à été fait de mieux en Europe. Elles sont rares et d’un prix élevé. Dire qu’elles se paient au poids de l'or, c'est rester souvent au-dessous de la vérité. Ghelsea a fait beaucoup de statuettes, soit en biscuit, soit coloriées, dont une série représente les personnages célèbres de l'Angleterre. Un rose lilas fréquemment employé semble particulier à cette porcelaine. La marque est une petite ancre et parfois un triangle.
BOW. — Cette usine, contemporaine de Chelsea, fonctionnait à Stratford-le-Bow, dans le comté d'Essex. On cite ses peintures monochromes en camaïeu bistre, ses vases à reliefs, chargés de rinceaux, d'oiseaux et d'animaux de toute espèce, ses groupes, ses figurines de bergers, de bergères, de personnages historiques anglais comme le Mis de Granbey, le général Wolf, etc. La marque de BOW n'est pas encore bien connue. Un signe certain d'origine est la présence d’une abeille modelée en relief. Les plus petites pièces à l’abeille sont très recherchées.
DERBY. — L'établissement fondé en 1751 par Dewsbury
devint le continuateur des fabriques de Chelsea (1769) et de Bow (1775), dont il recueillit les ouvriers, les moules et les modèles. La marque de Derby est d’abord un
c2 D. En 1769, on y ajoute une ancre, par le tra-
vers. Dewsbury ayant obtenu le patronage du
“) DE Roi, en 1773, marqua d'un D surmonté de la D couronne fermée ; un peu plus tard, il intercala
entre le D et la couronne deux bâtons croisés.
PLYMOUTH, 1760. — Porcel. bn. — Des peintres de Sèvres contribuèrent au succès artistique de cette porcelaine, dont la fabrication trop onéreuse était déjà abandonnée en 1774. La marque consiste dans la figure astronomique de Jupiter ; elle représente à la fois, un 2 et un 4.
WORCESTER. — Manufacture créée, en 1751, par le docteur Wall, savant chimiste, regardé comme l'inventeur du procédé d'impression, ou décalquage sur biscuit. Worcester a souvent imité le décor japonais bleu. La marque est d’abord un double W, puis un croissant ou une sorte d’ancre en forme de C à deux dardillons. On fit encore usage de cachets et de signes pour imiter les porcelaines de Chine et du Japon.
FRANCE. — ROUEN. — Porcel. Tr. — En 1673, Louis Poterat, le fils du créateur de l’industrie de la faïence à Rouen, fut, par un privilège spécial, autorisé à fabriquer de la porcelaine. Elle est d'une extrème rareté.
SAINT-CLOUD. 1696. — Porcel r. — Cette belle porcelaine est
décorée en bleu d'ornements fleuronnés, de lambrequins, de den-
telles dans le goût de Rouen, ou bien de sujets imités
de la Chine et du Japon. De 1702 à 1715, l’établis-
N sement ayant obtenu du Roi certains privilèges,
marqua ses produits d'un soleil, par allusion à la
fameuse devise nec pluribus èmpar, inventée en 1662,
par l’antiquaire d'Ouvrier. Pendant la direction de
Trou, la marque consiste en un chiffre formé d’un T surmonté des lettres St C.
LILLE. 14711. — Porcel. Tr. — Manufacture créée en 1711 par Barthélemy Dorez et Pierre Pélissier, son neveu. La porcelaine tendre de Lille ressemble à celle de Saint-Cloud, mais elle est beaucoup plus rare. Marque : A. D. en monogramme.
LILLE, 1784. — MANUFACTURE DU DAUPHIN. — Fabrique établie par Leperre Durot, sous le patronage du Dauphin. Cette porcelaine peu connue est ornée de riches dorures et de peintures délicates. La marque est un dauphin tracé en rouge ou en noir, selon la qualité des pièces.
CHANTILLY. 1725. — Porcel. r. —La manufacture du prince de Condé emprunte à l'Orient ses types bizarres, à la Saxe ses reliefs délicats, à Sèvres ses séduisantes peintures. Parmi les meilleurs artistes, on cite : Antheaume, Buteux, Cécier, Chulot,
Cornaille, Parpette et le sculpteur Bulidon, qui tous les sept sont entrés à Sèvres, en quittant Chantilly. 7e! La marque est un cor de chasse tracé en bleu à la hâte sur les services ordinaires. Il est peint minu-
tieusement en rouge, sur les pièces de choix et sur les porcelaines primitives.
MENNECY-VILLEROY.1735. — Porcel. T.— Usine fondée par le Mit duc de Villeroy, dans sa terre de Mennecy. On recherche de cette fabrication, les vases dont le couvercle est orné de fleurs et de fruits finement modelés, les biscuits, les figurines au galbe élégant, les groupes de bergers et de bergères, les vases d’ornementation, presque tous dignes de la manufacture royale. Marque : D. V. (duc de Villeroy). Elle est en couleur ou en or, sur les ouvrages de qualité supérieure, et indistinctement sur tous ceux de la première période. Plus tard, elle est gravée en creux dans la pâte.
En 1773, Jacques et Julien, directeurs de la fabrique de Mennecy, étant à fin de bail, vinrent s'établir à BOURG-LA-REINE, où ils marquèrent B. R. en creux dans la pâte.
SÈVRES. — La manufacture royale de porcelaines de France, établie d’abord à Vincennes, puis transférée à Sèvres en 1756, conquit en Europe, le premier rang pour la fabrication de la pâte tendre, comme Meissen, en Saxe, l'avait conquis déjà pour ses produits en pâte dure. Jusqu'en 1768, Sèvres n’a fabriqué que la pâte tendre; mais, à partir de cette époque, des gisements de kaolin ayant été découverts en France (1), les deux pâtes furent
(4) L'un, près d'Alençon, l’autre, aux environs de Saint-Yrieix-la-Perche près de Limoges.
concurremment employées. Sèvres a toujours eu des artistes d'élite. Mentionnons parmi les sculpteurs Caffiéri, La Rue, Boizot, Bachelier, Duplessis, Falconet et Duru, son élève, Clodion, Le Riche, etc. Quelques-uns ont attaché leur nom à leurs gracieuses compositions. On connait : La Baigneuse, de Falconet, qui lui fit ouvrir les portes de l’Académie, et son Amour, connu sous le nom de Garde à vous; le Vase La Rue, soutenu par deux jeunes tritons entrelacés ; les Vases Clodion, entourés d'enfants se jouant avec des boucs ; le Vase Bachelier, orné d’une ceinture de médaillons à reliefs, ete. Mme Caton, Mie Chanou et surtout Humbert, ont modelé en relief des bouquets et des guirlandes de fleurs, d’une perfection et d’une finesse étonnantes.
La peinture décorative eut aussi d'habiles interprètes, tels que Armand jeune, Aubert, Le Bel jeune, Capelle, Castel, Dodin, Gomery, Micaud, Morin, Pithou jeune, Vieillard, ete. L'usine dut à Mme de Pompadour d'être élevée au rang de manufacture royale et montée sur ce pied admirable qu'elle a conservé depuis. Plusieurs couleurs, propres à Sèvres, et destinées à couvrir les fonds, ont contribué à grandir sa renommée, ce sont : Le bleu cobalt dit bleu de roi; le bleu céleste dit twrquorse, inventé par Hellot en 4752; le rose Pompadour ; il remonte au temps où cette courtisane était en faveur; le violet pensée, le jaune clair ou 7onquille, le vert pomme ou vert jaune, le vert pré ou vert anglais, ete. Après l'adoption de la porcelaine dure, en 4769, la fabrication de la poterie translucide artificielle ne fut pas arrêtée, elle ne cessa que sous la direction d'Alexandre Brongniart, au commencement du XIXe siècle. Le vieux Sèvres des règnes de Louis XV et de Louis XVI se paie des prix énormes, la pâte tendre surtout est inabordable. Il en reste peu; la révolution en a beaucoup détruit. L’Angleterre nous a enlevé nos plus belles porcelaines de Sèvres. Le Roi Georges [V en était fou. Lorsqu'il n'était encore que prince de Galles et régent, il avait parmi les officiers de sa maison, un certain Benoit, homme actif, aventureux qui, malgré la guerre, entreprenait de fréquents voyages en France, où il faisait de véritables razzias de
porcelaine.