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CURIEUX DE CHAUSSURES ET DE CHAUSSE-PIEDS

MM. WILLIAM BURIS {Bele.), chausse-pieden ivoire, daté 1598, orné de gravures teintées à septmédaillons représentant les œuvres de la Miséricorde. — DEBRUXELLES (Valenciennes), bottes de cavalerie, du XVIIe s. — MneBURNOUF (Paris), paire de chaussons d'Albanie enlaine tricotée. — Cse DE FLAUX (Paris), souliers vénitiens brodés d'or, et d'argent, avec ailes de cantharides, XVIe s. Petites bottes de maîtrise, fin du XVI s., souliers de femme Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, brodés d'or, d'argent, à paillettes, etc., mules, babouches, souliers d'ecclésiastiques ; pantoufles en toile blanche brodée, offrant une couronne royale. — ALBERT GOU- PIL (Paris), chaussures diverses. — Mme JUBINAL DE SAINT-AL- BIN (Paris), souliers de bébé. Souliers brodés Henri IV, Louis XII. Mules Pompadour, souliers du Roi de Rome, en velours rouge, avec la couronne brodée en or. Chausse-pied en bronze, d'une époque très ancienne, chaussepied allemand, en fer du XVIe s. Autre de même genre, avec une légende allemande et la date de 1606. Chausse-pied en ivoire du XVile siècle, le manche représente une sorte de paysan. — A. M.-S., chausse-pied en corne du XVICSs. à personnage grotesque. — VANDER KELLEN- BRESSON (Belgique), chausse-pied en ivoire, orné de gravures teintées. Cinq sujets et un fleuron, avec la date de 1596. — A. VAN ZUY- LEN (Bruxelles), mules en soie, du XVIII Ss,

Après les boutons d’habit, les boucles de souliers semblent être les bijoux qui ont le plus subi les caprices de la mode. Elles apparaissent au XVII: siècle et leur succès va toujours croissant jusqu’en 1789. Les boucles étaient le plus souvent en argent serti de pierres fausses, mais il y en avait en or, en émail, en acier ou ornées de diamants, comme celles de Louis XIV.

Ce luxe se répandit sous la Régence; la forme gracieuse des chaussures particulières aux gens de qualité prêtait d’ailleurs à ce raffinement.

Le fameux comte de Saint-Germain, de passage à Paris en 1750, dépassa en ce genre de magnificence tout ce qu'on avait vu jusqu'alors. « Un soir, il vint à la cour avec des boucles de souliers que M.de Gontaut, grand connaisseur en pierreries, estima 200 mille livres. » (Chroniques de l'Æil-de-bœuf, VI, 314.)

Plus tard, lorsque le fringant comte d'Artois endossait son riche habit à boutons de diamants, il est bien certain que les boucles de ses souliers répondaient à la richesse du costume. Sous Louis XVI, la boucle s'agrandit démesurémentet s'allongea de chaque côté de la cheville au point de raser le parquet.

Sous Louis XIV et pendant le XVIIE siècle, Les boucles de ceintures furent aussi en faveur. Elles étaient serties de strass et, par exception, de diamants et de rubis. Du temps de Louis XVI, on en fabriqua en acier poli et taillé à facettes, en émail de Saxe, en biscuit de Wedgwood, etc. On fit encore à diverses époques, des boucles de chapeau et de manchon d’un grand prix ; nous en donnons plus loin quelques exemples.

En 1764, Le BLANC père et fils, joailliers de Madame la Dauphine, figurent au compte des Menus-Plaisirs du Roi pour une paire de boucles de 627 Liv. (Arch. Nat. 03009.) Le 26 juin 1788, PETITIEAN, joaillier de Louis XVI, fournit quatre boucles de ceintures composées de 72 brillants, au prix de 24,000 livres. « C'est un présent fait parle Roi à Mie de Matignon, petite-fille de M.le Bon deBreteuil, ministre et secrétaire d'État, lors de son mariage avec M. de Montmorency. » (Arch. Nat. 013083.)

A partir de 1785, le Journal des modes nous met au courant des boucles les plus recommandées. Nous passerons en revue les principales. Cette même année, « la mode des boucles change avec une rapidité extrème. On ne les fait plus rondes, carrées, à huit pans, mais d'un ovale parfait aussi large que long. » C'est l’époque des boucles d'argent, mêlé d’oret d'acier, et des boucles

en lacs d'amour offrant l'image de deux cordons quise déroulent et se croisent. N'oublions pas les boucles de femmes « à lantille de composition bleue, avec enfantement de pierres de Cayenne ».

En 1786, « la forme des boucles carrées, plus larges que longues, a été reprise avec autant de fureur que les boucles ovales. » Peu après, «la boucle ovale l'emporte sur la boucle carrée et n'a de concurrente que l'octogone ou le carré à huit pans. »

En 1787, on annonce, pour les souliers et les jarretières, « les boucles ovales, longues et étroites. »

Dans son numéro du 4€" octobre, le Magasin desmodes nouvelles donne l’image d’un élégant en tenue irréprochable; « ses boucles de souliers sont d’argent, ovales à quatre jones plats en dessus et liés par de petites barrettes. Ses boucles de jarretières sont aussi d'argent d'un ovale long. » D'ailleurs la mode ne s'arrête pas; elle produit sans cesse du nouveau et fait naître cette observalion :

«Jamais on n'avait autant varié les boucles qu'aujourd'hui, et jamais on ne les avait autant chargées. On les décore de tous les instruments d'un orchestre et même de cahiers de musique. On y voit la lyre, la guitare, la clarinette, la flüte, le hautbois, le tambour de basque, la mandoline, la basse, le tambour, le violon, les timbales, etc. »

L'année suivante, « les formes des boucles sont si multipliées, qu'il est impossible de les représenter toutes. » (11 avril 1788.) Elles se portent rondes, ovales, rectangulaires, carrées, à pans coupés, garnies au milieu de losanges, de demi-ronds, de chiffres et d'arabesques.

Les boucles du dernier goût sont tour à tour :

La boucle à la chinoise, large ovale au milieu duquel est un losange où sont attachés un L et un M majuscules.

La boucle dite à guirlandes, ovale allongé, garni en dedans et en dehors de guirlandes et de rosettes.

La boucle aux nœuds d'amour (4). « Elle est d’un large ovale orné de mille rosettes réunies, liées en haut et en bas par un gros nœud d'amour, fait d'olives d'argent, dont les unes sont entourées de petites cordes, lesautres taillées à facettes. »

1789. La boucle aux coquilles est «composée d'un hexagone, ou cercle à six pans, de roses d'architecture et d’un rond au milieu, qui sert à porter les coquilles. »

Une autre boucle, dite aux petits pages, est ronde et renferme deux carrés parfaits, enlacés. On l'appelle aux petits pages «à cause des chapeaux et des plumets attachés dans les espaces entre les ronds et les carrés ».

(4) Le nœud d'amour est le nœud Louis XVI.

Des boucles rondes, également en faveur, sont formées de grosses olives taillées en diamants, ou couvertes entièrement d’une plaque d'argent décorée d’arabesques.

La prise de la Bastille fut un événement mémorable, dont on voulut perpétuer le souvenir de toutes les façons. Les bijoutiers créèrent la boucle à la Bastille, représentant un fort à trois tours. « À chaque tour sont des créneaux, au milieu desquels sont des canons. Les tours sont séparées par des plates-formes massives dont on voit les rebords ; une plate forme porte sur le cou-depied et une tour descend sur le pied. Les rebords n’ont de dessins que des raies qui figurent les jointures solides des pierres. »

Nombre de monuments de ce genre ont été exécutés depuis, mais il parait que le premier bijou allusif à la prise de la Bastille est une boucle de soulier. Au moment où elle parut dans le /ournal des modes (11 nov. 1789), le rédacteur écrivait : « Il eût sans doute été à désirer qu'on en fit une mode pour d’autres objets, mais on n’en a encore fait que pour des boucles. »

Le mois suivant, on annonçait les boucles à la nation. On y lit ces mots, confondus alors avec ceux de vive le roi : Vive la nalion.

La boucle au tiers-état date de la même époque. « C'est une équerre enlacée dans un cœur fait d'ornements d’architecture, » Cette équerre, c’est le niveau égalitaire qui ne va pas tarder à devenir un des symboles de la Révolution.

Les boucles d’or et d'argent ont fait leur temps ; elles vont aller au creuset de la monnaie se transformer en espèces métalliques dont le besoin est urgent. L'épuisement des finances avait fait naîtreles dons patriotiques. Le numéraire était rare, et par un entrainement général, les bijoux de toute espèce affluaient au Trésor.

Nous lisons dans la Chronique de Paris (21 novembre 1789) : Une ville de province a envoyé hier toutes les boucles d'argent de ses habitants à l'Assemblée nationale. Un membre de l'Assemblée a voté pour que tous les députés suivissent cet exemple. Sa motion a passé, et tous les membres de l’Assemblée se sont empressés de faire ce léger sacrifice à la patrie. Plusieurs districts de Paris ont déjà donné les leurs. Il faut espérer qu’on rougira d'en porter à présent d’un bout de la France à l’autre, et qu'avant huit jours, cette privation, légère pour chaque particulier, produira un numéraire dont l'Etat a grand besoin. »

C'est le député d’Aïlly qui a fait la motion. Le Nouveau Journal

donne le compte rendu de la séance dans des vers drôlatiques qui se terminent ainsi :

D'Ailly se lève, il s’écrie:

Ah! Messieurs, quel beau mouvement!

Initons, je vous supplie, Un exemple si touchant, Et dans l'instant, Sur l'autel de la Patrie, Offrons nos boucles d'argent.

On applaudit ; un saint transport A saisi l'Assemblée ; Aussitôt, d'un commun accord, La voilà débouclée.

Quelques jours plus tard, le Journal de la cour et de la ville disait : « Les districts des Cordeliers et de Saint-André-des-Arts se sont empressés de suivre l'exemple de l’auguste Assemblée nationale. En conséquence, ils ont arrêté que tout citoyen de leur arrondissement serait tenu de porter à leur district, en offrande à la nation, leurs boucles d'argent dont le dépôt serait confié à des commissaires nommés à cet effet. — Nota. Nous présumons que tousles citoyens de Paris vont s'honorer désormais de n'avoir que des cordons à leurs souliers ; on pourra les reconnaître à cette marque, comme à la cocarde de la Liberté.

La Chronique de Paris évalue à quarante millions, les boucles d'argent du royaume. Le M de Villèle apporte en brochettes, toutes celles de sa maison. Riches et pauvres, tout le monde donne. Un cordonnier de Poitiers s'écrie, en présentant deux paires de boucles d'argent : « Celles-ci ont servi à tenir les tirans de mes souliers ; elles serviront à combattre les tyrans ligués contre la Liberté. (Edm. et J. de Goncourt, Histoire de la société française pendant la Révolution, p. 65.)

Il n’est pas sans intérêt de connaitre les noms des marchands les plus renommés pour les boucles de souliers et de ceintures, dans la seconde moitié du XVII° siècle. L’Abnanach des marchands, négociants, armateurs et l'Almanach Dauphin nous renseignent à ce sujet. Sur les listes des orfèvres de Paris, nous relevons les noms suivants :

1774. MexièRes, père, rue de la Vieille-Monnaie, « particulièrement connu pour la boucle. »

1777. BLaNcueT, place du Chevalier du Guet. Établissement considérable « de boucles d'argent sur nouveaux modeles et petits bijoux d'or ».

CuaBoT. rue Montmartre, à la Balance d'or, « fabrique de bi

cles de toutes espèces et sur de nouveaux modèles du meilleur goût, dont il fait des envois en province et chez l'étranger. »

DESMARAIS, renommé pour les belles boucles d'argent, sur les modèles les plus nouveaux.

En 1789, les orfèvres qui fabriquent plus particulièrement les boucles sont :

Bouzsop, au Marché-Neuf.

CHASSEROT, rue Saint-Barthélemy.

FRANCHET, rue des Grands-Augustins.

GUILLOMET, rue des Lombards.

SOUCHET, rue Thibautaudé.

Terminons par GRANCHEZ, quai de Conti. Son magasin, rendezvous du monde élégant, était très renommé pour tout ce que les arts et la fantaisie pouvaient produire de plus charmant et de plus imprévu.

Les collections de boucles de souliers de la V5$e Baudouin de Jonghe (Belgique) et de Me Jubinal de Saint-Albin (Paris), méritent d'être citées. M. Auguste Dufour possède des boucles de ceinture enrichies de diamants, d'améthystes et d'émeraudes.

Les Archives du Ministère des Affaires étrangères vont nous permettre de donner quelques renseignements inédits sur les boucles de souliers, de ceinture, de chapeau, de manchon.

20 décembre 1681. Envoyé au Mis de Baden d'Ourlack, un crochet de chapeau, enrichi de diamants. 140.546 liv.

1685. Montarsy, joaillier de Louis XIV, exécute pour $. M., une boucle de manchon de seize brillants. 5,111 liv. (IX° Æegistre des bijoux et présents du Roi. 168% à 1590.)

48 août 1685. Pour le Roï, un crochet de chapeau de toutes pièces, composé de : trois rubis, une émeraude, une topaze, un saphir, un gros diamant jaune et sept brillants. 72,198 liv. — Un crochet de chapeau de sept brillants. 117,290 liv.

3 mai 1687. Un crochet de chapeau, pour le Roi, formé de sept perles et onze diamants brillants. 101,012 liv.

1693. Offert au prince royal de Danemark une boucle de ceinture de chez Montarsy, composée de vingt-six brillants. 8,270 liv.

22 avril 1695. Livré par Montarsy, pour le Roi, une paire de boucles de souliers de vingt-quatre diamants brillants. 44,474 liv.

Pour raccommodage d'une paire de boucles de souliers enrichie de diamants. 650 liv. Pour façon d'une paire de boucles « qui a été refaite. 200 Liv. »

AT novembre 1109. Offert à M. l'Électeur de Bavière une agrafe de ceinture de sept gros brillants. 60,162 liv.

4% août 1717. Remis par Rondé, à Mme de Ventadour, pour le

jeune Roi Louis XV, une boucle de chapeau de huit diamants brillants. 2,845 liv.

30 mars 1719. Mis ès mains du Mal de Villeroy, gouverneur de S. M., deux paires de boucles desouliers, l’une composée de trentedeux diamants. 3,013 liv.

4 août 1121. Présent du Roi d’une boucle de ceinture « à l’ambassadeur du Grand Seigneur. 9,770 Liv. »

16 octobre 1721. Dans la parure offerte à Mlle de Montpensier, lors de son mariage avec le prince des Asturies, figurait une boucle de ceinture ornée de huitbrillants, estimée seule 10,000 liv.

30 octobre 1721. Rondé fournit à son royal client une bouele de manchon sertie de seize gros brillants, cotée à 53,610 liv. ; puis une paire de boucles de souliers garnie de vingt brillants. 44,520 liv.

2 juin 1722, A l'occasion du mariage de Mie de La Vrillière, seconde fille du ministre secrétaire d'État, S. M, lui fait remettre en plus d'une riche croix, une boucle de ceinture, composée de six brillants. 4,500 liv.

21 Mars 1723. Acheté pour le Roi du S' Colomb, fourbisseur, une paire de boucles de souliers d'acier damasquiné d’or. 100 liv.

Septembre 1723. Livré par Rondé une boucle de six diamants «pour un présent à faire en Espagne. 775 liv. » (XVIIe /egistre des bijoux el présents du Roi.)

1725. A l'Électeur de Ratisbonne, venu en France pour le mariage de Louis XV, une boucle de manchon enrichie de seize brillants. 40,150 Liv. (XVIITe Pegistre.…, 1725 à 1798.)

20 décembre 1715. — Au Gt de Stahremberg, ministre plénipotentiaire de L. M. I., une attache de chapeau. 45,000 liv. (Présents du Roi. 1738-1771. N° 462.)

Comme les vêtements et les bijoux, les jarretières ont subi les variations de la mode ; il s’en fit de très luxueuses, ornées de broderies, de perles, de diamants ; elles fermaient au moyen de riches agrafes en argent, en or, en émail. Ces boucles, ouvrages des orfèvres, offraient encore, avec de délicates ciselures, des emblèmes, des légendes et des armoiries.

C'est une jarretière, tombée au milieu d’un bal, qui inspira l'idée à Edouard III de son fameux ordre composé de vingtcinq chevaliers seulement, avec le Roi pour grand maître. (1347). Édouard IIL, en se baissant pour ramasser la jarretière de la duchesse de Salisbury, avait vu sourire plusieurs courtisans : Messieurs, leur dit-il, honnt soit qui mal y pense; puis il ajouta que ceux qui se moquaient de cette jarretière seraient trop heureux d'en porter une semblable. En effet, peu après fut créé cet ordre, dont l'un des insignes consiste à porter à la jambe gauche une jarretière bleue. La Reine la met au bras.

Rachel, la grande tragédienne, reçut d’un de ses admirateurs une jarretière émaillée, sur laquelle on lisait ces mots écrits en diamants : Aonni soil qui point n'y pense.

La Notice des émaux du Louvre mentionne : En 1363, une jarretière sur un tissu de soye Inde, garny d'or, de perles, de diamants et de balaiz. (Inventaire du duc de Normandie.) — En 1455, à Jehan Lessayeur, orfèvre, pour avoir fait deux jarretières d’or pour M'e Ja duchesse (d'Orléans) esmaillées à larmes et à pensées. (Ducs de Bourgogne, N° 6722.)

« L'exercice du cheval, dit M. de Laborde, et l’ensemble un peu brusque des habitudes découvraient souvent la jambe ; aussi les bas de chausses étaient-ils richement brodés et les jarretières de véritables bijoux. Il faut donc éloigner de son esprit, quand on parle de la jarretière du moyen âge, toutes les pensées légères qui se rattachent à la nôtre. La duchesse d'Orléans a pu mettre des larmes et des pensées sur ses jarretières (après son reuvage) sans s’exposer au ridicule, et Édouard III fonder son rdre sans le rabaisser, en avouant son origine.» (Documents et Glossaire.)

Pendant le deuil de la duchesse d'Orléans, Henriette d’Angleterre (1670), suivant une lettre de Bussy Rabutin, les cardinaux, à la cour, étaient vêtus de belles étoffes noires, avec des bas de soie couleur de feu et des jarretières de tissu d’or.

A Versailles, les jours de gala, Louis XIV portait un riche costume dont chaque pièce était garnie de diamants d'un grand prix, depuis la veste, le justaucorps, l'épée et le baudrier, jusqu'aux boucles de souliers et de jarretières. Deux « parures » de ce genre, livrées par Montarsy en 1685, s'élèvent, la première, à 351,268 liv., et la seconde, à 364,768 liv. (Arch. du Min. des ANT. étr., IX° Zegistre des parures et présents du Roi, 1684 à 1690),

Le Livre commode de 1692 recommande « un magasin de jarretières de soie, rue d'Arnetal, au Signe de la Croix ». La renommée des jarretières de Paris, ajoute Ed. Fournier, étaitencore la même soixante ans après, lorsque Voltaire écrivait à Mme de Fontaine, le 26 janvier 1758 : « Mme Denis a cru qu’on ne pouvait avoir une jarretière bien faite, sans la faire venir de Paris, à grands frais. »

Mne Jubinal de Saint-Albin, dont la collection renferme tant de délicieuses raretés, possède une jarretière en soie rose brodée, du XVIe siècle et des jarretières à devises du XVIIE siècle. Sur une paire, on lit : Ma devise est de vous aimer. — Et de jamais changer. Sur une autre, où deux cœurs sont réunis : L'union de nos cœurs — ail tout mon bonheur.

En France, les perruques ne remontent pas au delà du règne de Louis XIIT. Quelques rares curieux ont abordé ce genre de collection, mais ils n'eurent pas d’imitateurs, et il n’en reste plus aujourd'hui. Disons quelques mots des coiffures en général; leur étude permet le plus souvent de reconnaitre le temps où vivait un personnage, d'après la façon dont il est coiffé.

Les Gaulois portaient la longue chevelure; mais, après leur asservissement par les Romains, ils prirent les usages de leurs vainqueurs. Sous les deux premières races de la monarchie françcaise, les longs cheveux furent comme l'emblème de la puissance ; ils distinguaient les Rois et les princes de leur sang, et, pour ôter à un prétendant ses droits au trône, on }ui rasait la tête.

Au XIIe siècle, les grandes chevelures se raccourcirentsensiblement. Jusqu'au commencement du XVIe siecle, elles n’allèrent pas au delà du milieu du cou ; on les coupait alors en rond autour de la tête. Des portraits de saint Louis, de Charles VIII et de Louis XIT nous les montrent ainsi coiffés, et dans cette suite de plusieurs siècles, ce furent ces trois souverains qui conservèrent les plus longs cheveux. Au XVI siècle, ils sont absolument courts. François I en donna la mode et l'exemple fut suivi par ses successeurs Henri If, François IT, Charles IX, Henri IT et Henri IV.

Mézerai raconte ainsi l'aventure qui obligea le Roi chevalier à faire couper ses beaux cheveux : « François I était à Romorantin, et, se divertissant à la fête des Rois, attaquait avec despelottes de neige le logis du GC" de S'-Paul, qui se défendait de même ; quelqu'un qui était dans ledit logis jeta un tison dont le Roi fut grièvement blessé et pourquoi il fallut lui couper les cheveux. Or, comme il avait le front beau et que d’ailleurs les Suisses et les Italiens portaient les cheveux courts et la barbe grande, il trouva cette manière plus à son gré et la suivit. Son exemple fit recevoir cette mode à toute la France qui l’a gardée jusqu’au règne de Louis XII, qu'on a peu à peu coupé la barbe et laissé croître les cheveux, tant enfin qu'on n’a plus conservé de poil aux joues et au menton, et que la nature ne pouvant plus fournir de cheveux assez longs à la fantaisie des hommes, ils ont trouvé beau de se faire raser la tête pour porter des perruques de cheveux de femmes. »

Au XVe siècle, les femmes s’affublaient de hauts bonnets terminés en pain de sucre, puis en pointe ou divisés en mitre d'évè-

LES PERRUQUES ET LES PERRUQUIERS. vor

que. Le haut bonnet pointu s'appelait hennin. Catherine de Médicis et les dames de sa cour avaient adopté la coiffure en cœur. Un peu plus tard, la belle Gabrielle séduisait Henri IV, ainsi coiffée, mais avec les cheveux reicvés et crêpés.

A la fin du règne de Louis XIIT, un coiffeur nommé Champagne, d'une effronterie sans pareille, était fort recherché. « Ge faquin, écrit Tallemand des Réaux, par son adresse à coeffer et à se faire valoir, se faisoit rechercher et caresser de toutes les femmes. Leur faiblesse le rendit si insupportable, qu'il leur disoit tous les jours cent insolences. Il en a laissé telles à demicoeffées; à d’autres, après avoir fait un costé, il disoit qu'il n'acheveroit pas si elles ne le baisoient. » Malgré ses impertinences, le drôle était très couru; les femmes ne se trouvaient bien coiffées que par lui. La coiffure avec laquelle Champagne faisait fureur était plate au sommet de la tête et disposée en cône tronqué, couronné d’une torsade appelée rond. Sur les côtés pendaient, soit des serpentauxr, qui sont nos longues boucles à l'anglaise, soit des bou/jons, en menus anneaux, connus depuis sous le nom de frisure à la Sévigné.

La coiffure à l’hurluberlu consistait à avoir les cheveux coupés et frisés d'une infinité de petites papillotes; coiffure risible ayant trop d’analogie avec celle du eaniche. Quelques femmes ont poussé l’exagération si loin, s'écrie Mme de Sévigné, qu'il y en a qu'on voudrait souffleter.

La Fontanges fut inventée par la belle duchesse de ce nom, à la suite d’une partie de chasse. «Le soir, comme on se retirait, dit Bussy Rabutin, il s'éleva un petit vent qui obligea Mie de Fontanges à quitter sa capeline ; elle fit attacher sa chevelure par un ruban dont les nœuds tombaient sur le front et cet ornement de tète plut si fort au Roi qu'il la pria de ne se coiffer point autrement de tout ce soir. Le lendemain toutes les dames de la cour parurent coiflées de la même manière. Voilà l’origine de ces grandes coiffures qu’on porte encore et qui de la cour de France ont passé dans presque toutes les cours de l'Europe. »

De simple qu'elle était, la Fontanges finit par devenir « un bàtiment de fil d’archal, de rubans, de cheveux et de lLoutes sortes d'affiquets de deux pieds de haut, qui mettaient le visage des femmes au milieu du corps. » (Saint-Simon.) Les pièces de ce branlant échaffaudage étaient très nombreuseset chacune d'elles avait son nom particulier. Malgré l'opposition du Roi, à qui ces hautes coiffures déplaisaient beaucoup, la mode des Fontanges ne disparut qu’en 1714, à la suite de la présentation à la cour d’une dame anglaise, portant une coiffure très basse.

En 1694, Boursault dans sa comédie Des mots à la mode, nous décrit ainsi l’£'ffrontée :

La coeffure en arrière et que l’on fait exprès, Pour laisser de l'oreille entrevoir les attraits, Sentant la jeune fille et la tête éventée,

Est ce que par le monde on appelle effrontée.

Il y avait à Versailles, le Cabinet des perruques ou des Termes, comme on l’appelait indistinctement. Là, sur des Termes, étaient rangées toutes les perruques du grand Roï, y compris la perruque dorée qu'il avait portée en 1662 dans le rôle de Phœæbus. On les appelait des binettes, du nom de BINETTE, conservateur de la collection et le plus habile perruquier de son temps. Dans son ardeur à se procurer des cheveux, il s’écriait : « Je pèlerais toutes les têtes du royaume pour parer celle de Sa Majesté. » (Encyclopédie) Chaque perruque revenait à près de trois mille francs et il y en avait un nombre considérable dont les formes variaient, suivant les réceptions ou les occupations du Roi.

En 1691, Paris comptait deux cents barbiers, baigneurs, étuvistes et perruquiers. (Livre commode...) Pascar, PÉLÉ, Du Poxr, Des NoYeRs, JORDANIS, L'ABRÉ, D'ANGERVIELE et VINCENT étaient renommés pour les perruques « du bon air ». DE LA Roze et Du Bois avaient la spécialité des « perruques ecclésiastiques ».

D'après Salgues, un perruquier français, nommé LETOURNEUR, fut attaché à la cour de l’Électeur de Brandebourg, pour accommoder ses perruques et le suivre à l’armée. (De Paris, des mœurs, Paris, 1813.)

La Régence inaugurera la mode des perruques à poudre ; le ton en avait été donné déjà par le jeune duc de Richelieu.

Sous Louis XV, les hommes se coiffaient à l'oiseau royal, à l'aile de pigeon, à la légère, à l'aventure, à la conquérante, à la mousquetaire, à la dragonne, ete.

M. de Sartines, lieutenant général de police, l’homme le mieux poudré de France, avait tout un cabinet rempli de perruques et occupait quatre valets de chambre perruquiers, dont le chef, nommé LE GROS, jouissait d’une grande notoriété. Il mourut le 30 mai 1770, lors des fêtes données à l’occasion du mariage de Marie-Antoinette avec le Dauphin. Grimm relate sa mort en ces termes : « L’illustre M. Legros, si connu au Quinze- Vingts et dans toute l'Europe pour son art de coiffer les dames, a perdu la vie dans la nuit fatale du 30 mai; il a été trouvé étouffé ainsi qu'un Martin, célèbre vernisseur et descendant de ce grand Martin qui a rendu son nom immortel par ses vernis. »

(Correspondance, t..VII, p.82.) En dépitde lamode,{deux hommes, Bachaumont et Voltaire, conservèrent jusqu'à leur dernier jour la perruque Louis XIV à cinq écheveaux.

FRISoN, coiffeur de la cour, au commencement du règne de Louis XV, fut mis en réputation par Mmes de Prie et de Duras. Il est question de lui dans ce couplet :

La Dodun (1) dit à Frison :

Coiffez-moi avec adresse ;

Je prétends avec raison,

Inspirer de la tendresse.

Tignonnez, tignonnez, bichonnez-moi.

Je vaux bien une duchesse.

Tignonnez, tignonnez, bichonnez-moi.

Je vais souper chez le Roi.

(Archives curieuses.)

Après Frison, DAGé eut encore plus de célébrité ; Mme de Pompadour, arrivée au pouvoir, ne voulut plus être coiffée que par ses mains, mais il fallut négocier et traiter de puissance à puissance avec ce prince du fer et de la papillotte.

« Victorieuse de par le Roi de la résistance du grand Dagé, la favorite lui demanda, la première fois qu’elle l'employa, comment il avait aquis la haute réputation et l'immense faveur dont il jouissait. — Cela est-il surprenant, répondit-il avec fatuité, je coiffais l’autre. » La cour de Me de Pompadour était en ce moment très nombreuse, et la marquise vit dans son miroir toutes les bouches se pincer. Le soir, la Dauphine et Mesdames de France, qui n'aimaient point la favorite, répétèrent à tout venant que Dagé coiffait l'autre. Ce mot facétieux, colporté par l'ironie, ne contribua pas peu à susciter à la cour des divisions entre les courtisans des princes et les partisans de la marquise, et quand les premiers parlaient de Mme de Pompadour, ils l’appelaient, pour la distinguer de l’autre, Mme celle-ci, » (Chroniques de l'Œil-de-bœuf, t. VI, p. 123.)

Marie-Antoinette avait pour coiffeur le fameux Léonard, le plus illustre de tous les académiciens de coëffures et de modes ; il avait le talent, très apprécié à l'époque, d'enrouler dans les cheveux jusqu'à soixante mètres de gaze.

Devenu l'arbitre du goût, il en vint à exhausser sans mesure la coiffure des femmes, qui finit par acquérir des proportions monumentales.

La plus extravagante de ces coiffures, /e pouf} au sentiment,

(1) Femme du contrôleur général en 1726.

devait réunir les objets se rapportant à ce qu’on aimait le plus; € ainsi le pouff de la duchesse de Chartres avait tout le mérite d’une biographie. Au fond, se voyait une femme assise tenant un nourrisson pour figurer le due de Valois (depuis, le Roi Louis- Philippe) et sa nourrice. A droite, un perroquet becquetant une cerise, oiseau cher à la princesse ; à gauche, un négrillon, image de son serviteur favori. Le reste était étoffé de cheveux du duc son mari, du duc de Penthièvre son père et du duc d'Orléans son beau-père. » (Feuillet de Conches.)

Ajoutons à ces renseignements quelques notes inédites prises aux Archives nationales. NoTRELLE, perruquier des Menus-Plaisirs, était chargé de livrer des perruques aux acteurs qui venaient donner des représentations théâtrales devant la cour. En 1754, pour le voyage de Fontainebleau, sa facture s'élève à 2,754 liv. L'année suivante, ilaccompagne ses clients à Versailles, mais c’est en 1763, et cette fois encore à Fontainebleau, que ses fournitures sont le plus importantes; elles montent à 5,959 livres. En 1770, à l’occasion des fêtes données au mariage du Dauphin, avec Marie-Antoinette, nous voyons sur le mémoire de Notrelle, des boucles à Mie Guimard, des boucles à Mile Arnould, à Mile Rosalie, à Mie Dubois ; puis des barbes, des perruques à cadenettes, des perruques blondes, des perruques poudrées, des perruques à serpents pour les trois Gorgones, des perruques sérieuses, pour Vestris et Daubreval. Le mémoire mentionne, au quatrième acte, dans le pas de quatre des Trois Gorgones, Miles Dupérey, La Prairie et Dervieux, de jolies sauteuses bien connues dans le monde des filles galantes. (Archiv. Nat. 02994, 013009, 013028.)

En 1777, ANTOINE et Monroy viennent passer un mois à Fontainebleau pour coiffer « les demoiselles de la danse » et reçoivent chacun 240 liv. Desnoyers, coiffeur de l'Opéra, est cité plusieurs fois, dans les comptes des Menus-Plaisirs. En 1784, nous retrouvons Cuir, dit NOTRELLE, perruquier, Monroy et Desnoyers coiffeurs, appelés pour le service de la Reine, à Trianon. (0:3067, etc.)

L'apprentissage des perruquiers coiffeurs était de quatre ans, plus deux années de service en qualité de garçon. Le brevet coùtait 40 livres et la maîtrise 300. Il y avait, en outre, la charge ou privilège ; elle s'élevait à 3,000 Livres, mais le propriétaire pouvait la revendre ou la louer à son gré. Le patron de la corporation est saint Louis.

Sous le règne de Louis XVI, « les coiffures parvinrent à un tel degré de hauteur pour l'échafaudage des gazes, des fleurs et des plumes, que lesfemmes ne trouvaient plus de voitures assez éle-

vées pour s'y placer et qu'on leur voyaitsouvent pencher la tête ou la mettre à la portière. D'autres prirent le parti de s’agenouiller pour ménager d'une manière encore plus sûre le ridicule édifice dont elles étaient surchargées. » (Mme Campan, Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette.)

Ces extravagances ne devaient pas échapper à la critique ; diverses caricatures du temps nous sont restées ; l’une d'elles représente une élégante, affublée d'une immense coiffure soutenue par un nègre à l'aide d'une fourche. Au-dessous, on lit ce quatrain :

Soutiens, jasmin, je succombe, Et prends bien garde, faquin, Que si ma coiffure tombe

Tu auras ton compte demain,

Une autre, nous montre une tentative de fraude à l’octroi de Paris. Un employé, à l’aide d'un long bâton recourbé retire d'une coiffure plus élevée que la femme elle-même toutes sortes de volailles et de comestibles. Une troisième caricature, reproduite jusque sur les tabatières, figure un coiffeur monté sur une échelle pour accommoder sa cliente.

La coiffure sous Louis XVI, occupait un grand nombre d'individus. Écoutons ce que dit Mercier , en 17892 : « Douze cents perruquiers, maitrise érigée en charge, et qui tiennent leurs privilèges de saint Louis, emploient à peu près six mille garçons. Deux mille chambellans font en chambre le même métier, au risque d'aller à Bicêtre. Six mille laquais n’ont guère que cet emploi. Il faut comprendre dans ce dénombrement les coëffeuses. Tous ces êtres-là tirent leur subsistance des papillotes et des bichonnages. » (Tableau de Paris.)

Depuis quelques années, six cents nouveaux coiffeurs avaient été créés moyennant six cents livres chacun.

« On laissa subsister les coiffeuses pour le peuple et la bourgeoisie, les fonctions des premiers étant surtout destinées aux têtes illustres et brillantes. » (Bachaumont, Mémoires, 5 septembre 1777.)

Un perruquier, pour attirer les chalands, fit peindre‘une enseigne présentant Absalon pendu par les cheveux. Dessous, on lisait :

Passants, contemplez la douleur D’Absalon pendupar la nuque ; Il eûtévité ce malheur

S'il eût porté perruque.

On connaît la réponse de Voltaire à maître André, perruquier de Langres, auteur d'une ridicule tragédie intitulée /e Tremblement de terre de Lisbonne. L'auteur ajoutait à l'envoi de sa pièce une lettre non moins ridicule, dans laquelle il qualifiait Le grand écrivain de cher confrère (1760). Voltaire rit beaucoup de la prose etdes vers de son cher confrère auquel ilrépondit par une lettre de quatre pages ne renfermant que ces mots toujours répétés : » Maître André, faites des perruques, des perruques, des perruques, toujours des perruques et rien que des perruques. » Gette boutade, devenue une allusion littéraire, satisfit peu maitre André, qui {trouva que Voltaire baissait beaucoup et commençait à se répéter.

Jasmin, perruquier provençal (1798-1864), était un tout autre poète que maître André ; décoré par Louis-Philippe, puis pensionné du ministère de l'instruction publique, il reçut encore de l’Académie, en 1852, un prix de cinq mille francs. Ayant offert un exemplaire de ses œuvres, las Papillotos (les papillotes), à Charles Nodier, celui-ci lui répondit : « C’est un honnête métier que de faire des perruques et une distraction frivole que de faire des vers. Cependant, Monsieur, je vous dirai : Faites des vers, faites des vers, puisque votre merveilleuse organisation vous a donné ce talent et imposé cette destinée; et Dieu me garde que vous n’en fassiez plus, moi qui m'engagerais volontiers à ne plus lire que les vôtres !... »

Une des plus belles coiffures de Léonard est celle de Marie- Antoinette dans le portrait exécuté par Mme Vigée-Lebrun.

A la suite du voyage de Varennes, auquel il avait participé en prenant les devants pour avertir M. de Bouillé, Léonard émigra en Russie ; il rentra en France avec les Bourbons et mourut en 1819. Son nom de famille était ANTIER.

Après le coiffeur de la Reine, nous citerons :

Dusois, « un des plus habiles, de l’aveu même desartistes, pour les perruques à bourse, longues, de cour et de cérémonie. »

FRÉDÉRIC, « un des plusrenommés pour coeffer les dames dans les goûts les plus recherchés. » Il forma d’excellents élèves qui s'intitulaient élèves du sieur Frédéric.

Lacroix et SERGENT, coiffeurs de l'Opéra.

SAINT-GERMAIN, LEROI, NOTRELLE, RUGIERI, SÉGAUD et PRIEUR. (Almanach Dauphin, 1771.)

En 1822, la perruque de Sterne a été adjugée, à Londres, dans une vente publique, 200 guinées. Une vieille perruque de Kant s’est vendue, après sa mort (1804), 96fr., selon les uns, et 200 fr., selon les autres.

À défaut d'amateurs de perruques, nous citerons quelques curieux de coiffures, ce sont MM. :

GERMAIN BAPST {Paris}, suite de bonnets allemands des XVII, XVIIIe et XIXe s. — CH. DE BILLY (Paris), coiffures des bourgeoises de Strasbourg, au XVIIe s. — Mme DANIEL DOLLFUS (Mulhouse) bonnets brodés de diversesépoques. — G* DE FLAUX (Paris), coiffure de femme, en jais, XVIe s. Bourrelets: bonnets d'enfant en soie, en satin brodés d'or. Bonnets, richement brodés, enrichis de pierreries. Bonnets d'homme et de femme, brodés d'or, d'argent, de soie, XVIIe s. Bonnet de mariage alsacien, Louis XIV. Bonnet brodé en soie de couleur, représentant des instruments de musique, époque Louis XIV. —K. FRANCK (Mulhouse), bonnets calottes appelés « Harte Cappe », coiffure des dames de Mulhouse au milieu du XVII s. — Mie ANNE FRIES (Mulhouse), bonnets alsaciens. — E. GLUCK PÈRE (Mulhouse), coiffures de Mulhouse en argent, en soie, du XVIIeSs. — Vsse DE JANZÉ (Paris), mitre brodée d'or et de pierreries. — M%°JUBINALDES'-ALBIN (Paris), chapeau de paille Louis XVI, brodé en paille sur soie verte. Ce gracieux chapeau de femme, superbement brodé, vrai chef-d'œuvre de maitrise, était digne de la charmante Marie-Antoinette, à laquelle il a peut-être appartenu. — DE LIESVILLE (Paris), grands bonnets de (Gauchoises, XVIIIe 5. — CH. MANSBENDEL.— MIEG (Mulhouse) bonnets d'enfant, XVIII s. — Mne ED. MIEG (Mulhouse), bonnets alsaciens. — MUNTZ (Paris), seize bonnets et plastrons de corsage brodés d'or, d'argent et de paillettes. — ROUILLARD (Paris), bonnet alsacien. — SCHROTT FILS (Mulhouse), bonnets alsaciens.

Le peigne, dit M. de Laborde, a succédé aux doigts de la main aussitôt que l’homme a eu quelque sentiment de la propreté; c'est donc un objet usuel aussi vieux que le monde, et c'était depuis longtemps un objet d'art, lorsque débuta le moyen âge. (Wotice des É‘maurx, bijoux, etc., du musée du Louvre. Documents et Glossaire.) Dans l'antiquité, en Égypte, chez les Perses, les Assyriens, les Babyloniens, les peignes étaient en bois, en ivoire, en corne ou découpés dans une plaque de métal; chacun des deux grands côtés présentait une rangée dedents, et la partie inter. médiaire offrait des animaux ou des ornements. Après la chute de l’Empire romain et jusqu'à l'époque des croisades, les plus beaux peignes en ivoire sculpté ou en riche orfèvrerie furent l’œuvre des artistes grecs établis à Constantinople. Dans la suite, l'Italie, l'Allemagne, la France etles Flandres en exécutèrent d'amirables.

Eustache Deschamps, poète de la fin du XIVe siècle, n'oublie pas les peignes parmi les cadeaux que le nouveau marié doit faire à sa femme. Les prêtres, les évêques se servaient d'un peigne pour faire leur toilette avant d’officier, et c’est surtout dans les trésors des églises qu'on a conservé le plus de ces curieux petits meubles. Les inventaires du moyen âge et de la Renaissance nous décrivent des peignes en argent, en or émaillé, sertis de pierres fines, en ivoyre, en bouys (huys). Quant à ces derniers, ils offrent des sculptures, des ornements découpés à jour, des compartiments à coulisse recouvrant de petits miroirs ; assez souvent, ils portent une inscription. En raison de leur peu de valeur intrinsèque, les peignes de bois et d'ivoire ont mieux échappé que les autres aux dévastations des soldats protestants pendant les guerres de religion.

Un peigne en buis, du XVIe siècle, avec coulisse et miroirs, appartenant à Mme A. Jubinal de Saint-Albin, présente cette devise : De bon (un cœur) le donne. Sur un autre de la même collection, nous lisons : Prenez en gré ce petit don (don).

Vers la fin du XVIII siècle et durant l'Empire, les orfèvres firent des peignes à diadème ornés de corail, de perles fines et parfois de pierreries. Les peignes d’écaille affectèrent la même forme. La mode, sous Charles X, les surexhaussa d'une manière exagérée, et ils reçurent le nom de peignes à la girafe. C'était l'époque ou la girafe venait de faire son apparition au jardin des plantes.

En 1747, la Die Marie Martin était « peignière ordinaire du Roy ». Cinq années plus tard, elle estqualifiée: Marie Martin, veuve Le Roy, et touche 1,605 livres 10 sous « pour des peignes de buis et d'écaille fournis au Dauphin et à Sa Majesté ». (Archiv. Nat. 012988.)

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