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CURIEUX DE GANTS

MM. D'ARDEMEOURG DE GIBIECQ (Belg.), gants du XVIIe 8. — Csse DE FLAUX (Paris), gants militaires en peau de chamois, XVIe s. Mitaines en velours noir, en tricot rouge brodé d’or, XVIe s. Gants de cardinal, en tricot rouge et or, XVIIe s. Gants de femme, iongs, en peau de daim, ornés de dessins Louis XVI. Gants de loile brodés or et argent, Directoire. — Mtie TH.FISCHBACH (Belg.), mitaines en soie brodée, du XVIIes. — ALBERT GOUPIL (Paris), gants et mitaines du XVILs. — Mue JUBINAL DE SAINT-ALBIN (Paris), très belle série comprenant plus de trente numéros. Gant de fauconnier du XVes. Gants brodés d'or, décorés du chardon d'Écosse, XVIes. Paires de gants épiscopaux, brodés d'or et de soie, au monogramme du Christ; l’une d'elles avec ornements fleurdelisé ayant appartenu au cardinal de Richelieu. Gants vénitiens, en velours noir, brodé d'or, XVIe s. Mitaines de doge en soie rouge rehaussée d'or. Paire de mitaines avec la devise: Sea blancao negra la mano — Cuerbro en ymbierno o urano, c'est-à-dire : Soit blanche, soit noire main, je la recouvre en hiver comme en été. XVII s. Gants de la Révolution et du Directoire, etc. — Cte D'OXFORD (Anglet.), riches gants brodés ayant appartenu à la Dsse d’Exeter, sœur d'Edouard IV.

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Les miroirs sont connus depuis la plus haute antiquité. Chez les anciens, ils étaient d'or, d'argent, de bronze, d'acier, d'étain poli. On continua de les fabriquer ainsi avec des variantes dans l’ornementation, jusqu'au XIII siècle. Il s'en fit alors avec des morceaux de verre appliqués sur une feuilles de métal. L’amalgame de mercure et d'étain ne fut trouvé que longtemps après.

Au commencement du XVIe siècle, deux habiles verriers de Murano, trouvaient le moyen de faire de bons et parfaits miroirs de verre cristallin. La ville des lagunes fut bientôt en mesure d'en fournir au monde entier, concurremment avec deux maisons associées, l’une en Allemagne, l'autre en Hollande, qui l'avaient devancée. Les glaces de Venise ne furent jamais de bien grandedimension, parcequ'elles étaient soufflées comme les verres à vitre. On les entoura de cadres charmants, parfois magnifiques, les uns de style architectural enrichis de camées et de pierres précieuses ; les autres, en bois sculpté avec un art infini ou formés de morceaux de glaces gravés habilement agencés, etc.

L'usage de porter de petits miroirs à la ceinture enfanta de vrais bijoux. Aux sculpteurs sur bois et sur ivoire se joignirent les orfèvres. Ils firent des cadres en or et en argent enrichis de corail, d'émaux ou de pierres fines.

Les petits miroirs portatifs du moyen âge, se mettaient dans des boîtes de métal ou d'ivoire sculpté, s'ouvrant par le milieu et attachés à une chaïinette. Les scènes tirées des romans de chevalerie, l'Attaque du château d'Amour, le Départ pour la chasse, étaient les sujets préférés des ivoiriers de cette époque, pour embellir les boîtiers de miroirs. Ge gracieux petit meuble figurait parmi les cadeaux que la fiancée recevait de son époux. Le poète Eustache Deschamps ne l'a pas oublié quand il décrit « les charges qui sont en mariage pour le mesnage soutenir avec les pompes et grans bohans (objers de luxe) des femmes : »

Et miroir pour moy ordonner D'yvoire me devez donner Et l’estuy qui soit noble et gent Pendu à cheannes d argent.

(Poésies morales et historiques.)

Olivier de la Marche, dans le Parement des dames, cite parmi les objets qui forment la toilette d’une femme de qualité au

XV° siècle : les souliers, les chaussures, les jarretières, la chemise, la cotte, la pièce de l'estomac, l’espinglier, l’aumosnière, les couteaux portatifs, le miroir, le peigne, etc.

Suivant Jean de Caurres, écrivain du XVI: siècle, les demoiselles masquées de son temps portaient un miroir sur l'estomac, mode qui tendait à se généraliser « si est-ce qu'avec le temps, il n'y aura bourgeoise ni chambrière qui par accoutumance n’en veuille porter ». Cet usage ne dura pas. (Augustin Challamel, Histoire de la mode en Frnace, Paris, 1875.)

Un miroir de ceinture italien, en ivoire, appartenant à Mme Jubinal de Saint-Albin et provenant de la maison de Léonard de Vinci, porte cette inscription : Di. me. non. là. Doler. Donna. Giamai. — Che. ben. ti. rendo. quel. che. ti. mi. dai. (De mot, 6 femme! ne te plains jamais, car je te rends bien ce que tu me donnes.)

Sur un miroir de poche en argent et vermeil, nous relevons les devises suivantes: Se joindre ov movrir. La dovcevr m'attire. Vous veoir ov movrir. Le froid me chasse.

Mme Jubinal possède une des pluscharmantes collections de miroirs qu'un amateur ait pu réunir.

Les mouches sont des points noirs en taffetas gommé que les femmes s’appliquaient sur le visage, pour rehausser la blancheur de leur teint et donner du piquant à leur physionomie. Chez les Perses et chez les Arabes, les taches noires sur la peau sont considérées comme une beauté; ces peuples furent des premiers à se mettre des mouches. En France, elles apparurent seulement au X VIT siècle.

Une lettre en prose, mêlée de vers, intitulée La Faiseuse de mouches, et datée de 1661, nous donne de curieux renseignements sur les mouches, à cette brillante époque. Laissons parler la Faiseuse de mouches :

« Nous en avons à tout prix et pour toute sorte de gens. J'en ai en mon particulier de toutes les façons,

Pour adoucir les yeux, pour parer le visage, Pour mettre sur le front, pour placer sur le sein, Et pourvu qu'une adroite main Les sçache bien mettre en usage, On ne les met jamais en vain.

Si ma mouche est mise en pratique, Tel galant qui vous fait la nique.

S'il n’est aujourd'hui pris, il le sera demain; Qu'il soit indifférent ou qu'il fasse le vain, A la fin la mouche le pique.

« Au reste, Mademoiselle, ne vous imaginez pas que mes mouches ne soient différentes que par la taille ou par la figure, elles ont en particulier des qualitez qui les font distinguer les unes des autres ; et je vous aduerty que parmi celle-ci on y trouve de fines mouches et que toutes ensemble ont l'inclination des abeilles qui ne se posent d'ordinaire que sur des fleurs.

Écoutez, fille divine, Je vous apprendrai l'origine De ces mouches que vous portez; Que vous autres, rares beautez, Mettez si souvent en usage Pour embellir votre visage.

Ce Dieu redouté des humains, Qui fait toujours mille dessins.

Contre la liberté des hommes.

Mit en vogue, au siècle où nous sommes, Toutes ces belles mouches-là.… (Manuscrit de Conrad. Biblioth, de l’Arsenal.)

« La bonne faiseuse de mouches, dit Abraham du Pradel dans son Levre commode (4691), demeure rue Saint-Denis, à /a Perle des mouches. » Un chanson, antérieure à cette date et citée par Tallemant des Réaux, se termine ainsi :

Mais surtout soyez curieuse, Et difficile au dernier point Et gardez de n'en porter point.

Que de chez la bonne faiseuse.

Un autre couplet de cette chanson nous apprend que les mouches rondes, appelées assassins, étaient les plus recherchées :

Vous auriez beau être frisée Par anneaux tombant sur le sein, Sans un amoureux assassin Vous ne serez guère prisée.

(Ed. Fournier, Variétés historiques, VIT, 9.)

Sous le règne de Louis XV, on eut la bizarrerie de découper les mouches de facon à imiter les étoiles, la lune, le soleil, des personnages, des animaux. Toutes ces découpures n'avaient plus rien de commun avec les grains de beauté; la mode, en s’écartant du but, tombait dans le ridicule.

La facon de poser Les mouches n'était pas indifférente ; elles avaient un nom particulier, très significatif, et l’on en comptait neuf principales. La passionnée se portait au coin de l'œil; la majestueuse, presque au milieu du front; l’enjouée, sur le bord de la fossette que forme la joue quand elle rit; la galante, au milieu de la joue; la baiseuse, au coin de la bouche; la gaillarde, sur le nez; la coquette sur les lèvres ; la discrète, au-dessous de la lèvre inférieure, et la voleuse, sur un bouton. (De Resbecq, Bibliothèque des dames, Amsterdam, 1765.)

Mme de Pompadour usa des mouches dans une singulière circonstance. La femme qui faisait faire au Roi ses volontés s'imagina d'envoyer à un chef d'armée des instructions stratégiques. Elle écrivit au maréchal d'Estrées une lettre renfermant le tracé d’un plan de campagne, où les mouvements étaient indiqués par des mouches. Le maréchal n’en tint pas compte et se contenta d’en rire; mais il n’en rit pas seul, et la marquise, froissée, lui tint rancune jusqu'à sa mort. (Mme de Genlis, Dictionnaire des étiquettes de la cour.)

Les boîtes à mouches sont plates, parfois ovales, le plus souvent rectangulaires, en or ciselé, en argent, en écaille incrustée ou en ivoire sculpté. Le décor des boîtes d'écaille figure des com-

positions d’après le Bérain, en brodé d’or sur les boites blondes, en brodé d’argent sur les brunes. Quant aux boîtes à mouches en ivoire, il en a été fait aussi de charmantes et en très grande quantité. Sous Louis XIV, les sculptures représentent des scènes mythologiques et le pèlerinage d'amour: sous Louis XV, des sujets gracieux entourés d'ornements rocailles, et sous Louis XVI, des Vénus et des Amours avec leurs attributs.

Boîte à mouches, en brodé d'or sur écaille blonde. Décor Bérain. Fin de la Régence. — Collection A. M.-S.

Parmi les bijoux envoyés à la Reine d'Espagne, le8 novembre 1714, et présentés par le duc de Saint-Aignan, se trouvaient «trois boiles d’or à mettre des mouches, » valant ensemble 1,040 Liv.

Le 9 juillet 1757, Mme de Pompadour achetait à son fournisseur, Lazare-Duvaux, « une boite à mouches, or et façon, 600 livres. »

Dans la haute société, la boite à mouches faisait partie de la corbeille de noces. Elle était du nombre des bijoux qu’on distribuait à la cour, à certaines occasions. En 1745, au mariage du Dauphin, fils de Louis XV, la fille de Phitippe V trouva dans sa corbeille, une boîte à mouches en laque de 340 liv. et une autre « assortissant l’étui de pierre bleue » de 600 Liv. (Archiv. Nat. 013252.)

Deux années plus tard, au second mariage du Dauphin, nous voyons un compte de « quatre boîtes d'or à mouches » valant ensemble 3,880 liv. Une liste concernant la répartition des présents mentionne «les quatre femmes de chambre de voyage, quatre boîtes à mouches... Mme de Pompadour, une boite à mouches

émaillée et une boite de laque. » (Archiv. Nat. État de ce qui s’est trouvé dans la corbeille de Me la Dauphine en 1747 et de la

distribution des présents. )

Les boîtes à rouge et à mouches, destinées à être mises dans la poche, sont d’un petit volume ; l'intérieur renferme une glace el deux compartiments à couvercle pour recevoir, d'un côté, les mouches, et, de l'autre, le fard. Toutes les femmes à la mode portaient des boîtes de ce genre ; elles pouvaient ainsi, loin du coiffeur et de la camériste surveiller leur visage, remettre du rouge ou remplacer une mouche. Sous Louis XV, cette manie de s'empourprer la face était devenue générale chez les femmes du monde. Les plus sensées qui auraient voulu se soustraire à l’usage ne l’osaient pas, dit M. Quicherat, dans la crainte de paraître avoir des teints de mortes, au milieu de tous ces visages cramoisis. :

« Lorsque Marie-Thérèse d'Espagne fut amenée en France pour épouser le Dauphin, en 1745, elle n'avait jamais mis de rouge. Dans le voyage, on lui fit entendre qu'il en fallait mettre. Elle dit qu’elle nele ferait qu'autant que ce lui serait ordonné par le Roi et par la Reine. Une délibération eut lieu à Versailles. Tout le monde fut d'avis que le Dauphin latrouverait trop blème, si elle lui était présentée avec son teint naturel. En conséquence, le duc de Richelieu, premier gentilhomme de la chambre, lui porta de la part de Leurs Majestés « la permission de mettre du rouge ». Elle obéit incontinent. »

«Il y a plus curieux que cette anecdote. Lorsque mourut Mne Henriette, l’une des filles de Louis XV, son corps fut transporté de Versailles à Paris dans un carrosse. « Elle était dit l'avocat Barbier, en manteau de lit, coiffée en négligé avec du rouge. » Ainsi tel était le culte du rouge, à la cour de France, qu'il fallait que les princesses en eussent pour descendre au tombeau. » (J. Quicherat, Histoire du costume en France.)

Sous Louis XVI, la dame Josse, marchande de rouge de la cour, était citée pour son rouge végétal « aussi beau et aussi agréable que les couleurs naturelles ». Mais la vogue de Mile Martin éclipsait toutes les autres réputations de ce genre. Pour les

têtes couronnées et quelques grandes dames privilégiées, elle livrait son rouge dans de luxueux petits pots, fabriqués à la manufacture de Sèvres. La B'ne d'Oberkirch en parle ainsi dans ses Mémotres, à la date du 427 mars 1786 : «Nous allâmes chez Mie Martin, au Temple, pour acheter du rouge. Mme la princesse de Montbéliard, en faisait prendre de quoi farder toute sa cour. Mie Martin avait le bout du pavé pour le rouge; brevetée de la Reine et de toutes les royautés féminines de l'Europe, c'était une vraie puissance. Son rouge a, du reste, une supériorité incontestable sur tous les autres, on le paye en conséquence. Le moindre pot coûte un louis, et pour en avoir un qui sorte de l'ordinaire, il faut y mettre soixante à quatre-vingt livres. Elle a la permission d'en faire faire à Sèvres exprès pour elle. Ceuxlà, elle les envoie aux Reines; à peine une duchesse en obtiendrait-elle un, par hasard. Nous nous amusâmes fort de son importance. »

En 1747, la corbeille de la Dauphine, Marie-Josèphe de Saxe, renfermait deux boîtes d'or à rouge et à mouches, valant, l’une 840 liv. et l’autre, 744 Liv. « Une autre, de laque carrée, » avait coûté 192 liv Elles provenaient de chez Hébert, orfèvre bijoutier du Roi. (Archives Nat. 012985.)

La boîte à rouge et à mouches offerte vingt-trois ans plus tard à la jeune archiduchesse Marie-Antoinette, surpassait les précédentes par sa richesse; elle était en or « émaillé bleu transparent avec un cartel émaillé peint dessus ». Elle est cotée 1,200 livres sur la facture de Drais. (Archiv. Nat. 013029.)

L’éventail, ce sceptre de la femme, s'élève parfois à la hauteur de l’art. Il est de tous les temps et sera toujours recherché, soit par les femmes, dont il complète la toilette, soit par les collectionneurs, comme souvenir gracieux d’une époque passée. L’éventail est originaire de l'Orient et des pays chauds. Il en est fait mention dès la plus haute antiquité ; comme le parasol, il devint un des insignes du pouvoir suprème. En Chine, en Egypte, en Perse, en Assyrie, les membres de la famille royale etles grands dignitaires se faisaient accompagner d’un serviteur quitenaitun éventail attaché au bout d’un long manche.

Les premiers éventails furent d’abord faits de feuilles de bambou et de plumes, puis on en fit en soie unie et brodée, on les enrichit de perles et de métaux précieux et l’on finit par les couvrir de peintures plus ou moins délicates. En Chine, l'éventail fait partie du costume national pour les hommes comme pour les femmes. En tout temps, un Chinois bien élevé tient son éventail à la main dans les visites de cérémonie; les ouvriers s'en servent en travaillant et les soldats s’éventent sous le feu de l’ennemi avec un calme imperturbable.

« Il y a des éventails de deux formes, ouverts ou pliants : les premiers sont formés de lames d'ivoire ou de papier ; ils servent d'albums autographes et c'est sur un éventail en papier blanc qu'un Chinois prie son ami de tracer une sentence, des caractères ou un dessin, qui puissent lui rappeler son souvenir. Ce salbums-éventails, sur lesquels sont apposés des sceaux d'hommes illustres ou de grands personnages, acquièrent une grande valeur. » (S. Blondel, Histoire des éventails chez tous les peuples, Paris, H. Loones, 1875.)

Depuis longtemps, la-Chine produit un nombre considérable d'éventails de toute espèce. Il y en a au moins trente genres différents tous établis avec goût. Ceux en argent ont les montants en argent doré ciselé et les branches intérieures en filigrane avec émail bleu. Dans les éventails en ivoire, en nacre, en écaille, en os ou en bois de sandal, les montants sont sculptés et les branches sont couvertes de sujets ciselés et découpés à jour. Les éventails en laque sont quelquefois entièrement en laque décorée en or fin; le plus souvent, les montants sont en bois laqué et les feuilles en papier peint; les Vêtements des personnages y sont en soie appliquée et leurs figures en ivoire.

La plus grande partie des éventails ont les montants en laurier, en bois laqué noir ou vert, ou en bambou uni peint ou sculpté ; les feuilles sont en papier glacé avec des peintures faites àla main, le plan de Canton gravé sur bois, des gravures coloriées ou des caractères chinois. Les étrangers recherchent à Canton les éventails en papier or et argent avec fleurs à l’aquarelle ou en papier noir mat avec sujets; à Chang-haï, on préfère ceux dont le bois, en bambou jaune ou laqué vert uni, est orné de peintures fort délicates. » (Isidore Hedde, Ed, Renare, A. Haussmann et N. Rondot, £'tude pratique du commerce d'exportation de la Chine, Paris, 1850, p.91.)

Au Japon, le rôle de l'éventail est au moins aussi important qu'en Chine. Les Japonais se saluent avec leur éventail. « C’est sur son éventail que le riche dépose l’offrande qu'il remet au

pauvre, et encore sur son éventail que le seigneur reçoit les friandises dont il se régale. L'éventail s'abaisse devant les grands et les accompagne même à la cour, où il sert, en les rafraichissant de la chaleur du jour, à leur faire prendrepatience des longueurs de l'antichambre. C’est le voile derrière lequel la beauté dérobe son sourire et ses émotions; c'est le jouet qu'agite nonchalamment sa main rêveuse. C’est l'instrument que le maitre d'écoletient en main pour punir, et en mêmetemps l'objet favori qu'il possède pour récompenser.

« Un éventail placé sur un plateau de forme particulière annonce au criminel de famille noble la sentence qui Le condamne, et c’est au moment où il tend les mains en actions de grâces vers ce funeste présent que le bourreau doit accomplir son œuvre. » (Léon de Rosny, £'fudes asiatiques.)

Pour les éventails, comme pour la céramique et tout ce qui se rattache aux arts, les Japonais sont bien supérieurs aux Chinois. Lorsque les paons furent connus en Grèce, on fit avec leurs plumes de beaux éventails très recherchés des dames grecques et dans la suite des matrones romaines. Parmi les présents envoyés à Cortez par Montézuma se trouvaient deux éventails de plumes magnifiques, montés en or.

En Angleterre, les éventails firent leur apparition sous Richard IT vers la fin du XIV® siècle, puis ils passèrent en France. Catherine de Médicisles répandit à la cour, mais l'usage n’en devint général qu'au XVIIe siècle. Les éventails chinois et les belles imitations anglaises eurent longtemps la vogue. « Il venait aussi autrefois, dit Savary des Brulons, quantité d'éventails de Rome et d'Espagne, couverts de peaux de senteur ; mais le commerce en est tombé, tant parce que les parfums ne sont plus guère de mode en France que parce qu’il s’en faut bien que les peintures et les bois aient la délicatesse, la beauté et la-légèreté des éventails français. » (Dictionnaire universel de commerce, Paris, 1741.) Les beaux spécimens se vendaient alors de 3 à 400 francs.

Sous Louis XIV, fait observer M. L. Bondel, l'éventail atteignit son plus haut degré de perfection ; les feuilles se couvrirent de gouaches élégantes dues à des artistes supérieurs, et l’on vit resplendir en même temps sur les montures l'or, les perles, les émaux et les pierreries. « Les éventaillistes apprirent des Italiens à reproduire les tableaux des maitres, et l'art français de ce siècle, si gracieux dans sa force et dans sa majesté, sut admirablement encadrer dans l’ivoire, la nacre et l’écaille quelquefois rehaussés d'incrustations et de pierreries, les chefs-d'œuvre de a peinture. » (Histoire des éventails chez tous les peuples.)

Certains éventails à jour permettaient de voir ce qu’on n'eût osé regarder en face; on les appelait des lorgneltes ; ils étaient recouverts d'une feuille au milieu de laquelle se trouvaient de petites fenêtres garnies d’un verre; parfois le verre était remplacé par des lames unies de gélatine imitant le mica; « ce qui les faisait briller aux lumières et permettait aux yeux fripons qu'il abritait d'y voir comme au travers d'un rideau. »

D'autres éventails à brins écartés offraient le même avantage et donnèrent l’idée de ce joli quatrain :

Pour cacher la pudeur d'usage, Contre un beau front le papier sert.

Et les brins forment un passage Par où l'œil voyage à couvert.

Dans la seconde moitié du règne de Louis XIV, un certain Fagnani, fourbe et fripon, marchand de curiosités, à la descente de la Samarilaine, était connu de tout Paris. À son commerce, qu'il savait rendre lucratif par des moyens déshonnèêtes, il joignait la spécialité des tabatières et des éventails à scandales, dont les sujets rappelaient en traits satyriques, les aventures du moment. Dancourt et Gherardi l'ont mis en scène à diverses reprises et l’appellent Sbrigani ou 1 signor Furbagnani. Dans le Retour de la foire de Bezons, pièce jouée pour la première fois en 1695, Gherardi le désigne sous le nom de Durfort :

« LéoNoRE. Monsieur Durfort, voyons vos éventails ?

« ARLEQUIN (prenant un éventail). Tenez, Madame, voilà une affaire toute nouvelle.

« LÉONORE. Et qu'est-ce que c'est ?

« ARLEQUIN. C'est l'aventure de Célise. Elle avait rendez-vous avec son amant dans un jsrdin; le mari en fut averti, il se déguisa en jardinier, il travailla au jardin toute la journée, et si tant qu'il surprit sa femme avec son galant dans un des cabinets du jardin. Mais il n’en est ni plus ni moins, ils sont très bien ensemble.

« LÉANDRE. Ilserait beau de voir des gens de qualité se brouiller pour ces petites bagatelles.

« LÉONORE. Cela est vrai, il n’y a que les petites gens qui se révoltent contre ces usages.

« ARLEQUIN. Vousavez raison, les gens du grand air y sont faits. A Léandre.) Monsieur, connaissez-vous celle-ci? (// donne un éventail à Léandre.)

« LÉANDRE. Non, je n'y comprends rien.

« LéonorE (prenant l'éventail). Voyons. Ah! oui, c'est le mariage d'Aminthe veuve d’un conseiller, qui, pour être marquise, a épousé le marquis de Nom-Forgé. Voyez comme elle en est la dupe ?

« ARLEQUIN. Voyez-vousle petit fripon? Il a fait payer àsa femme les violons avec lesquels il fait danser ses maîtresses.

« LéANDRE. Tout cela est dans l’ordre, une conseillère ne devient pas marquise pour rien,

« ARLEQUIN. Voyez l'envers, il est aussi drôle. La belle-fille surprend son beau-père en goguette avec des soubrettes. Voyez le débris de table.

« LÉONORE. Qu'est-ce quesignifie cette petite maisonnette qui parait en éloignement?

&ARLEQUIN. C'est une maison postiche qu'ilalouée au faubourg Saint-Honoré, où il va régaler ses poulettes. ‘

« LÉANDRE. Je retiens cet éventail. »

En général, sous le grand Roi, Les sujets sont tirés de l’allégorie, de la fable ou de l’histoire ; ce sont des batailles, c’est la famille de Darius aux pieds d'Alexandre, c’est l'Enlèvement des Sabines, le Jugement de Pârisou de Salomon, etc.

Voici une jolie gouache allégorique citée par la Gazette des Beaux-Arts (t. VE, 1860, p. 64); elle représente « Mile de La Vallière recueillant, au milieu d’un fastueux jardin, les hommages de la Renommée, de la Victoire, de la Poésie et de tous les beaux arts personnifiés par de gracieuses figures de femmes ».

Ce genre est Le plus précieux ; ilexigeait de la part des artistes un certain talent, puisqu'ils devaient, sous le voilede l'allégorie, reproduire fidèlement les célébrités de l'époque.

Pendant le règne de Louis XV, les peintres s'inspirent encore des sujets précédents, mais ils font surtout des pastiches de Watteau, de Boucher et de quelques autres maîtres en vogue.

Sous Louis XVI, le décor change volontiers d'aspect; au lieu de former un sujet unique, s'étendant sur toute la feuille, il est le plus souvent divisé en trois médaillons entourés de fleurs et reliés par des guirlandes. Ces médaillons renferment des scènes galantes, des intérieurs de famille, des enfants, des amours, de gracieuses jeunes femmes coiffées et costumées à Ja mode du temps.

Après les expériences aérostatiques des frères Montgolfier et du physicien Charles, en 17*3, on mit des ballons partout : sur les tabatières, les boutons d’habit, les céramiques, les éventails, etc. Sous le Directoire, de nouveaux essais furent tentés par Blanchard, inventeur du parachute, etpar son rival Garnerin.

La première descente en parachute eut lieu le 20 août 1797, au jardin Byron, rue de Varennes. Le succès de cette audacieuse tentative fut immense et l’on vit réapparaître les éventails au ballon. .

En 1790, d'après le Journal de la mode et du goût, les belles républicaines adoptèrent le négligé à la patriote, costume dans lequel elles « badinaient avec un éventail en camée de la fabrique d'Arthur ».

Les éventails de cette époque étaient pour la plupart de soie, de taffetas ou de gaze ; ils parurent bientôt trop aristocratiques et furent remplacés par des éventails dont les feuilles étaient de vulgaires estampes coloriées, pour la plupart gravées par Lebeau. Elles représentaient des épisodes de la Révolution, les symboles de la Liberté, des devises patriotiques et des portraits de personnages célèbres. Citons Necker, Mirabeau, Bailly, Lafayette, ainsi que les trois martyrs de la Liberté, Chalier, Marat et Lepelletier de Saint-Fargeau. Une figure plus glorieuse va bientôt succéder à celles-là, c'est celle du général Bonaparte. Mais restons sous le Directoire.

Les royalistes, rassurés peu à peu depuis la mort de Robespierre, commencèrent à se compter. Tandis que les hommes s'habillaient avec une recherche affectée, les femmes portaient des éventails qui laissaient voir aux initiés soit les emblèmes de la royauté disparue, soit les profils des augustes victimes.

Écoutons le Journal des hommes libres (3 thermidor an IV ) : «Les signes royauxreparaissent avec plus d'audace et defureur que jamais. Outre la manière de se reconnaitre en présentant d'une certaine facon sa canne courte, à pomme unie d'acier ; outre les signaux de la main, etc., etc., on reprend le deuil des victimes ; et il se porte sur des éventails noirs garnis d'un liseré blanc ; au milieu, un panier de fleurs blanches, qui, resserré par le pli de trois brins de l'éventail, présente une superbe fleur de lys. Get éventail était au grand ordre du jour, à la dernière réunion de Clichy ; et c'était quelque chose de vraiment incroyable que le zèle qu'on a mis à s’en procurer.

« Cet éventail vraiment unique a cependant un rival aussi étonnant aussi délicieux, aussi admirable. Il est semé de fleurs; et dans leurs heureux contours, le pli de quelques brins donne le profil des malheureuses et augustes victimes, dont les mânes reposent parmi les fleurs. C'est ainsi qu'on prélude aux honneurs à rendre aux deux époux Gapet. »

Le supplément du même numéro mentionne un troisième genre d'éventails : « Le mérite plus caché n’en est que plus précieux;

ils n’ont absolument l’air que d'une plaisanterie, et le génie qui y a placé le signe chéri du salut a si bien pris ses dimensions qu'on se donnerait au diable qu'il n’estlà que par hasard. Vous voyez, en effet, sur ces derniers se développer pêle-mêle tous les papiers monnaie qui ont suivi et servi la Révolution. Qu'en voulez-vous dire? Attendez donc. Juste au milieu, dépasse du timbre sec d’un assignat de vingt-cinq livres la triste figure de Louis Capet... et vous croyez que celui-là n'est pas gentil! »

Au mois de novembre de la même année (Brumaire an IV), le Journal des hommes libres, ennemi acharné de la royauté, reprend sa campagne contre les éventails royalistes ; il dénonce les éventails au saule pleureur dont les feuilles offraient à l'œil exercé, les profils du Roi, de la Reine, de Madame Première et de Louis X VII. Me Despeaux, rue de Grammont, vendait ses curieux éventails de 180 à 200 livres.

Dans l'ouvrage intitulé Paris, par Peltier (janvier 1797), il est question d'une nouvelle variété d'éventails politiques. Le sujet présentait une pensée couverte d'un léger nuage sur laquelle frappait le foyer d'une lanterne magique montrée par un enfant. En regardant partransparence, on distinguait Louis XVI, Marie-Antoinette et le Dauphin.

D'après l'étiquette de Versailles, les dames n'ouvraient jamais leur éventail en présence de la Reine, « à moins que ce ne fût pour en user en guise de plateau et pour présenter quelque chose à S. M.»

Au XVIIL siècle, la mariée, le jour de ses noces, offrait à chaque

invitée un sac et un éventail. (Mme de Genlis, Mémoires.) Le cadeau de l'éventail était de rigueur. Nous voyons qu'il ne fut pas oublié lors du mariage de Mle de Choiseul-Stainville avec son parent M. de Choiseul la Baume. « Après le diner, la nouvelle mariée a premièrement apporté dans le salon les présents destinés à la compagnie : une bourse chacun; les dames ont eu de plus un éventail; les évêques et les abbés, un cordon d'or pour le chapeau... » (M. J. Grasset, Mme de Choiseul et son temps, Paris, Didier, 4874, p. 192.) . Lors des mariages, à la cour de France, la série des présents offrait une grande variété et se représentait semblable, augmentée ou diminuée, dans les mêmes circonstances. Les éventails et les tabatières s'y trouvaient en plus grand nombre, mais on y voyait aussi des boîtes à mouches, des tablettes, des chaînes, des montres, des paniers à ouvrage avec leur navette, des flacons, des étuis de pièces, des étuis à cure-dents, des couteaux, ciseaux, tire-bouchons et porte-crayons d'or.

Le 5 septembre 1795, la Reine Marie Leczinska trouva dans sa corbeille trente-cinq éventails fournis par Ticquet, éventailliste du Roi, et au prix facturé de 3.627 livres. En 1745, au mariage du Dauphin avec l'Infante Marie-Thérèse Antoinette, fille de Philippe V, celle-ci compta parmi ses bijoux trente-six éventails valant ensemble 3,855 livres. Selon l'usage de l’époque, la plupart devaient être offerts aux dames de la cour. Le plus remarquable et le seul dont les comptes des Menus-Plaisirs nous donnent une courte description, était « un éventail de bois et de nacre de perle sculpté, garni d'orfèvrerie et d'une peau peinte. » Il valait 474 livres. (Archiv. Nat. Mariages du Dauphin fils de Louis XV. Récits. 013252.)

On sait que l'Infante mourut en couches l’année suivante. Lorsque le Dauphin se maria en secondes noces (1747), une nouvelle série de trente-cinq éventails vint garnir la corbeille de Marie-Josèphe de Saxe; celte fois encore nous n’en voyons qu'un de décrit, c’est « un éventail de bois, de nacre de perle et d'yvoire, sculpté d’or, monté sur une belle peau ». Il est estimé 456 liv.

Marie-Antoinette eut aussi de très beaux éventails. Il nous serait difficile de rappeler ceux que lui offrit Louis XV en 1770. L'unique renseignement à ce sujet nous vient du mémoire de Gaillard, bijoutier du Roi, et dont le chiffre s'élève à 66,561 livres ; il comprend « un éventail garni en brillants et émeraudes, pour Madame la Dauphine. » (Arch. Nat. 013027.) Tout ce qui se rattache à cette noble princesse offre un grand intérêt. Aucune Reine n'a excité plus d'enthousiasme, ni reçu plus d'outrages. Dans les premières année-, le peuple l'acclame avec ivresse. La Reine y est toujours sensible : elle est émue des sentiments qu’elle inspire et cherche à conserver l'affection de ses sujets. Peu à peu la calomnie va transformer en une profonde inimitié cette affection idolâtre.

Ses ennemis la dénigrent sans cesse et tournent à mal ses moindres démarches ; c'est de son entourage, c'est de sa propre famille que partent ces bruits indignes dont elle eut tant à souffrir. |

Que reste-t-il de ces accusations dictées par l'envie et par une haine aveugle? Rien ; pas un fait. Quant à ses dépenses, qu'avaient-elles de si excessif pour une souveraine, si on les compare aux sommes énormes que Louis XV prodiguait à ses maîtresses à celles surtout que le grand Frédéric se permettait d'appeler Cotillon IT et Cotillon II ? En dépit des calomnies, Marie-Antoinette conserve toutes les sympathies et reste avec son caractère

éminemment français ; elle est gaie, aimante, un peu frivole, un peu légère, mais honnête femme quoi qu'on ait dit, mais bonne et charitable, comme la bonne et charitable Joséphine, mère tendre, courageuse dans le danger, femme forte dansle malheur, et bien autrement digne d'occuper le trône de France que son terne et incapable époux, l'inerte et résigné Louis XVE.

Les ouvrages marqués au chiffre de Marie-Antoinette (un Met un À couronnés) ont un attrait immense, indéfinissable, au point de faire vibrer la fibre de tout véritable curieux, sans acception de parti, car la politique n'existe pas pour le véritable collec-tionneur. Toute pièce provenant de la Reine enchanteresse et martyre devient un objet de haute curiosité et mérite Ja place d'honneur dans nos cabinets, dont elle accroît l'importance.

Le comte de Provence, qui devint plus tard Lous XVIIT, offrit un jour à Marie-Antoinette un très bel éventail accompagné des vers suivants composés par Lemierre :

Au milieu des chaleurs extrêmes, Heureux d'amuser vos loisirs, Je saurai près de vous ramener les zéphirs, Les amours y viendront d'eux-mêmes.

Une autre fois, apprenant que la Reine se rendait par eau à Fontainebleau et devait passer par-devant Saint-Assise, il l'y faisait précéder par un immense filet d'or, pour l'arrêter au passage. « Mais ces démonstrations courtoises n'étaient que les artifices d'nne ambition froide qui savait se posséder. (Louis Blanc, Histoire de la Révolution francaise, UK, 158).

L'éventail figure bien rarement parmi les nombreux présents faits au nom du Roi, par l'intermédiaire du ministre des Affaires étrangères. Lans les soixante volumes manuscrits in-f° des Présents du Roi, nous n'en avons trouvé que trois exemples, les voici :

15 juillet 1756. Offert au chev. Douglas, quatre éventails. 900 liv.

48 mars 1757. Au nombre des bijoux remis au Mi de L'Hôpital, pour être distribués pendant son ambassade à Saint-Pétersbourg, se trouvait un «éventail d'or, garni de deux brillants. 1,960 iv. »

14 décembre, 1773. À l’occasion du baptème du jeune Infant de Parme, nommé par Louis XV, le Roi lui envoie un toquet orné de plumes et de diamants valant 37,707 livres. Quant à la duchesse de Parme, elle reçoit un riche éventail en bois de nacre et burgau sculpté et doré, dont les maîtres brins sont enrichis

de brillants, Il coûte 17,500 Liv. (Arch. du Min. des Aff. étr. Présents du Roi. Nos 462, 437 et 442).

C'est un coup d’éventail donné dans un mouvement de colère, par le Dey d’Alger à notre consul de France, M. Deval, qui fut cause de la conquête de l'Algérie.

Les montures d'éventails, en bois, en nacre, en os, en ivoire viennent du département de l'Oise et sont fabriquées dans les villages de Sainte-Geneviève, le Déluge, Andeville, Laboissière, Angleterre, Crèvecœur et Méru. Les montures d'ivoire, décou- .pées dans l'Oise, sont sculptées à Dieppe et terminées à Paris.

Un des chefs-d'œuvre de cette grande industrie est l'éventail de Marie-Antoinette, décrit dans le Catalogue du musée des Souverains. « Les branches sont d'ivoire sculpté ; sur l’une d'elles a été représentée la Reine en costume de cour ; sur l’autre, on voit le Roi Louis XVI; plus bas, dans un médaillon, la têle de Henri IV et de Louis XV, quiest du côté opposé. Lorsque les

‘branches sont ouvertes, l'on retrouve sur la monture, le Roi Louis XVI assistant à un conseil. » Malheureusement la feuille peinte de l'éventail a été remplacée par un papier blanc.

Deux autres éventails également célèbres furent offerts par le conseil municipal de Paris à la princesse Hélène, lors de son mariage avec le duc d'Orléans, en 1837.

L'éventail a son langage. Selon la manière de le tenir, de l'ouvrir, dele fermer, de l'incliner à droite ou à gauche, de s’en couvrir la poitrine ou les lèvres, il exprime la sympathie ou l'éloignement, l'amitié ou l'amour ; il réclame la prudence, donne des rendez-vous, en fixe l'heure ou avertit de ne pas venir.

Les Espagnoles excellent dans cette langue de la galanterie.

Un de nos amis revenant d'Espagne, nous raconta qu'un soir, au théâtre de Madrid, sa voisine lui fit remarquer une dame parlant de l'éventail et lui traduisit plusieurs mouvements.

M. Chapus, du Sport, donne une clé de ce mystérieux langage. « L'éventail dont le mouvement se porte de la main au dehors, dit que la personne est mariée, elle vous éloigne ; le mouvement contraire dit qu'elle est veuve; c’est un appel; il est plus ou moins vif. Si le mouvement est marqué de bas en haut, il signifie qu'on est ni mariée ni veuve. L’éventail qui va de haut en bas vous dit : vous vous soumettrez à mes volontés.

« L'éventail fermé et tenu droit dit que vous pouvez agir librement ; s’il est déployé et couvre la poitrine, il vous recommande la discrétion la plus absolue.

« L'éventail fermé et présenté horizontalement signifie galan-

LES ÉVENTAILS. 18i

terie ; présenté par le petit bout, éloignement ou indifférence ; avec un de ses compartiments déployé, amilié; deux compartiments ouverts, sympathie ; trois, amour, passion.

« Tout éventail mondain doit se composer de sept feuilles ou compartiments indiquant les jours de la semaine; l'heure des rendez-vous se marque par des coups frappés sur le compartiment correspondant au jour choisi; deux coups, trois coups, quatre coups veulent dire deux, trois ou quatre heures.

« L’éventail fermé et placé sur les lèvres impose le silence ; le mouvement circulaire signifie : on nous voit, on nous épie, on nous regarde; et quand une de ses extrémités est posée sur le front, c'est un avertissement qui se traduitainsi : Mon mariva venir.

« On comprend qu'une certaine expérience de ces évolutions est indispensable à celui qui ne veut pas être exposé à commettre des bévues dont il serait la première victime. IL s’agit, en effet, et avant toute chose, de savoir distinguer l'éventail qui, dans les mains d’une femme, n’est qu'une contenance ou un agent hygiénique contre les ardeurs de la température, de l'éventail qui fonctionne télégraphiquement. Tout est là, y prendre garde ! »

De tout temps, des artistes distingués, en dehors de leurs travaux habituels, ont peint des éventails ; ces faits, bien que souvent renouvelés, n’en sont pas moins des exceptions et les beaux types de ce genre sont rares. Les peintres éventaillistes formaient une légion d'artistes la plupart sans renommée. Ils signaient rarement leurs œuvres; cela vient de ce qu’ils se bornaient à faire des copies ou pastiches des maîtres en vogue tels que Lebrun, Watteau, Boucher, les Vanloo, Lemoine, Greuze, Fragonard, etc. Cependant quelques célébrités ont surgi dans cet art secondaire.

La corporation des éventaillistes, avec jurande et maitrise, date de Louis XIV. Pour obtenir la maitrise, il fallait quatre années d'apprentissage et l'exéculion du chef-d'œuvre. Le récipiendaire devait, en outre, verser 550 livres. Patron : saint Louis.

Liste chronologique d'éventaillistes sauvés de l'oubli.

Les Voirior, Pierre, Claude et Nicolas, peignaienten miniature, au X VIT siècle, sur des livres et sur des éventails.

Pierre VotrioT, « peintre enlumineur, » florissait en 1639.

Claude Vorrtor, fils de Pierre, se faisaitappeler comme son père, peintre enlumineur.

Nicolas Vorrior, fils de Claude, était cité en 1679 comme peintre en miniature et peintre éventailliste.

Théodore Oxkruir florissait en 1660 à La Haye, où il était réputé comme peintre d’éventails.

Pierre LEGRAND, évantailliste de la duchesse d'Orléans, exerçait son privilège en 1663.

Charles DESAMEAUX, Jacques Guicor, Jacques Joucy et Claude LeciÈère Desparcs, tous quatre « évantaillistes de la maison du Roi, » florissaient en 1680. Le nom de Desameaux serencontre écrit de bien des manières : DE HAMES, DE HANTES, DE HEAULME, etc. Jal mentionne ce maître comme étant déjà, en 1656, « marchand edvantaillier et enlumineur ordinaire de Sa Majesté. »

LANGLois, rue Saint-Sauveur, au Fer-à-cheval, «faisait des buscs et bois d’éventails d'une grande propreté. » (Abraham du Pradel. Le Livre commode., Paris, 1692, p. 95.)

Jean CaNo pe AREVALO, artiste espagnol, florissait à Madrid vers la fin du XVIIe siècle. Médiocre dans les grands sujets, il montra des dispositions pour le genre, en petit, et se mit à composer de jolis épisodes sur des éventails préparés. Afin d'activer la vente de ses travaux, il usa d'un singulier stratagème : « Il se renferma dans sa maison pendant tout un hiver et peignit une grande quantité d’éventails. La saison de vendre étant arrivée, notre peintre supposa qu'il avait reçu de Paris un envoi considérable et en peu de jours il ne lui resta aucun éventail (de ceux qu'il avait peints). Comme cet essai lui donna de grands avantages, il se dédia entièrement à ce genre et a réussi tellement que la Reine le nomma son peintre. » (Quilliet, Déctionnaire des peintres espagnols, Paris, 1816.)

Cano de Arevalomourutà Madrid, âgé de quarante ans, à la suite d'un duel qui fut un assassinat. Il se battit en brave, mais il succomba sous les efforts réunis de l'adversaire et des deux témoins.

Daniel BRuYNINx, miniaturiste habile (1731+4-17%0), jouissait à Rotterdam d'une bonne réputation.

Mile Alida CaRRé résidait en Hollande, au XVIII siècle. Elle a laissé de belles miniatures sur ivoire, et peignit, comme Onkruit et Bruyninx, beaucoup d’éventails. (Siret, Dictionnaire des peintres de toutes les écoles.)

En 1753, la corporation avait à sa tête les quatre jurés suivants : Éloy Bizet, cour Saint-Martin; Julien-Joachin PURRON, rue Quincampoix ; Noël Antoine Basry, rue Saint-Martin ; Louis GéraRD, rue Bourg-l'Abbé. (A/manach des corps des marchands. Paris, 1753.)

Francis XAvERY, FECIT 1763. Noms et date relevés sur un très bel éventail appartenant à M. Vannier. Le sujet représente deux fiancés conduits par l'Hymen, à l’autel de l'Amour.

GAHAIGNE, 1765. Sur un éventail assez finement gouaché.

Le sieur PicuaR»p, dit l'Almanach d'indication et d'adresse per-

sonnelle.…, Paris, 1769, fait toutes sortes d'ouvrages en miniature et est très connu pour la feuille d'éventail ; il a chez lui d’excellents originaux.

Me Doré, grande rue du Faubourg-St-Honoré, dit encore le même almanach, «peint sur soie et sur gaze supérieurement aux ouvrages de la Chine. On admire dans les morceaux de sa composition, l'invention, l'élégance et l'ordonnance de dessin. » Me Doré a certainement peint des éventails.

Voici, d’après l'Almanach Dauphin, les maitres éventaillistes les plus connus en 1737 :

B1ZET, rue Guérin-Boisseau ; Boquer, rue S'-Denis ; CHEVALIER, rue Dauphine, à La croix de Malle ; DANIEL, rue Grenéta ; Duponr, idem; Josse, idem; HéBertr, rue Bourg-l'Abbé; MARTIN, rue Croix-des-Petits-Champ-; RACE, rue Saint-Denis ; VÉRITÉ, rue aux Ours ; Mue VÉRITÉ, rue Saint-Denis. |

KymLt, miniaturiste de talent, « peintre de l'Électeur palatin, » a exposé au Salon de la Correspondance, en 1779, «une toilette de Vénus, peinte en éventail » {(Wouvelles de la république des lettreset des arts, Paris, 1779.)

Le nom de Méré, artiste hors ligne, nous est révélé dans les Mémoires de la Biune d'Oberkirsch, L. XX, p. 318. Laissons parler la baronne :

« Son Altesse sérénissime vint me chercher pour courir les marchands. Nous ailâmes jusqu'au faubourg Saint-Jacques chez unnommé Méré, éventailliste merveilleux. H loge dans un taudis ; il peint des sujets à la gouache de telle façon que’ certainement ni Boucher, ni Watteau n'ont rien fait de semblable. Sa manie est de n'y jamais mettre son nom.

« La princesse en commanda deux pour elle et voulut bien m'en faire accepter un troisième, dont le sujet me plut fort. C'est une fête allegorique au château de Petit-Bourg, au temps de Louis XIV. Presque toutes les figures sont des portraits et vêtues suivant la mode du temps, en dieux de la fable; le Roi, comme de raison en Apollon, avec ses rayons autour de la tête. C'est magaifique. « La monture est en nacre de perle et écaille, incrustée d'or.Son Altesse serénissime y a fait placer son chiffre et le mien. Ce cadeau m'a rendue très heureuse, »

Vente Alexandre, 1835. Feuilles d'eventails, peintes à la gouache, par les principaux artistes modernes. Fête champêtre, par AMAN. 100 fr. — Diane et Endymion, par R. Bazze. 120 fr. — Fête dans un parc, par HENRI BARON. 1,520 fr. — Le Rève d'une jeune fille, par Le mème. 2:0 fr. — Un Rêve d'amour, par STEPHAN Barox. 310 fr, — Le premier pas, par BAYALOS, 145 fr, — Un mois

d'amour, par E. DE BEAUMONT, 320 fr. — Personnages Louis XV, du même. 230 fr. — Danseurs espagnols, par BLANCHARD. 295 fr. — Triomphe de Flore, par BoucnarDy. 75 fr. — Le Triomphe de Vénus, par Mme J. CALAMATTA. 4,300 fr. — Fleurs et fruits, par A. Couper. 55 fr. — Un Concert d’Anmours, par CRONN. 230 fr. — Une Noce bretonne, par AUG. DELACROIX. 1,030 fr. — Les Vendanges, par Donzez. 136 fr. — L'Amour, chef de brigands, par DuBouLoz. 100 fr. — Promenade au bois de Boulogne, par ARM. DUMARESQ. 335 fr. — L'Improvisatrice italienne, par EsBens. 920 fr. Un Rendez-vous, par Tu. FRAGONARD. 320 fr. — La Sérénade, du même. 4,160 fr. —La Vie au château, du même 1,200 fr. — Cascades de Tivoli, par FRANCAIS. 460 fr. — La Musique, par HAMON, 200 fr. — La Fontaine de Jouvence, par W. Houssourier. 195 fr. — Un quadrille, par JULIENNE. 100 fr. — Un Bal à l'Opéra, par Euc. Lam, 1,050 fr. — La Fontaine de Jouvence, du même, 4,950 fr. — Danse champêtre, par Mwe Émuie Leceux. 130 fr. — La Lutte, par E. Lévy. 260 fr. — Le Rêve d’un paysan, par Lu- MINAIS. 205 fr. — Un Tournoi au moyen âge, par E. Moreau. 405 fr. — Renaud et Armide, par CG. NanTeuiL. 299 fr. — Le Printemps, par Picou. 250 fr. — Les Voleurs de roses, par ReI- GNIER. 390 fr. — Les amateurs d’éventails, par Sozne. 275 fr. — Colin-Maillard, par Vinaz, 220 fr. — La Déclaration, par E. VAT- TIER. 85 fr. — Retour des Moissonneurs, par VEYRASSAT, avec deux paysages par ALLONGÉ. 340 fr.

Dans une vente récente, à Londres, un éventail peint par War- TEAU, représentant les fêtes de Versailles, est monté à 12,500 fr.

On vient de vendre en Espagne, une précieuse collection d’éventails, dont le catalogue illustré coûtait 195 fr. Citons, parmi les plus belles pièces, un éventail ayant appartenu au duc de Medina-Cœli, représentant Phryné devant ses juges, peint par LE BRruN, 2,250 fr. ; l'éventail de la princesse Adélaïde de Savoie, peint sur ivoire, par WaATTEAU : Une fête à Cythère. 3,675 fr. ; la Foire aux baisers, par Boucuer. 4,798 fr.

Vente de Mme Blanc, 1881. — « Un éventail de princesse de contes de fées, aux tiges garnies d’œillets entrelacés de brillants et de médaillons ajoutés. 24,100 fr. » (Paul Eudel, l'Hôtel Drouot et la curiosité.)

Vente Hamburger, 1884. — Éventail Louis XV, monté en nacre sculptée et dorée; sur la feuille : le Triomphe d'Alexandre, gouache. 3,400 fr.

MM. Vsse AGUADO (Paris). — Css D'ARMAILLÉ (Paris). —J.-ANT. BAMPS (Belg.), sujet pastoral. Scène mythologique. — GERM. BAPST (Paris), série d’éventails des XVIIe et XVIIIe s. Feuilles encadrées à sujets mythologiques. — Mme CONSTANT BAPST (Paris). — MneBARBEY (Nancy), la Toilette de Diane, éventail Louis XIV. Renaud dans les jardins d’Armide, (Louis XV). La Déclaration contrariée, peinture sur soie.—Mne E. DE LA BARRE D'ERQUELINNES (Belo., sérénade. Une Ronde villageoise. Deux médaillons de fleurs et de fruits; au centre, deux personnages.—Vss BAUDOUIN DE JONGHE (Belg.), éventails au ballon. Scènes pastorales, bibliques et mythologiques. Sacrifice à l'Hymen, etc. Sujet historique anglais, 1792. — BAUR (Paris), l'Assemblée des états généraux, en 1189. — Css À. DE BEAUFORT (Belg.),le Culte de la vieillesse. Les Plaisirs de la campagne. La Manne dans le désert, vernis Martin. Sujets mythologiques, ete.— Gte DE BEAUSSIER (Paris), dameset seigneurs dansant dans un parc, devant un groupe de musiciens; peinture charmante digne du pinceau de Mignard, XVITe s. Vénus retournant à l'O- Iympe, après le jugement de Päris. Sujets mythologiques, Mercure et des amours, etc. — Gsse DE BEISSEL DE GYMNICH (Bele.), le Jardinage. Rébecca à la fontaine, Jacob béni par Isaac. Fête champêtre. Repas champèêtre, ete. — LÉON BERLEMONT (Bely.),év. Louis XVI. — Mnc BE- ZANÇONNOT, la Pompe funèbre du clergé de France, « dédié à l’Assemblée nationale le 2 novembre 1789. » — Mile DE BINCKUM (Belg.), Eliézer et Rébecca. Ev. Louis XVI, à paillettes. — DE BIOLLEY (Belg.), le vœu de Jephté; monture en nacre peinte et dorée, ornée de pierreries. BOSQUET DE LUZARCHES ($Seine-et-Oise), év. découpé à jour, sculpté par Antoine Belleteste, ayant appartenu à Marie-Antoinette. — Bnre DE BOURGOING.— BRAUD-BOUVY (Bels.), Rébecca à la fontaine. — Me DE BRAUX (Nancy), ie château de cartes, év. Louis XV. — PH. BURTY (Paris), série d’éventails japonais. Très curieux spécimen en fer ciselé, avec incrustations d'or. Il porte une signature dont voici la traduction : FAIT PAR V-DA-KANÉ-SIGNE. — DE GAREY (Nancy), éventails du XVIITSs. — Mne S. CATOIR (Belg.), Louis XVI en vernis Martin et autres. — L'ABBÉ CERF (Amiens). — A. CHABEAU (Bels.), év. en ivoire à peinture chinoise. — Mme CHABRY (Bordeaux). — Css DE CHAMBRUN (Paris), év. de Ninon de l’Enclos. La gouache représente Godefroy de Bouillon miraculeusement guéri. A droite, on lit : Offert à Ninon par son ami Saint- Évremont. Éventail cabriolet ou à galerie, scènes parisiennes. Autres, en vernis Martin, ete. — Mie CLÉMENT DE RIS, Moïse sauvé des eaux, vernis Martin. — Gss CG. DU CHASTEL DE LA HOWARDRIES (Belg.), la Justice rendue par un bailli, vernis Martin sur ivoire ciselé et doré — Gsse CORNET DE WAYS-RUART {Bels.), év. à paillettes. Fleurs. Sujets mythologiques. Genre Watteau. Sujet à musique, avec personnages articulés, Mme COSTE (Nancy), év. du XVIIe s. — Mise DES COUR- TILS (Poitiers). — Mme DELAVILLE-LE-ROULX (Paris), sujet tiré de la Jérusalem délivrée, Ubalde et le Danois pénètrent dans les jardins d'Armide devant la fontaine du rire. Sur la mouture, le mariage d'Hercule. La feuille est attribuée à Lemoine. — DAMASCHINO (Paris). — DESJO- BERT (Orléans), série d'éventails à sujets chinois, à paillettes, en broderie, en ivoire découpé, etc. — L'ABBÉ DESNOYERS (Orléans), Éliézer. Abraham et Agar, XVIIIe s. —DESJOBERT (Orléans), év. Louis XV, à dessins chinois; autres, Louis XVI, à paillettes, etc, — Mme DESMANET D'ERQUENNES (Belgique), la moisson. — GÉLIS DIDOT (Paris). — Me DOMIS DE SEMERPONT (Bels.), la Vendange, — Mie THÉ-

RÈSE DOWNES (Bela.), beaux vernis Martin, dont un eu grisaille, à deux écussons. — Mn° DROUYN DE LUYS (Paris), beaux spécimens, Les quatre Saisons, d'après Le Brun. — Mne DUBOIS (Paris), l'Enlèvement d'Europe; riche monture à chinoiseries. — DUGHANOY (Paris), le Jugement de Päris; éventail ayant appartenu à la duchesse de La Vallière. — Css DUCHATEL (Paris), la Toilette de Vénus représentée sous les traits de Mu: de Montespan. Souvenir de Mme de Sévigné à sa fille, Mme de Grignan. — Gss DE DUDLEY, éventail d'église peint, dit-on, par Philippe de Champagne. Ce joyau de haut prix représente la « Légende de la traduction des Septante ». — DUPONT AUBERVILLE (Paris), une arrivée en carrosse de gala; époque de Louis XIV. Scènes champêtres, elc.

Cie D'ESTAMPES (Paris), Jacob et Rébecca; revers, deux bergers. Les Bulles de savon. Un seigneur saluant deux dames. Berger faisant voler des oiseaux. — FAYET (Paris), éventails aux assignats. Autres du Consulat et de l'Empire. — Bor CH. DE FIERBANT (Belg.) — Mme LÉON FOULD (Paris), Pierrot et Arlequin. — Mne DE FRO- BERVILLE (Chailles), beaux spécimens. — Mme FURTADO (Paris), Louis XIV, jeune, soumettant Dôle et Besançon, protégé par Hercule, d'après Le Brun. Le Triomphe d’Amplhitrite; au revers, un paysage maritime. Le Parnasse dans un médaillon, accompagné de deux figures en grisaille dans. des médaillons ovales. La Toilette de Vénus. — Mne FURTADO HEINE (id.), Amour voltigeant. Mars et Vénus. Jeu de cartes. Bacchus et bacchantes, vernis Martin. Cavalier espagnol. Bergerades (Louis XV). Apollon et les Muses. Danses de village, etc. (Louis XV).

CAERTNER (Bourges), év. chinois, en ivoire découpé, etc. — Mne GAILLARD, scène italienne Louis XV. Bergerade Louis XVI — PAUL GASNAULT (Paris), éventail de deuil, genre chinois, en nacre et plumes, ayant appartenu à Marie-Antoinette. — Mme L. GUÉRIN (Paris), riches éventails. — A.-G. GILLARD (Nogent-le-Roi). —Mne GO- BART (Belg.), scène champêtre en vernis Martin, ete. — Mme HEIMEN- DAHL (Paris). —MmeHEINE (Paris), superbe éventail attribué à Le Brun. — Moe JUBINAL DE SAINT-ALBIN (Paris) éventail girouette, vénitien, du XVIe siècle. Louis XIIT jouant au colin-maillard avec les quatre parties du monde. Ev. Louis XIV, avec appliques transparentes, imitant le mica, et permettant de voir au travers, tout en scintillant et abritant les yeux. Enlèvement des Sabines, signé : RomanELLI. Ev. monté sur soie, ayant appartenu à Mme de Pompadour. Promenade sur l’eau, vernis Martin. Don Quichotte. Vues de Rome. Honoré Miquetti de Mirabeau. Je combaltrai les factieux de tous les partis. Le Roi de Rome, etc. Superbe collection. — Mme KOCK DE LASKA {Belg.), Triomphe de Trajan,ete. — Cie LAIR (Paris). — Gss DE LALAING (Belg.), un Baise-main à la cour de Philippe V d'Espagne ; trente-sept personnages. Au dos, une marine. — Br DE LAREINTY (Paris), — GAST. LE BRETON (Rouen), riche éventail à divers sujets, offrant une scène de Don Quichotte, une fête champêtre et une halte de chasse, avec des personnages en costume Louis XV. Autres spécimens du XVIIIe s. — Gsse ED. DE LIEDEKERKE.- PAILHE (Belg.), les Adieux d'Hector et d'Andromaque. Sujets allégoriques etmythologiques — Gsse DE LIMBURG STIRUM (Bele.), la Vendange. Le Jeu de quilles. L'Oiseleur. Rébecca à la fontaine. Sujet maritime, vernis Martin. — MAHON (Paris). — MANÈQUE (Chevenelles). — A. M.S. la Fille &e Jephté. Ev. à paillettes, aux assignats, et. — MARTHE (Orléans). — Mne H. DE MECKENHEIM (Orléans), sujet Watteau. — MEIXMORIN (Nancy), feuilles d'éventails sous verre, XVII s. --

Vie DE MÉLOIZES (Bourges). — MOREAU (Versailles). — Mn: AD, MOREAU (Paris), vernis Martin, d’après Lebrun. Divers. — Gsse DE MESNARD (Montauban), beaux spécimens. — RAOUL DE MON- TAUDOUIN (Orléans), Salomon sacrifiant aux idoles. — Dsse DE MOUCHY (Paris).

NADAR (Paris), série d'éventails au ballon. — Css DE NÉDON- CHEL (Belg.), Rébecca et Eliézer. Berger et bergère. — Mme NOEL (Nancy), Repas champêtre, Louis XVI. — Mme NOIROT. — Css D'OS- MOND (Paris), éventail de Marie-Antoinette. — Brre DE PAGES (Paris), éventail ayant appartenu à Marie-Antoinette; fleurs, oiseaux et paillettes sur soie. Ev. à paillettes, de Mme de Beauharnais. Ev. en tulle brodé d'argent de la duch. de Berry. Un autre en soie bleue, pailleté, à sujet brodé, ayant appatenu à Mme Récamier. — Mme PANGAERT D'OP- DOREP (Bels.), l'Heureuse Famille. — Css DE PELLAN (Bels.), le Sommeil d'Endymion, avec le Jugement de Päris sur la monture en nacre. L'Hymen. — Bon J. PICHON (Paris), un Panquet champêtre. -— Gsse PI- GAULT DE BEAUPRÉ (Paris), éventails Louis XV et Louis XVI. Bergerades. Jeune femme entourée d'enfants et jouant de la cornemuse. Scènes d'enfants. La Déclaration. Éventail hollandais, représentant dans un paysage un fumeur et une jeune femme assise. — Mme PIGEOLET- EVENEPŒL (Belg.), év. de la révolution brabançonne. Trois devises : Ma Patrie et mon droit. L'une et l'autre sont ma loi. Ma force est pour mon Dieu. — JOHN PINSON (Belg.), év. de Mme de Pompadour, en vernis Martin, peint par CarLe VaxLoo (1705+1765). D'un côté, le Festin des dieux, dans l'Olympe; de l’autre, Apollon et les Muses, parmi lesquelles figure la marquise. — Dr PIOGEY (Paris), év. ravissant attribué à Boucher. Trois médaillons circulaires encadrant trois bustes, sur un fond d’'Amours soutenant des guirlandes. Autres spécimens très beaux. — Bon DE PIT- TEURS HIEGAERTS D'ORDANGE (Bels.), Moise sauvé des eaux. Allégories. Scènes pastorales et champètres, en vernis Martin. Le Jugement de Pâris ; celui-ci, sous les traits de Louis XV, donne la pomme à Vénus, figurée par la Dsse de Châteauroux, vernis Martin. — Vite DE PON- TON D'AMÉCOURT (Paris), év. japonais, ete. — Gse DE POUR- TALÈS (Paris), Esther et Assuérus. Diane. Sujets champêtres à médaillons, etc. — Mme POSWICK (Belg.), la Main chaude, vernis Martin. — Mure POWIS DE TENBOSSCHE (Belg.), la Signature du contrat au village. Allécories. La Toilette de Vénus. Sujets champêtres, etc. — M'ie PROST (Bordeaux), série de beaux éventails du XVIIe s. — VICT. RATIER (Bourges). — Mme RIDEL (Vimoutiers), Moïse frappant le rocher. Éventails Louis XVI, à paillettes. Autre : Scène champêtre. — Csse C. DE RENESSE (Belg.), Sacrifice à Flore. Sacrifice à l'hymen Joseph vendu par ses frères. Sujets champêtres, historiques, mythologiques. Nombreuse et belle série. — Mne RIANT (Paris), le Jugement de Pâris; très joli éventail Louis XIV, peint sur lames d'ivoire. — Mise DE ROCHAMBEAU (Paris) — L'ABBÉ ROCHER (Orléans), év. Louis XVI et dela Révolution. L'Assemblée des notables. La Prise de la Bastille. Les fleurs de lis couronnées du bonnet de la Liberté. Le Mariage républicain, Ev. aux assignats, etc. — Brie GUST. DE ROTHSCHILD (Paris), év. aux armes de France, ayant appartenu à Marie-Antoinette. — ROUILLÉ (Orléans), bergerades, vernis Martin, — ARMAND ROUS- SELET (Orléans), év. Louis XV, ayant appartenu à la Reine d'Espagne, femme de Charles II. — Mise DE St-CLOU (Compiègne), éventails de prix. — HENRI SCHÉRIER (Paris), le Mariage du Dauphin, fils de

Louis XV.— CS DE SHAFTESBURY, Cornélie montrant ses bijoux ; év.

italien du premier Empire.— Mne SICKEL (Paris), oiseaux. Danse macabre, composée de neuf squelettes. — SINGER (Paris), Jacob et Rébecca ; sur la monture en nacre: la Toilette de Vénus. — PRssSOLTYKOFF (Paris) év. attribué à Boucher et dont les brins sont en or massif. — Mme DU SOMMERARD (Paris), très beaux spécimens. — Mne SOMZÉE (Belu.), év. signé : FRA BELLI ANVENIT ET rEciT. D'un côté, dix médaillons, figurés sur une dentelle. Celui du centre, représente Vénus recevant des Tritons, les offrandes de la Mer; au revers, cinq médaillons à sujets pompéiens. Andromaque implorant la clémence de Pyrrhus pour Astyanax. Magnanimité de Scipion l’Africain, dessin à la pointe par Juces Romain. Le Jugement de Midas ; éventail signé : GUILIELMUS DOMINUS DE ERGUSTAN PINX. 1673. Vernis Martin ; sur la monture en ivoire: Don Quichotte dans l’île de Barataria. Le Festin de Balthazar. L'Embarquement de Médée et de Jason, feuille attribuée à Pauz Vérowèse. L'Enlèvemeut des Sabines, feuille. La Renommée des dieux et des déesses, par Luca Giorpano. Splendide collection. — Gsse DE SPANGEN (Belg.), un sacrifice à l'hymen. Scènes de la Bible. Bergerades, etc. Une châtelaine à cheval, suivie de sa cour, se rendant à la chasse. — Vsse DE SPOELBERCH DE LOVENJOUL (Belg.), les Plaisirs de la campagne, la chasse, la pêche, etc. — Vsse DE TERRAY DE MOREL VINDÉ (Paris), éventails remarquables. — A. TRANCHEPAIN (Rouen), spécimens du XVII s, — VANNIER (Paris), Suzanne au bain, dans le genre de Coypel; monture genre Watteau. Nymphe dansant au pied de la statue de Junon ; scène chinoise sur la monture, vernis Martin. Persée délivrant Andromède. Deux fiancés conduits par l'Hymen à l'autel de l'Amour, év. signé : FRANCIS XAVERY FECIT 1763. Pastorales, etc. — EUG. DE THIAG (Paris), év. de Marie-Antoinette en ivoire de Ceylan, genre dit brisé ; sur les brins, au nombre de vingt, on a sculpté l'Entrevue d'Alexandre et de Porus. — Dss DE LA TRÉ- MOILLE (Paris). —Mne DE VALABRÈGUE (Paris). — Mme L. VER- VOORT (Belg.), év. Louis XIV, év. Louis XV à sujets mythologiques ; év. Louis XVI avec perles d'acier. Autre, eu satin avec figures, du Directoire.

Bruce G. VAN OUTHEUSDEN (Bels.), fillettes se balançant sur un tronc d'arbre. Bergerades, genre Watteau. — Gsse VAN DER DILFT DE BOGVLIET (Belg.), l'Hyménée, Vénus et Vulcain. Éliézer et Rébecca à la fontaine. Scènes champêtres, etc. — Gse F. VANDER STRATEN- PONTHOZ (Belg.) Eliézer et Rébecca. Év. en écaille portant au centre, une petite lorgnette. — S. M. LA REINE VICTORIA, richissime éventail Louis XIV, ayant appartenu à Marie-Antoinette ; scènes mythologiques dans trois cartouches de grand style; au-dessous, un groupe de musiciens séparés du reste de la composition par une élégante draperie. — Me VINKEROY (Belg.), David et Abilgai. — DE VOBZE (chât. de Mottelle), éveutails de prix. — VOISIN (Paris), mariage symbolique de Louis XV et de Marie Leczinska dans lOlympe, avec les armes de France et de Pologne. Histoire de Psyché, vernis Martin. Bergers dénichant des oiseaux, etc. — Bnre ALF, DE VRIÈRE (Belg.), la Partie d'écurté. Fête champêtre. Oiseau s'échappant d’une cage avec cette légende: Il a rompu sa chaîne. — E. WATTIER (Paris), év. attribué à Watreau. — Me H. DE

o.. WITTE (Belg.), Télémaque et Mentor chez Calypso. — Brre DE WOLF canne&Belg4, év. à deux sujets, attribué à Boucher. Le Sommeil d'Endymion et Achille choisissant des armes. Autre : Terrasse d’un château avec personnages, — Muce YSEBRANT DE DISQUE (Belg.), deux personnages

s’approchant de l'autel de l'Hyménée. Spécimens en soie peinte et pailletée Louis XVI. — Mile YSEBRANT DE DISQUE (Belg.), Diane surprise à la chasse. Berger et bergère, etc.

Le bâton est rustique, c'estla canne du pauvre et du philosophe. Comparée au bâton, la canne est un objet de luxe ; exécutée avec soin par des hommes spéciaux, elle est souvent ornée d'une pomme artistique en émail, en or ciselé ou repoussé, en bois ouen ivoire sculpté, en porcelaine peinte. Quelques spécimens renferment par exception une montre, une tabatière ou un portrait prohibé, dissimulé par un secret. De tout temps, les hommes se sont servis de bâtons; celui de Diogène était aussi célèbre que sa lanterne et son tonneau. Le bâton de Pérégrinus Protée, autre philosophe cynique, fut vendu 4,800 fr.

C’est avec sa canne, que Caïus Popilius eut l’audace de tracer sur le sable son fameux cercle autour d’'Antiochus Épiphane, Roi de Syrie. Le Roi hésitait à s'expliquer et cherchait des attermoiements. « Avant de sortir de ce cercle, lui dit le fier Romain, dis-moi quelle réponse je dois porter au Sénat. » [ls’agissait pour le Roi, d’évacuer l'Égypte, dont il avait commencé la conquête. Antiochus, craigant le ressentiment de la puissante République, se décida sur-le-champ.

Au temps de Charlemagne, les Francs portaient à la main une canne en bois de pommier, surmontée d'un bec de métal doré ou argenté. (Quicherat, Æistoire du costume en France, Paris, 1875.)

A la cour de Louis XIIT, on vit s'établir et se répandre l'usage de porter des cannes; celle du Roi était d’ébène surmontée d’une pomme d'ivoire uni. « La canne de Louis XIV, plus historiée, plus fastueuse, était aussi d’ébène comme celle des Condé, des Villars, des Luxembourg et des Créqui, ses illustres courtisans. La canne de Louis XIV appartient à l’histoire, comme sa perruque. Celle du maréchal de Richelieu se distingua par sa splendide ornementation; c'était une canne sans pareille, qui exeita, dès qu’elle parut, l'envie de tous ; ce fut le signal d’une révolution dans la fabrication de cet appendice du

costume devenu d’une nécessité absolue ; les fermiers généraux, les financiers rivalisèrent de luxe à cet égard, et l’on vitles cannes de La Popelinière et de Samuel Bernard valoir jusqu’à dix mille écus. Incrustées de pierres précieuses, sculptées, ciselées, travaillées avec un soin exquis, elles devinrent de véritables objets d'art, et comme tels,elles restèrent aux mains des grands et des riches. »

« La longue canne à pomme d'or dite à la Tronchin, qu'on appela depuis canne à la Voltaire, était portée surtout par les vieillards, les magistrats, les personnages notables. La badine souple et pliante, de toutes longueurs, ne convenait qu'aux jeunes gens qui couraient en chenille, c'est-à-dire en petit habit leste et pimpant dans les rues, le matin. » (P aul Lacroix, le XVIIIe siècle.) Souis Louis XIV, et depuis, le contrôleur général des finances était Le seul qui portât la canne, en se présentant chez le Roi.

Les femmes eurent aussi leur canne. Celle de Mile de Montpensier a joué un rôle dans l’histoire de nos guerres civiles; elle était ornée de rubans aux couleurs de la Fronde et servit à donner le signal aux canons de la Bastille de tirer sur les troupes royales. Au XVIII siècle, les femmes font usage de la grande canne à pomme d’or, qu'elles portent majestueusement par le milieu. Ce n’est pas pour elles un vain ornement, écrit Mercier en 1782 ; elles en ont besoin plus que les hommes, vu la bizarrerie de leurs hauts talons qui ne les rehaussent que pour leur Ôter la faculté de marcher. (Zableau de Paris.)

La manie des cannes (comme celle des bagues et des tabatières) était poussée à l'extrême. Il était de bon ton d’en changer souvent. Le comte de Brühl, ministre de l’Électeur de Saxe, Frédéric Auguste IT, en avait au moins trois cents, toutes riches et variées. Le prince de Talleyrand en possédait aussi, paraît-il, un nombre considérable. Henry Beer, frère de l'illustre Meyer Beer, avait réuni une collection de cannes sans pareille , ainsi que d'affiches de spectacles et de concerts de Berlin. Il est mort fou et ruiné, dit M. Feuillet, de Conches, une canne dans chaque main. (Causeries d’un curieux, t. II, p. 170.)

Le Cabinet des modes nouvelles, à la date du 1% avril 4786, nous montre un Jeune désœuvré portant sous le bras gauche « la canne bambou à pomme d’or ». D’après Quicherat, l'élégant portait, en 1790, une grosse canne ficelée d’une corde à boyau, dans l'intérieur de laquelle était enfermé un sabre droit.

Sans retourner à l'antiquité, parlons de quelques bâtons et

cannes célèbres, On montre à Moscou, au Kremlin, une canne

LES CANNES ET LES BATONS. 174 dont la vue rappelle d’horribles souvenirs ; c’est celle de Jean Wasilewitch le Cruel. La pomme est en ivoire sculpté, tandis que l'extrémité inférieure est terminée par un stylet affilé, Gette terrible canne quittait rarement Jean le Cruel. Lorsqu'il donnait audience à ses fonctionnaires, il s’approchait de celui dont il était mécontent et lui entrait sa canne dans le pied, de manière à le clouer au parquet. Malheur au patient qui n'avait pas la force de supporter cette épreuve, de nouveaux châtiments plus affreux encore lui étaient réservés.

La canne du maréchal de Villars est plus glorieuse. Au lieu d’un tyran, elle nous rappelle lillustre homme de guerre auquel la France dut son salut à Denain. « En 1730, écrit Mme Campan dans ses Mémoires, la Reine Marie-Leczinska, fse rendant à la messe, trouva le vieux maréchal de Villars appuyé sur une béquille de bois qui ne valait pas trente sous; elle l'en plaisanta et le maréchal lui dit qu'il s’en servait depuis une blessure qui l'avait forcé de faire cette emplette à l’armée. La Reine en souriant lui dit qu’elle trouvait sa béquille si indigne de lui qu'elle espérait bien en obtenir le sacrifice.

« Rentrée chez elle, Sa Majesté fit partir M. Campan pour Paris, avec l’ordre d'acheter chez le fameux Germain la plus belle canne à béquille en or qu'il püt trouver, et lui ordonna de se rendre de suite à l'hôtel du maréchal de Villars et de lui porter ce présent de sa part. Il se fit annoncer et remplit sa commission ; le maréchal, en le reconduisant, le pria d'exprimer {oute sa reconnaissance à la Reine et lui dit qu'il n'avait rien à offrir à un officier qui avait l'honneur d’appartenir à Sa Majesté, mais qu'il le priait d'accepter son vieux bâton, qu'un jour peut-être ses petits-fils seraient bien aises de posséder la canne avec laquelle il commandait à Marchiennes et à Denain. On retrouve dans cette anecdote le caractère connu du maréchal de Villars, mais il ne se trompa pas sur le prix que l’on mettait à son bâton. Il a été conservé depuis ce temps avec vénération par la famille de M. Campan. » (IT, 79.)

Voltaire, Rousseau et le grand Frédéric avaient toujours une canne à la main ; ce quis’est répandu de soi-disant cannes de ces trois personnages est incalculable. Un écrivain a fait observer à ce propos que tous ces bâtons plantés ensemble pourraient former une petite forêt.

Après l’apparition de l'ennuyeuse pièce de La Harpe : es Rarmécides, on vendit dans la rue des cannes particulières auxquelles on avait donné ce nom. La Harpe l'apprit dans des circonstances pénibles pour son amour-propre. «Il était en carrosse de gala au

bois de Boulogne, avec deux dames de la cour, dont l’une était, je crois, la duchesse de Grammont. Il avalait l’encens qu'il se faisait offrir et qu'il rendait aux autres en les jugeant d'après luimême. Un quidam passait près de la voiture, qui marchait au pas, en criant : «Qui veut m'acheter des cannes à la Barmécide ! — Des cannes à la Barmécide, M. de La Harpe, dit une de ces dames, cela vous regarde. Permettez-moi de vous en offrir une en mémoire de votre grand succès.

M. de La Harpe, regardait les représentations des Zarmécides, cette tragédie des momies persanes, comme un succès. On appela le marchand, il s’approcha du carrosse et montra trois ou quatre bâtons noueux surmontés d'une pomme d'ivoire; c'était fort laid.

« Quoi! voilà vos Barmécides, reprirent ces dames ; pourquoi leur donner un pareil nom ?

— Vous allez voir, Madame, poursuivitle marchand d'un air fûté. Il démonta la pomme montée à vis et montra à la carrossée un gros sifflet caché sous l'ivoire. M. de La Harpe resta tout penaud, mais ces dames eurent la cruauté d’éclater de rire. Que devint son visage ! Comme le disait M. de Beaumarchais, il aurait volontiers pleuré de la bile. » (Mémoires de la Bnne d'Oberkirch, 1; 226.)

On connaît la canne dont parle Franklin dans son testament : « Je lègue mon bâton de bois de pommier sauvage, orné d’un bouton d’or en forme d’un chapeau de la Liberté, à mon ami, l'ami du genre humain, le général Washington. Si c'était un sceptre, il serait digne de lui et bien placé dans sa main. C’est un présent que m'a fait cette excellente dame Forback duchesse douairière des Deux-Ponts ; quelques vers qui y sont relatifs doivent l’accompagner. »

La famille du marquis de Lafayette conserve une canne historique surmontée d’une pomme façonnée en pierre de la Bastille. Cette canne doit être un souvenir du patriote Palloy, chargé par la commune de Paris de démolir l'antique forteresse.

Vers la fin du XVIe siècle, CROQUART, rue Saint-Simon, était réputé comme fabricant de cannes. (Abraham du Pradel, /e Livre commode.)

Sous Louis XVI, OURRÉAL, CHARPENTIER et CARTIER, tabletiers, tenaient fabrique et magasin de cannes assorties. Les bijoutiers Maro, rue d'Enfer, et DURIER avaient la spécialité des belles pommes de cannes. (A/manach Dauphin.) Maïs la maisonla plus en vogue était celle de GrANCuEz, bijoutier de la Reine, au Petit Dunkerque, chez lequel on trouvait de « jolies cannes de femmes,

en bambou, chiquetées, garnies d'or ». (Mercure, août 1775.)

En dehors de ces maisons de commerce recommandées, il est bien certain que des artistes de premier ordre ont ciselé des pommes de cannes. Nousavons déjà cité le fameux GERMAIN, «sculpteur orfèvre du roi, » chez lequel la Reine Marie Leczinska faisait acheter pour le maréchal de Viliars une magnifique canne, à béquille d'or.

A Germain, nous pouvons adjoindre AUGUSTE, « particulièrement connu pour tout ce qui concerne la vaisselle et bijoux ciselés. » Assurément ces deux maitres, pour satisfaire aux goûts de leurs nobles clients, ont ciselé des pommes de cannes, comme ils ont ciselé des tabatières et de splendides vaisselles.

Au milieu des belles céramiques de la collection Paul Gasnault, nous avons remarqué une intéressante variété de pommes de cannes en porcelaine tendre, provenant pour la plupart de la manufacture de Chantilly.

Les unes figurent une tête d'homme ou de femme, de dauphin ou de perroquet ; les autres sont cylindriques, à bouton ou à béquille. Sur une pomme, forme béquille, à personnage, on voit une béquille peinte en rouge, accompagnée de cette légende : Je vous offre ma béquille. Sur une autre de même facture, on lit : Ma béquille, toujours fertile (4).

En Allemagne, diverses fabriques et surtout celle de Meissen, ont fait, au siècle dernier, de jolies pommes de cannes, à figures, modelées et peintes avec talent. Les répétitions qu'on fait aujourd'hui sont bien inférieures aux types anciens.

L'allemand Daëgcer, mort en 1702, s’est fait connaître par son habileté à ciseler des pommes de cannes, en ivoire. Un de ses sujets favoris représente des enfants grimpés les uns sur les autres.

Pendant les premières années de la Restauration, les passions politiques étaient très ardentes; tandis que les royalistes s'entouraient de tout ce qui pouvait leur rappeler la famille royale des Bourbons, les bonapartistes n'auraient pu agir de même. au sujet de leur Empereur, sans risquer d'être incarcérés. Il parut alors des cannes et des tabatières à secret, ainsi que la tabatière au petil chapeau. Sévèrement prohibées, elles se vendirent clandestinement jusqu'à la mort du prisonnier de Sainte-Hélène.

Écoutons ce récit du temps de la terreur blanche :

« Vers 1817, un soir d'hiver, comme nous étions assis autour d'une table écoutant une lecture que nous faisait mon père, nous

(1) La précieuse collection céramique, de M. Paul Gasnault fait aujourd'hui partie du musée de Limoges.

vimes entrer un officier de l'Empire, ami de notre famille. Il était sérieux, un peu raide et sa redingote était boutonnée jusqu’au menton, selon son habitude : il répondit à peine à notre bonsoir. Je lui présentai une chaise ; il l'approcha plus près de la table, s’assit et nous fit un geste de la main et des yeux qui voulait dire tout à la fois : « Silence et discrétion. » Il y avait dans sa physionomie quelque chose de plus mystérieux qu'à l'ordinaire. Ghacun de nous s'attendait à une nouvelle extraordinaire ou à l'apparition de quelque chanson ou brochure bonapartiste. Notre surprise fut grande lorsque le brave capitaine se mit à dévisser gravement la pomme desa canne. Cette pomme était en buis et n’avait point une forme particulièrement agréable. Le vieil officier prit un de nos cahiers en papier blanc, le plaça à une certainedistance de lalampe, puis posa dessus le petit morceau de bois tourné. On n'y comprit rien d’abord et je ne sais s’ils’apprêtait à rire ou à s'étonner de notre peu d'intelligence. Ge fut mon jeune frère qui le premier s’écria : « Ah! voyez donc! la fi- « gure de Napoléon! »

« En effet, les ombres projetées par les profils sinueux de la pomme de canne, reproduisaient très nettement et très fidèlement la figure classique de l’illustre exilé. La physionomie du capitaine s'illumina et des larmes vinrent à ses paupières : « Nous « le reverrons! » murmura-t-il d’une voix sourde, et il chanta le refrain d'une chanson bonapartiste alors fort à la mode. Pendant tout le reste de la soirée, il fut très animé et nous prouva par toutes sortes de bonnes raisons, qu'avant six mois la grande armée prendrait sa revanche de Waterloo. Quelques semaines après, il n'y avait pas dans la ville un ancien soldat qui n’eût le petit morceau de bois tourné au bout de sa canne ou de sa pipe. Puis, un jour, vint une panique, et personne ne vit plus ombre de petit morceau de bois. » (Une estampe séditieuse, Magasin pittoresque, XXX, 64.)

Consultons les Archives nationales et celles du Ministère des Affaires étrangères, et terminons par quelques renseignements inédits.

22 avril 1695. Montarsy, joaillier du Roi Louis XIV, fournit à S. M. une pomme de canne, d’une agate, enrichie de vingt-quatre diamants. 237 liv. — Pour réparation d'une canne. 141 liv.

1708. Une pomme de canne en or de chez Montarsy, pour S. M. 100 liv. — Une pomme d’agate. 81 iiv.

En 1745, une distribution de cannes est faite à diverses personnes parmi celles qui accompagnent l'Infante Marie-Thérèse- Antoinette, venant en France, épouser le Dauphin, fils de Louis XV.

Au premier chirurgien, une canne à héquille d'or, ciselée, garnie de diamants, avec son cordon à glands d'or. 1,300 Liv. — A don Gabriel Benito de Alonzo Lopez, contrôleur, une canne de 1,300 liv. — Deux cannes à béquilles d’or, ciselées, garnies de leurs tresses à glands d'or. 700 liv. — Quinze cannes, à bec de corbin d'or, pour des officiers subalternes. 3,600 iv.

Dix cannes à pommes d'or ciselées. 1,700 liv. (Arch. du Min. des AfF. étr. Bijoux et présents du Roi. N° 410 et 461)

C'est la première et la dernière fois que nous voyons figurer la canne parmi les présents royaux. Elle n’est pas donnée aux grands personnages comme on a pu le voir et se trouve classée avec les étuis, porte-crayons, tire-bouchons, etc., dans la série des présents surnuméraires.

HerBAULT, qui, de 4747 à 1758, livrait au Roi, au Dauphin et à Mesdames, filles de Louis XV, de jolies boîtes ciselées, gravées, émaillées et en or de couleur, faisait aussi des pommes de cannes. Son dernier mémoire dans les comptes des Menus-Plaisirs mentionne : Un jet orné d'une très belle pomme d’argent, ciselée avec ses yeux. 96 Liv. » (4rchiv. Nat. 013002.)

En 1779, pour le mariage du Dauphin avec Marie-Antoinette, Sageret, bijoutier du Roi, fournit « une canne avec un bec de corbin d'or, ciselé à figure ». Le prix est de 300 liv. (Archv. Nat. 013029.)

En 1777, d’après Léouzon-le-Duc, lorsque Gustave IIT vint à Saint-Pétersbourg, la grande Catherine lui offrit une superbe canne « valant plus de soixante mille roubles » (environ 240,000 fr.) (Gustave IT, Roi de Suède.)

Une canne ayant appartenu à Voltaire a été adjugée à Paris, 909 fr.

Napoléon avait une canne en écaille de l'Inde et à musique; elle fut vendue à Londres, 56 livres sterling.

Vente Clos, 1812. « Un jet blond surmonté d'une béquille d'or, à chevron du même or sur le poli, qui était la canne de Voltaire. » 1,650 liv.

A la Vente San-Donalo, en 1880, vingt-six cannes furent livrées aux enchères. Un jonc à pomme d’or repoussé et ciselé, représentant l'enfance de Bacchus, a été adjugé1,020 fr.

Vente Hamburger, 1884. Pomme de canne en or ciselé, de style Louis XV. 1,670 fr.

Les collections d'autographes ont rendu de grands services aux historiens, aux biographes, aux critiques d'art. Elles ont permis de rectifier par des preuves matérielles une foule d’erreurs longtemps accréditées. Si nous pouvons lire les lettres de Mae de Sévigné, de Mme de Maintenon, de saint Francois de Sales, de Fénelon, de Bossuet, de Benjamin Constant, nous le devons aux collections d’autographes.

Les Chinois sont passionnés pour ce genre de curiosité. Ils conservent précieusement dans les temples, des pancartes écrites de la main des Empereurs, dont quelques-unes remontent à près de deux mille ans. En Chine, le peuple tout entier, le pauvre comme le riche, recherche les autographes. Ceux des hommes célèbres sont encadrés et tapissent les murs des appartements. A défaut d’originaux, les gens sans fortune se contentent de facsimilé, exécutés d’ailleurs avec une grande perfection. Les amateurs du Céleste Empire ont payé jusqu’à mille francs un petit billet de quelques mots tracés à l'encre rouge par l'Empereur Kang-Hi, contemporain de Louis XIV. Ce billet, très laconique, contenait simplement ces mots : Moi je me porte bien. Le 4er et le 15 de chaque mois, lorsque les courtisans venaient prendre des nouvelles de l'Empereur, celui-ci leur faisait remettre un pareil papier. (Feuillet de Conches, C'auseries d'un curieux.)

Le goût des autographes remonte vraisemblablement à une époque fort éloignée et peut-être même à l'invention de l'écriture, mais il n’a pu se développer en France qu’au XIX® siècle, La première vente publique eut lieu à Paris, en 1820. A partir de cette époque, les amateurs eurent la possibilité de former à prix d'argent une véritable collection. Les autographes commencèrent à être cotés, ils représentèrent une valeur et ce fut un motif pour les rechercher partout et en arrêter la destruction. Ce qu'on a fait ainsi de trouvailles, depuis plus d’un demi-siècle, est incalculable. Que de lettres curieuses dont on ignorait l’existence ont été retrouvées. Quant à leur valeur intrinsèque, elle varie suivant leur degré de rareté et l'importance des personnages.

Si une simple signature de Mozière s’est vendue 430 fr. et une autre de J.-B. PoquezIN Mouière est montée à 950 fr., c’est qu’on ne connaît du célèbre poète que des signatures. La lettre qui

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jusqu’à ce jour, ait atteintle chiffre le plusélevé (il n’est ici question que de lettres proprement dites etnon de manuscrits, plans, rapportset documents divers) eh bien, ce rara avis est une lettre de Pierre Corneille à Pélisson ; elle a été adjugée 4,000 fr. à la vente Chambry, en 1881.

En général, les lettres historiques sont les plus précieuses ; les autres se paient en raison de l'intérêt qu'elles offrent et sont d'autant plus recherchées, qu'elles renferment moins de banalités. C'est surtout parmi les hommes de lettres, les érudits, les savants, les bibliophiles, que se recrutent les collectionneurs d'autographes. On jugera de leur ardeur et de leurs préférences, en parcourant la série de prix de ventes qui termine cette notice.

Les autographes ont été imités, comme l'ont été Les objets curieux en tous genres, d’un prix élevé. L'affaire Vrain-Lucas, qui s'est dénouée devant le tribunal correctionnel de la Seine, en 1870, nous a fait connaitre le plus audacieux imitateur d’autographes. Ce fripon, assidu de la Bibliothèque nationale, trouva le moyen de fournir pendant plus de quinze années vingt-sept mille faux autographes à M. Michel Chasles, de l'Académie des sciences, et dont il recut plus de 150,000 fr.

À côté demilliersde lettres fausses, mais admissibles, attribuées à Charlemagne, à Abeilard, à François 1, à Galilée, à Pascal, etc., il s'en trouvait d'invraisemblables, signées d’Attila, de Jules César à Vercingétorix, de Judas Iscariote à Marie-Madeleine, de Lazare le ressuscité à l’apôtre Pierre, de Gremius Julius à Jésus-Christ, de Tibère, d'Alexandre le Grand à Aristote, d'Eschyle à Pythagore, etc., toutes écrites en vieux français et sur du papier ; papier, à la vérité enfumé, jauni ou arraché à d’anciens livres. On se demande comment un membre de l'Institut, un savant, a pu se laisser tromper à ce point. Vrain-Lucas assurait confidentiellement tenir ses pièces d’un grand amateur dans le besoin, obligé de se défaire petit à petit de ses richesses et qui avait exigé sur son nom le secret le plus absolu.

Deux lettres de Charles-Quint adressées à Rabelais, offertes par M. Chasles à l'Académie de Belgique, furent d’abord contestées. Plus tard, des lettres de Pascal à Boyle, soumises à l’Académie des sciences, soulevèrent un murmure d’incrédulité et à la suite de vives polémiques, la fraude finit par être dévoilée. M. Chasles ressentit un véritable chagrin d’avoir été dupé et le grand retentissement de cette affaire, dans laquelle il poussa la confiance jusqu'à l’aveuglement, lui fut plus pénible encore que la perte de son argent.

« De l'affaire Vrain-Lucas, dit M. Charavay, doit sortir un

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enseignement, à savoir qu'il convient d'apporter dans le choix de ses collections une prudence extrème. Ce n’est point du premier jour qu'on devientexpert en pareille matière ; il faut avoir fait des études paléographiques et historiques sérieuses, connaître les divers protocoles des chartes, des lettres et des documents de tous les temps, les avoir comparés ensemble, être en un mot capable de remplir la tâche qu'on s'impose... »

Pour connaître un fac-similé, le moyen est simple. On prend de l’eau de javelle qui attaque l'encre ordinaire, mais laisse intacte l’encre d'imprimerie. L'épreuve se fait sur une lettre de la pièce douteuse; si l’eau de javelle enlève l’encre, la pièce est originale.

« Quand une lettre d’un personnage, nous parlons des autographes et non des chartes, présente des doutes, il faut d’abord examiner l'écriture et comparer avec celle d’une lettre renommée pour authentique. Le faussaire se trahit toujours par une cerlaine hésitation, un tremblement qui n'échappe pas à un œil exercé. Le papier est-il de l’époque ? Quel est son filigrane ? l'encre est-elle ancienne ?

« En second lieu, le texte de la lettre fournit nombre d’observations. Est-ce bien le style de l'époque? la lettre est-elle dans le caractère de l'homme auquel elle a été attribuée ? sont-ce ses expressions ordinaires, son orthographe habituelle? les faits mentionnés dans la pièce sont-ils d'accord avec l’histoire ?

« Toutes ces observations peuvent être accompagnées de bien d’autres. Le lieu d’où la lettre est datée peut être un point de repère. La date également. Un point très important aussi, mais sur lequel on manque souvent de renseignements, c’est la provenance. Certes, toutes ces vérifications ne sont pas aisées à faire et le mieux pour les amateurs est de porter la pièce douteuse à l'expert qui procède à l'examen. Mais bien peu de pièces ont besoin de passer au crible. L'authenticité des documents, le plus souvent est visible pour l'expert, au premier coup d'œil ;les autographes ont un cachet de vérité, comme l'honnête homme porte sur son visage les preuves de sa bonne foi. » (Étienne Charavay, Fuux autographes. Affaire Vrain-Lucas, Paris, 1870.)

Divers systèmes sont en présence pour le classement des autographes. L'ordre alphabétique est parfois employé, mais on les met presque toujours par genres de célébrités, en adoptant des divisions comme celles-ci : Maisons souveraines. — Clergé catholique. — Huguenots. — Culles divers. — Armée de terre et de mer. — Beaux-Arts. — Savants et explorateurs.— Poètes et prosateurs. — Femmes, etc.

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Les amateurs qui voudront faire eux-mêmes le catalogue de leur collection, devront s'appliquer à bien décrire leurs autographes, en prenant pour modèles les catalogues si bien compris de M. Étienne Charavay. Quand la lettre porte un cachet, un sceau, des soies, une enveloppe détachée, on en fait la remarque. Si la pièce est intéressante, on en donne l'analyse et l'on y joint, entre guillemets, les passages les plus marquants. La description d'un autographe est toujours précédée des noms de l’auteur, de la date de sa naissance de celle de sa mort et l’on y joint un sommaire biographique, en une seule phrase. Voici d’ailleurs un exemple tiré du Catalogue Alfred Bovel, Paris, 1884.

763. SAINT-PIERRE (Jacques-Henri Bernadin de), l’immortel auteur de Paul et Virginie et des Études de la nature, membre de l’Académie française (1795) n. au Havre, 19 janvier 1737, m. à Éragny-sur-Oise (Seine-et-Oise), 20 janvier 4814 (1).

L. A. S. à sa femme (Mile Didot, qu'il avait épousée en 1792), à Paris; Gonesse, 3° jonr complémentaire an XII (20 septembre 1805), 2 p. in-8.—P.

Très curieuse lettre où il raconte les promenades qu'il fait avec un compagnon de voyage. « Mais tout cela n’approche pas de ce que je goûte près de toi; ma muse, quand je suis un peu loin, cesse de m'inspirer... Je n'ai pas eu le courage de jeter une fois les yeux sur mon manuscrit... Il faut que tu rallumes mon feu, je ne dis pas celui de mon amour, car celuilà ne s'éteindra qu'avec ma vie, mais celui quiu'inspire ma prose si goûtée de tout le monde, et qui te sort des yeux et de la bouche quand tu m'adresses la parole. Adieu, je t'embrasse de tout mon cœur, muse désirée... »

Vente Trémont, 1852. Lettre de Bayard. 311 fr.; — de Jacques Cœur. 201 fr.; — d'Agnès Sorel. 201 fr.; —de Rabelais. 210fr.; — de Michel-Ange. 309 fr. — Une simple signature de MoriÈREe. 430 fr.

Vente Amant, 1855. Lettre de Racine. 400 fr.

Vente Esthérazy, 1857. Lettre de Gonzalve de Cordoue. 305 fr.; — de Marie Stuart. 500 fr.; —de Napoléon Ier 4,000 fr.

Vente Lucas de Montigny, 1860. La dernière lettre de Napoléon à Marie-Louise. 1,200 fr.; — lettre de Marie-Antoinette. 700 fr.; de La Rochejacquelein. 400 fr. ; une signature de J.-B. POQUELIN Mozière. 950 fr.

Vente Laverdet, A861. Lettre de Bussy-Rabutin.100 fr. ; — de Le Sage. 550 fr ; de l'abbé Prévost. 200 fr.; de Rameau. 50 fr. ; — de Chateaubriand. 23 fr. ; de Marie Duplessis (la Dame aux Camélias). 20 fr. ; — de Proud’hon. 42 fr.

Ventes à Londres, 1862. Lettres autographes signées : de lord

(4) ABRÉVIATIONS : L. A. lettre autographe.— L. A: S$., lettre autographe signée.— L. $S., lettre signée. — P. $., pièce signée. — P., portrait.

Byron. 45 fr.; — de Catherine d'Aragon, première femme de Henri VIIL. 650 fr. ; — de Charles I, billet. 35 fr. ; — de Charles IT. 28 fr. et 65 fr.; — de Franklin. 42 fr. 50 et 66 fr. 25 ; — de La Fontaine. 100 fr.; — de La Pérouse, juillet 1785, la dernière lettre qui serait parvenue en Europe de notre illustre navigateur. 48 fr.; — d'Horace Nelson, écrite de Jlamain gauche. 5 fr.; — d'Horace Walpole. 81 fr. 25; — de Washington. 83 fr, 75.

Lettres seulement signées : d'Anne de Boleyn. 287 fr. 50; — de Fr. Bacon. 195 fr.; — de Catherine Parr, sixième femme de Henri VIII. 675 fr.; — de Cromwell. 65 fr. ; — de Molière. 375 fr.; — de Richard IIT. 287 fr. 50 fr. et 450 fr.

Vente Yemeniz, 1868. Lettre de Le Sage, d’une insigne rareté, adjugée 409 fr. au Bon Feuillet de Conches: — de LouisXV,surla bataille de Fontenoy. 408 fr.

Vente Merlin, 1870. Lettre de Mme de Sévigné à M. de Lamoignon. 240 fr.; — de Buffon. 43 fr. ;—de Mwede Maintenon, 37fr.

Vente Gauthier-Lachapelle, 1872. Lettre de François I à Charles- Quint. 155 fr., acquise par le Mis de Flers; — de Marie-Antoinette. 166 fr. ; — de Mme Roland 360 fr. ; — de W. A. Mozart à sa sœur. 415 fr.

10 février 1875. Lettre de Boileau Despréaux, 301 fr.

Vente Chambry, 1881. Lettre de Tristan l'Ermite. 205 fr. ; — de Bossuet. 200fr.; — de Bourdaloue.255fr.; —de Fénelon. 300fr.; — de J.-J. Rousseau. 220 fr. ; — de Thomas Corneille. 600 fr. ; — lettre de PIERRE CORN&ILLE à Pélisson. 4,000 fr.

Vente Maurice Delestre et Charavay, 1882. Une lettre de compliment, de la célèbre Bianca Capello. 600 fr. — La minute autographe d’une lettre de conseils de Louis XIV à Philippe V. 4,000 fr. — Une lettre de Mme de Maintenon. 1,300 fr. ; — de Georges Scudéry. 505 fr. ; — de Voltaire, à J.-B. Rousseau, lui soumettant le plan de la Henriade. 1,000 fr. — Un manuscrit autographe de Ney, sur un plan de bataille. 600 fr.

Vente Ben. Fillon, 1883. Lettre de Bertrand Duguesclin, écrite par son secrétaire. 250 fr. — Une épitre d'Anne, duc de Montmorency, à Catherine de Médicis. 500 fr. —Lettre du duc de Montpensier à Catherine de Médicis 500 fr, — Une plainte du brave Crillon à Henri IV (on avait maltraité ses gardes). 1,000 fr. — Une page et demie de Nicolas de L'Hôpital, duc de Vitry, qui dirigea l'assassinat du M2! d'Ancre. 250 fr. — Une signature de Lesdiguières, écrivant à Duplessis-Mornay. 450 fr. — Turenne, à sa femme Charlotte de Caumont. Amiens, 42 fév. 1660. Rarissime. 1,700 fr. — Une page de Catinat, 27 oct. 1693. 200 fr. — Lettre de Carnot à Napoléon I vaincu, pour lui offrir ses services (avec

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sa nomination au gouvernementd'Anvers). 1,050 fr.; — de Marlborough. 300 fr.; — de Wellington, prince de Waterloo, au duc de Richelieu. 200 fr. ; — de Stofflet. 105 fr. — Un ordre du jour de Bonchamp. 199 fr. — Une lettre de La Rochejaquelein, signée aussi par de Lescure. 200 fr. (Paul Eudel, {’Hôtel Drouot et la curiosité. Paris, Charpentier, 1884.)

Vente A. Bovet, 1884. Lettre de Galilée à un poète. 690 fr.: — de Buffon à d'Alembert. 100 fr.; — de J. Priestley à Trudaine de Montigny. 100 fr. :— de La Pérouse. Lettre écrite pendant son dernier voyage. 160 fr.: — de Ph. de Commynes au duc deMilan. 100 fr.; — de Ronsard à un poète. 330 fr. ; de Malherbe à Racan. 399 fr.; — de saint François de Sales, au duc de Savoie. 260 fr.: — de saint Vincent de Paul au Rév. Père Boulart. 200 fr.; — de Voiture au Cte d'Avaux. 300 fr.; — Pouvoir signé par Pierre CoRrNeIize et divers membres de l’Académie française. Pièce des plus précieuses. 1,785 fr. — Reconnaissance d’un prêt. Pièce signée : J. B. P. MouiÈèRE ; J. B. MONCHAINGRE ; ANGÉLIQUE MEUNIER et GC. RozLeT. Autographe rarissime. 2,500 fr. ; — de Mme de Sévigné à la Csse de Guitaut. 390 fr.; — Lettre de Mme de Maintenon à M. de La Gatière. 150 fr. ; — de Boileau à M. de Lamoignon. 209 fr.; — de Racine (reçu de cent livres). 200 fr. ; — de Lesage au marquis de Torey. 1,010 fr. ;: — de Voltaire à Titon du Tillet, 412 fr. ; — de J.-J. Rousseau à M. d'Escherny. 200 fr. ; — de Diderot à Voltaire. 245 fr.; — de Victor Hugo à Villemain. 60 fr. ; — de Luther à Johann Walter. 1,000 fr.; — de Frédéric à Voltaire. 270 fr. ; — de Gœthe à Schiller. 600 fr.; — de Hume à la CSse de Boufflers. 400 fr.; — de H. Walpole à J. Pinkerton. 80 fr.; — de Walter Scott à Will. Miller. 75 fr.; — de lord Byron à R. BB. Oppner. 200 fr.; — d'Alfieri au Mis Albergati-Capacelli. 175 fr.; — de Manzoni à M. Gosselin.270 fr.; — de Silvio Pellico au C* Domiziano di Larisse. 5% fr.; — de Sismondi à Mme Tiedge. 30 fr. — (Nous devons la primeur de ces prix de vente à l'obligeance de M. Étienne Gharavay.)

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