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Boîte à jeu de reversis, en ivoire teint et gravé. XVIIe s. Collection A. M.-S.
suisses des grands hôtels. » (Feuillet de Conches, Causeries d’un curieur, til.)
À certaines époques, le Roi offrait des jetons dans des bourses brodées. Voici'un «état dela distribution des jetons d’ar-
gent faite par le trésorier général des Menus-Plaisirs et affaires de la chambre du Roy, en 1741. »
Nous y touvons inscrits pour une bourse et cent jetons : Le Roi, le premier gentilhommede la chambre (le duc de Rochechouart), — le secrétaire d'Etat, ayant le département de la maison du Roi, — le premier président et le procureur général de la chambre des comptes, — le rapporteur du compte de trésorier de l’argenterie, en exercice, — le premier commis du secrétaire d'État ayant le département de la maison du Roi, — l’intendant et le contrôleur général de l’argenterie.
Les bourses brodées sont de différents prix: celle de S. M. est de quarante livres. Gelles du duc de Rochechouart et du secrétaire d'État valent chacune trente-cinq livres: les autres sont de
Boîte du même jeu que la précédente. XVI: Ss. Collection A. M.-$.
douze livres. Quant aux jetons, ils sont tous cotés au prix uniforme de 172 livres 10 s. le cent. L’année suivante, nous constatons une semblable distribution de jetons et de bourses brodées, aux personnages remplissant les mêmes fonctions. (Arch. Nat. 013277.) Nous devons ajouter que l'usage de ces petits jetons n’est pas indiqué sur les comptes. ; Le brodeur du Roi était alors BazzAc: c’est lui qui fournissait
chaque année, à la famille royale, des poignées brodées pour tenir les cierges, à la chandeleur, pendant la semaine sainte, « à la grande et à la petite fête de Dieu. » Chacune de ces poignées semées de fleurs de lis, coûtait dix livres; Guépon les factura plus tard à douze, puis à quinze livres. Un petit mémoire de Balzac, daté de 1765, nous donne une idée des bourses à jetons de ses augustes clients. Nous lisons : « Pour une bourse à jetons de velours vert brodée et parseméede fleurs de lys, avec les écussons des armes de Mgr, brodés en or de Paris. 35 livres, (Arch. at. 013011.)
En 1770, année du mariage du Dauphin, petit-fils de Louis XV, avec Marie-Antoinette, nous remarquons une livraison de « 200 jetons d'argent pour Mgr le Dauphin», cotés à 965 livres (013029). Le Dix-huitième siècle, de Paul Lacroix, nous donne le dessin d'un jeton d'argent de Marie-Antoinette, Dauphine; il est octogone et porte l'inscription : Jettons de Madame la Dauphine. 1770.
Durant tout le XVIITe siècle, on fit des boîtes à jeu en laque et en ivoire gravé. La vanité ne manqua pas d'y mettre des armoiries, vraies ou supposées. Ces boîtes, disposées par quatre et de couleur différente, forment l’ancien jeu de reversis. Celles en ivoire, exécutées à Dieppe et à Paris, sont teintes en bleu, en rouge, en vert, en brun et offrent en dehors du blason, de gracieux dessins de paysages, d'oiseaux, de quadrupèdes, ete.
On jouait beaucoup autrefois. D’après les Mémoires secrets, les gros joueurs, pour faciliter leurs chaudes parties, se servaient de boîtes garnies de jetons à leur nom, avec des numérosreprésentant des louis.
« M. de La Vaupalière ayant prié sa femme de lui en faire arranger une de cette espèce, elle y a joint son portrait et ceux de ses enfants, avec ces mots : Souvenez-vous de nous! Mot peu efficace, car il n’en a pas moins perdu beaucoup. » (Bo Ch. Davillier, le Cabinet du duc d'Aumont et les amateurs de son temps.)
Dans le Livre-Journal de Lazare-Duvaux, bijoutier ordinaire du Roi, nous trouvons ces deux fournitures :
4 février 1753. Mme pe Pompanour : Garniture en or de huit boëtes de quadrilles, dont quatre d'ivoire et quatre de la Chine, 144 liv. La teinture des dites boëtes et une boëte de noyer, garnie de chamois, pour renfermer les boëtes d'ivoire. 8 liv.
25 mai 1753. Mme pe PompApour. Avoir fait démonter huit boëtes de quadrilles d'ivoire, les avoir teintes et les fiches, fait
accommoder les boëtes et doubler l’étoffe. 12 liv.
M. Léopold Double, dont la merveilleuse collection vient d’être livrée aux enchères publiques, possédait un quadrille de jeu de reversis en ivoire teint et gravé : « Les devises auraient été composées, dit-on, par Louis XV, pour une de ses maitresses, Mile de Romans, qui, en dépit du jeu de reversis et de ses devises, n'a pas eu la chance de la marquise de Pompadour et de la comtesse Du Barry.» (P.-L. Jacob, bibliophile, Catalogue des objets d'art composant la collection Double, Paris, 1881. AMotice, page xxxiv.) Les quatre boîtes, de nuances diverses, gravées de fleurs, d'ornements et de figures, dans un écrin de velours vert. 1,010 fr. (N° 267 du Catalogue.)
Mne Du Barry, qui avait toutes les faiblesses, aimait aussi à jouer aux cartes. Pour son délicieux pavillon de Luciennes, elle s'était fait faire une boîte de jeux dont ses Mémoires nous ont conservé la description : « Cette boîte était en acajou, doublée en tabis bleu, galonné en or; elle renfermait quatre boites à quadrilles en ivoire, le trèfle, le pique, le cœur et le carreau en or incrustés sur chacune desdites boites, et entourés d’un cartouche avec nœuds de rubans, le touten or et aussi incrusté; les quatrevingts fiches et les quatre-vingts contrats distingués par Le trèfle, le pique, le cœur et le carreau, aussi en or et incrustés. » (Ed. de Beaumont, Deux mobiliers d'autrefois, GAZETTE DES BEAUX- ARTS, 1°" février 1872.)
Dans les Comptes des Menus-Plaisirs du Roi Louis XV, nous relevons les noms de plusieurs tabletiers. En 1754, PoiRtER, rue Saint-Honoré, touche 444 liv. pour des dés, jeux de dames, fiches, jetons, cornets, etc. Une tablette de tric-trac, garnie de bronze doré au mat et en marqueterie de bois des Indes, à fleurs ombrées, s'élève à 240 liv. (Archiv. Nat. 012995.)
Duvieux, tabletier du Roi, présente en 1759 un mémoire de 4,506 livres.
DurerRoN, qualifié ébéniste, recoit 120 liv. pour «deux boëtes de marqueterie, garnies chacune de cinq boëtes d'ivoire avec leurs charnières dorées d'or moulu, avec leurs fiches et contrats aussi d'ivoire de différentes couleurs, assorties aux couleurs des boëtes. » 013004).
VAUGEoIs, au Singe Vert, fourait pour le Gte de Provence et le Cte d'Artois, en 1771, un jeu d'ombre à six boëtes d'ivoire de 72 liv., un jeu de quadrille d'ivoire de48 liv., un jeu d'ombre de 80 liv. etc, (Arch. Nat. 013033.) Nous retrouvons Vaugeois à diverses époques et notamment en 1787. Sa facture de 739 livres, comprend : 10 boites à six paniers de quarante fiches et dix contrats. 90 liv. — 569 jetons de nacre de perle. 423 liv.
— 6 boîtes à 6 paniers, pour le jeu de quinze. 144 Liv. — Deux grandes boîtes rondes, pour jeterles cartes, etc. (Arch. Nat. 013078.)
Une boîte à jeu de reversis en ivoire teint et gravé, faisant partie de notre collection, est signée sous le couvercle, au bas d’un bouquet de fleurs : MARIANAT LE JEUNE, A PARIS. FECIT.