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ÉTUIS DE TABLET CES, OU SOUVENIRS

Les amateurs connaissent ce cnarmant bijou, sous la forme d'un étui plat, renfermant un crayon et des tablettes en ivoire pour écrire. Il est en or, en burzau, en laque, en ivoire, en vernis Martin, en porcelaine, parfois décoré d’émaux, de brillants, et presque toujours, de motifs en or ciselé. Vers le haut, on lit en lettres découpées à jour, d’un côté : Souvenir, et, de l'autre :

D'amitié.

Depuis la fin du règne de Louis XIV, jusqu’au commencement du XIXe siècle, ce bijou fut très à la mode. Désigné sous les noms de tablette, d’étui de tablettes

te et de souvenir, nous avons cherché

RS pe nt me émaillé 3 connaitre sa véritable appella-

OR ad M US tro n, tion. Nos recherches aux Archives

è nationales et au Ministère des

Affaires étrangères nous ont prouvé que les trois dénominations

s'employaient indistinctement; toutefois le mot tablette est le plus usité, ainsi qu’on en jugera par nos citations textuelles,

En 1714, malgré l'épuisement des finances, le grand Roi, vieux, courbé sous le poids des ans et des chagrins, ne pouvaitrenoncer à ses habitudes fastueuses. Le 8 novembre, le duc de S'-Aïgnan fut envoyé au-devant de la Reine d'Espagne, « passant sur les terres de France ets’en allant en Espagne, » et lui offrit, au nom du Roi, un présent de bijoux s'élevant à 144,484 livres. Nous y remarquons une montre, un agenda, des étuis d’or à ciseaux, à couteaux, à cure-dents, des boîtes à mouches, des tabatières, des flacons, des corbeilles et « une tablette d'or de 4,200 livres ».

A la cour de France, au mariage des princes et des princesses, les tablettes figuraient dans la corbeille. Celle de la Dauphine

Marie-Thérèse-Antoinette en renfermait trois (1743) entre autres: Une tablette d'or émaillé en vert. 1320 liv. Une tablette d'ancien laque, garnie en or. 480 liv. (Arch. Nat. 013252.)

Ouandité maréchal de La Fare se rendit à Strasbourg au- si de la seconde Dauphine, Marie-Josèphe de Saxe (1747), il fut chargé de distribuer les dons royaux aux personnes composant la maison allemande de la princesse et qui devait la quitter sur le territoire francais. Parmi ces présents se trouvaient « des tablettes émaillées de divers émaux avec une touche garnie de diamants. » (Arch. du Min. des Aff. étr. 31 Registre des présents du Roi, 1749.)

L'échange de présents entre les diverses cours de l'Europe, était général au XVIIL siècle. Nos ambassadeurs emportaient dans leurs résidences des porcelaines de France, des montres, des tabatières, des étuis, des bagues, des médailles de l'histoire du Roi et autres bijoux, parmi lesquels se trouvaient parfois de riches tablettes. Le chev. de St-Priest allant représenter la France à Constantinople, en 1768, et bien d'autres, ne manquèrent pas de se conformer à cet usage.

Consultons le Livre journal de Lazare-Duvaux, marchand bijoutier de Me de Pompadour et voyons les tablettes qu'il livrait à ses clients.

6 août 1750. M. Durcor : Une tablette de laque garnie d'or, dans un sac. 317 liv.

47 mars 4783. Mme pe PompanouRr : Une tablette en pierre rose, montée en or. 1,008 liv.

25 mai 1753. Me pe Pomrarour : Une fablette de laque aventurine, sans charnière, à deux têtes de porte-crayon garnies d’or. 290 liv.

10 décembre 1754. Mre de P. Une tablette, de deux plaques d'agate d'Orient, montée à jour, en or émaillé, de 62 louis, 1,488 liv.

4 novembre 1755. Mme de P. Une tablette de laque, garnie d'or.

28 décembre 1756. CSSe DE VALENTINOIS : Une fablette de deux plaques de Vincennes, peintes à figures, garnies d’or. Le prix est omis. (Louis Courajod.)

A l’occasion du mariage de Marie-Antoinette, le mémoire du bijoutier Drais constate : « Un étui de tablettes d'or, à contour, gravé d’or de couleur ; trophée rapporté, boutons de diamants une tablette dedans. 700 liv. » Un souvenir émaillé gris trans-

parent, avec des cartels émaillés en camaïeu, 1,440 Liv. (Arch. Nat. 013029.)

En 1771, les tablettes de la comtesse de Provence faisaient partie d'un magnifique étui enrichi de 2,533 brillants et renfermant, en outre du souvenir, des couteaux, ciseaux, portecrayons, etc., à l'usage de la comtesse. L'étui complet avait coûté 28,117 Liv. (0‘3031.)

Pendant longtemps, les tablettes ont constitué un cadeau très goûté. Le21 décembre 1760, l'abbé de Voisenon écrivait à Fa vart : « de recours à vous, mon très cher ami, pour me tirer d’un mauvais pas où la faiblesse de ma tête me laisserait embourbé ; Mne la duchesse de Choiseul veut donner des tablettes à Mme de Pompadour. Elle me demande deux couplets très courts afin qu’ils puissent être écrits sur la première page. Le titre sera SOUVENIR. IL ne faut pas que cela soit fade, et songez que c’est d’égale à égale. Le refrain pourrait être Souvenez-vous-en . Vous croyez bien que je vous en ferai l'honneur, la chose est très pressée ; ainsi je vous en conjure ne perdez pas un moment à me donner cette preuve d'amitié pour la joindre à tant d’autres que vous m'avez déjà données... » (Mémoires de Favart, Paris, Collin, 1808, t. III, 118.)

Vente Beurdeley, 1883. Tablette Louis XVI, en vernis Martin vert, étoilé d'or, monté en or ciselé, avec grisailles figurant des Baigneuses et des jeux d'enfants. 580 fr.

C'est de l'Asie que nous viennent les cartes; elles pénétrèrent en Europe, au commencement du XII siècle. Les plus anciennes cartes connues, sont celles que peignit Jacquemin Gringonneur pour amuser dans sa démence le Roi Charles VI. Le compte de l'argentier Poupart, daté de 1392, nousfournit ce renseignement : « Donné à Jacquemin Gringonneur, peintre, pour trois jeux de cartes à or et diverses couleurs, ornés de plusieurs devises, pour porter devant le seigneur Roy pour son esbattement, 56 sols parisis. »

Ces cartes, fort bien peintes, rehaussées d’or et d'argent, avaient dix-huit centimètres de hauteur, sur neuf de large. En voici les principaux sujets : Le Fou, l'£cuyer, VEmpereur, le Pape, l'Amour, la Fortune, la Tempérance, la Force, la Lune, le Soleil, le Char, l'Ermite, la Potence, la Mort, la Danse macabre, la Maison-Dieu, le Jugement dernier,

Les cartes de Gringonneur rappellent l’ancien jeu de tarots; mais le véritable jeu de piquet de 32 cartes est d'invention française et date du règne de Charles VIT. (Paul Lacroix, le Moyen Age et la Renaissance.)

Tant qu’il fallut recourir aux miniaturistes pour peindre les cartes, elle restèrent un objet de lüxe en raison de leur prix élevé. Un Visconti, duc de Milan, donna pour un seul jeu 1,500 pièces d’or à un artiste français.

La découverte de la gravure sur bois (1423) les mit à la portée de toutes les bourses et les rendit très populaires.

Jean Voley fut le plus célèbre cartier du XVI: siècle. Les cartiers de Rouen eurent une grande réputation; ils exportaient dans toute l'Europe et jusqu'en Amérique. Après la révocation de l’édit de Nantes, les cartiers rouennais, la plupart protestants, ayant émigré, leur commerce en souffrit beaucoup. « Il resta ceux de Paris et ceux de Thiers, en Auvergne, célèbres depuis plus d’un siècle. »

Sous Louis XIV, BeAumoNT était cartier du Roi, et MATuIAS, cartier de Monsieur. Un autre maitre cartier, à Paris, mettait pour devise sur l'enveloppe de ses cartes :

Jean Anglade je me nomme, Et vous prie de jouer et n’offenser personne.

(Abraham du Pradel, le Livre commode..., annoté par Édouard Fournier.)

A la cour de Louis XIV, on jouait un jeu d'enfer. Le Roi donna le mauvais exemple, et lorsqu'il voulut faire cesser le scandale, il était trop tard, l'habitude était prise et se répandait au loin. Dans cette cour si haute et si superbe, on en vint à tricher comme dans les tripots. Quelques coupables pris en flagrant délit furent chassés de Versailles; malgré ces exemples, les friponneries de ce genre se renouvelèrent et l’on dut faire surveiller les tables,

Mme de Montespan ne trichait pas, elle n’en avait pas besoin; mais son jeu n'était guère plus édifiant que sa conduite. « Le jeu de Mme de Montespan, écrivait en 1679 le comte de Rebenac, est monté à un tel excès que les pertes de 100,000 écus sont communes. Le jour de Noël, elle perdit 700,000 écus ; elle joua sur trois cartes 150,000 pistoles et les gagna; et à ce jeulà on peut perdre ou gagner 80 ou 60 fois en un quart d'heure. » Une autre fois, dit Larousse, elle regagnait en une seule r uiteinq millions qu’elle avait perdus.

Les cartiers faisaient partie de lacommunauté des maîtres pas petiers. Leur patron est saint Julien le Pauvre. Louis XIII ajouta quatre articles à leurs statuts; le premier, seul, nous intéresse; le voici : « 1° Que dorénavant tous les maîtres du métier seront tenus de mettre leurs noms et surnoms, enseignes et devises qu'ils auront optés, au valet de trèfle de chaque jeu de cartes, à peine de confiscation et de 60 livres tournois d'amende. »

BALLARD, fournisseur des Menus-Plaisirs, livre en 1777, d’après son mémoire : «315 billets pour Trianon, 9 liv. 10 et1,650 cartes, perte etgain, pour le jeu de la Reine, 50 liv. » (Arch. Nat. 013051.)

On a voulu voir dans les cartes, une image de la guerre. Le cœur symbolise la vaillance militaire : les piques et les carreaux désignent les magasins d'armes, et le trèfle les fourrages. L’as est le nom d’une ancienne monnaie : il passe avant le Roi parce quil est le nerf de la guerre et de toutes les grandes entreprises et qu'un Roi sans argent est un Roï sans puissance. Les Rois placés à la tête de chaque quadrille sont David, Alexandre, César et Charlemagne.

En sous-ordre, les valets représentent de vaillants capitaines. Le valet de pique est Hogier le Danoiïs, un des preux de Charlemagne, et le valet de trèfle, la fameux Lancelot du Lac, le héros du roman de ce nom. Le valet de carreau figure Hector, officier de Charles VIT, qui devint capitaine de la grande garde de Louis XI; enfin le valet de cœur est l'intrépide Étienne de Vignolles, surnommé ZLa Hire {la colère), ennemi acharné des Anglais sous Charles VIT.

La dame de trèfle Argine (anagramme de Æegina), personnifie Marie d'Anjou, femme de Charles VIT; la dame de pique, Pallas, est la vertueuse Jeanne Darc:; la dame de carreau, Rachel, Agnès Sorel, et la dame de cœur, Judith, Isabeau de Bavière, épouse du malheureux Charles VI.

Sous la Révolution, les Rois se transformèrent en génies, en sages ou en philosophes; les Reines devinrent des libertés ou des vertus; les valets, des égalités, et les as, des lois.

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Louis XIIT et ses successeurs, jusqu'à Louis XVI lui-même, se servaient pour le jeu de jetons d'argent armoriés. À leur exemple, les princes et les grands seigneurs voulurent avoir des jetons à leurs armes et parfois à leur nom. « Sous Louis XV, ceuxde l’ambassadeur de Venise, lechevalier de Canale, grand joueur, étaient de la forme et de la grandeur d’un petit écu, portant son nom et lui servaient à la fois de cartes de visites, qu'il laissait chez les

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