‹ Le livre des enfants et des mèresChapitre 7 sur 22 · LIVRE DES MÈBES · texte numérisé non relu

LIVRE DES MÈBES

Praxinoé ne s'arrêterait pas en si bon train, si la prudente Gorgo ne l'interrompait discrètement. Le petit Zopyrion, le fils de Praxinoé, joue dans la même chambre ; elle l'a vu sans doute lever la tête aux paroles transparentes de sa mère : « Ma chère, dit-elle tout bas à Praxinoé, ne parle pas comme cela de ton mari devant ton petit garçon. Vois-tu comme il te regarde ? (A Zopyrion.) Sois tranquille, Zopyrion, elle ne parle pas de ton papa. — Praxinoé : Par Proserpine ! il comprend, le moutard. — GoRGo : (à Zopyrion) : Gentil, papa! gentil! »

L'incident n'empêche pas les bonnes âmes de gloser sur leurs maris absents, sur leurs habitudes de dépenses ou leur maladresse. Cependant l'heure s'avance, Praxinoé s'ajuste pour sortir avec son amie. L'enfant fait signe qu'il voudrait être de la partie. Mais sa mère le rembarre et le leurre : « Non, mon garçon, je ne t'emmènerai pas. Il y a un grand cheval qui mord les petits enfants. » Naturellement, Zopyrion n'est pas dupe du grand cheval qui mord, et en garçon bien avisé, il se met à pleurer; mais cela ne touche guèrePraxinoé : « Pleure à tonaise, je n'ai pas envie de te ramener estropié ». Elle appelle la servante ou la nourrice : « Allons, la Phrygienne, pi^ends le petit et joue avec lui. Rappelle le chien ; ferme la porte de la cour. » Et voilà nos deux Syracusaines dans la rue, où elles ne tardent pas c'i regretter le bras protecteur de leurs maris. C'est la moralité de la pièce.

Un moderne entrevoit dans cette scène comme une première esquisse à la grecque de la « famille Benoîton », et dans Zopyrion, le frère aîné de nos « enfants terribles. » — Tant il est vrai qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil.

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