‹ Le livre des jeunes fillesChapitre 3 sur 56 · J.E LIVRE · texte numérisé non relu

J.E LIVRE

uous qui, nées à la même heure, n'avons qu'un cœur à nous deux ?

Votre filleule qui vous aune tendrement,

Eve TiiiRiN.

DES JEIJM3S l'Il.lJÎS.

REPONSE

Nohan .

Je ne gronderai pas ma clière filleule; je l'engagerai seulement à se défier de ses premières impressions qui pourraient l'entraîner à l'oubli de quelques-unes des convenances auxquelles le monde est asservi; ce qui ferait mal présumer de son bon sens et de son éducation. Si, comme tu le dis, tu es facile à l'enthousiasme, garde-le pour les idées et les actions d'un ordre élevé ; ou bien encore pour les objets d'une beauté absolue; autrement, ce ne serait plus qu'un engoùment ridicule. Si tu t'éprends ainsi de toutes choses, le monde ne pouvant juger de la sincérité de tes admirations qui lui sembleront exagérées, te trouvera légère et sans valeur.

Ma chère enfant, une jeune fille ne saurait éviter trop soigneusement tout ce qui la peut mettre en évidence, même alors qu'il n'entre aucune vanité dans son fait ; et Ton sera tout disposé à nier ses perfections pour peu qu'on lui suppose l'intention

de les nieltre eu lumière. Je sens bieu, moi, que rien de semblable ne saurait germer dans ta tète ; mais le monde s'en teiiant aux apparences ne prend point la peine de scruter les intentions : voilà pourquoi il est bon d'user de réserve et de prudence avec lui.

Tu me croiras difficilement si je te dis, que ma vie solitaire est bien plus remplie que celle que tu mènes dans le monde, et que peut-être l'ennui se tient plus lom de moi, réduite à un isolement complet, que de mes chères filleules qui passent leur temps au milieu des enchantements de Paris ; et pourtant, il en est ainsi.

Te ne doute pas que parmi les jeunes filles que tu as rencontrées à ce bal, il n'y en ait beaucoup qui soient charmantes, ravissantes même (tu vois que je me mets à ton diapason); mais qu'elles le soient toutes, c'est ce que je ne saurais t'accorder. Ma chère, tu ne tarderas pas à ^e^^enir de cette opinion exagérée; et comme, à moins d'exercer une grande vigilance sur soi-même, on est naturellement porté à se donner raison, un jour tu t'en prendras à ces pauvres filles de ne pas réaliser 1 idéal que tu t en seras fait.

Mais le sermon est assez long comme cela, n'estce pas, Eve la blonde? Embrasse ta vieille tante et pardonne-lui de jeter quelques "gouttes d'eau froide sur le beau feu de ta jeunesse ; si je t'aimais moins, je

serais plus indulgenle. La moialitc de cette lettre c'est qu'il n'est pas bon de livrer le secret de ses sensations à tous les vents, de crainte d'interprétations peu charitables.

Amélie dl Rinceau.

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