‹ Le livre des jeunes fillesChapitre 34 sur 56 · G LE LIVRE · texte numérisé non relu

G LE LIVRE

fiant la culture de leur être moral n'est-ce pas prouver que je sens toute la valeur du vôtre?

Et Lia î combien elle sera heureuse de retrouver une amie qu'elle considère comme un des types les plus élevés !

Eve de Mizeray.

LIA A MADAME DU RINCEAU

Au chrtteau de la Source.

Avant de lire ma lettre, chère tante, prenez connaissance de la réponse d'Emma, dont voici la copie :

EMMA GALLIER A MADAME DE Mr/,ERA\ .

Aux Anglaises de la rue Saint-Victor.

Ma chère Eve,

Vous réalisez le rêve que je caressais depuis longtemps tout extravagant qu'il fût :

Etre la seconde mère des enfants confiés à mes soins !

Ne pas borner mon action au développement de leur intelligence, et surtout faire réellement partie d'une famille au lieu d'en être salariée.

Tel était mon idéal.

Et c'est à vous, Eve, que je devrai sa réalisation:

à vousquej'ai toujours particulièrement affectionnée et dont le caractère à la fois sur et élevé me donne toute sécurité dans le présent et dans l'avenir !

Jusqu'ici je n'ai accepté aucune des positions qui se sont offertes, ne voulant pas prendre la responsabilité d'éducations que je n'aurais pas commencées. En me confiant votre fille presque encore au berceau pour la suivre dans toutes les phases de son développement, en m'admettant au partage de votre maternité, vous rendez ma tâche si facile que je ne crains pas de vous promettre la réalisation de toutes vos espérances. Ainsi, dans quelques jours, je serai auprès de vous. Mon cœur se dilate en pensant que je vais vivre avec mes deux meilleures amies, en province, à la campagne surtout!

Je voudrais bien dans cette circonstance avoir à vous offrir un sacrifice; mais vous arrangez les choses de façon que tout y est à mon avantage.

Adieu, comptez sur moi comme sur vous-même, car je vous suis entièrement acquise.

Emma Gaulier.

Aussitôt cette lettre reçue, ma sœur assembla ses gens au salon, et là, devant nous, elle leur dit avec une gravité pleine d'émotion : « Ecoutez-moi bien tous ! J'appelle auprès de moi une personne que je considère comme ma sœur, et qui sera la seconde mère de mes enfants. Ce n'est donc point une in-

stitutrice ordinaire que je prends. Mlle Gaulier partagera mon autorité dans toute son étendue, et vous devrez avoir pour elle l'affectueux respect que vous me portez.

« S'il en est parmi vous qui ne veuillent pas accepter ce nouveau régime, qu'ils le disent, et je ne leur en voudrai pas, car je respecte la liberté de chacun; nous nous séparerons amicalement. Ainsi, réfléchissez mûrement à ce que je viens de dire. Si dans huit jours personne n'a réclamé, il sera bien entendu que chacun sera aux ordres de Mlle Gaulier comme aux miens propres ; on rappellera M'ademoîselle seulement, comme on m'appelle Madame. »

Personne ne réclama ; nous avions craint que la nourrice qui idolâtre Rachel ne causât quelqu'ennui par sa jalousie. Mais Emma parut, et chacun fut bientôt sous le charme. Mon beau-frère qui se tenait sur la défensive, fut subjugué dès le troisième jour. Eve et moi qui connaissions Emma, nous étions bien certaines de ce résultat. Les enfants ne veulent plus la quitter; il n'y a pas jusqu'à la nourrice qui lui soit dévouée et qui en fasse l'éloge à ses camarades.

Si vous saviez, marraine, comme je respire a Taise maintenant î J'avais été si effrayée des légers dissentiments qui troublaient le bonheur de ma sœur chérie ! enfin tout est pacifié : M. de Mizeray

Page 1