‹ Le livre des jeunes fillesChapitre 55 sur 56 · LIA À MADAME DE MIZERAY · texte numérisé non relu

LIA À MADAME DE MIZERAY

Paris .

C'est le cœur navré, ma chérie, que je t'annonce que riieuie attendue depuis si longtemps, sonne enfin! Nous allons être tous réunis; mais à quel prix, hélas!

Notre pauvre père si bon, d'une si haute intellioence, est atteint d'un ramollissement du cerveau, et ses facultés s'affaiblissent chaque jour. Heureusement il n'a pas la conscience de son triste état. Maman s'est révélée forte et courageuse de faible et passive qu'elle était. Rien de plus touchant que le dévouement avec lequel on la voit se plier à toutes les fantaisies du cher malade qui ne veut être servi que par elle seule; lui qui, naguère, redoutait la moindre fatigue pour sa femme bien-aimée! tout son être moral est bien effacé.

Comme nous le pressions vainement dans l'intérêt de sa santé, de penser à sa retraite, ma mère

vient, par une fraude pieuse, de se faire interdire le séjour de Paris comme fatal aux personnes atteintes de la maladie de cœur qu'elle feint d'avoir. Si l'intelligence de papa fait défaut, sa tendresse pour la digne compagne de sa vie n'a rien perdu de son énergie, et il a fait sans objection, pour la santé de maman, ce qu'il refusait de faire dans l'intérêt de la sienne propre; j'ai parlé de La Source, et déjà il voudrait y être.

Eh bien! ma sœur, n'ai-je pas été bien inspirée quand j'ai résisté à toutes vos instances pour me marier? Qui donc aujourd'hui assisterait ma mère dans sa douloureuse tâche ? Qui donc pourrait distraire notre malade vénéré, puisqu'il n'y a que ma voix qui le sorte de son abattement? Pourrais-je lui chanter à volonté les morceaux qui lui plaisent si, comme toi, j'avais mari et enfants!

Ma tante Amélie, avertie par maman, vient d'arriver comme par hasard, et mon père l'a consultée fort sérieusement avant de prendre une décision. Elle vient m' aider dans cette lourde affaire du déménagement, dont nous tâcherons de sauver les embarras à ma mère, qui a bien assez à faire de s'occuper de son mari.

Apprête-toi, donc ma bien-aimée, à recevoir les meubles et les livres que nous allons t'expédier; tu les disposeras à ta fantaisie ; il nous restera un superflu dont ma mère veut se défaire. Nos parents

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veulent rester à La Source Thiver comme Pété; inutile de dire que je ne les quitterai pas.

Voilà donc enfin notre beau rêve réalisé, mais dans quelles conditions, ma pauvre sœur ! Ne murmurons pas cependant : acceptons la part que Dieii nous fait, en le remerciant qu'elle ne soit pas moindre.

Te voir à chaque instant, pense donc, Eve!

Lia.

CXYII

JIADAME VERSET A MADAME DU RINCEAU

Florence.

Mon Dieu, ma tante, n'allez pas croire que ma tâche soit mal remplie; je donne mes leçons avec exactitude, et je suis très-assidue auprès de mon élève à qui je consacre tout mon temps ; maintenant que, par le conseil de Mlle Gaulier, je ne la punis plus et la traite avec la plus grande douceur, elle a renoncé à ses rébellions sans motif, et nous sommes au mieux ensemble, surtout depuis hier, et voici à quelle occasion :

Il y avait du monde à dîner. Pendant l'espèce de tumulte qui suit la sortie de table quand on prend le café, je fis mettre Iseult au piano et lui accompagnai un morceau de Don Juan qu'elle exécuta avec intelligence et netteté. On entoura l'enfant en l'accablant d'éloges, et le comte, surpris et flatté, vint l'embrasser, lui qui ne fait jamais attention à elle. Iseult me regarda et se jeta à mon cou : je l'entendis pleurer sur mon épaule. Sentant l'émo-

tion me gagner aussi, je T entraînai hors du salon où nous ne sommes pas rentrées.

L'expansion inattendue de mon élève m'a donné un moment de vif contentement; mais hélas ! aujourd'hui je me sens écrasée sous mon lourd fardeau comme naguère.

Plaignez-moi, ma bonne tante, car je doute encore de ma vocation.

Georgine Vernet.

MADAME DU RINCEAU A MADAME VERNET

Nohan.

Gomment, Georgine, te laisses-tu aller à de telles défaillances devant une si grande tâche? Il n'est pas possible que tu t'en acquittes aussi bien que tu le prétends, occupée de toi-même comme tu l'es. Il ne suffit pas seulement de la ponctualité pour faire une bonne éducation, il faut que le cœur coopère à l'œuvre qui, sans cela, reste frappée de stérilité. La faute en sera attribuée à l'enfant, et tu consacreras ainsi l'injustice qui, déjà, influe d'une façon si fâcheuse sur son développement moral. Il vaudrait mieux, en vérité, mettre moins d'exactitude dans les exercices et en bannir cet esprit de contrainte qui t'isole inévitablement de ton élève. Ne serais-tu donc pas fière et heureuse de conquérir ce jeune cœur à l'affection ?

Ma nièce, on peut tout ce que Von veut. C'est surtout à l'ordre moral que s'applique cette maxime. Mets la somme entière de ton intelhgenceà

chacune des choses que tu fais, et tu vaincras toutes les difficultés qui se présentent ; ces forces-là s'accroissent par l'usage qu'on en fait. Ta tâche te semblera douce quand tu y mettras tout ton cœur. C'est là notre boussole, à nous autres femmes, qui ne brillons pas par le raisonnement ! Pendant le peu de temps que tu as été en ménage, tu as expé^ rimenté qu'on peut vaincre ses penchants. Abstienstoi , même dans les choses sans importance , de faire ce qui te plaît ; tu arriveras promptement à ce renoncement que tu as déjà pratiqué,. et tu en seras récompensée par une parfaite liberté d'esprit. Use de la recette, et tu verras !

Ta tante, A. DU Rinceau.

Ton cousin Eugène vient de perdre sa femme qui lui laisse une petite fille au berceau. Mon pauvre frère attaqué d'un ramollissement au cerveau perd toutes ses facultés ; il a quitté définitivement Paris avec ces dames, et ils se sont fixés à la Source.

LIA A MADAME DU RINCEAU

La Source, Chère marraine,

Nous sommes arrivés ici sans avoir éprouvé aucun des inconvénients que nous redoutions. Tout était rangé, casé dans le cabinet de papa, de façon à lui laisser croire qu'il n'a pas changé de résidence. Le tendre empressement qu'on mit à l'accueillir le ranima si bien que nous eûmes l'espoir, un instant, qu'il pourrait revenir à la raison : espoir qu'il fallut bientôt abandonner. Les enfants sont adorables avec lui, pleins de charmantes attentions. A la promenade ils lui cueillent un fruit, une fleur, et les lui offrent avec un sentiment de protection vraiment touchant ; avec eux seuls il est sans caprices et sans exigences. Je ne vous dis rien d'Eve: vous connaissez son cœur chaleureux: et vousjuoez si tout ce qui peut être agréable à son père se trouve à point! Mais quelque bonne opinion que j'eusse

de M. de Mizeray, je ne m'attendais pas au respect affectueux qu'il téuioigue à son malheureux beaupùre. Il a tenu à ce qu'il mangeât à la table commune; ilfaitpatiemment la partie d'échecs auxquels le pauvre père n'entend plus rien. Puis nous faisons un whist le soir. Nous chantons aussi, car le malade aime la musique. Vous apprendrez avec satisfaction qu'il se porte bien mieux qu'à Paris. La promenade et les stations au grand air lui réussissent.

Ma mère me recommande de vous redire encore combien nous sommes touchées de l'empressement que vous avez mis à vous déranger pour participer à nos chagrins et à nos fatigues. Sans votre aide, comment aurions-nous pu nous en tirer? Mais ce n'est pas d'aujourd'hui que la reconnaissance se joint à la tendre affection que nous vous portons ! Je suis de tout mon cœur, marraine,

Votn* Lia.

DES JEUNES FILLES, 'M'.i

MADAME DE MIZERAY A MADAME DU RINCEAU

La Source.

Ah! matante, quel navrant spectacle que celui de la décadence de cette intelligence si belle et si entière il y a encore un an ! Pauvre père ! comme on voit bien qu'il n'est plus éclairé par ce flambeau céleste. Je ne suis pas bien convaincue qu'il ne sente confusément sa déchéance; et alors son humeur s'aigrit : il aime le jeu avec passion, lui qui ne faisait une partie de loin en loin que par complaisance ; ma mère passe la journée à jouer avec lui, et le soir nous faisons son whist. Nous feiç^nons de ne pas nous apercevoir que ma mère lui passe les atouts sous la table; enfin, l'autre jour je les ai surpris tous les deux dansant /« gai^otteH! Papa, solennel comme s'il se fût agi d'une affaire d'État, malmenait sa femme qui ne se donnait pas assez de grâces. Ma pauvre mère jeta sur moi un regard de martyr tout en continuant de sourire à son danseur; et moi je m'enfuis pleurer dans ma chambre.

Rien de tout cela n'amoindrit la vénération de maman pour son mari dont elle voile de son mieux les puérilités, même devant nous. L'amour fervent qu'elle lui porte lui a donné des forces inconnues jusqu'ici. Il la tourmente horriblement sans trouver la paix dont il a besoi». Quand il est au milieu de nous tous et que les petits le caressent, il pleure comme un enfant. Sentirait-il donc son état?....

Quoique ses idées flottent le plus souvent dans le vide, il a parfois des éclairs qui nous charment. Ainsi, hier dans une discussion sur l'éducation à laquelle il ne semblait pas s'intéresser, il s'écria tout à coup : « Moi, je trouve que l'on s'occupe beaucoup trop d'instruire les femmes, et je suis de l'avis du bonhomme Glirysale. »

Emma répondit de sa douce voix : « Monsieur, les femmes ayant une grande influence sur la, famille, il faut bien les mettre à même, par une solide éducation, d'en user pour le plus grand avantage de tous; et puisqu'on s'accorde à les trouver faibles

— Qui dit cela ? s'écria -t-il avec emportement; elles sont fortes les femmes, plus fortes et meilleures que nous! » et il porta la main de maman à ses lèvres, puis -il retomba dans sa rêverie habituelle et parut oublier notre présence.

Silas, voyant l'autre soir ma mère exténuée, car il ne lui avait pas été loisible de s'asseoir depuis

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le matin, l'engageait à prendre un peu de repos en aissant auprès du malade le vieux valet de chambre qui le sert depuis vingt ans. Mais elle s'en défendit en assurant que mon père serait blessé de recevoir certains services d'autres que d'elle seule; et comme M. de Mizeray exprimait la crainte que le malade n'eût plus le sentiment de toutes ces délicatesses, ma mère insista s'appuyant sur l'amour-proprequi se développe chez lui en raison de Tamoindrissement de ses facultés; et vous la connaissez, l'idée de lui éviter la moindre sensation pénible fera tout supporter à la sainte femme.

Marraine, je voudrais que vous pussiez voir Lia se muhiplier auprès de nos parents ; si vous saviez combien elle est ingénieuse à calmer mon père ! Elle lepromèneetrépond affectueusement à sesqut^stions cent fois réitérées. Pendant les siestes fréquentes de papa elle vient me trouver dans notre parloir commun ; je suis toute disposée à l'adorer comme un ange venu d'en haut. Silas et Emma sont en admiration devant cette vertu si modeste qu'elle s'ignore elle-même. Sa sérénité nous soutient dans ce malheur; elle m'a raconté combien vous lui aviez été utile lors du déménagement, je vous en remercie marraine, et d'un cœur tout filial.

Eve de Mizeray.

LIA A MADAME DTJ RINCEAU

La Source.

Encore un nouveau malheur, chère tante, malheur trop prévu, hélas! excepté de celle qu'il frappe le plus cruellement. Le pauvre petit Rémi s'est éteint sans maladie; hier il jouait avec sa sœur, et ce matin on l'a trouvé mort dans son lit. Le médecin parle d'une rupture d'anévrisme.

Vous peindre le désespoir de ma sœur est impossible*, il va jusqu'à la folie. Je me suis arrachée d'auprès d'elle pour vous écrire cette fatale nouvelle, et j'entends ses cris et ceux de Rachel qui ne veut pas quitter la chambre de son frère.

Marraine, priez pour nous !

Lia Thurin.

DES JRUNES FILLES. 327

MADAME DE MI/ERAY A MADAME DU RINCEAU

T^a Sou'co.

Chère Tante,

Je romps enfin ce long silence pour vous dire que votre ingénieur vient de vous acheter un ravissant cottage à dix pas du château, et par conséquent très-près de la ville ; là, vous conserverez votre indépendance en mênae temps que vous jouirez des douceurs delà vie de famille ; et votre futur général ne sera plus obligé de partager son semestre entre son frère et vous.

Venez vite prendre possession de ce petit Eden et ne nous quittez plus. Oh! ma tante, j'ai grand besoin de votre présence pour soutenir mon courage. Ils sont trop bons ici pour moi. Me voilà encore une fois sauvée d'un péril où je me précipitais en toute sûreté de conscience, comme toujours.

Vous savez quelle plaie vive me fit au cœur la mort de mon pauvre enfiint. Je ne pensai plus qu'à

lui, et depuis trois mois tout autre sentiment que celui de ma douleur sommeillait en moi. Je m'y abandonnais sans réserve et sans me demander si j'en avais bien le droit. Une circonstance fortuite me réveilla de ce coupable engourdissement.

Ma santé ayant été fort ébranlée par ce terrible coup, je n'assistais plus aux repas de la famille : on me servait chez moi d'où je ne sortais guère . Pendant le déjeuner, il y a de cela trois jours, je descendis au boudoir et m'étendis sur ma chaise longue ; les portières étaient baissées. Quand, au sortir de table, on rentra au salon, j'entendis Rachel dire : « Moi, je veux mourir comme mon frère. » Chère enfant, s'écria Emma en l'interrompant, que dis-tu là ! — Oui, petite mère, je veux mourir parce que maman aime mieux les enfants morts que ceux qui vivent. — Mais ta mère t'aime beaucoup, ma chérie. — Non, elle ne m'aime pas ! Quand j'ai du chagrin et qu'elle m'embrasse, mon chagrin s'en va tout de suite ; et celui de maman ne s'en va pas quand je lui fais des caresses. »

Emma emmena l'enfant qui pleurait.

Il est certain, dit mon mari, qu'Eve se drape dans sa douleur et y sacrifie tout ; elle en prend en quelque sorte le monopole. Sa fille ni moi ne sommes plus rien pour elle. « Oh! mon frère! s'écria Lia, la voix pleine de larmes. — Chère sœur, c'est triste à dire, et vous m'en voyez navré; mais.

l'exagération d'an sentiment, bien naturel d'ailleurs, a mené Mme de Mizeray au plus complet égoïsme. Qa'êtes-vous tous pour elle maintenant, et comment remplit-elle ses devoirs de fille et de mère?

« Si au lieu de tout rapporter à elle seule, Eve rayonnait comme naguère vers nous, et employait à nous rendre heureux les forces vives de son âme, elle supporterait vaillamment le malheur qui pèse sur nous comme sur elle, et nous aurions au moins le calme à défaut du bonheur. — Elle souffre tant, dit encore ma sœur, qu'elle n'a pas conscience de son injustice. — Cela ne prouve pas pour son . cœur, s'écria tout à coup mon père d'une voix grave. On ne doit pas délaisser les vivants qui ressentent la souffrance, pour les morts qui en sont exempts. »

Ce jugement porté par cette pauvre intelligence qu'un rayon semblait illuminer tout exprès dans son crépuscule, me frappa au cœur et me dessilla les yeux. Je reconnus avec une extrême confusion qu'en effet, depuis la perte de mon fils bien-aimé, je n'avais été occupée que de moi. Je me plaisais à être seule, passant de longues heures au bord du ruisseau, et cherchant dans le vague de ma pensée à saisir les mélodies de son murmure. Que de fois' agenouillée auprès delà tombe de ce cher ange, ai-Je souhaité d'y être couchée auprès de lui sous les fleurs

qui la couvrent, et à Tabn de toutes les vicissitudes de ce monde!

Oh! ma tante, que j'étais coupable de ne tenir aucun compte de toutes les vives affections qui ont bercé ma vie depuis son premier jour, et délaisser ainsi mettre la mienne en doute!

Je sortis sans bruit et allai pleurer ma faute.

Le soir, au lieu de rester chez moi comme à Fordinaire, je dînai en famille, et je jouai la dernière pensée de Weber que Silas aime beaucoup. Il vint à moi, m'embrassa avec effusion et je sentis une chaude larme tomber sur mon front. Depuis lors, j'ai repris le train habituel de ma vie ; chacun m'en est reconnaissant comme d'un bienfait, et pas un mot n'a été échangé sur ce sujet délicat. Ma fille me couvre de caresses comme si elle me retrouvait après unelongue absence.

Mais, marraine, si vous saviez ce qu'il me faut de volonté et d'efforts pour m'occuper ainsi de tout le monde! Venez m'assisttr et me soutenir quand vous verrez mon courage défaillir. Le travail d'aiguille m'aide à le remonter quelquefois; son action mécanique berce ma douleur et l'endort; c'est un calmant plus efficace qu'on ne saurait le croire.

Venez donc, ma tante ; ainsi groupés tous, nous serons plus forts contre les nouvelles épreuves que le ciel nous réserve peut-être ; vous prendrez j'en

suis persuadée, quelque empire sur voire frère qui n'est pas toujours facile à gouverner.

Adieu, marraine; faites que cette lettre soit la dernière que je doive vous écrire ; vous ne trouvère/ ici aue des cœurs empressés à vous chérir.

Eve de Mizeray.

332 LK LIVRT:

MADAME VERNET A MADAME DU RINCEAU

Flofence.

Oh! ma bonne tante, que ne vous dois-je pas !

Grâce à vous j'ai fait merveilles cette année. Iseult est devenue affectueuse et bonne avec tout le monde, le comte en est fou; c'est comiriC s'il avait retrouvé son enfant, et la comtesse est ravonnante. Mon élève est en grande confiance avec moi, et je découvre en elle des trésors que je m'applique à mettre en valeur.

Quand jai essayé de ce renoncement que vous me recommandiez, j'y allais comme à une mort anticipée. Mais après un certain temps rempli d'anijoisses et de révoltes intérieures, le calme s'est fait : un calme délicieux! Je compris seulement alors que le cœur qui se dévoue sent la vie dans toute sa plénitude et peut compter sur ses propres forces. J'ai donc conquis ce bonheur que vous me vantiez avec raison, et que je n'aurais pas su trouver toute seule. Je me sens forte et ne souffre plus !

Adieu, ma chère et bonne tante, puissiez-vous être toujours heureuse par vos fils! C'est le vœu bien sincère de votre nièce tendrement affectionnée.

Georgine Vernet,

On parle d'un voyage à Rochebrunepourle printemps prochain.

Mt LE LIVRE

MADAME DL RINCEAU A MADAME VERNET

Nohan.

Ta lettre m'a remplie de joie, ma chère Georgine ; tu le vois, il t'a suffi de vouloir bien et longtemps pour obtenir ce résultat qui d'abord te semblait impossible . Tu comprends maintenant combieu nous aidons aux événements qui influent sur notre destinée, même à ceux qui sont le plus opposés à nos intérêts.

Parachève ton œuvre, ma bonne amie, mets-y un soin cF artiste en même temps qu'une tendresse maternelle. Dans cinq ou six ans tu devras à ton travail cette indépendance si chère à tous.

Je quitte à tout jamais mon vieux manoir pour m'installer dans une coquette petite maison qu'Henri m'a achetée tout auprès de La Source. Quand tu seras à Rochebrune nous nous verrons facilement. Tu sais bien que nos bras te seront ouverts comme nos cœurs.

Adieu mon enfant : courage et persévérance.

Amélie ax} Rinceau .

ni;S JEUNES F1LI.ES. 335

MADAME DE MIZERAY A MADAME VERNET

La Source.

Prends le deuil, Georgine : M. Vernet vient d'être tué en duel à Londres.

Toute à loi,

Eve DE MiZERAY.

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