LIT
i" Sous le matelas, une petite planche ou un registre, commt pour le lit n° 1.
2» Sur le matelas, un drap ei un traversin comme poui le ht ordinaire.
30 Une première alèze de 1 mètre de largeur environ, comme pour le lit 1 ; on pourra border cette alèze des deux côtés du lit.
40 Une seconde alèze, mise sur la première, et un peu moins large que la première.
50 On termine le lit comme à l'ordinaire par un drap de dessus et une couverture.
Cas où l'on n'a qu*un seul lit.
Nous pourrions nous borner à dire que pour le lit destiné tout à la fois à l'accouchement et au repos le l'accouchée, il faudra combiner, ou, pour être plus précis, superposer les deux dispositions que nous venons de décrire, en commençant, bien entendu, par le lit n° 2, qui doit rester après l'enlèvement du lit n° 1.
Pour plus de clarté^ nous résumerons sommairement l'ensemble de ces dispositions, dans l'ordre même où elles sont exécutées:
10 Sous le matelas, une petite planche ou un registre.
29 Sur le matelas, un drap et un traversin, comme pour un lit ordinaire.
30 Alèze de 1 mètre de largeur environ. 40 Une seconde alèze un peu moins large.
50 Toile imperméable cirée ou en caoutchouc placée elle-même dans un drap plié en deux.
(Il sera bon de faufiler à larges points le drap dans lequel sera placé la toile imperméable, afin de faciliter, après l'accouchement, l'enlèvement de cette toile et du drap).
6» Alèze de 1 mètre environ de large,
7» Un drap dans toute la longueur et la largeur du lit, montant jusqu'à la tète du lit (mais non roulé avec le traversin) et descendant aux pi'eds.
80 Enfin on termine le lit par le drap de dessus et la couverture qui ne devront pas être bordés aux pieds.
Après la délivrance, il suffira de retirer avec attention, en soulevant l'accouchée, tous les objets sur lesquels a eu lieu raccouchement, c'est-à-dire
la toile imperméable, ainsi que l'alèze et le drap, qui la recouvrent; et la jeune mère pourra aussitôt se reposer sur une literie propre composée du drap roulé avec le traversin et des deux aièzes superposées.
Eti suivant ponctuellement toutes les indications que nous avons données, on aura bien des chances de garantir la literie sur laquelle la mère doit reposer, et on lui épargnera la fatigue, toujours désagréable, d'un changement de lit, à un moment où elle a un si grand besoin de repos.
Nous aurions presque le désir de demander pardon à nos lectrices de tous ces minutieux détails dans lesquels nous avons cru devoir entrer. Elles n'en comprendront peut-être pas toute l'importance, si elles ont auprès d'elles pour préparer leur lit leur sage-femme ou leur accoucheur, ou une garde expérimentée ; mais il peut survenir te! incident qui oblige la jeune femme ou les personnes qui l'entourent à faire elles-mêmes tous ces préparatifs et dans ce cas nous sommes convaincus qu'on préférera des détails précis à des indications vagues et insuffisantes.
Disposition de la chambre.
La chambre où devra se faire l'a^^couchement sera, autant que possible, spacieuse, uranquille et bien aérée ; on n'y laissera pénétrer qu'un demijour et on la tiendra à une température modérée.
Il est bon d'avoir du feu di.ns la chambre de
l'accouchée ; si la chaleur de la saison s'y oppose, on en fait dans une chambre voisine , afin d'avoir de l'eau chaude et du linge chaud à sa disposition. H est d'ailleurs indispensable de se mettre devant le feu pour habiller le nouveau-né.
On éloignera de cette chambre toutes les personnes dont la présence est inutile, ou pourrait déplaire à la jeune femme.
Préparatifs pour l'enfant.
Pour l'enfant, on préparera les bandes destinées à entourer son corps et à soutenir la ligature du nombril. Il faudra, de plus, une petite compresse pliée en quatre, un morceau de linge carré de 15 centimètres et une aiguillée composée de plusieurs fils réunis ensemble et cirés. Ce sont les premières choses nécessaires au nouveau-né, pour lier, bander et entourer le nombril.
On s'occupera du vêtement ; on enfilera les manches de la chemise et des brassières les unes dans les autres avec soin, de façon qu'elles puissent se mettre d'un seul coup. Il sera bon d'ailleurs de conserver cette habitude tant que l'enfant sera petit ; il est fort difficile de l'habiller; souvent on y met beaucoup de temps, lorsque les brassières ne sont pas passées l'une dans l'autre.
On disposera également, les uns sur les autres, la couche et les langes qui serviront à l'emmaiUotter et on faufilera ensemble sur le devant, le bonnet et
le petit béguin qui doivent lui couvrir la tête ; sans cela il sera difficile et long de le coiffer.
Il faut enfin se procurer du cold-cream ou de l'huile d'olives, pour enduire le corps de l'enfant avant de le laver, et afin de le débarrasser plus facilement de la matière visqueuse qui le couvre; on fera chauffer de l'eau, qu'on tiendra tiède pour laver l'enfant après sa naissance.
A cela se réduit tout ce qui est nécessaire pour recevoir le nouveau-né.
Dernières précautions avant l'aocouchement.
La jeune femme se déshabillera et se vêtira de manière à pouvoir ôter facilement et sans gêne ce qu'elle aura sur elle.
Pendant le cours des premières douleurs, elle conservera quelques vêtements amples, et des bas sans jarretières ; et, si la saison est froide, elle fera sagement de mettre, par-dessus ses bas, des chaussettes ou des bas de laine. Le froid aux pieds est quelquefois insupportable en couches, et peut même être pernicieux.
Comme la mère doit rester plusieurs jours sans se peigner, il faut arranger ses cheveux de façon qu'ils se mêlent le moins possible, et pour cela les natter et les relever sur la tête en les plaçant dans un filet de nuit, de manière qu'ils ne la gênent pas lorsqu'elle sera couchée.
Il est convenable, au moment où la mère commence à ressentir quelques douleurs, qu'elle prenne un lavement, parce que si la dernière portion du
gros intestin n'était pas complètement débarrassée, le passage de l'enfant en serait gêné, et la pression de sa tête pourrait produire une évacuation involontaire fort désagréable. L'administration d'un lavement ne peut donner lieu à aucun accident, et agit de la manière la plus utile.
De même , il est utile d'engager la mère à uriner.
Enfin il faudra préparer le linge nécessaire pour changer l'accouchée : chemise, camisole, mouchoir de cou en mousseline; avoir à sa disposition de l'eau chaude, une bassinoire, et tous les objets que l'accoucheur aurait à l'avance demandés.
L'aooouohemeut.
Nous n'aurions pas à parler de l'accouchement proprement dit, — car on doit s'en remettre entièrement aux soins de la sage-femme ou du médecin auquel on s'est confié, — s'il ne pouvait se faire qu'un retard survenu dans leur arrivée, surtout à la campagne, ou la promptitude de la couche, plaçât les personnes qui entourent la jeune femme dans la nécessité de les suppléer.
Nous dirons donc comment il faudrait se comporter dans une semblable circonstance, et nous engageons vivement les personnes qui peuvent se trouver obli gées de venir en aide à un accouchement, à lire avec la plus grande attention les conseils suivants et à les suivre exactement.
Tant qu'une femme en couche ne ressent que faiblement les douleurs de la délivrance, elle peut in-
différemment se tenir debout, marcher lentement, s'asseoir par moments, s'étendre sur un canapé ou sur un lit, selon qu'elle en sent le besoin; mais il n'est pas nécessaire qu'elle se place sur le lit destiné â l'accouchement.
Les douleurs utiles à la délivrance coïncident avec les contractions de la matrice. EUes partent ordinairement des reins et entourent le ventre comme une ceinture pour venir s'éteindre en avant et en bas. Elles reviennent à des intervalles assez réguliers et sont séparées par un temps de repos complet.
A un certain moment, ces contractions amènent la rupture de la poche des eaux y et à la suite de cette rupture s'écoule à plusieurs reprises une plus ou moins grande quantité d'une eau jaunâtre, c'està-dire du liquide séreux dans lequel l'enfant a vécu jusque-là.
Lorsque les douleurs deviennent fortes, et qu'elles se rapprochent, la femme doit se mettre sur le lit. La personne qui l'assiste se placera à sa droite; elle n'aura à lui donner que des encouragements et à la faire boire si elle a soif, mais en petite quantité. Elle devra lui réchauffer les pieds, si elle se plaint du froid.
Beaucoup de femmes, dès le commencement de Taccouchement, font des efforts de contraction dans l'intention d'activer l'expulsion de l'enfant ; elles se fatiguent ainsi sans profit. On fera bien de leur recommander de ne faire ces efforts, de ne pousser^ qu'à une période plus avancée du travail, et toujours en temps utile, c'est-à-dire joeno?an< la douleur.
76 LE LIVRE DES JEUNES AiÈRES
Aussitôt que la tête de l'enfant se présente et est prête à sortir, il faut placer la main droite de manière à la contenir doucement, pour que la sortie de la tête no se fasse pas trop brusquement.
Pour cela , on pose les cinq doigts réunis et allongés, à l'endroit où la tête fait saillie, et, à mesure qu'on la sent avancer, on les écarte peu à peu, • de manière à la saisir dans tout son entier, en la retenant doucement, si elle se précipitait avec trop de violence.
En même temps, on engagera la mère à modérer les efforts d'expulsion auxquels elle se livre en quelque sorte d'une façon instinctive au moment de.-, plus fortes et dernières douleurs.
Il faut bien se garder, si la couche est lente, d'essayer de la hâter en cherchant à faire sortir la tête ; on pourrait ainsi causer de sérieux accidents. On doit toujours laisser faire la nature, quand on ne possède pas l'art de la seconder.
Une fois la tête sortie, on la soutient seulement en la relevant un peu, de manière que l'enfant puisse respirer^ et on attend avec patience que le travail s'achève, ce qui se fait ordinairement assez vite.
L'usage d'accoucher à genoux, encore fréquemment adopté dans les campagnes, est très mauvais, et peut causer de graves accidents, comme la mort de l'enfant, ou chez la mère le renversement complet de la matrice. Il faut donc le combattre de la façon la plus absolue.
Quand la sortie de l'enfant sera complètement terminée, on s'occupera de séparer de sa mère le
nouveau-né ; celui-ci tient encore à sa mère par le cordon. Il faut lier ce cordon avec soin et le couper ensuite.
On commence par opérer une légère pression sur le cordon, pour déplacer la sérosité qu'il peut contenir; puis on fait une ligature avec l'aiguillée de fil dont nous avotis parlé, à quatre travers de doigt, c'est-à-dire à 6 centimètres environ de l'origine du cordon sur le ventre de l'enfant. On tourne cinq ou six fois le fil autour du cordon avant de faire le nœud et en serrant assez fort ; ceci fait, on coupe le cordon avec des ciseaux à 4 centimètres au-dessus de la ligature (c'est-à-dire à 10 centimètres du nombril de l'enfant) et on enlève l'enfant.
Pour plus de sûreté et de propreté, on peut faire deux ligatures; la première, comme nous venons de le dire, à 6 centimètres environ de l'origine du cordo a sur le ventre de l'enfant, et la seconde à 6 centimètres de la première ; on coupe alors le cordon entre les deux ligatures.
Avant de lier le cordon, il est bon de s'assurer que la respiration de l'enfant s'établit bien. S'il avait le visage violet et ne criait pas, s'il paraissait sufi'oqué, on pourrait couper le cordon avant de le lier, et laisser couler une ou deux petites cuillerées de sang ; mais on ne doit agir ainsi que lorsque les signes d'apoplexie du nouveau-né sont très marqués. Immédiatement on débarrasse, avec les doigts, la bouche et les narines des mucosités qui pourraient les obstruer et empêcher la respiration de s'établir ; on exerce des frictions sur la poitrine avec la
main, ou avec un linge imbibé de vinaigre ou d'eaude-vie. La projection brusque d'un peu d'eau froide sur le corps du nouveau-né peut aussi agir utilement dans ce cas.
Quoique nous n'ayons pas l'intention de nous occuper de l'enfant avant d'avoir achevé de dire ce qui reste à faire pour la mère, il est bon d'indiquer ici comment on doit le prendre sur le lit où il est né, pour ne pas s'exposer à le laisser tomber, accident assez fréquent, causé par la matière visqueuse dont l'enfant est enduit et qui a facilité sa sortie.
n faut le saisir d'une main par la nuque, de façon que le dessous de la tête se trouve dans le creux de la main^ les doigts étant allongés sous les épaules; on passe l'autre main sous ses petites fesses, en ayant soin de metlre le pouce entre ses jambes; on l'enlève et on le dépose dans un tablier attaché avec soin à la personne chargée de le recevoir.
Enfin, dès que l'enfant commence à faire quelques mouvements respiratoires, on le plonge dans un bain tiède.
Revenons à la mère, dont les douleurs ont cessé, mais qui n'est pas encore complètement délivrée.
Elle doit rester immobile sur son lit, ne pas parler, ne s'occuper de rien: le repos lui est absolument nécessaire après la crise qu'elle vient de subir. Trop souvent elle s'agite pour voir son enfant et s'informer de tout ce qui le concerne. Si elle avait une préférence connue pour une fille ou un garçon, et que son espérance fût déçue, il faudrait tâcher de gagner un peu de temps, lui dire qu'on n'a pas vérifié, aue
l'enfant est enveloppé, etc., et ne lui faire connaître la vérité qu'avec ménagement.
La personne qui doit s'occuper de l'accouchée ne s'éloignera pas. Elle s'assurera qu'elle n'a pas froid aux pieds, et lorsque de nouvelles douleurs, semblables à de petites coliques, se feront sentir, elle prendra le cordon , l'enveloppera avec un linge, afin d'éviter qu'il ne glisse dans la main, exercera sur lui des tractions lentes et soutenues, sans effort, pendant que, de l'autre main, placée sur le basventre, elle pressera doucement, en le frictionnant, le fond de la matrice.
Ces nouvelles douleurs, qui annoncent et accompagnent l'expulsion du placenta ou délivre, ne sont pas comparables à celles de l'accouchement, et n'ont pas une longue durée.
A mesure que la sortie du délivre s'effectuera, on tirera très doucement le cordon, obliquement, en bas et en avant.
Aussitôt que l'accouchée est délivrée, il faut prendre le placenta, s'assurer quil na pas été déchiré et quil est bien sorti tout entier, le rouler plusieurs fois dans les deux mains avec le cordon et les membranes^ et s'en débarrasser.
Après la délivrance, on laissera l'accouchée se reposer un peu.
On s'assurera seulement qu'elle ne perd pas trop de sang. Au premier moment, le sang s'écoule toujours avec quelque abondance; mais on pourra être rassuré lorsque la main, par une légère pression sur le bas-ventre, sentira un corps rond et dur, lorsque
raccouchée ne pâlira pas, ne perdra pas ses forces, et que l'écoulement cessera assez vite.
Dans le cas contraire, il faut au plus tôt appeler un médecin, dont les soins sont indispensables en pareille circonstance. En attendant son arrivée, on baissera la tête du lit en retirant les oreillers, on découvrira les pieds au lieu de les réchauffer, on fera observer un repos absolu, on appliquera sur le basventre une serviette pliée toute froide, qu'on imbibera même d'eau froide vinaigrée, et on posera la main dessus en exerçant une pression.
Mais, s'il ne survient pas d'accident, il ne faut rien faire à la petite maman; on se bornera à lui donner à boire, si elle le demande; il n'est point nécessaire de la gorger de tisane, comme on le fait trop souvent, sans se rendre compte du pourquoi, mais seulement parce que c'est l'usage. La boisson sera tiède; froide, elle ne serait pas sans inconvénient.
On doit éviter les sirops, tels que l'orgeat, le sirop de groseille ou de vinaigre. L'eau sucrée, ou la tisane d'orge et de chiendent, une infusion de tilleul, de mauve ou de violettes, senties boissons les plus convenables.
Si l'accouchement en se prolongeant ne paraissait pas devoir suivre son cours naturel, on devrait attendre les secours de l'art, qui auront bien le temps d'arriver, à moins de circonstances extraordinaires et exceptionnelles.
Une couche difficile est toujours fort lente, et il y a mille fois moins d'inconvénients à laisser souf-
frir la jeune femme, quelque envie qu'on ait de la soulager, et à attendre l'accoucheur, qu'à vouloir le remplacer: on s'exposerait ainsi aux plus graves accidents.
Dans ce cas, on devra laisser la mère marcher, s'asseoir, se coucher ; on tâchera seulement qu'elle évite les mouvements violents, et on l'engagera à modérer ses cris qui l'épuiseraient.
Si elle était très altérée, on lui donnerait quelque boisson calmante, de l'infusion de tilleul ou de feuilles d'oranger, de l'eau sucrée avec de l'eau de fleur d'oranger, mais en très petite quantité.
Si le travail était très long et qu'elle sentît le besoin d'aliments, on pourrait lui en donner un peu ; il ne faut pas qu'elle perde ses forces ; du vin sucré pris à petite dose serait convenable. Puis il faut soutenir son courage, la consoler, l'entourer d'affection, lui donner de l'espérance en écartant, le plus possible, la crainte du danger; lui parler de l'enfant auquel elle va donner le jour, qui lui sera d'autant plus précieux qu'il l'aura plus fait souffrir et, pendant ce temps, rechercher bien vite les seuls secours efficaces en de telles circonstances, — ceux que donnent seules la science et l'expérience d'un accoucheur.
Heureusement il est fort rare que l'accouchement ne suive pas l'ordre naturel, dans un peu plus ou un peu moins de temps, avec un peu plus ou un peu moins de douleurs. Si nous vouHons comparer le petit nombre d'accidents à l'énorme population qui couvre la terre, nous verrions l'immense quan-
82 LE LIVRE l»ES JEUNES xMERES
tité de chances heureuses que nous avons contre une fâcheuse, et, loin de craindre, nous en tirerions les plus douces espérances.
Ne vous effrayez donc pas, jeunes femmes, vous deviendrez mères sans accidents, et vous oublierez ces violentes douleurs, comme nous vous l'avons déjà dit, aussitôt qu'elles seront passées. La nature prévoyante l'a voulu ainsi^ pour que, à l'approche de vos autres couches, vous n'ayez ni inquiétude, ni appréhension, quoique vous connaissiez les souffrances de l'accouchement.
Voilà des détails bien longs et bien circonstanciés. Les personnes qui les liront sans avoir à en faire l'application pourront les trouver fastidieux ; nous croyons qu'il en sera autrement de celles qui auront besoin d'y avoir recours. Il ne faut pas arriver à ce moment qui dispose déjà trop par lui-même au trouble et au désordre, en ignorant absolument ce qu'il faut faire, ou, ce qui est pis encore, en restant imbu des préjugés les plus dangereux.
Nous recommandons particulièrement aux personnes qui assistent l'accouchée de réunir tous leurs efforts pour conserver leur sang-froid, de ne rien faire avec précipitation, de se hâler lentement et surtout de cacher avec soin leurs émotions vives, ou les craintes qu'elles pourraient éprouver ; car, jious le répétons, pour une femme eu couches les fortes émotions sont à redouter.
Changement de lit.
Le besoin de sommeil vient souvent assaillir une femme aussitôt après qu'elle est accouchée. Il ne faut pas qu'elle s'y livre tout de suite, dans la crainte surtout que ce calme apparent n'empêche de reconnaître une hémorragie; il vaut mieux qu'elle attende d'avoir été changée de lit, si le lit n'a pas été disposé pour que l'accouchée y reste après sa délivrance.
Avant de mettre l'accouchée dans son lit, si elle n'est pas trop fatiguée ou abattue, on pourra, en la remuant le moins possible, la changer de linge.
On préparera du linge bien sec et chaud. Il faut passer la chemise nouvelle par- dessus la tête et tirer Tautre par les pieds; puis on met le grand mouchoir de mousseline double qui a été préparé, et pardessus, une camisole, — également chauffée, car il faut déjà songer à éviter les maux de sein si fréquents : la chaleur est un des meilleurs préservatifs.
On retire par le bas du lit tous les linges salis, et on fait la toilette de l'accouchée ; c'est-à-dire qu'on lave avec une éponge et de l'eau tiède les surfaces tachées de sang. On essuie doucement et on recouvre la jeune mère d'un drap chaud et d'une couverture. On la change alors de lit, ce qu'on peut faire en général une heure après l'accouchement terminé, s'il n'est pas survenu d'accident.
Pour effectuer la translation, Taccoucheur passe le bras droit sous les jarrets de l'accouchée, et le bras
gauche s:)us les reins ; de son côté, l'accouchée passe ses bras autour du cou de l'accoucheur ; celuici la soulève alors facilement, et la pose sans secousses sur le nouveau lit. qui a été bien bassiné.
Si la femme ne pouvait être ainsi transportée, on mettrait les deux lits l'un près de l'autre, et l'accouchée pourrait se glisser elle-même avec un peu d'aide, dans son nouveau lit ; mais elle doit éviter le moindre effort, et surtout ne pas marcher, ne pas se mettre debout.
La translation s'effectue aussi très commodément de la manière suivante, à la condition que les deux lits soient à peu près de la même hauteur: on met les deux lits l'un près de l'autre; on passe sous les reins de l'accouchée un drap plié en six ; une personne se tient an pied du lit pour soutenir les jambes, une autre au haut du lit pour soutenir la tête, pendant que deux autres personnes, en soulevant trèslégèrement le drap sur lequel repose l'accouchée, opèrent la translation du premier lit dans le second. On retire ensuite le drap.
Lorsque la mère sera bien couchée dans son nouveau lit bien propre, on glissera sous elle une serviette pliée en quatre, de façon qu'elle puisse relever l'un des coins entre ses cuisses ; on changera cette serviette toutes les fois qu'il sera nécessaire, d'autant plus souvent que l'écoulement des liquides sanguinolents, qui persistent après la délivrance et qu'on appelle lochies, est plus abondant.
Il est également convenable de passer sous les reins de l'accovchée une serviette longue, pliée en
trois 3ans sa longueur, dont on ramène les bouts sur le ventre en les croisant et qu'on attache, en serrant modérément, au moyen de trois épingles posées avec soin. *"
Ce serait une erreur de croire qu'en serrant fortement cette espèce de ceinture on empêcherait le ventre de conserver un trop gros volume ; on gênerait le travail qui doit s'opérer, et on risquerait d'obtenir un résultat contraire à celui qu'on cherchait.
La mère aussitôt après la délivrance.
Il n'est pas indispensable que l'accouchée reste dans une position absolument immobile ; biea qu'elle ne doive pas faire de mouvements trop brusques ni trop fréquents, elle peut prendre dans son lit la position qui lui convient le mieux, et fléchir les ^ cuisses si cela lui plaît.
Il ne faut pas la couvrir de manière à exciter une transpiration factice, lors même qu'elle éprouverait un peu de tremblement. Ce tremblement qui n'est pas dû au froid ; il est nerveux, et très fréquent après une couche ; il cède bientôt au repos et au calme dans un lit propre et chaud.
Ainsi bien proprement et commodément couchée, la jeune maman pourra se livrer au sommeil, qui lui fera un bien infini.
Si elle se sentait un peu agitée, elle prendrait une petite cuillerée d'eau de fleur d'oranger avec du sucre ou une infusion de tiUeul.
Si, comme il arrive quelquefois , elle éprouvait des
coliques, une serviette chaude ou une légère friction sur le bas-ventre les adoucirait ; mais le temps les dissipera.
Il est essentiel de faire uriner raccouchée quelque temps après l'avoir laissée se reposer; souvent ce besoin ne se fait pas sentir, bien qu'il existe, surtout si le travail a été long, on fera usage du vase en étain dont nous avons parlé . Quelquefoisla vessie ne se contracte pas, quoiqu'elle soit pleine ; il peut en résulter du malaise et de la douleur, dont on chercherait la cause ailleurs si on n'était prévenu.
Mais notre accouchée a surtout besoin de repos, et on ne laisse pas toujours assez le loisir d'en goûter aux femmes en couches ; on les accable de visites, de questions, de félicitations, qui, très agréables pour les personnes qui les font, sont très fatigantes et même souvent préjudiciables pour celle qui les reçoit.
Nous engageons fortement à ne pas suivre cet usage, à écsirier rigoureusement de l'accouchée, pendant quelques jours, tout ce qui peut lui causer de rémotion, de l'agitation, de la fatigue, et à ne laisser près d'elle que les personnes chargées de la soigner. Nous le répétons, l'accoucnee a besoin de repos, et son repos sera déjà bien assez troublé par le petit marmot, qui va tout à l'heure lui demander à téter.
On continuera les boissons dont nous avons parlé, et, si l'accouchée a faim, on lui donnera un bouillon chaud, et même un potage, mais peu copieux. Il j faut être prudent, il vaut mieux ne pas satisfaire ' complètement l'appétit, que de courii' le risque de produire de la fièvre.
On a, dans certains pays, surtout à la campagne^ rhabitude de donner à l'accouchée la rôtie au vin^ qui consiste en vin chaud sucré dans lequel on fait tremper du pain grillé. Cette alimentation excitante est tout à fait inutile, et pourrait être mauvaise. Il faut donc s'en abstenir. Cependant il pourrait arriver que, après l'accouchement, il survînt une prostration des forces, un abattement, qui nécessiterait des toniques; mais, dans ce cas, il est plus rationnel de recourir aux lumières du médecin et de suivre ses conseils.
Il est sage de veiller une femme en couches au moins pendant les trois ou quatre premières nuits qui suivent sa délivrance ; ensuite il suffira qu'une personne zélée, et n'ayant pas le sommeil profond, demeure près d'elle et se lève chaque fois qu'il est nécessaire pour elle et son enfant. On se servira de la veilleuse dont nous avons parlé ; elle permettra d'avoir toujours à sa disposition un peu d'eau tiède.