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CHAPITRE IV

Première tétée.

Notre jeune mère, aussitôt après sa délivrance et les premiers soins qu'elle a reçus, a bien vite cherché un peu de repos dans un sommeil réparateur : il va falloir bientôt la déranger pour qu'elle commence à allaiter son nouveau-né.

Beaucoup de personnes attendent trop tard pour présenter l'enfant au sein, et lui donnent à boire fréquemment de l'eau sucrée, ce qui lui ôte l'appétit, lui remplit l'estomac et augmente la difficulté qu'on trouve quelquefois à lui faire prendre le sein.

Ce serait une erreur de croire qu'une femme dont les seins ne sont pas remplis de lait dès la naissance de son enfant n'en a pas assez pour suffire aux premiers besoins de celui-ci. Il est rare que le premier lait fourni par la mère, bien qu'il soit en très petite quantité, ne suffise pas.

Le premier lait de la mère est d'une nature particulière et convient parfaitement au nouveau-né : il facilite l'évacuation des matières contenues dans les intestins, matières auxquelles on a donné le nom de méconium.

Il sera le plus souvent inutile de donner à un

enfant nourri par sa mère du sirop de chicorée, ou d'autres légers purgatifs qui ne sont pas toujours anodins ; mais pour faciliter l'évacuation des matières contenues dans l'intestin, il sera bon que l'enfant tette peu de temps après sa naissance.

Lorsqu'on tarde trop à faire téter l'enfant, les seins s'engorgent, les bouts s'aplatissent et deviennent durs, et l'enfant les prend très difficilement ; de là naissent les gerçures qui font si cruellement souffrir un grand nombre de femmes, et sur lesquelles nous reviendrons plus loin. Les paysannes commettent presque toutes cette faute ; elles attendent la montée du lait pour donner le sein. Aussi sont-elles bien souvent victimes de douleurs qu'elles auraient évitées en donnant le sein plus tôt.

De plus, si l'enfant ne tette pas dès les premières heures de sa naissance, le lait qu'il trouve plus tard a perdu une partie des qualités nécessaires à ses premières digestions.

Il ne faudrait pas cependant tomber dans l'excès contraire et donner à téter trop tôt ; l'enfant ordinairement n'a pas très vite faim et soif, il se rebute, et on a fatigué la mère pour rien.

Nous pensons que quatre à six heures après la délivrance sont le terme convenable.

On aidera la mère à se soulever un peu sur le lit, et on la soutiendra avec un ou plusieurs oreillers, pour qu'elle commence à allaiter son enfant.

Elle donnera le sein gauche, d'abord. On lui présentera son enfant placé sur un petit oreiller ; elle le posera sur son bras gauche ; elle écartera

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doucement le bras droit du petit qui se trouve sur son sein, et le placera derrière elle, c'est-à-dire sous son aisselle.

Elle ouvrira sa camisole, la reculera à gauche, et tirera à droite le mouchoir dont nous avons parlé, de sorte que le sein sera entièrement couvert, excepté le mamelon.

Si elle a besoin de diriger son sein pour mettre le bout dans la bouche de l'enfant, elle le fera avec précaution. Pour cela, elle écartera l'index et le doigt du milieu et les posera de chaque côté du bout du sein ; alors elle approchera le mamelon de la bouche de l'enfant et attendra avec patience.

L'enfant hésitera, cherchera quelquefois longtemps, mais finira par saisir le sein ; ce que la mère reconnaîtra bien, car cette pression paraît excessive et caus-e même un peu de douleur la première fois qu'on la ressent.

Quelquefois, la conformation arrondie du sein, sa fermeté, le peu de longueur du mamelon, font que le nez de l'enfant se trouve bouché par le contact. Il faut, alors dégager le nez du nourrisson, en appuyant doucement sur le sein avec l'index. L'enfant obtient le lait par succion en faisant le vide. S'il ne peut respirer par le nez, il sera obhgé de cesser souvent de téter, pour respirer par la bouche, ce qui le fatiguerait beaucoup et ferait mal à la nourrice.

Dans les premiers temps, l'enfant tette lentement et longuement, se repose, s'endort même quelquefois, ce qu'il faut empêchej la mère se

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fatiguerait à rester trop longtemps assise sur son Ut.

Pour empêcher le sommeil, lorsqu'on aura observé que l'enfant fait une pose plus longue que les autres, on cognera légèrement avec le doigt sur le derrière de sa tête, près de l'oreille; cela suffira pour l'éveiller et l'engager à continuer son repas. On reconnaît facilement que l'enfant tettebien et régulièrement: en écoutant, on l'entend avaler le lait. Aussitôt qu'il a fini, il faut le prendre avec son petit oreiller et le poser dans son berceau.

Si l'enfant ne prenait pas le sein à cette première tentative, il faudrait attendre un peu avant de faire un nouvel essai, une ou deux heures par exemple ; mais ne rien lui donner à boire en attendant, même s'il criait; recommencer alors, et ne pas se rebuter jusqu'à ce qu'on ait réussi, ce qui arrivera inévitablement.

La seconde fois qu'on donnera à téter, il faudra présenter le sein droit et ne jamais manquer d'alterner ainsi ; et même, lorsque l'enfant devient plus fort et tette davantage à la fois, on doit l'interrompre au milieu de son repas, dans un moment où il se repose, et lui donner l'autre sein.

Cette manière d'allaiter est infiniment préférable à toute autre : elle maintient une égalité parfaite entre les deux seins, et l'enfant, trouvant plus facilement à se satisfaire, tettera moins longtemps et moins souvent ; puis on évitera la perte du lait, quelquefois assez considérable, qui aurait lieu par le sein non vidé.

Nous ferons tout de suite quelques observations sur une conformation assez fréquente du sein chez certaines femmes, conformation qui offre un obstacle à l'allaitement, obstacle difficile à vaincre, mais qui cependant, à bien peu d'exceptions près, peut être surmonté.

Quelques femmes n'ont pas le bout du sein, le mamelon, assez saillant. Il faut, dans ce cas, que l'enfant le développe par la succion.

Beaucoup de personnes se figurent que, lorsque cette conformation imparfaite est très prononcée, elle devient un obstacle invincible, et emploient pour la corriger des moyens artificiels qui peuvent n'être pas sans danger. Ordinairement, il suffit de quelques jours, ou tout au plus de quelques semaines, pour former le mamelon. II faut donc avoir un peu de patience : beaucoup de nos paysannes ont ce vice de conformation, mais comme l'idée de donner une nourrice à leur enfant ne leur vient même pas, elles continuent à vouloir allaiter, et réussissent.

Néanmoins, il faut parfois aider la nature, lorsqu'il existe une difficulté à l'accomplissement de ses vœux; mais on ne doit le faire qu'avec une grande prudence.

Ainsi on peut essayer du moyen suivant : On prend une fiole dont le goulot, portant un rebord aplati,, est intérieurement de la grosseur d'un doigt. On y verse doucement de l'eau chaude, en ayant soin de remuer à mesure pour échauffer graduellement le verre. Lorsque la fiole est pleine

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et que le verre est bien cliaud, on la vide promptement. Pendant ce temps, la femme qui doit s'eo servir se sera préparée à donner le sein à son enfant et l'aura placé sur elle. Dès que la bouteille est vide, on essuie le goulot, qui ne doit pas être trop chaud et on le pose sur le bout du sein en appuyant légèrement. Bientôt un vide partiel se fait, parce que» l'air qui était contenu dans la bouteille, et qui avait été dilaté par la chaleur, se condense parle refroidissement. Alors on voit sortir le bout du sein et même quelquefois le lait jaillir. Aussitôt que le mamelon est bien saillant on fait pénétrer l'air avec précaution, en soulevant la fiole d'un côté, puis de l'autre ; on retire la fiole et on présente le sein à l'enfant, qui le prend alors facilement.

Mais ce moyen, comme tous les moyens artificiels analogues, peut irriter le sein et y causer des gerçures ; on ne doit donc y avoir recours que si les tentatives réitérées de l'enfant n'ont pas suffi

Enfin, comme moyen préventif, nous indiquerons le suivant à la jeune maman, soucieuse de pouvoir nourrir son enfant, et qui craindrait d'en être empêchée par cette conformation vicieuse : préparer le bout dn sein, même avant l'accouchement, par des succions répétées, sans attendre que le nouveau-né puisse se charger lui-même de ce soin.

Premiers soins à donner au nouveau-nô

Nous avons laissé le nouveau-né après la ligature du cordon sans qu'il ait encore reçu aucun soin. Revenons à lui, pour l'aider à entrer dans cette vie qu'il commence par des cris presque continuels. Ces cris facilitent d'ailleurs la dilatation des poumons, et sont en même temps la preuve que la respiration pulmonaire, acte caractéristique et essentiel de sa nouvelle vie, s'est bien établie.

Le corps du nouveau- né est plus ou moins sali par le sang, et couvert d'un enduit blanchâtre, onctueux, qui le rend glissant et peu aisé à maintenir. La couche de cette matière grasse, insoluble dans l'eau, est plus épaisse aux aines, aux aisselles, au cou, derrière les oreilles. Il faut en débarrasser la peau; pour cela, le meilleur moyen consiste à plonger l'enfant dans un bain d'eau tiède à 35 degrés centigrades. Une grande cuvette longue, ou mieux le petit bassin en zinc dont nous avons parlé, et qu'on remplit à moitié, est ce qu'il y a de plus commode. La peau du bébé sera nettoyée assez facilement en la frottant légèrement avec la main enduite de cérat ou de beurre, d'huile d'olive, ou d'un jaune d'œuf, qui a l'avantage de se mêler à l'eau. On peut aussi se servir d'une éponge fine qui pénètre mieux dans tous les angles et qu'on promènera sur tout le corps dans le bain, doucement et rapidement.

Certaines personnes, sous prétexte de fortifier Fenfant, conseillent de le laver, pour la première fois, dans de l'eau froide. Ce conseil est mauvais.

Les petits enfants sont très sensibles au froid, et le supportent mal. L'eau froide pourrait causer une inflammation des jeux ou des poumons, du coryza, ou un dérangement d'entrailles, maladies toujours fort sérieuses à cet âge.

En le sortant du bain, on enveloppera tout de suite l'enfant dans du linge chaud, et on le prendra sur les genoux pour le bien essuyer ; on le placera devant le feu pour l'habiller, même si la température de la chambre et la saison semblaient permettre de se passer de feu.

Avant de vêtir l'enfant, on entourera le bout du cordon ombilical avec un petit morceau de linge ëchancré au milieu, et fendu à l'un de ses bords. Ce petit linge apphqué sur le ventre isole le cordon. On posera par dessus une compresse ; puis avec une bande on entourera le corps de l'enfant sans trop serrer, mais assez néanmoins pour que la compresse ne glisse pas ; et on fixera la bande sur le côté en la serrant légèrement. Ce pansement sera renouvelé plusieurs fois les jours suivants , jusqu'à la chute du cordon et la formation du nombril qui en résulte.

La personne qui habille l'enfant le couche sur un petit oreiller placé sur ses genoux

On lui met d'abord ses brassières, préparées comme nous l'avons dit ; avant de passer le bras dans les manches, il faudra faire rentrer le pouce dans la main, que l'enfant tient fermée, pour éviter que le pouce ne se rebrousse, ce qui pourrait le blesser.

Les bras passés, on retourne l'enfant sur le ventre, en plaçant la figure de côté, afin qu'il puisse respirer librement ; puis on attache la chemise et les brassières. On le retourne de nouveau et on l'enlève sur le bras gauche en l'appuyant contre soi. On étend sur les genoux, avec la main droite, les langes également préparés et dont le nombre et l'épaisseur varieront suivant la saison ; on pose l'enfant au milieu, de manière que le lange arrive sous les aisselles ; on prend la couche qui tombe du côté gauche de l'enfant, on la relève sur lui, puis on en fait autant de l'autre côté, en serrant un peu. On procède ainsi pour chaque lange, et, arrivé au dernier, on retourne encore l'enfant pour attacher le lange avec les cordons.

On se gardera bien de forcer le pauvre petit à allonger les jambes ; il le fera seul plus tard. On se bornera à relever la couche en la pHant en dessous de ses pieds ; on en fait autant du lange de dessous, en laissant libre celui de dessus.

Ce n'est que plus tard, quand on mettra des bas à l'enfant, qu'on ne relèvera plus ni la couche ni les langes.

Toutes les femmes de la campagne ont l'habitude de mettre la couche et le lange de dessous sous la chemise, afin d'éviter que celle-ci ne soit mouillée : c'est une mauvaise méthode, parce que le frottement des ourlets, qui se trouvent sous les aisselles, blesse les enfants ; ils ne le sont que trop souvent par la couture des emmanchures.

Lorsaue les enfants sont changés chaque îois

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qu'ils se sont salis, ce qui est nécessaire, la chemise n'est jamais mouillée ; mais beaucoup de personnes ne les changent que trois ou quatre fois par jour, et point du tout la nuit, ce que nous considérons comme très fâcheux, car ils vivent alors dans une humidité et une '. malpropreté constantes, causes ordinaires des rougeurs, des éruptions ^et des excoriations de la peau, si faciles à éviter, et quelquefois si difficiles à guérir.

Répétons encore qu'il ne faut pas forcer les enfants à allonger les jambes, en les enveloppant chacune dans un des côtés de la couche, et en serrant fortement les langes pour les contenir ; cette contrainte doit être extrêmement pénible pour l'enfant et nuit à son développement. Les langes doivent maintenir une douce chaleur autour du corps de l'enfant sans en gêner les mouvements.

Autrefois, et trop souvent cette coutume barbare se retrouve encore aujourd'hui dans certaines contrées, les nourrices ne se contentaient pas de serrer fortement les langes de l'enfant en les assujettissant avec des épingles ; elles le garottaient avec une forte bande de toile et l'enroulaient des pieds jusqu'aux épaules, exactement comme on le faisait aux momies en Égjpte. Ce détestable usage est contraire à toutes les lois de la nature ; on peut dire qu'il est monstrueux, et nous voudrions, pour en faire comprendre l'absurdité, la cruauté même, condamner les personnes qui le font subir à leurs enfants à le supporter pendant quelques heures seulement; elles en auraient bientôt fait justice.

N'est-il pas facile de comprendre qu'il doit être horrible pour ces pauvres petits, naturellement vifs et ennemis de l'immobilité, de se sentir serrés, gênés, bridés? Cette méthode est barbare, et les mères éclairées qui habitent les contrées où elle est en pratique doivent faire de grands efforts pour la détruire. Elle commence à passer ; mais néanmoins on serre encore beaucoup trop les pauvres enfants, sous le prétexte qu'étant faibles ils ont besoin d'être soutenus.

Dès que l'enfant sera nettoyé et habillé, on le mettra dans son berceau, sur l'un ou l'autre côté, la tête et les épaules un peu élevées, pour l'aider à rejeter les glaires qu'il peut avoir dans la bouche et le gosier, et faciliter la respiration. Il a besoin de repos, et c'est dans son berceau et non sur les bras de sa nourrice ou de sa bonne, qu'on doit dès le premier jour lui faire prendre l'habitude de le trouver. Le berceau sera placé dans une chambre bien aérée et bien exposée, où Fair sera d'une température modérée et égale.

Chute du oordon.

Quatre ou cinq jours, huit au plus, après la naissance, la portion du cordon restée attachée au nombril se détache. Avant cette époque, on aura soin de défaire de temps en temps la bande pour s'assurer •que rien n'est dérangé ; mais on ne cherchera pas à ouvrir les linges qui enveloppent le cordon : on se contentera de les toucher légèrement. Si le cordon est détaché, ces linges tomberont à la moindre trac-

tion. S'ils résistent à cette traction, on remettra la bande.

Si après la chute du cordon, on remarque quelques petits boutons ou un peu de rougeur, on lavera avec de l'eau de guimauve. On conservera quelques jours encore une petite bande pour éviter le frottement, elle servira aussi à contenir l'anneau ombilical, qui est quelquefois trop large. A bien plus forte raison si le nombril est saillant, on posera dessus, sous la bande, une petite compresse de linge fin pliée en quatre.

n s'établit assez souvent une légère suppuration accompagnée de rougeur dans le nombril même. Après l'avoir lavé à plusieurs reprises, avec de l'eau tiède, et l'avoir bien essuyé jusqu'au fond, on le couvre de poudre de riz ou d'amidon, et on le bande. Si la cicatrisation n'a pas lieu promptement, il faut faire visiter le mal par le médecin.

Quelques jours après la naissance, il arrive quelquefois que le nourrisson a du lait dans ses petits seins, qui deviennent alors durs, brillants, rouges et fort douloureux. Pour les débarrasser de cet engorgement, qui pourrait donner la fièvre et amener un abcès, on appliquera des cataplasmes : en général, deux ou trois jours après, il n'y paraîtra plus. Si. l'engorgement persistait il faudrait consulter ua médecin.

La déclaration de naissance à la mairie

Actuellement la loi oblige à déclarer dans les trois jours, à la mairie, la naissance d'un enfant, mais elle permet aux parents de demander que la constatation de la naissance soit faite à leur domicile. La présentation du nouveau-né à la mairie n'est donc plus obligatoire:

Cette modification à la loi est un progrès important dont la réalisation s'est fait longtemps attendre. On la doit aux efforts persévérants des médecins, qui ont fini par faire comprendre t^us les dangers de cette sortie prématurée des nouveau-nés. Il reste encore malheureusement trop d'autres causes à la désolante mortalité qui frappe ces petits ■êtres, sans que la loi vienne y jo' idre une obligation aussi fâcheuse qu'inutile.

Soins à donner à l'accouchée jusqu'à son rétablissement*

Pendant les deux premiers jours, si on a provoqué une évacuation avant le travail, il n'y a pas lieu de •combattre la constipation ; mais ensuite, si le besoin d'aller à la selle ne se manifestait pas, on devrait administrer de temps en temps à l'accouchée un ou plusieurs lavements à l'eau de son, de guimauve ou de graine de lin.

On donnera, suivant l'appétit, dansla journée, une ou plusieurs tasses de bouillon, un ou deux légers

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potages. Dans l'intervalle, de la tisane seulement : infusion de tilleul, de mauve'ou de violette.

Souvent, mais moins souvent qu'on le croit, il se déclare, du deuxième au troisième jour, un mouvement de fièvre, appelée fièvre de lait. L'accouchée a mal à la tête, sa peau est chaude, sa face colorée, et elle éprouve de la difficulté à rapprocher ses bras du corps par suite du gonflement des seins. Mais, au bout de vingt-quatre ou trente-six heures, cette fièvre se dissipe.

On pourra dès lors permettre un peu plus d'aliments, de façon que peu à peu la mère arrive, vers le dixième ou quinzième jour, à se nourrir comme elle le faisait avant ses couches.

En outre, on changera souvent les serviettes, et on fera plusieurs fois par jour des lotions tièdes, en plaçant l'accouchée sur le vase en étain.

Après les premiers jours de repos, on fera le lit. Mais il ne faudra pas pour cela que la mère marche ni se tienne debout : on aura recours à un sesond lit, qu'on approchera du sien, qu'on bassinera et dans lequel on l'aidera à se placer. L'accouchée pourra y rester quelques heures ; ce changement de lit fait un bien et un plaisir infinis.

On profitera de ce moment pour changer le linge, ce qui ne sera pas moins agréable

Le lit devra être encore garni.

Quand la mère nourrit, le lait prenant son cours naturel, la tuméfaction des seins reste modérée, et la fièvre le plus souvent nulle ; tandis que si elle ne nourrit pas, l'engorgement des sems peut

devenir très prononcé et très douloureux , et la fièvre prendre les proportions d'une petite maladie fort pénible. Dans tous les cas, il faut bien couvrir les seins avec de la flanelle ou de la ouate enveloppée dans de la mousseline claire. S'ils sont très engorgés, il convient d'employer des cataplasmes chauds en ayant soin de mettre deux cataplasmes sur chaque sein, de manière à laisser libre le mamelon entre eux, et à pouvoir donner à téter sans déranger les cataplasmes. D'ailleurs, les maux de sein sont si fréquents pendant les six premières semaines et il est si important de les bien soigner, que nous traiterons cette question dans un chapitre spécial.

n faut prendre les plus grandes précautions pour ne pas éprouver l'impression du froid.

Il est très bon de renouveler l'air de la chambre de l'accouchée. Si la saison est rigoureuse, il faudra encore le faire, mais avec précaution, et pendant quelques instants seulement, en ayant le soin de fermer les rideaux du lit.

n est bon aussi que l'accouchée fasse sa toilette, (dans son lit, cela va sans dire) qu'elle se lave le visage, les mains, les dents ; il n'y a aucun inconvé-> nient à accomplir ces petits devoirs de propreté en employant l'eau tiède, et cela fait à la fois beaucoup de bien et de plaisir.

Quant à la chevelure, il sera convenable d'attendre, pour s'en occuper, le moment où la mère pourra rester quelques heures assise ; dans les premiers temps, elle ne se peignera pas elle-même^

cela pourrait la fatiguer et causer des tiraillements aux seins.

Ce n'est que du neuvième au quinzième jour, ou plus tard même, suivant les circonstances (et toujours après avoir consulté le médecin), que la femme pourra s'asseoir sur une chaise longue ou un fauteuil, pendant une heure ou deux. Ensuite elle essayera ses forces en faisant quelques pas dans la chambre.

Ce n'est que du vingtième au trentième jour qu'ils lui sera permis de sortir pour la première fois.

Ce n'est qu'au bout de six semaines révolues qu'elle peut se considérer comme entièrement affranchie des suites de ses couches.

Pendant tout ce temps, elle doit éviter les fati-^ gues, les veilles, les travaux prolongés ; elle ne doit point plonger les mains dans l'eau froide, ni se baigner, à moins que cela ne lui soit conseillé par le médecin; ne pas voyager; enfin, s'entourer de ce» petits soins que demande un état de convalescence.

Chez une femme qui nourrit, la santé se raffermit ordinairement plus tôt, et une partie de ces soins deviennent moins nécessaires que chez celle qui n'allaite pas.

Sans rien exagérer, on gagnera toujours à prolonger les précautions que nous venons d'indiquer comme nécessaires au rétablissement de Taccouchée, qui aurait grand tort de mettre une espèce d'amour-propre à paraître rétablie très vite : sa santé pourrait plus tard s'en ressentir gravement.

N'allez pas croire cependant, jeunes femmes, que tous les soins dont nous voulons vous entourer soient

donnés à toutes les mères, à celles de la campagne surtout ! Heureusement leur constitution, renforcée par l'habitude du travail des champs, et le bon air qui les vivifie^ établit une sorte de compensation aux pratiques presque sauvages, en quelque sorte, auxquelles elles sont soumises dans ces moments critiques de la vie des femmes.

Un ou deux jours après leur délivrance, elles sont souvent obligées de reprendre le soin de leur ménage, et de s'occuper elles-mêmes du nouveau-né, quelquefois même de laver le linge dont elles ont besoin. Jugez combien ce doit être pénible et combien la chose est dangereuse^ surtout dans la mauvaise saison!

Cette rudesse cause fréquemment de graves maladies dont les suites influent sur tout le reste de l'existence de ces pauvres mères.

Quant à vous, qui avez le bonheur, dans cette crise, d'être entourées des soins les plus éclairés et des affections les plus tendres, soyez prudentes sans exagération, et, toutes les fois que vous aurez occasion, par vos conseils, vos soins personnels, vos secours pécuniaires, de venir en aide aux pauvres mères moins heureuses que vous, ne laissez pas échapper l'occasion de leur être utiles ; c'est un devoir de femme à femme, de mère à mère, il est sacré.

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