LE LIVRE DES JEUNES MEKES
pose au muguet, — affection contagieuse, qui peut compliquer la plupart des maladies de la première •enfance, celles de Festomac et des intestins surtout, et qui sévit d'une façon pour ainsi dire épidémique dans les crèches et les asiles, lorsque les enfants sont placés dans de mauvaises conditions Jijgiéniques.
Le signe caractéristique du muguet est le suivant: â l'intérieur de la bouche, devenue rouge et douloureuse, sur la langue dont les papilles sont tuméfiées, sur les gencives et le voile du palais, se déposent de véritables moisissures blanchâtres, champignons microscopiques, qui apparaissent sous la forme d'un semis de points blancs, de consistance molle, s'enlevant aisément mais se reproduisant très vite, d'abord disséminés, mais se réunissant bientôt pour former des taches, des pellicules plus ou moins grandes et plus ou moins épaisses. €ette production ne donne pas à l'haleine une odeur mauvaise comme dans d'autres affections de la bouche. En même temps, les enfants ont quelquefois des coliques et de la diarrhée ; ils tettent moins bien •et digèrent mal.
Dans les cas légers, les plus communs, la guérison peut être complète en quelques jours. Dans les cas graves, avec diarrhée, vomissements et fièvre, le muguet n'est qu'un accessoire dans l'ensemble des troubles digestifs qui affaiblissent rapidement le petit malade.
Par lui-même, le muguet n'est pas grave.
On l'empêchera de se produire en plaçant le nour-
MALADIES DE L ENFAINT 235
risson dans de bonnes conditions liygié nique s^, en l'allaitant d'une manière rationnelle, en évitant l'alimentation prématurée, en tenant propre la bouche de l'enfant, en ne le laissant pas s'endormir au sein ou avec le biberon dans sa bouche.
Une fois formé, on fera disparaître le muguet en nettoyant toutes les surfaces garnies de taches et de plaques blanches avec un petit pinceau de charpie ou un tampon de linge imbibé d'eau de Vichy, ou mieux d'un mélange de borax et de miel rosat, ou encore d'une solution de borax dans l'eau ou la glycérine dans la proportion suivante :
Eau ou glycérine.. ...... 30 grammes.
Borax 8 —
Sous l'influence de ce traitement local renouvelé trois ou quatre fois par jour (tous les soins hygiéniques, d'ailleurs, étant donnés en même temps), le muguet est ordinairement guéri en trois ou quatre jours.
Angines.
Les angines ou inflammations de la gorge, donnant lieu à une difficulté d'avaler, sont très rares chez le nourrisson ; on commence à les observer plus souvent dans la seconde année, et elles deviennent encore plus fréquentes après cet âge.
L'enfant à la mamelle est parfois atteint d'une inflammation superficielle de l' arrière-bouche et du pharynx accompagnant une inflammation analogue des fosses nasales. Cette angine est ordinairement causée par le froid. Elle est caractérisée par une
rougeur uniforme de la gorge et par la sécrétion de mucosités parfois abondantes, qui peuvent provoquer de la toux et rendre le sommeil un peu agité.
Cette affection n^offre pas de gravité. Elle cède le plus souvent à de simples précautions contre le froid : une cravate de laine autour du cou, l'enveloppement des pieds avec de la ouate que l'on recouvre de taffetas gommé ou de baudruche, de façon à produire une action légèrement révulsive vers les extrémités. Si des mucosités trop abondantes obstruaient le pharynx, il faudrait donner une ou deux cuillerées à café de sirop d'ipécacuanha pour en provoquer le rejet.
Quelquefois, dans la première année delà vie, sous l'influence de causes diverses, dans le cours ou à la fin d'autres maladies, il se forme, dans le fond de la gorge des abcès dont l'existence se révèle surtout par une grande difficulté d'avaler. On voit alors le nourrisson saisir le sein avec avidité, puis bientôt se renverser en arrière, tousser et rejeter le lait par le nez et la bouche. Ces abcès deviendraient rapidement dangereux s'ils n'étaient ouverts par un chirurgien dès que leur existence a été reconnue.
Indigestion.
Pendant l'allaitement, plus souvent pendant les premières semaines , il arrive que les enfants rejettent, après un repas copieux, une partie du lait avalé. Cette régurgitation ne provoque pas de trouble dans la santé générale ; elle est causée par l'ingestion d'une trop grande quantité de lait ou
par des tétées trop rapprochées, ou par le hoquet qui, lui aussi, très fréquent après des repas trop copieux, n'a rien d'inquiétant.
Mais très souvent aussi, peu après le repas, au lieu d'une simple régurgitation sans conséquence fâcheuse, il se produit une véritable indigestion. L'enfant est alors agité ; il souffre et crie ; sa face pâlit et ses traits se contractent ; il raidit ses membres, se tord, et parfois même a de légères convulsions. En même temps, il semble faire des efforts comme pour évacuer et rend des vents par la bouche et par l'anus. Il se calme alors un instant, est assoupi avec un peu de prostration; mais, de nouveau, il est pris de coliques et se tord en criant d'une façon douloureuse.
Ordinairement l'indigestion se termine bientôt par des vomissements de lait caillé et aigre. Si elle se prolongeait, le ventre deviendrait dur, tendu, sensible à la pression, et bientôt le petit malade rendrait des selles Uquides jaunâtres ou verdâtres, irritantes pour la peau, mélangées de grumeaux blancs de lait non digéré.
Quand, par suite d'une alimentation mal réglée, les causes d'une première indigestion subsistent, les coliques, les évacuations de gaz, les vomissements et la diarrhée peuvent, après avoir cessé momentanément, se renouveler pendant des semaines entières. Ces indigestions répétées font perdre à l'enfant de son poids, il dépérit, ses chairs deviennent flasques, son ventre reste ballonné, sa face est souffreeuse et son regard éteint ; on voit alors apparaître
chez le nouveau-né tous les signes de Tinanitioa [alhrepsie) et chez l'enfant plus âgé ceux du rachitisme.
• Il est donc de la plus liante importance d'éviter aux enfants toute cause d'indigestion. II faut pour cela suivre exactement, dans leur alimentation, les conseils donnés précédemment.
Pour combattre l'indigestion, on appliquera d'abord sur le ventre un cataplasme de farine de lin ; on réchaufïera les jambes et on donnera, par cuillerées à café, toutes les dix minutes, un mélange par parties égales d'eau de chaux et d'eau d'anis, de cannelle, de camomille ou de fleur d'oranger. Si ces moyens ne suffisent pas, on fera prendre une cuillerée à café d'huile de ricin. Pendant quelques jours ensuite, on se trouvera bien de faire boire au jeune enfant, après chaque repas, une cuillerée èSt café d'eau alcaline de Vais ou de Vichy.
Entérite.
Les troubles de la digestion, quelle qu'en soit la cause, peuvent déterminer, dans la première enfance, une inflammation des intestins ou entérite. Cette maladie présente, au début, certains des caractères de l'indigestion.
L'enfant a de la fièvre, la peau est chaude, son pouls est plus fréquent que d'habitude, il a très soif et cependant tette avec moins de plaish-, il abandonne souvent le sein pour le saisir de nouveau, sa langue est blanche et humide ; il souffre du ventre,
la pression au niveau du nombril ou sur un des côtés du bas-ventre provoque des cris aigus. Les selles sont fréquentes, abondantes, liquides, encore jaunes au début, mélangées de grumeaux de lait caillé et parfois de glaires sanguinolentes ; elles prennent facilement une teinte verdâtre.
Si au lieu de diminuer et de céder bientôt aux soins indiqués pour l'indigestion, la diarrhée persiste, il ne faut pas hésitera faire venir le médecin. La guérison de l'entérite s'obtiendra le plus souvent, mais l'enfant ne reprendra ensuite que lentement ses forces perdues.
Diarrhée.
Il ne faut jamais négliger de combattre la diarrhée chez les enfants à la mamelle, quelle qu'en soit la cause, et nous appelons tout de suite l'attention de nos lectrices sur un préjugé funeste, qui corniste à ne rien faire contre la diarrhée lorsqu'elle survient au moment de la dentition.
Nous avons eu bien souvent l'occasion de constater les tristes résultats du préjugé que nous vous signalons. Si votre enfant a de la diarrhée pendant qu'il fait ses dents ^ vous risquez fort d'entendre dire autour de vous que la chose est toute naturelle, qu'il faut se garder de la combattre, peut-être même que c'est un bon signe ! Et alors la diarrhée non combattue peut se prolonger, l'enfant dépérit doucement, et quand arrive le médecin, il se trouve en face d'une Téritable maladie que des soins donnés à temps auraient certainement prévenue.
S*il convient de ne jamais négliger de combattre la diarrhée, il faut apporter beaucoup de prudence dans le traitement de cette indisposition.
La diarrhée jaunâtre homogène ne présente généralement pas de gravité.
La diarrhée jaune verdâtre avec grumeaux de lait est le signe d'une irritation sérieuse de l'intestin.
La diarrhée liquide abondante avec ou sans mucosités sanguinolentes est toujours un phénomène grave.
L'enfant atteint d'inflammation intestinale ne doit prendre pour toute nourriture que le lait de sa nourrice. Les tétées seront espacées et moins copieuses que d'habitude ; mais on ne suspendra pas l'allaitement.
Lorsque l'enfant est nourri au biberon, on essayera, si cela est possible, de le mettre au sein. Sinon, on ajoutera au lait du biberon de l'eau de chaux ou de l'eau de Vichy (1/4 d'eau pour 3/4 de lait).
On maintiendra sur le ventre des cataplasmes de farine de lin simples ou arrosés avec de l'huile de camomille camphrée.
On donnera deux fois par jour un petit lavement tiède avec quatre ou cinq cuillerées de décoction de graine de Un ou de son, dans laquelle on aura délayé un peu d'amidon.
Au début, on se trouvera bien de l'emploi de l'huile de ricin à faible dose (de 1/2 à 1 cuillerée à café).
Un peu après, on pourra donner le sous-nitrate de bismuth et le carbonate de chaux en poudre. Il n'est pas une mère qui ne connaisse les petits pa-
quels d'un gramme de sous-nitrate le bismuth et [es petits paquets d'un gramme de carbonate de chaux. On délaiera dans un peu d'eau sucrée avec quelques gouttes d'eau de fleur d'oranger la moitié d'un petit paquet de sous-nitrate de bismuth et la moitié d'un petit paquet de carbonaste de chaux, et OU) fera prendre cela à l'enfant le matin et le soir.
On pourrait aussi demander au pharmacien la potion suivante :
Eau de tilleul 80 grammes.
Sous-nitrate de bismuth 2 —
Carbonate de chaux pulvérisô ... 2 —
Sirop de menthe 15 —
que l'on ferait prendre par cuillerées à café toutes les heures, en ayant soin d'agiter chaque fois qu'on s'en servirait.
Nous donnons ici la formule de cette potion, parce qu'il peut être nécessaire de l'employer dans le cas urgent de diarrhée cholériforme, comme nous allons le voir.
Choléra infantile.
L'irritation de l'intestin chez les enfants débute parfois avec violence ou bien, après avoir suivi une marche peu inquiétante, prend brusquement un caractère d'une extrême gravité. Tout à coup, la diarrhée devient très abondante, les selles se répètent d'une façon presque incessante, elles deviennent aqueuses et décolorées. Des vomissements de même nature se produisent. L'enfant perd ainsi en peu d'heures une grande quantité de liquide; par
suite la soif est inextinguible^ l'urine supprimée, l'amaigrissement, l'affaiblissement et le refroidissement de tout le corps très rapidement prononcés. Le petit malade présente ainsi les symptômes d'une affection redoutable appelée diarrliée cholériforme ou choléra infantile^ qui peut l'emporter très vite s'il ne reçoit d'un médecin éclairé des secours prompts et énergiques. En attendant son arrivée, on aura recours aux moyens conseillés pour arrêter la diarrhée, on fera prendre la potion an bismuth dont nous avons donné la formule à propos de la diarrhée, en y ajoutant deux ou trois gouttes d'éther, et on humectera avec un peu d'eau glacée les lèvres du malade pour apaiser la soif et les vomisements.
Constipation.
La constipation n'est pas rare chez les enfants, surtout chez ceux qui sont allaités au biberon ou qui sont nourris prématurément de farineux. Un nourrisson bien portant rend dans les 24 heures deux ou trois selles jaunes demi-liquides ; une seule évacuation par jour est déjà l'indice d'une paresse de l'intestin. Quand les matières rendues sont dures, sèches, décolorées, quand elles ne sont rendues que tous les deux ou trois jours, le pauvre petit s'épuise en efforts pendant lesquels il s'agite, crie, devient bleu, efforts qui peuvent amener la sortie do la muqueuse du rectum.
La constipation surviendrait moins souvent, si dès les premiers mois on mettait de la persévérance
à tenir journellement l'enfant sur son vase, à des intervalles réguliers. Par ce moyen si simple on amène le fonctionnement régulier des intestins et on habitue l'enfant à la propreté.
Cette constipation n'est pas toujours causée exclusivement par la dureté des matières, mais aussi par la paresse du gros intestin et le resserrement de l'anus. Les bains conviennent parfaitement pour modérer cette disposition.
Il y a un moyen bien simple de remédier à ce resserrement de l'anus, ou au moins de faciliter la selle dont l'enfant a un pressant besoin; c'est l'emploi d'un suppositoire.
Un suppositoire peut se faire avec du beurre de cacao, du savon, ou tout simplement avec un petit morceau de carotte. Le suppositoire aura une longueur de cinq à six centimètres, et la grosseur du petit doigt; il sera arrondi dans la longueur, effilé d'un . bout et coupé à plat de l'autre. On le couvre d'huile d'olive, puis on introduit le bout pointu dans l'anus avec beaucoup de précautions ; on l'y tient enfoncé presque dans toute sa longueur pendant quelques secondes, malgré les efforts que fait l'enfant pour le repousser; on l'ôte, et ordinairement la selle suit immédiatement. Pour introduire le suppositoire, on placera l'enfant sur le dos, les jambes relevées.
De temps à autre un purgatif léger (sirop de chicorée ou huile de ricin), des lavements d'eau répétés matin et soir, l'huile de foie de morue (une ou deux cuilloréos à café par jour), seront employés avec avantage contre la constipation.
Pour donner un lavement à un enfant, il faut le placer sur le dos et lever ses jambes en Fair, et non le poser sur le ventre, car celui-ci étant comprimé, r enfant ne pourrait pas garder le lavement. Il faut avoir un irrigateur du petit modèle portant une fine canule en gomme élastique, qu'on a le soin de couvrir d'huile avant de l'introduire dans le fondement. On fait jaillir un peu d'eau, afin qu'il ne reste pas d'air dans le tuyau de l'irrigateur ; l'air, introduit dans l'intestin, empêcherait de garder le lavement. Pour que l'enfant le garde un peu, on serre ses petites fesses avec les doigts.
Dans le cas de sortie ou chute du rectum, on aura recours aux bains de siège froids, aux applications de compresses d'eau très froide ou d'eau blanche. On aura soin, au moment où l'enfant pousse pour aller à la selle, de soutenir le rebord de l'anus avec les doigts, afin d'empêcher la sortie de l'intestin.
Si, après être sorti, l'intestin ne rentre pas naturellement on le fera rentrer de suite avec le doigt coiffé d'un linge enduit de cérat ou d'huile.
Vers intestinaux.
Contrairement à l'opinion de beaucoup de mères, qui attribuent à la présence des vers dans l'intestin un grand nombre des indispositions de leurs enfants, l'existence des vers intestinaux est rare dam la fremière enfance. Ce n'est guère qu'à partir de la troisième année qu'on les observe ; ils sont dus au mode d'alimentation des nourrissons.
Le seul signe certain de l'existence des vers dans l'intestin est leur présence ou la présence de leurs œufs dans les matières évacuées. Ils ne causent habituellement aucun trouble fonctionnel sérieux; parfois de l'inappétence ou au contraire l'exagération de l'appétit, des nausées, des selles glaireuses, une coloration bleuâtre des paupières, la dilatation des pupilles , des démangeaisons dans le nez, exceptionnellement des accidents nerveux.
L'intestin grêle est le siège habituel des lombrics ou ascarides lombricoïdes, grands vers cylindriques effilés aux extrémités; les oxyures vermiculaires, petits vers blanchâtres et filiformes, séjournent dans la dernière portion du gros intestin, d'où ils sortent par l'anus, surtout le soir, en causant à l'enfant des démangeaisons qui l'obligent à se gratter.
Aucun vermifuge {semen- contra, calomel^ san^ tonine, etc.) ne doit être administré à un enfant sans l'ordonnance du médecin.
Jaunisse.
Souvent on voit, peu après leur naissance, les enfants prendre une coloration d'un jaune bilieux, plus ou moins prononcée. Habituellement, cet ictère des nouveau-nés survient sans que la santé paraisse altérée et disparaît de lui-même du huitième au dixième jour; mais parfois cette coloration jaune est causée par une légère inflammation du foie (hépatite). Dans ce cas, la jaunisse est très foncée
et se montre partout, sur la peau et sur les muqueuses de la bouche et des yeux. Le ventre est un peu tendu et sensible. Les fonctions digestives sont d'ailleurs à peu près régulières. Cette affection ne présente en général rien de grave et se termine favorablement avec quelques bains tièdes, et en tenant le malade chaudement.
Hernies.
Les hernies de l'intestin sont assez fréquentes chez les nouveau-nés.
La hernie ombilicale est un vice de conformation que l'on remarque quelquefois au moment même de la naissance de l'enfant. Elle est caractérisée par la présence au nombril d'une grosseur molle et transparente. Ce vice de conformation peut aussi se produire accidentellement, plus ou moins longtemps après la naissance, chez les enfants qui crient beaucoup. L'enfant n'en souffre pas. Il faut toutefois chercher à le guérir, ce qui s'obtient par la réduction de la hernie au moyen de petites compresses de Unge maintenues par une bande roulée, ou d'une pelote de ouate cousue dans de la toile et tenue en place par une large bandelette de caoutchouc tissé.
La hernie de l'intestin est moins fréquente dans l'aine {hernie inguinale) qu'à l'ombilic. Dans l'aine, elle est plus difficile à guérir, parce que la réduction, méthodiquement exercée à l'aide d'un bandageets mouis facile. Mais, avec un peu de patience et
de persévérance, le but désiré sera presque toujours atteint.
Les hernies n'empêchent pas de baigner les enfants. Il faut pour les baigner ôter le bandage.