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LE LIVRE DES JEUXES MÈRE

Contusions.

Produite par un coup, une chute ou une pression violente, la contusion est plus ou moins étendue, plus ou moins forte. Elle est caractérisée par l'apparition immédiate d'une tache ou d'une bosse sanguine. Le sang extravasé sous la peau donne à celle-ci une teinte rouge ou ardoisée qui progressivement passe du bleu foncé au bleu clair, puis jaunit et finit par disparaître. Il y a du gonflement, de la douleur, qui, en général, est bientôt remplacée par de l'engourdissement.

On cherchera tout d'abord à calmer la douleur, à déterminer une prompte disparition du sang épanché et à éviter l'inflammation, la suppuration, la formation d'abcès qui sont parfois la conséquence des contusions violentes. Le repos de la partie contuse, les applications de compresses imbibées d'eau froide, d'eau froide additionnée d'extrait de saturne (eau blanche), de teinture d'arnica ou d'eau-de-vie camphrée, d'eau salée ou vinaigrée, sont les meilleurs moyens à employer d'abord. Si la douleur est vive on se trouvera bien d'associer à l'eau blanche un peu de laudanum.

Contre les bosses sanguines on exercera une compression par dessus la comnresse appliquée sur le siège du mal. La compresse imbibée du liquide étant posée, on la maintiendra à l'aide de tours de bande convenablement serrés.

Dès qu'il se manifeste des signes d'inflammation (chaleur, tension, douleur vive au toucher) il faut cesser l'emploi des réfrigérants et des résolutifs, et ■employer les cataplasmes émollients et laudanisés.

Si un abcès menaçait de se former, le chirurgien devrait être consulté.

Plaies.

Les plaies faites par des corps contondants, on plaies conluseSj présentent un grand nombre de degrés, depuis la simple excoriation de la peau jusqu'à l'écrasement complet de toutes les parties frappées. Les excoriations seront soignées comme une contusion par l'application, pendant quelques heures, de compresses mouillées d'eau froide ; puis on fera un pansement au cérat, ou on collera un morceau de taffetas gommé, de baudruche, épiderme artificiel qui modérera la douleur et favorisera la cicatrisation.

Les plaies contuses comprenant toute l'épaisseur de la peau et souvent au delà ont des bords irréguliers, meurtris, une surface inégale, noirâtre ■et peu saignante ; elles ne se cicatrisent pas facilement sans suppuration.

Ces plaies seront d'abord bien lavées et l'on pourra tenter leur guérison immédiate en rapprochant leursbord 3, sans étabhr de compression, à l'aide de bandelettes de sparadrap ou de taffetas gommé.

Les plaies faites [lar des instruments tranchants, ou coupures^ ont des bords rectilignes et unis, donnent lieu à un écoulement de sang parfois très abon-

dant et, chez les enfants, se guérissent d'ordinaire très vite sans suppurer. Les coupures doivent être bien lavées avec de l'eau froide et débarrassées du sang coagulé ; après quoi, leurs bords seront rapprochés le mieux possible et maintenus en contact au moyen de bandelettes préparées pour adhérer à la peau (taffetas, toile, baudruche). Si les bandelettes étaient insuffisantes, par suite de la situation ou de la profondeur de la plaie, le secours du médecin serait alors indispensable. C'est de ce premier pansement que dépendra la guérison prompte et sans cicatrice apparente de la coupure.

Les plaies faites par des objets pointus, piqûres, sont étroites, plus ou moins profondes, douloureuses, et saignent à peine. Elles sont sujettes à s'enflammer. Il faut d'abord s'assurer qu'il n'est pas resté dans la piqûre la moindre parcelle du corps qui l'a produite, l'extraire s'il y a lieu, puis soigner la plaie et la surveiller comme pour une plaie contuse.

Les piqûres de sangsues donnent lieu quelquefois à une hémorrhagie difficile à arrêter et par suite dangereuse. Dans ce cas on commence par maintenir sur la piqûre, en comprimant avec le doigt, un petit morceau d'amadou, puis on fait la cautérisation de la plaie avec un brin de charpie imbibée de perchlorure de fer, ou avec une aiguille à tricoter rougie à blanc ; si Thémorrhagie persistait, il faudrait au plus vite faire venir le médecin

1. Ces cas d'hémorrhagie, assez rares d'ailleurs, pourraient cependant se présenter. Si on se trouvait éloigné du médecin, e;)mra9 il y aurait un véritable danger à laisser l'hémorrhagie per-

MALADIES DE L'ENFANT 317 Brûlures.

L'action intense de la chaleur capable de produire labrûli/.re^ent s'exercer à distance par rayonnement (coup de soleil), mais surtout par le contact même du corps brûlant, et dans les circonstances les plus variées.

Les brûlures sont ordinairement classées en degrés, selon leur intensité.

La brûlure la plus légère (l*"" degré) est caractérisée par une sensation de cuisson qui persiste après la cessation de la cause, par une rougeur inflammatoire qui, après quelques heures ou peu de jours, se dissipe en même temps que l'épiderme se fendille et se détache par écailles.

Une cause plus énergique ou plus prolongée, la flamme d'un gaz, le contact de l'eau bouillante, d'un corps métallique fort chaud mais non rougi, détermine le 2® degré de la brûlure, c'est-à-dire le soulèvement immédiat ou rapide de l'épiderme par de la sérosité jaunâtre et limpide. La douleur est vive. Les ampoules déchirées ou percées, la sérosité s'écouîe; bientôt l'épiderme se dessèche et tombe, un nouvel épiderme se forme et l'inflammation se guérit sans suppuration.

Dans le 3° degré, il y a désorganisation du derme et suppuration.

sister, il f iudrait trouver une personne quelquç peu hgbile pour liyaturer la piqûre. Voici comment on procède: on traverse la peau, sous la piqûre, avec une flne aiguille, et on entortille un fil sous cette aiguille, en serrant un peu, de façon à faire une ligature à la peau, sous la piqûre.

Dans lo 4° degré, toute Tépaisseur de la peau est détruite et la partie morte tombe avec suppuration du quinzième au vingtième jour.

Peu étendue, quel que soit son degrés la brûlure peut être considérée comme sans gravité. Etendue, elle est toujours grave; mais, pour le premier degré, pendant les premières 48 heures seulement en raison de la douleur qu'elle cause.

Dans le cas de brûlure simple, peu étendue, au •jcr degré et au 2^" degré, le froid produit de bons effets : on plonge la partie malade dans l'eau froide qu'on renouvelle à mesure qu'elle s'échauffe, ou on applique des compresses imbibées d'eau froide que l'on arrose ensuite souvent avec de l'eau blanche.

Quand on aura à déshabiller l'enfant, on le fera avec beaucoup de précautions, sans précipitation, en évitant d'enlever l'épiderme des ampoules.

Les parties brûlées étant mises à nu, on percera les ampoules avec une aiguille en évitant de les déchirer. Puis on devra soustraire les parties brûlées au contact de l'air qui exaspère la douleur. Dans ce but, on étalera sur la surface atteinte de la farine ou de l'amidon, un mélange de parties égales d'huile d'amandes douces et d'eau de chaux récente (qu'on appelle Uniment oléo-calcaire), ou une solution sirupeuse de gomme arabique ; ensuite on appliquera une couche de ouate de l'épaisseur d'un doigt envu'on, en isolant bien l'une de l'autre les surfaces brûlées qui se toucheraient; on soutiendra la ouate avec une compresse de toile, et on maintiendra le tout avec une bande roulée . La ouate peut être

MALADIES DE LENF.VNT 31^) remplacée par de la baudruclio en feuillets, qui s'applique facilement et adhère à la peau. Le pansement ne sera renouvelé que tous les deux ou trois jours, à moins qu'une abondante suppuration ne le rende plus souvent nécessaire.

Dans les brûlures profondes, l'inflammation nécessite l'emploi des cataplasmes de fécule, des pansements avec le linge cératé et la charpie; d'ailleurs les soins du médecin seront alors plus longtemps nécessaires, puisqu'il devra diriger la cicatrisation des plaies, et surveiller les complications qui peuvent survenir dans les brûlures graves.

Engelures.

Uaction du froid, et surtout l'exposition d'une partie engourdie par le froid à une forte chaleur, peut amener, principalement aux mains et aux pieds, une tuméfaction circonscrite, d'un rouge violacé, avec ou sans soulèvement de Tépiderme par de la sérosité roussâtre, quelquefois avec ulcérations. Ces engelures causent des démangeaisons incommodes et des douleurs cuisantes, quand la partie malade subit l'impression de la chaleur.

On préviendra l'apparition des engelures en fortifiant les surfaces, qui en deviennent facilement le siège, par des frictions stimulantes d'eau-de-vie, d'eau-de-vie camphrée, ou une solution de 30 grammes d'alun dans un liti'e d'eau, et en évitant les lavages à l'eau tiède.

Quand l'engelure existe et que l'épiderme est

intact, on continuera les frictions alcooliques. Les engelures ulcérées seront pansées avec de la charpie imbibée de vin aromatique. Quand il y a un engorgement notable de la peau autour des ulcérations, une compression bien faite avec des bandelettes de sparadrap, renouvelée aussi souvent qu'il sera nécessaire, produira le meilleur résultat

Entorses.

La distension, le tiraillement des articulations avec ou sans arrachement des ligaments, ï entorse ou foulure est souvent , chez les jeunes enfants qui commencent à marcher et que Ton tient par la main, la conséquence de faux mouvements ou de mouvements exagérés. C'est le plus communément au poignet, au coude, à F épaule, puis au pied que l'entorse s'observe. C'est presque toujours en tirant le bras de l'enfant pour le soutenir quand il va tomber, ou pour l'aider à monter les marches d'un escalier, à franchir un ruisseau, que cet accident arrive.

Aussitôt une vive douleur se fait sentir dans l'articulation distendue. L'enfant pleure, cesse de mouvoir la jointure blessée; les parties molles autour de celle-ci augmentent de volume sans changer de couleur. La pression et les mouvements provoqués exaspèrent la douleur.

L'entorse doit être traitée par l'immobilisation de l'articulation lésée, au moyen de bandes et de ouate, et ensuite par des frictions d'eau-de-vie camphrée.

Ordinaîrement, à moins de complications spéciales, le mal disparaît graduellement au bout de quelques jours ; il est toujours prudent, en cas d'entorse, de prendre Tavis du médecin.

Fractures.

La rupture complète ou partielle des os est assez rare chez les enfants à la mamelle ; mais plus tard cet accident est fréquent. Chez les enfants, les fracturer sont ordinairement simples et souvent incomplètes, c'est-à-dire qu'une partie de l'épaisseur de Fos se rompt tandis que le reste ploie et se courbe. Les coups directs, les chutes, une grande distension articulaire chez un enfant qu'on soulève brusquement par le bras, etc., peuvent les déterminer. Les mouvements imprimés au membre fracturé sont très douloureux.

Ordinairement, à moins de complications spéciales, les fractures des enfants se consolident avec rapidité et beaucoup plus vite que celles des adultes.

En cas de fracture il faudra, en attendant l'arrivée du médecin, placer la partie malade dans une position convenable et dans une immobilité parfaite. On se servira de petits morceaux de bois ou de carton et de bandes roulées. Par-dessus cet appareil provisoire, on placera des compresses imbibées d'eau froide.

Nous ne voulons pas terminer ce chapitre des accidents^ sans répéter que le mieux est de les prévenir par une surveillance de tous les instants, Nous n'avons certainement pas besoin d'appeler l'attention des mères sur ces épouvantables accidents, de toutes sortes, dont sont remplis chaque jour les Faits divers des journaux, mais elles feront bien de tenir à ce sujet constamment en éveil l'attention des personnes auxquelles leurs enfants seront confiés.

Nous n'en finirions pas s'il s'agissait d'énumérer toutes les précautions qu'il faut prendre vis-à-vis des enfants ; mais sans parler ni du danger des allumettes ou des couteaux, ni du soin qu'il faut apporter au choix des jouets, etc., nous voulons dire un mot de la défense absolue qu'il faut faire à la nourrice ou à la bonne de se pencher à une fenêtre ou à un balcon, de s'appuyer à la balustrade d'un pont ou au mur d'un quai en tenant l'enfant dans ses bras : un mouvement brusque de l'enfant, ou une distraction subite de la nourrice peuvent avoir une conséquence fatale. De plus, l'enfant habitué de bonne heure à regarder par les fenêtres sera iiien fortement tenté, dès qu'il pourra se tenir sur ses jambes, d'approcher lui-même sa chaise de \a fenêtre ouverte. Ces sortes d'accidents nous inspirent une telle crainte que nous voudrions voir complètement grillagées les fenêtres de la chambre des enfants.

Souvenez-vous aussi que les enfants se font tms souvent meurtrir les doigts dans les portes dus

chambres et les portières des voitures, et vous apporterez toute votre attention à les préserver d'un pareil accident.

Pour éviter les fractures des membres, ne soulevez jamais un enfant par les bras ; quand vous lui donnez la main dans la rue, ne le tirez jamais par le bras pour l'aider à traverser un ruisseau; quand vous voyagez avec lui, prenez les plus grandes précautions pour le faire monter en voiture ou en chemin de fer, ou pour l'en faire descendre ; ne vous encombrez pas de paquets qui vous empêcheraient de lui donner aisément la main ; en chemin de fer, dès que l'enfant sera monté en wagon, assurez-vous que la portière d'en face est bien fermée : assez souvent ces portières, moins surveillées que celles qui se trouvent le long du quai de la gare, sont seulement poussées sans être véritablement fermées ; tant que la portière ne sera pas fermée, ne laissez pas votre enfant s'en approcher.

En résumé les enfants doivent être soumis à une surveillance continue et sans relâche, depuis le moment où ils commencent à marcher jusqu'à l'âge où il faudra bien qu'on leur laisse la responsabilité de leurs mouvements

CHÂPÏTRE XI

Nous avons assuré de notre mieux le bien-être physique de l'enfant et, par une hygiène raisonnée, prévenu autant que possible tous les dangers de maladies; si, malgré nos soins, des symptômes alarmants se sont produits, nous avons voulu les connaître, afin de pouvoir faire au plus vite le nécessaire et savoir dans quels cas nous devions tout de suite appeler le médecin. II y a encore pour la jeune mère un devoir non moins impérieux à remplir: commencer l'éducation morale de Tenfant, développer peu à peu ses aptitudes et ses facultés intellectuelles, corriger ses défauts et le disposer, en un mot, à bien profiter plus tard de l'instruction qui lui sera donnée.

C'est à la mère qu'il appartient de commencer cette éducation dès le berceau, car elle sait mieux que personne parler au cœur de ce petit être, et, mieux que personne, elle saura y développer le germe des bons sentiments. La tâche est belle à remplir et les résultats seront considérables ; des premières impressions reçues, souvent ineffaçables, peut dépendre l'avenir de l'enfant.

Commencement de réducation.

Dans les premiers jours, un enfant n'a absolument besoin que de téter, de dormir, d'être changé et lavé. Ordinairement il ferme les yeux aussitôt qu'il a l'estomac plein, et ne les ouvre que pour téter de nouveau. Dès cette époque, il faut le mettre dans son berceau, aussitôt que ses besoins sont satisfaits, et même ne pas trop craindre de l'y laisser crier, à moins que la violence et la durée de ses cris ne fassent penser qu'il est souffrant ou qu'il éprouve quelque nouveau besoin.

On ne saurait commencer trop tôt à faire contracter de bonnes habitudes aux enfants.

Si vous cédez aux premières volontés de l'enfant et à ses moindres caprices, vous en ferez bien vite un petit tyran qui vous rendra malheureuse, sans que cela lui profite. Un enfant qui cesse de crier presque aussitôt qu'on 1 e prend dans son berceau, ne criait pas parce qu'il souffrait ; il n'aurait pas ainsi cessé de souffrir instantanément. S'il criait, c'était donc uniquement pour se faire prendre dans les bras ; c'est sa volonté qu'il cherche déjà à imposer aux autres.

Ayez donc quelque fermeté, même dès les premiers jours de l'existence de vos enfants, pour leur bonheur, croyez-le bien, comme pour le vôtre, et ne craignez pas en cela de paraître manquer de tendresse.

Nous entendons déjà nos mamans s'écrier : De la

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fermeté avec un enfant si jeune I Supporter des cris dont on ne connaît souvent pas la cause, sans chercher à les calmer !.. — Oui, si vous l'habituez à être pris dans vos bras dès qu'il crie, il criera chaque fois qu'il s'éveillera, parce qu'il aime beaucoup mieux être sur vos genoux ou dans vos bras que dans son berceau. — Et pourquoi, dira-t-on aussi, ne pas lui donner une jouissance qu'on peut lui procurer à si peu de frais? — Parce que cette jouissance n'est nécessaire ni à son bien-être ni surtout à sa santé, et qu'elle perdrait promptement sa valeur parla satiété ; vous en auriez bientôt fait pour l'enfant une espèce de besoin; la fatigue qu'elle causerait s'opposerait ensuite à sa continuation et alors vous seriez forcée de lui imposer une privation. Loin d'avoir ajouté à son bonheur, vous irriteriez ainsi son caractère par la violence qu'ilmettrait à vouloir se faire obéir. Tandis que si vous l'habituez à rester couché, même éveillé, il s'en trouvera bien; vous vous épargnerez une perte de temps considérable, une gêne continuelle, ïine fatigue que vous ne pourriez peut-être pas supporter toujours, et vous éviterez de la sorte, pour l'enfant lui-même, une cause fréquente de chagrins.

Plus tard^ à mesure qu'il grandira^ vous lui donnerez de petits moyens de distraction ; mais il faut tâcher de l'habituer de bonne heure à ne pas avoir ^soin qu'on s'occupe toujours de lui.

Sans doute, il faut compter avec l'état physique de l'enfant qui parfois est indisposé, triste, grognon; mais alors si, pour éviter des pleurs et des cris qui

pourraient aggraver le mal, on cède à toutes ses volontés, à toutes ses exigences, elles deviendront souvent telles qu'il n'y aura plus moyen de les satisfaire, et l'on aura augmenté l'embarras qu'on re^ doutait. Il faudrait donc prévoir, autant que possible, ce qu'on sera obligé d'accorder, pour ne pas paraître céder aune exigence ou à un caprice.

OIl ! nous savons bien qu'il n'est pas toujours facile, ni même possible, de mettre ces préceptes en action, et qu'on a beau jeu à donner des conseils qu'on serait souvent embarrassé démettre soi-même en pratique. Et nous n'ignorons pas non plus que la conduite à tenir vis-à-vis des enfants doit dépendre avant tout de leur caractère, de leur nature et de leur santé. Nous avons trop vécu avec les enfants, nous les avons trop aimés, pour ne pas savoir qu'il serait absurde de s'en tenir avec eux à des règles inflexibles et absolues, et nous ne connaissons rien de plus insipide que ces beaux théoriciens de l'éducation, qui montrent souvent moins de sagesse et plus d'entêtement que les pauvres petits êtres qu'ils martyrisent. Nous savons qu'avec les enfants on fait plus souvent comme onpeut, qu'on ne îaxt comme on veut. Tout ici est une question de mesure et de tact. Mais, ces réserves faites, nous croyons qu'il faut commencer dès le berceau l'éducation de l'enfant.

Il ne faut pas oublier toutefois qu'un état maladif fait naître chez l'enfant mille fantaisies auxquelles il ne songerait pas en bonne santé. Il faut chercher tous les moyens de le distraire de l'objet de ses désirs.

et le lui faire oublier en fixant son attention sur quelque autre chose qu'on peut lui accorder sans inconvénient; ne point témoigner trop d'impatience de ses grogneries, et le caresser lorsqu'il reprend sa bonne humeur.

Presque tous les défauts qui se montrent chez les enfants ont leur source dans une seule de leurs facultés : la volonté, et c'est Texcès de son emploi qu'il faut tendre à modérer et à contenir.

C'est pour faire prévaloir sa volonté que l'enfant est colère, boudeur^ flatteur, qu'il contracte la mauvaise habitude de frapper, etc. Ces défauts, communs à toutes les natures, sont plus prononcés chez les (înfants gâtés, et chez ceux qui ont été maladifs. Il convient de réformer peu à peu ces petits travers, qui dégénéreraient en habitudes s'ils étaient tolérés longtemps. En uji mot, il faut diriger cette volonté, amener l'enfant, sans qu'il s'en aperçoive, à ne désirer que des choses raisonnables ; et, nous le répétons, il vaut souvent mieux prévenir ses désirs, si on a lieu de craindre d'irriter sa frêle organisation, que de paraître céder à ses caprices.

Habitudes et manies.

Beaucoup d'enfants contractent dès le berceau des habitudes qui sont souvent fort difficiles à détruire: celles de téter un doigt, par exemple, le pouce surtout, de sucer un morceau de Imge ou leur langue de mordre leurs lèvres, etc.

ÉDUCATION MORALE DE L'ENFANT 329 On doit apporter un très grand soin à empêcher ces habitudes de s'enraciner; chaque fois qu'on verra l'enfant s'y laisser aller, on essaiera de détourner son attention sur un autre point. Il faut que cette surveillance se fasse avec une constante sollicitude ; que toutes les personnes qui approchent de l'enfant y concourent et y mettent beaucoup de persévérance ; lassé d'être gêné dans sa tendance à contracter cette habitude, Tenfant finira tôt ou tard par y renoncer.

Il faut aussi remarquer que ces habitudes sont souvent le signe d'une altération dans la santé, et disparaissent quand celle-ci est rétablie. Il faut alors agir avec prudence. Quand les habitudes, les tics d'un enfant tiennent à son état maladif, il ne faut pas lutter ouvertement contre eux ; on n'arriverait de la sorte qu'à surexciter l'enfant et on s'éloignerait du but à atteindre.

L'habitude de sucer du linge, un doigt, ou la langue est une des plus tenaces et des plus difficiles à corriger.

Les enfants ont souvent la manie de mordre, et ils commencent même à l'exercer sur le sein de leur nourrice. Aussitôt qu'on sent que l'enfant veut mordre, il faut lui frapper sur les mains et le gronder; il lâche le sein et se met à pleurer. Quelques instants après, on le lui présente de nouveau, on revient à la correction s'il le faut, et il comprendra bientôt pourquoi on le frappe. Toutefois, il peut arriver qu'une rage de dents porte l'enfant à mordre; alors il faut user de modération et chercher à le

distraire ; une correction dans ce cas ne serait vraiment pas méritée.

Nous appelons l'attention des mères sur la manie Ae frapper à laquelle les enfants se laissent souvent aller. On en rit d'abord, et volontiers on trouverait aimable un enfant de quelques mois qui se met à frapper sa bonne ou sa mère ; bientôt, enhardi par cette tolérance, le petit marmot se fait un jeu de frapper tout le monde, et il manifeste sa volonté par des coups.

Si vous laissez un enfant se faire obéir ainsi, vous préparez pour l'avenir un despote insupportable. L'instinct de la domination se développe et s'enracine fortement, et peut même aller jusqu'à la méchanceté. L'enfant qui frappe doit être aussitôt réprimandé, et il est absolument nécessaire de briser dès le début cette habitude.

Colère.

La colère se manifeste, chez les plus jeunes enfants, parfois avec tant de violence, qu'elle peut causer des congestions au cerveau et des convulsions. Quand on s'aperçoit que la colère va éclater chez un enfant, il faut conserver un calme parfait. S'il menace et veut frapper, on l'en empêche en lui saisissant les mains ; l'enfant ne marche pas encore seul, on peut l'asseoir tout simplement par terre sur un tapis et le laisser se rouler comme il voudra; enfin, si la colère ne cède pas, on peut jeter à la figure de l'enfant quelques gouttes d'eau froide. Ce procédé

ramène presque toujours du calme, et rend l'enfant honteux de l'état dans lequel il s'est mis ; il pleure ; vous le consolerez alors, tout en essayant de lui faire regretter son emportement.

Si on a affaire à un enfant violent, ce n'est pas en lui donnant soi-même l'exemple de l'emportement, qu'on le corrigera; il faut au contraire conserver le plus grand calme, ne pas se laisser aller à des corrections corporelles qui ne feraient le plus souvent qu'augmenter son irritation, et ne pas oublier que

Patience et longuear de temj s Font plus que force ni que rage.

Mais, ici encore, aucune règle générale ne saurait être donnée. C'est la mère qui <!oit étudier le caractère de son enfant, et essayer avec patience tous les moyens de le corriger, en ne s'obstinant pas dans l'emploi de ceux qui n'ont pas réussi.

Enfin faisons remarquer qu'on évitera très souvent ces accès de colère, si on a soin de ne jamais taquiner les enfants inutilement.

Bouderie.

Certains enfants boudent, et refusent même ce qui leur serait le plus agréable plutôt que de cesser leur bouderie. Le seul parti à prendre est de les abandonner purement et simplement à leur bouderie, et de ne pas s'en occuper; ils comprendront, en général bien vite, qu'on peut très bien se passer d'eux, et qu'eux seuls souffriront de leur entêtement.

Qu'on se garde do faire la moindre avance directe

OU indirecte pour les sortir de Tisolement où ils se tiennent et les ramener à la bonne humeur; ce qu'ils veulent surtout, c'est qu'on leur cède et qu'on s'occupe d'eux.

Mais lorsqu'ils reviennent vers vous, il faut les accueillir avec simplicité et bonté, sans leur faire sentir qu'ils ont été obligés de capituler; car, pour revenir, ils font un grand sacrifice d'amour-propre et de fierté, et on doit éviter d'abaisser chez eux ces puissants mobiles, qui bien dirigés donnent de bons résultats. Mais l'amour-propre devient un grave défaut quand il dégénère en vanité.

Il nous a paru toujours bien inutile de forcer les enfants à demander pardon; il suffit de leur faire remarquer qu'ils ont mal agi, et de leur donner le regret de leur faute. C'est d'ailleurs le sentiment naturel de leur faute qui doit leur inspirer ce regret ; si ce sentiment manque, le pardon qu'on les aura obligés à implorer, ne sera pour eux qu'un mensonge et une hypocrisie.

Flatterie.

D'autres enfants encore emploient les caresses, ou une sorte de cajolerie qui n'est que de la flatterie, pour obtenir ce qu'ils veulent; les parents se laissent prendre à cela facilement. Il est si dur de refuser quelque chose à un enfant qui vous embrasse! Nous croyons cependant qu'il faut savoir résister, sans toutefois lui faire sentir qu'on a pénétré sa petite ruse. Il ne faut pas qu'il puisse penser qu'on

se méfie de la sincérité de ses caresses, mais il faut qu'il comprenne que ses caresses doivent être désintéressées, et qu'elles n'auront jamais pour résultat de lui faire obtenir une chose qu'on lui avait d'abord refusée.

La première qualité à inculquer à l'enfant est la franchise, et tout ce qui pourrait l'habituer à la plus petite hypocrisie doi?t être impitoyablement rejeté.

Peur.

On doit éviter avec le plus grand soin tout ce qui pourrait faire naître l'idée de la peur chez les enfants.

Ils redoutent en général beaucoup l'obscurité, soit parce qu'on ne les y a pas habitués de bonne heure, soit parce qu'on leur en a fait peur. Et cependant, si, dès les premiers jours, la mère prenait la bonne habitude d'éteindre toute lumière au moment d'endormir l'enfant, cette crainte de l'obscurité n'aurait jamais pris naissance. Plus tard, l'idée d'en être effrayé ne lui viendrait même pas ; on pourrait le conduire dans une chambre non éclairée sans crainte ni hésitation de sa part, on lui apprendrait seulement à y marcher avec précaution.

Lorsqu'un objet quelconque semble effrayer l'enfant, on s'en approche, on le touche soi-même, on amène doucement l'enfant à le toucher aussi. Si c'est un animal, on le caresse. Si, au lieu d'un objet, c'est un bruit violent, le tonnerre par exemple, on lui montre qu'on n'est point ému, et on en parle comme d'une chose toute naturelle.

Il faut surtout se garder de jamais faire peur aux

enfants ; les bonnes et les nourrices sont souvent les premières coupables. Il faut bannir absolument toutes les histoires de Loup garou et de Croquemitaine, et ne jamais les menacer d'apparitions surnaturelles. Que la mère y prenne garde, et qu'elle exerce à ce sujet la surveillance la plus active : si son enfant a peur , nous pourrions presque à coup sûr lui assurer que sa bonne a l'habitude de lui faire ew\

Langage des enfants.

Sans attacher à la chose plus d'importance qu'elle n'en a réellement, nous n'aimons pas qu'on se serve, quand on parle aux enfants, de ce petit langage particulier qui consiste à estropiei les mots sous prétexte que les enfants y mettent à leur tour de la grâce et de la gentillesse. On arrivera ainsi à leur faire contracter des vices de prononciation qui seront quelquefois difficiles à corriger par la suite : on retardera beaucoup le moment où ils doivent parler nettement, et ce qui, au premier abord, semblait une gentillesse dans leur bouche, devient bien vite niais et désagréable lorsqu'ils sont plus grands.

Il faut donc, à notre avis, toujours parler correctement et nettement aux petits enfants ; et non seulement ne pas estropier les mots pour parler comme eux, mais réformer tout de suite les défauts de prononciation qu'on remarque. L'un des plus habituels est le zézaiement. Si on n'y prend garde de bonne heure, et si on n'essaie pas dès le com-

menceraent de réformer ce défaut, on a souvent beaucoup do peine à le corriger plus tard.

Divers conseils pour l'édacation des enfants.

Les principes qui font l'objet de ce chapitre, bien qu'ils ne puissent être absolument précis, pourront cependant servir de guide pour l'éducation de l'enfant. S'ils offrent des difficultés dans l'application, la tâche n'est pas au-dessus de la tendresse d'une mère. Avant de conclure, nous croyons devoir encore donner quelques conseils qui ont leur utilités

Vous habituerez de bonne heure l'enfant à donner^ et à donner sérieusement^ afin qu'il ne soit pas égoïste. Quandj par exemple, il partagera avec un petit camarade ou même avec vous, un fruit, ua gâteau, il faudra accepter comme s'il faisait une chose toute simple et toute naturelle, et vous vous garderez bien de l'en récompenser en lui rendant ensuite le double de ce qu'il aura donné.

La chose a plus d'importance qu'elle n'en a l'air au premier abord. Combien de fois n'avons-nous pas vu demander à un petit enfant, sous prétexte de lui apprendre à donner, un bonbon ou un joujou, qu'on s'empresse ensuite de lui rendre, en l'embrassant, en le félicitant de sa générosité, et même en lui faisant à cette occasion un nouveau cadeau! Croyez-vous que l'enfant ainsi élevé slH donné pour de bon? Faites donc mine, une bonne fois, de manger le bonbon, ou de garder le joujou, et vous verrez le pauvre petit vous le redemander en pleurant I Laissons

de côté ces jeux inutiles, ne demandons à Tenfant que ce qu'il peut donner, sans que le sacrifice lui coûte trop, mais habituons-le à donner sans arrièrepensée ni calcul intéressé.

A table (pour peu que vous ayez un convive étranger) vous ne vous occuperez des enfants que pour les servir et les surveiller, vous n'admettrez pas qu'ils demandent, vous les servirez les derniers, et vous ne leur permettrez de se mêler à la conversation qu'autant qu'on les interrogera. Mais si nous trouvons qu'on doit habituer de bonne heure les enfants à se bien tenir à table, dès qu'il y a un convive étranger, nous n'avons pas besoin de dire que la même rigueur en se comprendrait plus, quand les enfants sont seuls à table avec leurs parents. Les moments des repas sont souvent les seuls que les parents (le père surtout) puissent passer avec les enfants: ne permettre aux enfants de se mêler à la conversation qu'après avoir été interrogés serait dans ce cas bien dur et de plus, à notre avis, tout à fait mauvais. Les enfants ne sont-ils pas la plus constante préoccupation des parents ? et comment voudrait-on qu'ils ne tinssent pas, à table, une grande place ? N'est-ce pas, au contraire, l'occasion la meilleure de causer avec eux, d'éveiller leur intelligence, de développer leurs bor^ sentiments? Et qu'on ne croie pas que des enfants, habitués ainsi à ce qu'on s'occupe d'eux, seront par cela seul insupportables le jour où ils se trouveront en présence de convives étrangers. Il est très facile de leur faire comprendre qu'ils doivent

se tenir, quand il y a du monde^ autrement que lorsqu'ils sont seuls avec leurs parents.

Les repas devront être pris toujours à la même heure. Après celui du soir, Fenfant sera couché de bonne heure. Un bon moyen d'arriver à le faire coucher volontiers c'est de lui lire une histoire gaie, intéressante. D'ailleurs l'enfant qu'on aura tout de suite habitué à se coucher tôt, — et cela tous les jours sans exception — ne fera jamais la moindre difficulté pour se mettre au lit.

Et si nous insistons sur la nécessité de coucher les enfants de bonne heure, est-il nécessaire dédire qu'il est absolument indispensable, pendant toute leur première enfance, de ne pas les faire sortir le soir. Évitez le théâtre. Évitez les dîners en ville ; les enfants y mangent souvent plus que d'ordinaire, s'endorment ensuite sur leur chaise, gênent tout le monde et sont eux-mêmes gênés, pleurent quand il faut se réveiller pour partir, prennent facilement froid en sortant, et leur santé ne saurait se bien trouver de ce dérangement.

Vous ne tolérerez pas non plus les grimaces, ni la manie de contrefaire certaines personnes; le mobile de ces gamineries est détestable.

Vous ne lèverez pas, en général, les punitions infligées, même sous la promesse que l'enfant vous fait d'être sage une autre fois ; il faut qu'il sente audessus de lui une volonté plus forte que la sienne, et qu'il sache bien que ni les caresses ni les cajoleries ne le dispenseront de la peine encourue.

Enfin, on ne frappera jamais les enfants ; ce mode

de répression n'a d'autre effet que de les rendre craintifs, méchants, méfiants et vindicatifs. La seule punition à infliger, et elle nous a le plus souvent réussi, consiste à les priver provisoirement d'un joujou ou d'un dessert. Les mettre au pain et à l'eau^ les enfermer dans le cabinet noir, sont des moyens déplorables, et nous insistons beaucoup pour qu'on ne se serve jamais de ces sortes de punition.

L'enfant, élevé comme nous le conseillons, s'habitue bien vite au régime qu'on lui impose; toutes les habitudes qu'on lui donne, quand il les a contractées dès le jeune âge, lui semblent naturelles, ot il ne soupçonne même pas que les choses puissent se passer autrement.

Nous résumerons d'une manière générale les conseils que nous venons de donner en disant que cette éducation morale de l'enfant exige de la part des parents une grande fermeté unie à beaucoup de patience et de bonté. Il faut avoir pour lui la raison qui lui manque encore, ménager sa grande impressionnabilité et comprendre son incessante mobilité. Il faut tâcher de redevenir jeune avec sa jeunesse, le traiter avec douceur pour se faire aimer de lui, et en même temps savoir lui inspirer le sentiment du respect qu'il vous doit, pour qu'il vous obéisse sans contrainte.

Il ne nous reste plus qu'à donner quelques renseignements d'un intérêt général, sur tout ce qui regarde la protection de l'enfance : ce sera l'objet de notre dernier chapitre.

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