I. ÉTAT DES SCIENCES AU iMOYEN-AGE
Nous n'avons pas eu la prétention, dans un résumé de quelques pages , de traiter une matière qui , même abrégée , contiendrait plusieurs volumes. Tracer un aperçu des causes qui iirent naître chez les différents peuples de l'Europe toutes les croyances superstitieuses dont nous voulons offrir le tableau dans cette introduction, telle a été notre pensée; et pour la rendre complètement, nous avons cru devoir donner quelques idées sur la marche des sciences depuis le VI® siècle jusqu'au XIII® *.
Ce fut à la lin du VI® siècle que s'éteignit en Europe toute littérature profane; les clercs seuls écrivirent, et si l'on excepte quelques lettres, des poèmes
* Nous devons la plus grande partie des faits contenus dans ce chapitre a\ix excellentes dissertations que les abbés Lebeufet Goujet ont composées sur ceUe matière. Ces écrits^ qu'on trouve dans différents ouvrages, ont été réunis dans le tome XIV de la Colieclion des meilleures
dont la plupart sont perdus, de sèches cl insigniliantes chroniques , ces clercs n'ont produit que des ouvrages de theoloiiie. Aux vil^ et Vlll^ siècles surtout, les Academies si renommées de la Gaule se fermèrent: elles furent en partie remplacées par quelques écoles cathédrales, mais, entièrement vSoumises aux lumières ou au caprice des éveques , elles s'ouvrirent à un petit nombre d'élèves sous un prélat qui aimait les lettres ; elles se fermèrent tout-à-coup sous ses successeurs indolents ou guerriers.
Alors les mannscrits des bons auteurs de la Grèce ou de liomc que les barbares avaient épargnés dispa rurent presque tous, et lurent cachés , quelques-uns pour plusieurs vsiècles , dans les armoires^ ou bibliothèques des cloîtres. Alors encore un grand nombre de ces précieux débris de l'antiquité savante furent impitoyablement effacés pour faire place aux pieuses élucubrations des théologiens. L'obscurité devint plus épaisse encore jusqu'à la lin du VIII® siècle, jusqu'au règne de Charlemagne. Cherchons-nous pendant près de cent années quelles furent les productions de l'esprit de l'homme en France, nous trouvons une chronique anonyme, des lettres, un ou deux ouvrages théologi-
dissertations , notices et traités particuliers relatifs à C histoire de France, etc., etc., par MM. Lebcr, Saignes et Colien. Paris, 182G, in 8. QuaiU à ceux de nos lecteurs qui TOuJront avoir U ce sujet de plus amples détails , nous les renvoyons à V Histoire littéraire de la France ,]n'mc\palcment aux différents discours sur l'état des sciences qui précèdent i histoire de chaque siècle. On peut aussi consulter avec fruit les Mémoires de l'/icndénue des Inscriptions et Belles-Lcllres,
ques , la vie de quelques saiuts * : aussi nous pouvons dire avec les auteurs de V Histoire littéraire de la France : « Le viii^ siècle est tout a la lois et le dernier terme de la décadence des lettres dans les Gaules, et la première époque du soin que l'on prit d'y relever leurs ruines et de les y faire refleurir 2. » Parvenu à ce degré d'ignorance et d'inertie, l'esprit humain, en Europe, était admirablement préparé à recevoir toutes les erreurs dont la superstition, l'ignorance et le récit exagéré d'actions extraordinaires et grandes devaient bientôt l'environner ; facilement encore il devait accepter comme véritables les brillantes fictions de l'Orient. C'est au règne de Charlemagne qu'il faut fixer la
* Voici un tableau des écrivains français du viii* siècle connus jusqu'à présent.