‹ Le livre des légendesChapitre 28 sur 32 · SUR LES FÉES ET LA MAISME HELLEQUIN · texte numérisé non relu

SUR LES FÉES ET LA MAISME HELLEQUIN

Ms. d(i Roi , Fds. franc. 8189-2. ( Fol 38 à 41.)

Mestre, que ditez-vous de ces famés qui dient qui vont en l'oeiTe, et des estries, et des âmes, et de ces guibelins qui souloient, et de ces mors que l'en voit, et de tiex choses ? Mon enfant, les fées ce estoient deables qui disoient que les gens estoient destinez et faes les uns à bien, les autres à mal, selon le cours du ciel ou de nature. Comme se un enfant naissoit à tele heure ou en tel cours, il li estoit destiné qu'il seroit pendu ou qu'il seroit noie, ou que il seroit riche, ou qu'il espouseroit tele dame ou telez destinées, pour ce les appeloit l'en fées, quar fée, selon le latin, vaut autant comme destinée, fatatrices vocabantur.

Et ce estoit fauteté que il enseigneroient que la volenté d'orne et de femme est si franche et si noble que nul ne la peut desfranchir se n'estoil Diex. Après de famés qui dient qu'elez vont, il est déterminé par le plain Concile de Rome, m ConcUio Aqairense, que aucune fois, quan le deable sceut aucune famé de legière créance et qui tost seroit enclinée à croire mauvesement, adont si esmeut le deable à celle famé l'imaginacion et li samble que elle voit uns esmouvemens et que elle se muet, combien que elle ne se remue. Ainsi comme uns home quant il est yvre, il le samble que la teste li tourne ou que la meson tournie par dessus

APPENDICES. â41

li et ne pourquant riens ne se muet, ains est la fumée du vin qui li trouble l'imaginacion. Auxi fait le deable,et se monstre l'ancmi à l'imaginacion de tele famé en guise d'un homme qui est mort passé a dix ans ou vingt. Et puiz en samblance d'une famé morte ou de deux ou de trois, quar il se puet monstrer en telc guise comme il veult, meismes, ce dit saint Pol, en samblance des angles de paradis. Et puis remonstre à l'imaginacion de celle cliélive une samblance de pré et de fleurs et de roses, et esmuet celle ymaginacion et cuide la lasse, certainement tout en veillant, que elle voist parmi un champs floris, et que elle voist les mors, et elle ne se remue de rien, ne en corps ne en ame, néant plus que celui qui est yvre qui cuide que toute la meson doie cheoir sur li et la teste lui tournie. Et ce n'est fors l'imaginacion qui est esmue et esperdue et troublée, ne n'est fors faintise de teste. Se il avient aucune fois que il voient aucune chose qui est à dix liues ou à .xij. du lieu où il sont. Ce n est pas pour ce que telez famés soient là portées en esperit, ains est le deable qui est là samblable de tiex choses monstre à leur ymaginacion, en la manière que je t'ai dit.

Les Estries, je te di que ce sont deables qui vont en tén(e)bres par nuit, quant on ne voit larme, et remuent les choses par nuit et blecent la gent, auxi comme en les poussant, et deslient les petis enfans pour couroucier les pères et les mères, quant Dieu le seuffre* Et les appelle l'en Estrics pour ce qu'elles estraignent en ténèbres, ou besoignent; de ce parle le Sautiez quant il dit : a negocio per ambulante in tenebris. Et s'apparissent aucune fois en guise de famez pour mettre sus en avant confusion à famé, ou pour ce que famés croient plus tost tiex choses. Et que ce soient de leur voisines qui sont estrives. Et les fées meismes s'aparisoient en guise de famés bêles pour plustost décevoir. De la mesnie Helquin je te di communelment ce sont deables qui vont en guise de gent qui vont à cheval trotant; et ce veult dire Sautiez, quant il dit : ab incarsa, etc. C'est une manière de trot. Mes donc vint ce mot Helquin? tu dois savoir, mon enfant, que le

â 4â APPENDICES.

quint Charles qui fu en France, si em print une grant bataille et mourut. Après sa mort l'en vit pluseiirs au champ où la bataille avoit esté auxi comme une grant assemblée de gens trotans à Charles; et disoit on que c'estoit le quint Charles qui estoit mort et qu'il revenoit au champ où il avoit esté mort, lui et sa gent, et pour celui Charlequin, c'est à dire le quint Charles, l'en dit Helquin. Si que pour celle apparance dit on encore, quant l'en voit, ou on ot auxi comme une assemblée de gens trotans à cheval par nuit : Ce sont la mesnie Hellequin, aussi comme qui deist : veci la gent au Charle quint. Des Guibelins? Mon enfant, je te di que c'estoient deables que Dieu consentoit que il alassent de nuit, sanz mal faire, fors fantasies et esbahissemens; etlesouf- IVoit Dieu pour ce que la foi estoit feble et mains confermée.

Et Guibelins ce sont petis deables et proprement à parler, l'en les seut appeler et appelé l'en en moût de païs votivis c'est à dire chose qui vont de nuit; et de ce parle le Sautier quant il dit : non t'nnebis a timoré nocturno. De ces mors que l'en dit que en voit? Je te di, mon enfant, que ce sont souvent deables en guise de

famés et pou avient le contraire Mestre, que dites-vous de

ces caraus et de ces envoutemens ? Mon enfant, le deable en vertu (du quel) il sont fais, si peut bien tourmenter le corps de la personne pour qui y sont fais, mais tous le careaus du monde, ne toutes les sorceriez du monde, ne touz les ennemiz d'enfer ne trairoient pas une personne à péchie, se elle ne s'i acordoit premièrement.

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