‹ Le livre des martyrs [microforme]Chapitre 13 sur 27 · PRAGUE · texte numérisé non relu

PRAGUE

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conduit à une tour et attaché à un billot avec les jambes dans des ceps. De la sorte il resta onze jours et nuits, jusqu’à ce qu’enfin tombant dangereusement malade, eux, afin de satisfaire leur malice davantage le sortirent de cette pénible position. Il demeura enfermé jusqu'au martyre de son ami Huss ; après quoi on le fit sortir et menacer de tourments et de la mort s’il demeurait obstiné, Dans un moment de faiblesse il oublia sa fermeté et sa résolution, abjura ses doctrines, et confessa que Huss méritait son sort et que lui et Wickliffe étaient hérétiques. En conséquence ses chaînes furent ôtées et on cessa de le maltraiter. Il fut, toutefois, gardé en prison, avec des promesses quotidiennes de libération. Mais ses ennemis soupconnant sa sincérité, une autre forme de rétraction fut préparée et lui fut présentée. Lui, cependant, refusa de répondre à celle-ci, excepté en public, et il fut amené devant le concile, quand, à l’étonnement de ses auditeurs et à la gloire de la vérité, il renonca à sa rétraction et demanda permission os dns sa propre cause ; ce qui lui fut refusé.

On procéda avec les accusations qui furent réduites à cinq articles :—Qu'il . tait un railleur de la dignité papale, un adversaire du pape lui-même, un ennemi des cardinaux, un persécuteur des évêques et un opposant du christianisme! A ces accusations Jérôme répondit avec une force étonnante d’éloquence et une puissante argumentation : ‘* Maintenant vers qui me tournerai-je ? | Vers mes accusateurs? Mes accusateurs sont aussi sourds que des vipères. Vers vous, mes juges? Vous êtes tous prévenus par les artifices de mes accusateurs.” Après ce discours il fut reconduit à [la prison. Le troisième jour son procès fut appelé et des témoins examinés pour supporter l'accusation. Le prisonnier était prêt pour sa défense ce ani paruît presque incroyable, quand on considère qu’il avait été presque une année enfermé dans un cachot dégoûtant privé de lumière et presque mourant de faim. Mais son esprit s’éleva au-dessus de ces désavantages.

Histoire des Murtyrs, par Foæe.

Les plus bigots de l’assemblée ne voulaient pas qu’il fut entendu, craignant les effets de son éloquence en faveur de la vérité, Elle était de nature à exciter l’envie des plus grands hommes de son temps. ‘‘ Jérôme,” dit Gerson, le chancelier de Paris, à son accusation, ‘quand tu étais à Paris tu étais, par lé moyen de ton éloquence, un ange, et tu troublais toute l’université.” Enfin il fut

62 Histoire des Martyrs, par Foxe.

décidé par la majorité qu'il aurait la liberté de parler en sa défense qu’il commença sur un ton si élevé et qu'il continua avec un tel torrent d’élocution que le cœur le plus endurci fut touché et l'esprit de superstition sembla admettre un rayon de lumière et de conviction. Il commença par montrer par l’histoire le nombre de grands hommes vertueux qui avaient, dans leur temps, été condamnés et punis comme de mauvais sujets, mais que les générations suivantes avaient reconnus avoir mérités l'honneur et la récompense. I1 mit devant l'assemblée tout l'exposé de sa vie et de sa conduite. Il remarqua que les plus grands et les plus saints hommes avaient été reconnus comme ayant différé sur des points de spéculation avec l'intention de distinguer la vérité et non de la tenir cachée. Il procéda à défendre les doctrines de Wickliffe, et il termina par observer qu'il était loin de vouloir avancer quelque chose contre l'église de Dieu ; qu’il ne se pJaignait que des abus du clergé ; et qu'il était certainement injuste que le patrimoine de l’église, qui était à l’origine gardé par la charité et la bienfaisance fut prostitué à ‘la convoitise de la chair, à la convoitise des yeux et à l’orgueil de la vie,” que l’apôtre déclare ‘‘n’être pas du Père, mais du monde.”

Le procès étant fini, Jérôme recut la même sentence qu'on avait passée sur son compatriote fait martyr, et fut, d'après le style de duplicité papiste, remis au pouvoir sécui;:r ; mais étant laïc il n’eut pas à passer par la cérémonie de la dégradation. Ses persécuteurs, toutefois, préparèrent pour lui une casquette de papier, peinte de diables rouges qui étant sur sa tête, il dit, ‘‘ Notre Seigneur Jésus- Christ, quand il a& souffert la mort pour moi, misérable pécheur, porta une couronne d'épine sur sa tête, et moi, pour amour pour lui, je vais porter cet ornement de dérision et de blasphème.” Pendant deux jours ils remirent l’exécution dans l'espérance qu'il se rétracterait ; cependant le cardinal de Florence fit tout en son pouvoir pour le gagner, mais tous ses efforts furent inutiles ; Jérôme était décidé de céler sa foi de son sang.

Sur le chemin au lieu de l’exécution il chanta plusieurs cantiques ; et en arrivant sur la place, la même où Huss avait souffert, il s’agenouilla et pria avec ferveur. Il embrassa le bûcher avec gaïeté et courage ; et quand l’exécuteur alla derrière lui pour mettre le feu aux fagots, il dit, ‘‘ Viens ici et allume-le devant mes yeux ; car si j'en avais eu peur, je ne serais pas venu ici, ayant eu tant

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