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Le Livre des mères. Les Enfants

Ce qui est offert aux mères dans ce recueil, c'est le miroir même de leur coeur, c'est le trésor amassé de leurs plus vives comme de leurs plus suaves émotions. Amis et adversaires, tous, sans acception d'école et de parti, avaient admiré, éparses dans l'en-semble des oeuvres du poëte, les perles dont a été composé cet écrin. Chacune, pour ainsi dire, était célèbre pour son compte. Les éditeurs de ce livre ont eu raison de penser que, réunies, elles auraient une valeur inestimable.

Ce recueil est, certes, unique en son genre.

«' Cela a été, en effet, un don tout à fait particulier à l'auteur des ravissants poëmes qu'on va lire et relire' de pouvoir peindre, 2 QUELQUES MOTS DE PRÉFACE, de pouvoir chanter ainsi les enfants. Victor Hugo, contraste étrange, si l'on pense aux qualités robustes et parfois terribles qui distinguent son oeuvre générale, Victor Hugo restera comme le plus tendre, comme le plus aimable, comme le plus véritablement sensible de nos poëtes. Sur ce doux terrain de la famille, il est sans rival dans le passé aussi bien que dans le présent. Nul n'a su dire comme lui aux mères heureuses : « Voici vos joies; « nul aux mères désolées : « Voici vos larmes. » Ce livre est plein de cris joyeux, de bruits d'oiseaux, de tous ces gais et charmants ramages qui sont la chanson de l'enfance. Hélas ! il est plein de douleurs aussi. Le poète y montre bien que la poésie de la famille est de la poésie sacrée, et qu'il n'y a rien de plus religieusement, de plus naturellement lyrique ici-bas, que le coeur d'un père à genoux sur la tombe de son enfant.

Ce volume est donc en même temps la fleur de l'âme d'un grand poëte et la sainte émanation de sentiments presque divins, inspirés par le plus lamentable des deuils, le deuil de la maison. Quelques-unes des pièces qui le terminent sont des hymnes. Jamais, dans aucun temps et dans aucun pays, une douleur inconsolable n a eu cet accent à la fois ferme et ému, cet accent biblique qui donne la hauteur d'un cantique à la pièce qui a pour titre : A Villequier. Cette pièce clôt et devait clore, en effet, ce volume.

J'ajouterai que j'aurais appelé ce livre LE LIVRE DES MÈRES, plutôt encore que LE LIVRE DES ENFANTS. Les enfants n'en sont que le sujet, les mères en sont le but : c'est à elles que ce livre appartient.

Le succès considérable obtenu par l'édition in-18 de cet admi-rable recueil a engagé les éditeurs à en faire enfin une de ces belles et définitives éditions qui consacrent et illustrent, dans le sens

QUELQUES MOTS DE PREFACE. 3 moral comme dans le sens matériel du mot, les oeuvres les plus universellement appréciées.

La difficulté pour l'illustration de chacun de ces poëmes était de trouver un peintre, poëte lui-même, capable d'entrer dans le sentiment exquis de son modèle et de n'en pas gâter l'harmonie. Le talent élevé et délicat de M. Froment a précisément ce carac-tère de douceur dans la force qui lui permettait d'interpréter la pensée du maître.

P.-J. STAHL. Naître, et ne pas savoir que l'enfance éphémère, Ruisseau de lait qui fuit sans une goutte amère, Est l'âge du bonheur et le plus beau moment Que l'homme, ombre qui passe, ait sous le firmament ! Lorsque l'enfant paraît,, le cercle de famille, Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille

Fait briller tous les yeux, Et les pins tristes fronts, les plus souillés peut-être, Se dérident soudain à voir l'enfant paraître,.

Innocent et joyeux. . . .

Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre Fasse autour, d'un grand feu vacillant dans la chambre

Les chaises se toucher, Quand l'enfant vient, la joie arrive et nous éclaire. On rit, on se récrie, on l'appelle, et sa mère

Tremble à le voir marcher.

Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme, De patrie et de Dieu, des poètes, de l'âme

Qui s'élève en priant; L'enfant paraît, adieu le ciel et la patrie Et les poètes saints ! la grave causerie

S'arrête en souriant.

La nuit, quand l'homme dort, quand l'esprit rêve, à l'heure Où l'on entend gémir, comme une voix qui pleure,

L'onde entre les roseaux, Si l'aube, tout à coup, là-bas luit comme un phare, Sa clarté dans les champs éveille une fanfare

De cloches et d'oiseaux!

Enfant, vous êtes l'aube et mon âme est la plaine Qui des plus douces fleurs embaume son haleine

Quand vous la respirez ; Mon âme est la forêt dont les sombres ramures . S'emplissent pour vous seul de suaves murmures

Et de rayons dorés !" Car vos beaux yeux.sont pleins de douceurs infinies, Car vos petites mains, joyeuses et bénies,

N'ont point mal fait encor; Jamais vos jeunes pas n'ont touché notre fange;" Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds ! bel ange

A l'auréole d'or !

Vous êtes parmi nous la colombe de l'arche.

Vos pieds tendres et purs n'ont pas l'âge où l'on marche.

Vos ailes sont d'azur.

Sans le comprendre encor, vous regardez le monde. Double virginité ! corps où rien n'est immonde,

Ame où rien n'est impur !

Il est si beau, l'enfant avec son doux sourire, Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,

Ses pleurs vite apaisés, Laissant errer sa vue étonnée et ravie, Offrant de toutes parts sa jeune âme. à la vie

Et sa bouche aux baisers !

Seigneur! préservez-moi, préservez ceux que j'aime, Frères, parents, amis, et mes ennemis même

Dans le mal triomphants, De jamais voir, Seigneur, l'été sans fleurs vermeilles,. La cage sans-oiseaux, la ruche sans abeilles,

La maison sans enfants !

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