LE PORTRAIT D'UNE ENFANT
Oui, ce front, ce sourire et cette fraîche joue,
C'est bien l'enfant qui pleure et joue,
Et qu'un esprit du ciel défend !
De ses doux traits, ravis à la sainte phalange,
C'est bien le délicat mélange;
Poëte, j'y crois voir un ange,
Père, j'y trouve mon enfant. l4 On devine, à ses yeux pleins d'une pure flamme-.
Qu'au paradis, d'où vient son âme,
Elle a dit un récent adieu.
Son regard, rayonnant d'une joie éphémère.
Semble en suivre encor la chimère.
Et revoir dans sa douce mère
L'humble mère de l'Enfant-Dieu !
On dirait qu'elle écoute un choeur de voix célestes,
Que, de loin, des vierges modestes
Elle entend l'appel gracieux; A son joyeux regard, à son naïf sourire.
On serait tenté de lui dire :
(( Jeune ange, quel fut ton martyre...
Et quel est ton nom dans les deux? »
Novembre 1825. L'autre jour il venait de pleuvoir, car l'été, Cette année, est de brise et de pluie attristé, Et le beau mois de mai, dont le rayon nous leurre, Prend le masque d'avril, qui sourit et qui pleure. J'avais levé le store aux gothiques couleurs. Je regardais au loin les arbres et les fleurs. Le soleil se jouait sur la pelouse verte Dans les gouttes de pluie, et ma fenêtre ouverte Apportait du jardin à mon esprit heureux Un bruit d'enfants joueurs et d'oiseaux amoureux. Paris, les grands ormeaux, maison, dôme, chaumière, Tout flottait à mes yeux dans la riche lumière De cet astre de mai dont le rayon charmant Au bout de tout brin d'herbe allume un diamant ! Je me laissais aller à ces trois harmonies, Printemps, matin, enfance, en ma retraite unies; La Seine, ainsi que moi, laissait son flot vermeil Suivre nonchalamment sa pente, et le soleil Faisait évaporer à la fois sur les grèves L'eau du fleuve en brouillards et ma pensée en rêves !