L'OMBRE D'UN ENFANT
Oh ! parmi les soleils, les sphères, les étoiles, Les portiques d'azur, les palais de saphir, Parmi les saints rayons, parmi les sacrés voiles
Qu'agite un éternel zéphyr ; Dans le torrent d'amour où toute âme se noie, Où s'abreuve de feux le séraphin brûlant; Dans l'orbe flamboyant qui sans cesse tournoie
Autour du trône étincelant; Parmi les jeux sans fin des âmes enfantines ; Quand leurs soins, d'un vieil astre, égaré dans les deux, Avec de longs efforts et des voix argentines,
Guident les chancelants essieux; Ou lorsqu'entre ses bras quelque vierge ravie Les prend, d'un saint baiser leur imprime le sceau, Et rit, leur demandant si l'aspect de la vie
Les effrayait dans leur berceau ; Ou qu'enfin, dans son arche éclatante et profonde, Rangeant de deux en cieux son cortége ébloui, Jésus, pour accomplir ce qui fut dit au monde,
Les place le plus près de lui ; Oh! dans ce monde auguste où rien n'est éphémère, Dans ces flots de bonheur que ne trouble aucun fiel, Enfant ! loin du sourire et des pleurs de ta mère,
N'es-tu pas orphelin au ciel ?
Octobre 1825. ÉCRIT SUR LE TOMBEAU D'UN PETIT ENFANT