A LA MÈRE DE L'ENFANT MORT
Oh! vous aurez trop dit au pauvre petit ange
Qu'il est d'autres anges là-haut, Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n'y change,
Qu'il est doux d'y rentrer bientôt ; Que le ciel est un dôme aux merveilleux pilastres,
Une tente aux riches couleurs, Un jardin bleu rempli de lis qui sont des astres,
Et d'étoiles qui sont des fleurs; Que c'est un lieu joyeux plus qu'on ne saurait dire,
Où toujours, se laissant charmer, On a les chérubins pour jouer et pour rire,
Et le bon Dieu pour nous aimer ; Qu'il est doux d'être un coeur qui brûle comme un cierge.
Et de vivre, en toute saison, Près de l'enfant Jésus et de la sainte Vierge,
Dans une si belle maison !
Et puis vous n'aurez pas assez dit, pauvre mère,
A ce fils si frêle et si doux, Que vous étiez à lui dans cette vie amère,
Mais aussi qu'il était à vous ; Que, tant qu'on est petit, la mère sur nous veille,
Mais que, plus tard, on la défend ; Et qu'elle aura besoin, quand elle sera vieille,
D'un homme qui soit son enfant ; Vous n'aurez point assez dit à cette jeune âme,
Que Dieu veut qu'on reste ici-bas, La femme guidant l'homme et l'homme aidant la femme,
Pour les douleurs et les combats ; Si bien qu'un jour, ô deuil ! irréparable perte !
Le doux être s'en est allé!... — Hélas! vous avez donc laissé la cage ouverte,
Que votre oiseau s'est envolé ?