‹ Le Livre des mères. Les EnfantsChapitre 26 sur 35 · ÉPITAPHE · texte numérisé non relu

ÉPITAPHE

Il vivait, il jouait, riante créature.

Que te sert d'avoir pris cet enfant, ô nature? N'as-tu pas les oiseaux peints de mille couleurs, Les astres, les grands bois, le ciel bleu, l'onde amère? Que te sert d'avoir pris cet enfant à sa mère, Et de l'avoir caché sous des touffes de fleurs? Pour cet enfant de plus, tu n'es pas plus peuplée. Tu n'es pas plus joyeuse, ô nature étoilée ! Et le coeur de la mère en proie à tant de soins. Ce coeur où toute joie engendre une torture, Cet abîme aussi grand que toi-même, ô nature, Est vide et désolé pour cet enfant de moins î Quel âge hier? Vingt ans. Et quel âge aujourd'hui? L'éternité ! Ce front pendant une heure a lui. Elle avait les doux chants et les grâces superbes; Elle semblait porter de radieuses gerbes ; Rien qu'à la voir passer, on lui disait : Merci ! Qu'est-ce donc que la vie, hélas ! pour mettre ainsi Les êtres les plus purs et les meilleurs en fuite ? Et, moi, je l'avais vue encor toute petite.

Elle me disait vous, et je lui disais tu.

Son accent ineffable avait cette vertu De faire en mon esprit, douces voix éloignées, Chanter le vague choeur de mes jeunes années. Il n'a brillé qu'un jour, ce beau front ingénu. Elle était fiancée à l'hymen inconnu.

A qui mariez-vous, mon Dieu, toutes ces vierges? Un vague et pur reflet de la lueur des cierges Flottait dans son regard céleste et rayonnant; Elle était grande, et blanche, et gaie; et, maintenant. Allez à Saint-Mandé, cherchez dans le champ sombre. Vous trouverez le lit de sa noce avec l'ombre ; Vous trouverez la tombe où gît ce lis vermeil ! Et c'est là que tu fais ton éternel sommeil, Toi qui, clans ta beauté naïve et recueillie, Mêlais à la madone auguste d'Italie La Flamande qui rit à travers les houblons, Douce Claire aux yeux noirs avec des cheveux blonds ! Elle s'en est allée avant d'être une femme, N'étant qu'un ange encor ; le ciel a pris son âme Pour la rendre en rayons à nos regards en pleurs, Et l'herbe, sa beauté, pour nous la rendre en fleurs. Les êtres étoiles que nous nommons archanges La bercent dans leurs bras au milieu des louanges. Et, parmi les clartés, les lyres, les chansons, D'en haut elle sourit à nous qui gémissons.

Elle sourit, et dit aux anges sous leurs voiles : « Est-ce qu'il est permis de cueillir des étoiles? » Et chante, et, se voyant elle-même flambeau, Murmure dans l'azur : « Comme le ciel est beau ! » Mais cela ne fait rien à sa mère qui pleure; La mère ne veut pas que son doux enfant meure Et s'en aille, laissant ses fleurs sur le gazon, Hélas! et le silence au seuil de la maison!

LU Enfant qui rayonnais, qui chassais la tristesse, Que ta mère jadis berçait de sa chanson, Qui d'abord la charmas avec ta petitesse Et, plus tard, lui remplis de clarté l'horizon, Voilà donc que tu dors sous cette pierre grise ! Voilà que tu n'es plus, ayant à peine été !

L'astre attire le lis, et te voilà reprise, 0 vierge, par l'azur, cette virginité ! En te voyant si calme et toute lumineuse, Les coeurs les plus saignants ne haïssaient plus rien. Tu passais parmi nous comme Ruth la glaneuse, Et, comme Ruth l'épi, tu ramassais le bien.

La nature, ô front pur, versait sur toi sa grâce, L'aurore sa candeur, et les champs leur bonté ; Et nous retrouvions, nous sur qui la douleur passe. Toute cette douceur dans toute ta beauté !

Chaste, elle paraissait ne pas être autre chose Que la forme qui sort des cieux éblouissants ; Et de tous les rosiers elle semblait la rose, Et de tous les amours elle semblait l'encens. On sentait qu'elle avait peu de temps sur la terre. Qu'elle n'apparaissait que pour s'évanouir, Et qu'elle acceptait peu sa vie involontaire ; Et la tombe semblait par moments l'éblouir. Elle a passé dans l'ombre où l'homme se résigne ; Le vent sombre soufflait; elle a passé sans bruit, Belle, candide, ainsi qu'une plume de cygne Qui reste blanche, même en traversant la nuit ! Elle s'en est allée à l'aube qui se lève, Lueur dans le matin, vertu dans le ciel bleu, Bouche qui n'a connu que le baiser du rêve, Ame qui n'a dormi que dans le lit de Dieu !

Quand nous en irons-nous où vous êtes, colombes? Où sont les enfants morts et les printemps enfuis, Et tous les chers amours dont nous sommes les tombes, Et toutes les clartés dont nous sommes les nuits ? Vers ce grand ciel clément où sont tous les dictames, Les aimés, les absents, les êtres purs et doux, Les baisers des esprits et les regards des âmes, Quand nous en irons-nous? quand nous en irons-nous? Quand nous en irons-nous où sont l'aube et la foudre? Quand verrons-nous, déjà libres, hommes encor, Notre chair ténébreuse en rayons se dissoudre, Et nos pieds, faits de nuit, éclore en ailes d'or? Quand nous enfuirons-nous dans la joie infinie Où les hymnes vivants sont des anges voilés, Où l'on voit, à travers l'azur de l'harmonie, La strophe bleue errer sur les luths étoilés? Quand viendrez-vous chercher notre humble coeur qui sombre ? Quand nous reprendrez-vous à ce monde charnel. Pour nous bercer ensemble aux profondeurs de l'ombre, Sous l'éblouissement du regard éternel?

Décembre 1846. Oh ! je fus comme fou dans le premier moment. Hélas ! et je pleurai trois jours amèrement.

Vous tous à qui Dieu prit votre chère espérance, Pères, mères, dont l'âme a souffert ma souffrance, Tout ce que j'éprouvais, l'avez-vous éprouvé? Je voulais me briser le front sur le pavé ; Puis je me révoltais, et, par moments, terrible, Je fixais mes regards sur cette chose horrible, Et je n'y croyais pas, et je m'écriais : « Non ! — Est-ce que Dieu permet de ces malheurs sans nom Qui font que dans le coeur le désespoir se lève? » Il me semblait que tout n'était qu'un affreux rêve. Qu'elle ne pouvait pas m'avoir ainsi quitté, Que je l'entendais rire en la chambre à côté, Que c'était impossible enfin qu'elle fût morte. Et que j'allais la voir-entrer par cette porte! Oh! que de fois j'ai dit : « Silence! elle a parlé ! Tenez, voici le bruit de sa main sur la clé ! Attendez, elle vient! laissez-moi, que j'écoute ! Car elle est quelque part dans la maison sans doute ! »

Jersey, 4 septembre 1852. 0 souvenirs ! printemps ! aurore !

Doux rayon triste et réchauffant!

— Lorsqu'elle était petite encore, Que sa soeur était tout enfant... — Connaissez-vous, sur la colline Qui joint Montlignon à Saint-Leu, 2hk LE LIVRE DES MÈRES.

Une terrasse qui s'incline Entre un bois sombre et le ciel bleu?

C'est là que nous vivions. ;— Pénètre, Mon coeur, dans ce passé charmant ! — Je l'entendais sous ma fenêtre Jouer le matin doucement.

Elle courait dans la rosée, Sans bruit, de peur de m'éveiller; Moi, je n'ouvrais pas ma croisée, De peur de la faire envoler.

Ses frères riaient... — Aube pure!

Tout chantait sous ces frais berceaux.

Ma famille avec la nature, Mes enfants avec les oiseaux ! — Je toussais, on devenait brave ; Elle montait à petits pas, Et me disait d'un air très-grave :

« J'ai laissé les enfants en bas. »

Qu'elle fût bien ou mal coiffée, Que mon coeur fût triste ou joyeux, Je l'admirais. C'était ma fée.

Et le doux astre de mes yeux !

Nous jouions toute la journée.

O jeux charmants ! chers entretiens !

Le soir, comme elle était l'aînée, Elle me disait : « Père, viens !

« Nous allons t'apporter ta chaise Conte-nous une histoire, dis ! » — Et je voyais rayonner d'aise Tous ces regards du paradis.

Alors, prodiguant les carnages, J'inventais un conte profond Dont je trouvais les personnages Parmi les ombres du plafond.

Toujours, ces quatre douces têtes Riaient, comme à cet âge on rit, De voir d'affreux géants très-bêtes Vaincus par des nains pleins d'esprit.

J'étais l'Arioste et l'Homère D'un poème éclos d'un seul jet; Pendant que je parlais, leur mère Les regardait rire, et songeait.

Leur aïeul, qui lisait dans l'ombre Sur eux parfois levait les yeux, Et, moi, par la fenêtre sombre, J'entrevoyais un coin des cieux !

Villequier, 4 septembre 1846. Elle avait pris ce pli, dans son âge enfantin, De venir dans ma chambre un peu chaque matin ; Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espère. Elle entrait et disait : « Bonjour, mon petit père ; » Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s'asseyait Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait, Puis soudain s'en allait comme un oiseau qui passe. Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse, Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant, Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent Quelque arabesque folle et qu'elle avait tracée, Et mainte page blanche entre ses mains froissée Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers. Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts, Et c'était un esprit avant d'être une femme.

Son regard reflétait la clarté de son âme.

Elle me consultait sur tout à tous moments.

Oh ! que de soirs d'hivers radieux et charmants, Passés à raisonner langue, histoire et grammaire, Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère Tout près, quelques amis causant au coin du feu ! J'appelais cette vie être content de peu!

Et dire qu'elle est morte! hélas! que Dieu m'assiste ! Je n'étais jamais gai quand je la sentais triste; J'étais morne au milieu du bal le plus joyeux Si j'avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.

Novembre 1846, jour des Morts. Quand nous habitions tous ensemble Sur nos collines d'autrefois, Où l'eau court, où le buisson tremble, Dans la maison qui touche aux bois, Elle avait dix ans, et moi trente ; J'étais pour elle l'univers.

— Oh ! comme l'herbe est odorante Sous les arbres profonds et verts! — Elle faisait mon sort prospère, Mon travail léger, mon ciel bleu.

Lorsqu'elle me disait : « Mon père, »

Tout mon coeur s'écriait : « Mon Dieu ! »

A travers mes songes sans nombre, J.'écoutais son parler joyeux, Et mon front s'éclairait dans l'ombre A la lumière de. ses yeux.

Elle avait l'air d'une princesse Quand je la tenais par la main; Elle cherchait des fleurs sans cesse Et des pauvres dans le chemin.

Elle donnait comme on dérobe, En se cachant aux yeux de tous.

Oh ! la belle petite robe Qu'elle avait, vous rappelez-vous?

Le soir, auprès de ma bougie, Elle jasait à petit bruit, Tandis qu'à la vitre rougie Heurtaient les papillons de nuit.

Les anges se miraient en elle.

Que son bonjour était charmant !

Le ciel mettait dans sa prunelle Ce regard qui jamais ne ment.

Oh ! je l'avais, si jeune encore, Vue apparaître en mon destin !

C'était l'enfant de mon aurore, Et mon étoile du matin !

Quand la lune claire et sereine Brillait aux deux, dans ces beaux mois, Comme nous allions dans la plaine 1 Comme nous courions dans les bois !

Puis, vers la lumière isolée Étoilant le logis obscur, Nous revenions par la vallée En tournant le coin du vieux mur; Nous revenions, coeurs pleins de flamme, En parlant des choses du ciel.

Je composais cette jeune âme Comme l'abeille fait son miel.

Doux ange aux candides pensées, Elle était gaie en arrivant... — Toutes ces choses sont passées Comme l'ombre et comme le vent.

Villequier, 4 septembre 1844.

A VILLEQU1ER.

Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres, Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ; Maintenant que je suis sous les branches des arbres, Et que je puis songer à la beauté des deux ; Maintenant que du deuil qui m'a fait l'âme obscure

Je sors, pâle et vainqueur, Et que je sens la paix de la grande nature

Qui m'entre dans le coeur ; Maintenant que je puis, assis au bord des ondes, Ému par ce superbe et tranquille horizon, Examiner en moi les vérités profondes Et regarder les fleurs qui sont dans le gazon ; Maintenant, ô mon Dieu ! que j'ai ce calme sombre

De pouvoir désormais Voir de mes yeux la pierre où je sais que dans l'ombre

Elle dort pour jamais ; Maintenant qu'attendri par ces divins spectacles, Plaines, forêts, rochers, vallons, fleuve argenté, Voyant ma petitesse et voyant vos miracles, Je reprends ma raison devant l'immensité ; Je viens à vous, Seigneur, Père auquel il faut croire;

Je vous porte, apaisé, Les morceaux de ce coeur tout plein de votre gloire

Que vous avez brisé ; Je viens.à vous, Seigneur! confessant que vous êtes, Bon, clément, indulgent et doux, ô Dieu vivant ! Je conviens que vous seul savez ce que vous faites, Et que l'homme n'est rien qu'un jonc qui tremble au vent. Je dis que le tombeau qui sur les morts se ferme

Ouvre le firmament ; Et que ce qu'ici-bas nous prenons pour le terme

Est le commencement.

Je conviens à genoux que vous seul, Père auguste, Possédez l'infini, le réel, l'absolu; .le conviens qu'il est bon, je conviens qu'il est juste Que mon coeur ait saigné, puisque Dieu l'a voulu. Je ne résiste plus à tout ce qui m'arrive

Par votre volonté. L'âme de deuils en deuils, l'homme de rive en rive,

Roule à l'éternité.

Nous ne voyons jamais qu'un seul côté des choses L'autre plonge en la nuit d'un mystère effrayant. L'homme subit le joug sans connaître les causes. Tout ce qu'il voit est court, inutile et fuyant. Vous faites revenir toujours la solitude

Autour de tous ses pas.

Vous n'avez pas voulu qu'il eût la certitude

Ni la joie ici-bas !

Dès qu'il possède un bien, le sort le lui retire. Rien ne lui fut donné, dans ses rapides jours, Pour qu'il s'en puisse faire une demeure, et dire : « C'est ici ma maison, mon champ et mes amours ! » Il doit voir peu de temps tout ce que ses yeux voient;

Il vieillit sans soutiens. Puisque ces choses sont, c'est qu'il faut qu'elles soient;

J'en conviens, j'en conviens !

Le monde est sombre, ô Dieu! l'immuable harmonie Se compose des pleurs aussi bien que des chants ; L'homme n'est qu'un atome en cette ombre infinie, Nuit où montent les bons, où tombent les méchants. Je sais que vous avez bien autre chose à faire

Que de nous plaindre tous, Et qu'un enfant qui meurt, désespoir de sa mère,

Ne vous fait rien, à vous !

Je sais que le fruit tombe au vent qui le secoue ; Que l'oiseau perd sa plume et la fleur son parfum ; Que la création est une grande roue Qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu'un. Les mois, les jours, les flots des mers, les yeux qui pleurent,

Passent sous le ciel bleu ; Il faut que l'herbe pousse et que les enfants meurent;

Je le sais, ô mon Dieu !

Dans vos deux, au delà de la sphère des nues, Au fond de cet azur immobile et dormant, Peut-être faites-vous des choses inconnues Où la douleur de l'homme entre comme élément. Peut-être est-il utile à vos desseins sans nombre

Que des êtres charmants S'en aillent, emportés par le tourbillon sombre

Des noirs événements.

Nos destins ténébreux vont sous des lois immenses Que rien ne déconcerte et que rien n'attendrit. Vous ne pouvez avoir de subites clémences Qui dérangent le monde, ô Dieu! tranquille esprit! Je vous supplie, ô Dieu ! de regarder mon âme,

Et de considérer Qu'humble comme un enfant et doux comme une femme,

Je viens vous adorer !

Considérez encor que j'avais, dès l'aurore, Travaillé, combattu, pensé, marché, lutté, Expliquant la nature à l'homme qui l'ignore, Éclairant toute chose avec votre clarté ; Que j'avais, affrontant la haine et la colère,

Fait ma tâche ici-bas, Que je ne pouvais pas m'attendre à ce salaire,

Que je ne pouvais pas Prévoir que, vous aussi, sur ma tête qui ploie, Vous appesantiriez votre bras triomphant, Et que, vous qui voyez comme j'ai peu de joie, Vous me reprendriez si vite mon enfant!

Qu'une âme ainsi frappée à se plaindre est sujette,

Que j'ai pu blasphémer, Et vous jeter mes cris comme un enfant qui jette

Une pierre à la mer !

Considérez qu'on doute, ô mon Dieu! quand on souffre, Que l'oeil qui pleure trop finit par s'aveugler, Qu'un être que son deuil plonge au plus noir du gouffre, Quand il ne vous voit plus, ne peut vous contempler, Et qu'il ne se peut pas que l'homme, lorsqu'il sombre

Dans les afflictions, Ait présente à l'esprit la sérénité sombre

Des constellations !

Aujourd'hui, moi qui fus faible comme une mère, Je me courbe à vos pieds devant vos cieux ouverts. Je me sens éclairé dans ma douleur amère Par un meilleur regard jeté sur l'univers.

Seigneur, je reconnais que l'homme est en délire,

S'il ose murmurer ; Je cesse d'accuser, je cesse de maudire ;

Mais laissez-moi pleurer !

Hélas ! laissez les pleurs couler de ma paupière, Puisque vous avez fait les hommes pour cela ! Laissez-moi me pencher sur cette froide pierre Et dire à mon enfant : « Sens-tu que je suis là? » Laissez-moi lui parler, incliné sur ses restes,

Le soir, quand tout se tait, Comme si, dans sa nuit rouvrant ses yeux célestes,

Cet ange m'écoutait !

Hélas ! vers le passé tournant un oeil d'envie, Sans que rien ici-bas puisse m'en consoler, Je regarde toujours ce moment de ma vie Où je l'ai vue ouvrir son aile et s'envoler ! Je verrai cet instant jusqu'à ce que je meure:

L'instant, pleurs superflus ! Où je criai : « L'enfant que j'avais tout à l'heure,

Quoi donc! je ne l'ai plus! »

Ne vous irritez pas que je sois de la sorte, 0 mon Dieu ! cette plaie a si longtemps saigné ! L'angoisse dans mon âme est toujours la plus forte, Et mon coeur est soumis, mais n'est pas résigné. Ne vous irritez pas ! fronts que le deuil réclame,

Mortels sujets aux pleurs, Il nous est malaisé de retirer notre âme

De ces grandes douleurs.

Voyez-vous, nos enfants nous sont bien nécessaires. Seigneur; quand on a vu dans sa vie, un matin, Au milieu des ennuis, des peines, des misères, Et de l'ombre que fait sur nous notre destin, Apparaître un enfant, tête chère et sacrée,

Petit être joyeux, Si beau, qu'on a cru voir s'ouvrir à son entrée

Une porte des cieux ; Quand on a vu, seize ans, de cet autre soi-même Croître la grâce aimable et la douce raison, Lorsqu'on a reconnu que cet enfant qu'on aime Fait le jour dans notre âme et dans notre maison, Que c'est la seule joie ici-bas qui persiste

De tout ce qu'on rêva, Considérez que c'est une chose bien triste

De le voir qui s'en va!

4 septembre 1847. PRÉFACE DE LA" PREMIÈRE ÉDITION, par P.-J. STAHL. . . 1

Pages.

LES, TÈTES BLONDES i LORSQUE L'ENFANT PARAÎT 9 ii LE PORTRAIT D'UNE ENFANT 43 iii L'AUTRE JOUR, IL VENAIT DE PLEUVOIR 45 iv LA VACHE 17 v L'ENFANT VOYANT L'AÏEULE 21 vi DANS CE JARDIN ANTIQUE 23 vu LE VALLON OU JE VAIS 25 vin MOÏSE SUR LE NIL 27 ix DANS L'ALCÔVE SOMBRE 33

LAISSEZ! TOUS CES ENFANTS SONT BIEN LA. . . 39 xi A DES OISEAUX ENVOLÉS. . . 45

oh

TABLE

Pages.

XII A QUOI JE SONGE? 53 XIII LA VIE AUX CHAMPS 57 XIV A MADEMOISELLE FANNY DE P 61 XV TOUJOURS CE QUI LA-BAS VOLE AU GRÉ DU

Page 1