A UNE JEUNE FILLE
Vous qui ne savez pas combien l'enfance est belle, Enfant! n'enviez point notre âge de douleurs, Où le coeur tour à tour est esclave et rebelle, Où le rire est souvent plus triste que vos pleurs. Votre âge insouciant est si doux, qu'on l'oublie! Il passe comme un souffle au vaste champ des airs, Gomme une voix joyeuse en fuyant affaiblie,
Comme un alcyon sur les mers. Oh ! ne vous hâtez point de mûrir vos pensées ! Jouissez du matin, jouissez du printemps; Vos heures sont des fleurs l'une à l'autre enlacées ; Ne les effeuillez pas plus vite que le temps. Laissez venir les ans ! le destin vous dévoue , Comme nous, aux regrets, à la fausse amitié, A ces mots sans espoir que l'orgueil désavoue,
A ces plaisirs qui font pitié !
Riez pourtant! du sort ignorez la puissance ; Riez! n'attristez pas votre front gracieux, Votre oeil d'azur, miroir de paix et d'innocence, Qui révèle votre âme et réfléchit les cieux !
Toute espérance, enfant, est un roseau.
Dieu dans ses mains tient nos jours, ma colombe; Il les dévide à son fatal fuseau, Puis le fil casse et notre joie en tombe;
Car dans tout berceau
Il germe une tombe.
Jadis, vois-tu, l'avenir, pur rayon, Apparaissait à mon âme éblouie, Ciel avec l'astre, onde avec l'alcyon, Fleur lumineuse à l'ombre épanouie.
Cette vision
S'est évanouie; Si, près de toi, quelqu'un pleure en rêvant, Laisse pleurer sans en chercher la cause.
Pleurer est doux, pleurer est bon souvent Pour l'homme, hélas ! sur qui le sort se pose.
Toute larme, enfant,
Lave quelque chose.