I. INSTRUCTIONS POUR LES MALADES
1 orsqle vous viendrez à tomber malade , que votre premier soin [soit d'élever votre cœur à Dieu, qui vous envoie cette épreuve, dites-lui du fond de votre cœur avec k le saint homme Job: ((C'est la main u Seigneur qui m'a touché. » (/oè., 19.) iecevez cette maladie de la main de c votre Père céleste, comme une faveur particulière, à l'exemple de Jésus Christ, lorsqu'il acceptait des mains de son Père le calice amer de sa passion et lui disai : ô mon Père, que ma volonté ne se fasse point, mais la vôtre.
Unissez ainsi votre volonté à la volonté de Dieu et priez-le de vous donner la grâce de souffrir avec résignation.
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2. Quant au salut de votre âme, prenez-en soin comme si cette maladie devait être la dernière de votre vie. Tâchez de vous réconcilier à temps avec Dieu par un sincère aveu de vos péchés et même par une confession générale de toute votre vie, si votre confesseur le juge convenable. Ne remettez pas de jour en jour cette affaire importante, de peur que la maladie, prenant trop d'accroissement, ne vous rende la confession trop difficile ou tout -à-fait impossible Recevez la sainte Eucharistie comme le meilleur, remède pour votre âme et pour votre corps et comme votre viatique dans le passage à l'éternité. Accueillez votre Sauveur avec un amour affectueux comme le meilleur ami et le soutien de votre âme. Ne vous effrayez pas s'il vous faut recevoir l' Extrême-Onction, comme si c'était le signe certain de votre mort prochaine; au contraire mettez votre consolation à recevoir un sacrement, qui purifie l'âme de ses péchés, la fortifie dans les combats contre l'enfer et rend même la santé du corps, si elle est avantageuse au salut. Oui, le concile de Trente nous assure (Sess. 22,, ch. 2.) qu'on obtient quelquefois par ce sacrement la santé du corps, lorsqu'elle est utile au salut de notre âme. Ce serait donc une négligence très-répréhensible que de ne point recevoir à temps un sacrement si utile à notre âme et à notre corps.
3. Après avoir mis ordre aux affaires de votre conscience, arrangez aussi vos affaires temporelles. Faites votre testament selon toutes les formalités requises par les lois, ou prenez tout moyen utile pour régler vos affaires; mais ayez
DES MALADES. 155
j soin que vos dispositions et vos volontés soient
I prudentes, claires et intelligibles. Ne différez pas trop longtemps ces choses, de peur qu'à la fin
j de votre vie, où vous ne devez songer qu'à Dieu, vous ne soyez point obligé de vous distraire par ces sortes d'objets. Faites encore réflexion que la mort peut vous surprendre à l' improviste, comme tant d'autres, et que vous devrez en répondre au tribunal de Jésus Christ, si, par votre insouciance, quelqu'un souffrait injustement quel-
j que dommage de votre part.
Combien de désordres, d'inimitiés et de procès
! injustes ou interminables ont pris leur source
j dans de pareilles négligences ! Si donc vous avez des biens injustement acquis, restituez-les sans retard. Si vous avez des dettes, empressez-vous de les faire acquitter; malheur à vous si vous entriez dans l'éternité chargé de dettes ou de biens illégitimes ! Dans votre testament ayez soin encore de votre pauvre âme, en faisant quelque legs pieux ou donation religieuse, vous rappelant que la charité bien ordonnée commence
| par soi-même, et que nos survivants nous ont bientôt oubliés, lorsqu'ils jouissent de nos biens et ne nous ont plus sous les yeux.
4. Usez du médecin et de ses remèdes, car Dieu le veut ainsi ; mettez néanmoins toute votre confiance en Dieu , qui doit éclairer les médecins et donner aux remèdes la vertu nécessaire. Si les remèdes ne vous profitent pas, ne murmurez pas, et ne vous plaignez pas alors du médecin et des soins qu'il vous donne. N'aggravez pas par votre impatience la charge déjà si pénible de vos gardes-malade ; au contraire abandonnez-
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vous entièrement à la volonté de Dieu, sans la permission duquel il ne tombe pas un seul cheveu de votre tète.
5. Ne passez pas le temps de votre maladie en des entretiens inutiles, ni dans des soins excessifs de la santé de votre corps; mais songez que le salut de votre âme dépend beaucoup du profit que vous retirerez de vos souffrances. Vous pourrez employer chaque jour quelque temps à la prière et aux exercices de piété, comme à réciter le Rosaire, les psaumes de la pénitence ou quelques Litanies. Tous ferez bien aussi de vous faire lire quelque trait de la passion de Jésus- Christ ou quelqu' autre sujet spirituel, et de vous fortifier de temps en temps par quelque pieux entretien. Si vous ne pouvez guère vous occuper à prier ou à lire, élevez souvent votre cœur vers Dieu par de saints soupirs et par des prières courtes mais affectueuses.
Prenez en main votre crucifix, pressez-le sur votre cœur, collez-le sur vos lèvres et dites du fond de votre cœur: 0 mon Jésus, j'unis mes douleurs aux vôtres, je veux les souffrir volontiers en expiation de mes péchés.
Placez une image de la sainte Vierge devant votre lit, ayez pour Marie la plus grande vénération. Adressez-vous souvent à elle comme à une Mère bien dévouée qui ne vous abandonnera pas au temps de l'affliction. Honorez aussi les Anges et les Saints, surtout ceux en qui vous avez une confiance particulière.
Priez votre confesseur, si votre maladie est de longue durée, de venir vous visiter quelquefois et de vous apporter de temps en temps la
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sainte Communion , afin de fortifier votre âme contre l'adversité.
Outre la passion de Jésus Christ, qui doit être le principal sujet de vos méditations, considérez encore les souffrances et la patience des Saints. Avec quelle résignation ne souffrit pas le saint homme Job, cette image frappante de F Homme des douleurs? avec quelle conformité à la volonté de Dieu le vieux Tobie ne supporta-t-il pas la privation de la vue? Et saint François Xavier, qui s'écriait au fort de ses tribulations: Encore plus, Seigneur, encore plus. Et sainte Thérèse, qui avait coutume de dire: Ou souflrir, ou mourir. Et sainte Ludiwine qui souffrit, comme on sait, une maladie si douloureuse pendant trente-huit ans, avec une patience vraiment héroïque. 11 n'y avait aucun endroit de son corps qui ne fût une plaie, et néanmoins elle conserva toujours le plus grand calme, la sérénité la plus parfaite. De pareils exemples ne sont pas rares dans la vie des Saints.