INSTRUCTIONS POUR CEUX QUI ASSISTENT LES MALADES ET LES MOURANTS
Parmi toutes les œuvres de la charité chrétienne ^ il n'en est pas de si méritoire et de si agréable à Dieu, que d'aider le prochain à bien mourir. Par ce moyen l'on peut sauver bien des âmes, qui sans cette assistance se perdraient pour toujours. Jésus-Christ a promis le royaume des cieux à ceux qui assistent les autres dans leurs maladies. Au jour du jugement universel il leur
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j dira: « Venez, les bénis de mon Père, possédez j le royaume qui vous a été préparé dès le commencement; car j'ai été malade, et vous m'avez | visité.» (Matth. 25.) Saint Philippe de Néri nomme les salles des malades des mines d'or où I l'on peut amasser des trésors infinis de mérites i pour le ciel. C'est pour cela que les gens de la maison et les voisins du malade doivent s'empresser de le soigner en toute rencontre d'une manière vraiment chrétienne. C'est surtout lorsqu'il i n'y a pas de prêtre pour s'entretenir avec le maîj lade qu'ils doivent le visiter et le consoler. « Ne j vous ennuyez pas à visiter les malades, dit le j Sage, car, par là vous serez fortifié dans la charité . »
2. On doit éviter auprès des malades toute sorte d'entretiens inutiles ou mondains. Il faut les instruire, les fortifier, les édifier et les préparer ainsi au voyage vers l'éternité. Il faut donc écarter d'auprès d'eux tous les spectateurs curieux, inutiles, qui par leur babil, et par le bruit qu'ils
I font distraient et fatiguent leur esprit. Qu'on ne laisse autour d'eux que les personnes nécessaires pour les soigner et qu'on leur suggère doucement de pieuses affections et de courtes prières. Les autres personnes de connaissance qui viennent pour voir le malade, doivent réciter les Litanies des agonisants, le Rosaire, ou d'autres prières pour lui, autant que possible, dans une chambre voisine ou du moins à quelque distance.
3. Il faut aussi éloigner du lit d'un mourant toutes les personnes, dont la présence pourrait donner de nouvelles tentations au malade ou qui pourraient troubler la paix de son âme ; telles sont celles avec lesquelles le malade a pu avoir autre-
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fois des rapports suspects ou criminels, celles dont il pourrait avoir reçu de graves injures, celles qui lui ont causé de grands chagrins , ou les parens auxquels son cœur est particulièrement attaché, et qui, ne sachant pas modérer leur douleur, viendraient le troubler par leurs soupirs et leurs larmes.
4. Il faut demander au malade, si quelque chose pèse sur sa conscience, ou lui donne de l'inquiétude. S'il dit qu'oui, il faut appeler un confesseur sans le moindre retard, afin qu'il puisse se tranquilliser. Quand vient la dernière agonie , il faut réciter les prières des agonisants qui se trouvent à la fin de ce livre, et faire venir un prêtre , si cela ne souffre pas de trop grandes difficultés.
5. Les prières et les pieux exercices doivent être appropriés à l'état du malade. On doit principalement faire avec lui des actes de foi, d'espérance, d'amour, de repentir, d'abandon à la volonté divine et de désir du ciel. Qu'on ait soin de ne point prier ou lire d'une voix trop forte ou trop élevée dans la crainte d'incommoder le malade. Qu'on ne lise pas non plus trop vite ou trop à la fois; mais que ce soit lentement, avec des pauses fréquentes , afin que le mourant ait le temps de réfléchir et de goûter ce qu'il a entendu. Il faut aussi rappeler qu'il suffit pour lui de suivre de cœur ce qu'il entend et qu'il ne doit nullement le dire de bouche.
6. Pendant qu'on est occupé au service du malade, à lui procurer quelque soulagement, on peut lui suggérer quelques bonnes pensées, par exemple quand on retourne son lit: ce voyez,
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I peut-on lui dire, quel doux lit vous avez pour j vous reposer , tandis que notre Sauveur n'avait il pas où reposer sa tête.» — Quand le malade | prend quelque nourriture, quelque boisson ou quelqu adoucissement, on peut lui dire: «qu'il est bon notre Dieu de nous soulager et de nous fortifier ainsi! le Fils de Dieu, le bon Jésus, n'a eu par amour pour nous, que du fiel et du vinaigre. » Si le malade se tourne de côté et d'autre sans trouver aucun repos, on peut lui dire: «le repos et le soulagement véritables ne se trouvent qu'en Dieu. Dans ce monde on n'est heureux et content qu'en s' abandonnant à sa très- sainte voj lonté. » Quand le malade tousse ou crache avec peine , on peut lui rappeler l'outrage que Jésus Christ daigna souffrir pour lui, lorsqu'il se laissa cracher au visage, etc., etc. De cette manière on peut toujours tenir le malade uni à Dieu, résigné à sa sainte volonté.
7. Qu'on ait soin de lui présenter souvent Tirnage de son Sauveur crucifié , et de lui donner à baiser sa consolation et son espérance. Que Ton tienne aussi sous ses yeux l'image de la trèssainte Yierge Marie, afin qu'il se recommande à elle; qu'on ôte de la chambre du malade tous les objets capables de rappeler des souvenirs dangereux ou frivoles , des armes , par exemple, des gravures ou statues indécentes ou profanes, des habits qui sentent la vanité etc., afin que son esprit ne soit point distrait par toutes ces choses. Que l'on tienne préparé le cierge bénit, qu'on répande quelquefois de l'eau bénite dans la chambre et sur son lit, et quand on le verra sur le point d'expirer, qu'on lui suggère encore les der-
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mères aspirations des mourants , mais principalement , et sur toute chose, qu'on s'attache alors à lui suggérer jusqu'à la fin les saints noms de Jésus et de Marie, auxquels on peut joindre celui de saint Joseph, le patron de la bonne mort.
IV. QUELQUES MOYENS DE COMBATTRE LES TENTATIONS QU'ÉPROUVENT LES MALADES A LEURS DERNIERS INSTANTS.
L'invocation des saints, Noms de Jésus et de Marie est sans contredit une arme principale contre toute espèce de tentation ; puis , le signe de ia croix. Néanmoins il est très-utile de connaître les moyens spéciaux de combattre chaque tentation en particulier.
^Tentations contre la foi. — Pour sortir vic- -Morieux d'une tentation contre la foi, il ne faut entrer en aucun examen ni raisonnement, mais il faut aussitôt prendre son parti et dire, tant de bouche que de cœur: «je crois tout ce que croit la sainte Eglise catholique romaine.» Puis rendez grâces à Dieu de vous avoir appelé à la j vraie foi en disant : «je veux vivre et mourir en véritable enfant de la sainte Église.» Ensuite : détournez votre esprit de cette tentation, et faites plutôt les actes des autres vertus, les actes d'espérance et de charité. Gardez-vous de scruter lors | même qu'ils se présenteraient à votre esprit de beaux j éclaircissements et des raisons lumineuses; car satan sait se transformer en ange de lumière. Pensez à cette sentence de Jésus-Christ: «heureux ceux qui ont cru sans avoir vu.» (Jean 20, 29.) ; 2. Tentations contre l'espérance. — Cette
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tentation est une des plus fortes et des plus dangereuses. Le malade s'inquiète souvent à cause de la multitude des péchés quil a commis; il pense que ses confessions ont été mauvaises et insuffisantes; il s'alarme trop à la pensée du jugement futur et de la damnation éternelle. — Pour triompher de cette tentation , il faut penser souvent à la miséricorde infinie de Dieu que saint Paul appelle (de Père des miséricordes» (2 Cor. 1, 3) et se rappeler quelques vérités consolantes de notre religion ; celles-ci, par exemple : Dieu désire plus notre salut que nous ne le désirons nous-mêmes ; il nous cherche comme un bon pasteur cherche sa brebis égarée; il nous aime plus qu'une tendre mère n'aime son cher nourrisson ; il ne veut pas que le pécheur meure , mais qu'il se convertisse et qu'il vive. (Ezech. 31, 21.)
«Si l'impie fait pénitence, dit le Seigneur, je ne me souviendrai plus *de toutes les iniquités qu'il a commises. » (Ezech. 18, 21.) — Un seul soupir, accompagné de contrition, sorti du fond du cœur , suffit pour obtenir le pardon des plus grands péchés, quand le pécheur a la volonté sincère de s'amender, et de confesser ses péchés selon qu'il lui sera possible. Le publicain, dont le saint Évangile fait mention , avait à peine prononcé ces paroles: «Seigneur, ayez pitié de moi, qui suis un pauvre pécheur, » qu'il fut à l'instant justifié devant Dieu. L'enfant prodigue s'est à peine prosterné aux pieds de son père, que sur le champ son père l'embrasse et lui remet sa faute. C'est ainsi que nous traite notre Père céleste, quand nous nous convertissons sincèrement à lui. Un motif des plus propres à nous donner confiance
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dans la miséricorde de Dieu , c'est la passion de Jésus Christ. Quiconque est de bonne volonté ne doit pas craindre d'être éternellement damné, puisque Jésus s'est livré à la mort de la croix pour nous délivrer de la mort éternelle. Notre espérance est encore fortifiée par la promesse que Jésus-Christ nous a faite de nous accorder tout ce que nous lui demanderons: «En vérité, en vérité , je vous le dis , si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom , il vous l'accordera.» (Jean 16, 23.) Cette promesse regarde aussi les pécheurs, car Jésus dit plus loin : «quiconque demande reçoit.» (Matth. 7.) Il dit, «quiconque, sans distinction de juste ou de pécheur ; donc celui qui prie sincèrement pour le salut de son âme, obtiendra certainement de Dieu les grâces et les moyens nécessaires pour opérer son salut éternel. Dieu est bon envers l'âme qui le cherche,» (Thren. 3, 25.) dit le Prophète, et «qu'il est bon, dit-il encore, envers ceux qui ont le cœur droit ! » C'est encore pour nous un puissant motif de nous confier en Dieu, que le pouvoir et la bonté de Marie envers tous ceux, qui se recommandent à elle, que le secours et les prières des Anges et des Saints qui s'intéressent à notre salut. La sainte Église nomme la sainte Vierge Marie le refuge des pécheurs, notre vie, notre espérance. Oui, car Marie reçoit tous ceux qui s'adressent à elle, même les plus misérables, et personne n'a jamais eu recours à elle sans avoir été exaucé. Il est encore certain que les autres Saints prient devant le trône de Dieu pour notre salut et qu'ils volent à notre secours dans le dernier combat. — Invoquez particulièrement saint
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Joseph, l'Archange saint Michael, votre saint Ange gardien, vos saints Patrons et les autres Saints envers lesquels vous avez une dévotion particulière.
3. Dans les tentations d'impatience que vous occasionneront la durée de votre maladie, la grandeur de vos maux, et les petites contrariétés qui surviennent, considérez ce que les saints Martyrs ont souffert pour Jésus-Christ, comment ils ont été tourmentés jusqu'à être brûlés vifs ou crucifiés comme Jésus Christ. Méditez principalement ce que l'innocent Agneau de Dieu a souffert pour nous. Faites réflexion que l'impatience loin de diminuer vos souffrances, ne fait que les augmenter, et qu'en outre, au lieu de mériter, vous deviez expier ce manquement en ce monde ou en l'autre. Si, au contraire, vous souffrez avec patience, vous allégerez vos douleurs, vous ferez très-avantageusement votre purgatoire en ce monde et vous acquerrez dans le ciel une récompense beaucoup plus grande. ((Votre tristesse se changera en joie,» dit Jésus Christ [Jean, 16) à ses Apôtres. Pensez que la croix est le signe de notre prédestination et que Dieu a coutume de purifier ses amis sur la terre par des souffrances et des tribulations; pensez aux pesantes croix que les Saints ont portées, et aux longues maladies que Dieu leur a envoyées.
Courage donc, et lorsque vous êtes dans une tentation d'impatience, écriez-vous, avec l'Apôtre: ((Les souffrances de la vie présente n'ont point de proportion avec la gloire éternelle qui nous est réservée.» (Rom., 8, 18.) — Enfin demandez souvent à Dieu la patience; car cette vertu est
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aussi une grâce de Dieu. Résignez-vous à la volonté divine , quand il vous semble que votre médecin ne vous traite pas comme il faut, ou que vos gardes-malade ne vous servent pas avec toute la diligence requise. Acceptez aussi ces inconvénients en esprit de pénitence; cet acte est trèsagréable à Dieu.
4. Il y en a qui sont fort tentés par la pensée que la mort vient trop tôt les surprendre, puisqu'ils se trouvent encore à la fleur de leur âge ; ceux-là doivent considérer que la vie de ce monde est pleine de dangers, d'afflictions et de sollicitudes ; que de nouvelles occasions de péché sont toujours à craindre, et que plus on vit longtemps, plus on est exposé à se perdre éternellement. Voilà pourquoi les Saints ont désiré si ardemment îa mort. Sainte Thérèse se réjouissait chaque fois qu'elle entendait sonner l'heure, parce que, disait-elle, c'était encore une heure de plus écoulée pendant laquelle elle avait couru risque de perdre son Dieu. — C'est dans ces sentiments que les saints Martyrs volaient à la mort sans regretter de quitter cette vie, puisqu'ils étaient à la fleur de leur âge: «heureux, diti'Ésprit-Saint, les morts, qui meurent dans le Seigneur, ils se reposeront de leurs travaux. » (Apoc. 14, 13.) «Nous sommes ici-bas comme des pèlerins dans une vallée de larmes: nous n'avons point ici de cité permanente.» (Heb., 13, 14.) Remerciez Dieu de ce qu'il ne vous a point fait mourir lorsque vous étiez en péché mortel, et de ce qu'il vous a fait la grâce de confesser vos péchés et de rentrer dans son amitié par la réception des sacrements. Peut-être Voudriez -vous vivre en-
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eore, pour faire pénitence; mais soyez persuadé que vous ne sauriez faire de pénitence plus agréable à Dieu que de recevoir la mort de ses mains en esprit de pénitence.
5. Quelques malades s'inquiètent à l'approche de la mort parce qu'ils doivent quitter leur femme, leurs enfans ou leurs parens. Qu'ils considèrent alors, que Dieu est le meilleur des pères et qu'il aura le plus grand soin des survivants. Qu'ils pensent plutôt à sauver leur âme , car lorsqu'ils seront au ciel, il pourront par leurs prières devenir trèsutiles auprès de Dieu à ceux qui leur sont chers ici-bas. Au ciel ils trouveront de meilleurs amis que sur la terre ; là ils verront Jésus notre divin Rédempteur, Marie notre tendre Mère, tous les Anges et les Saints. Si ceux qui doivent vous survivre sont pauvres , sachez que Dieu, qui nourrit ks oiseaux du ciel , saura bien aussi les nourrir et leur procurer tout ce dont ils auront besoin.
6. Enfin si quelqu'un était tenté de nourrir des sentiments de haine et d'inimitié, s'il se sentait porté à ne vouloir point pardonner, qu'il réfléchisse que Jésus-Christ nous ordonne d'aimer nos ennemis; que celui-là n'a pas de pardon à espérer de Dieu qui ne pardonne pas à son prochain, selon ce qui est écrit : « Pardonnez et il vous sera aussi pardonné.» [Luc. 6, 37.) Si votre ennemi vous a offensé , considérez combien de fois vousmême vous avez offensé Dieu. Voyez l'exemple des Saints ; saint Jacques avant sa mort embrassa ses accusateurs; saint Etienne pria pour ses meurtriers; saint Ambroise nourrit longtemps celui qui l'avait trahi. Considérez particulièrement l'exemple de Jésus-Christ, qui, au moment
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d'expirer sur la croix, priait affectueusement son Père de pardonner à ses ennemis et à ses calomniateurs.