II. DE IiA CONTRITION ET DU BON PROPOS
(( T a contrition est une douleur intérieure d'avoir -^offensé Dieu avec la ferme résolution de ne plus jamais l'offenser. » Cependant cette douleur ne consiste pas nécessairement dans un sentiment douloureux , mais dans une horreur surnaturelle du péché.
La contrition est une condition si essentielle pour la pénitence, que le prêtre ne pourrait jamais absoudre un pécheur, qui ne donnerait aucune marque d'un vrai repentir. L'absolution, qu'un pécheur recevrait sans aucune contrition, serait infructueuse et quelquefois sacrilège. Un confesseur pécherait gravement contre le sacrement de Pénitence s'il ne s'assurait moralement du repentir du pécheur. C'est donc sans raison que quelques-uns se plaignent lorsqu'un confesseur prudent et craignant Dieu leur refuse l'absolution parce qu'il ne remarque en eux aucun signe de repentir. S. Grégoire dit: «Quiconque ne se convertit pas de cœur, n'en retire aucun profit, quand même il confesse ses péchés. » On
ne saurait croire combien il y a de chrétiens qui font des confessions infructueuses, parce qu'ils n'ont pas de véritable repentir de leurs péchés: c'est l'ignorance des chrétiens et le défaut de contrition qui rendent le ministère du prêtre si pénible et si redoutable ; car son devoir ne consiste pas à entendre simplement les péchés et à donner l'absolution, mais à le faire selon la volonté de Dieu. 0 Dieu! quelle inquiétude et quelle anxiété | n'éprouve pas un confesseur par rapport à tant de pécheurs qui paraissent au saint Tribunal de la pénitence avec un cœur froid et plein d'une indifférence qui se montre assez dans leur extérieur, ' qui racontent leurs péchés comme toute autre chose de peu d'importance, et qui font justement douter par toute leur manière d'agir s'ils ressentent de la douleur de leurs péchés; d'ailleurs, autant la douleur de ses péchés comme d'une offense faite à Dieu, est essentielle à la contrition, autant la ferme résolution de ne plus l'offenser est nécessaire pour qu'elle soit véritable. Dieu demande de l'homme un cœur nouveau et un nouvel esprit, il exige: que l'impie abandonne ses impiétés, et l'homme injuste ses mauvaises pensées, j
Il est impossible que Dieu pardonne au pécheur qui retient encore la volonté de l'offenser. La résolution de ne plus offenser Dieu doit être inébranlable et partir d'un cœur sincèrement converti; elle ne doit pas consister dans une simple velléité, ou dans un mouvement momentané du cœur.
Peut -on bien nommer sincère la résolution d'un homme qui dit à Dieu, qu'il se repent de tout son cœur de l'avoir offensé; mais qui, après ;
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avoir reçu l'absolution, retombe bientôt dans ses anciens péchés; recherche encore les mauvaises occasions; n'évite pas les personnes qui le portaient au mal, ne répare pas le dommage qu'il a causé, et ne veut pas pardonner à ses ennemis; qui, ignorant les vérités de la religion, ne s'en ! fait cependant pas instruire ; et qui, sans le moindre changement de conduite, continue à mener comme auparavant une vie semée de péchés. Que faut-il donc que vous fassiez, chrétien, pour exciter en vous un véritable repentir de vos péchés et une ferme résolution de ne plus 1 es commettre à l'avenir ?
1. Considérez d'abord la laideur du péché mortel. Pensez que vous avez péché devant Dieu qui sait tout et qui voit les choses les plus cachées ; que vous vous êtes attiré par vos péchés la colère et le jugement du Dieu vivant, et que Dieu dans sa juste vengeance est formidable et terrible ; qu'il
| a précipité pour toujours dans l'enfer les anges qui se révoltèrent pour la première fois contre lui ; considérez que plusieurs damnés gémissent maintenant en enfer dans les flammes éternelles : hélas ils n'ont peut-être pas commis des péchés aussi énormes ni aussi nombreux que les vôtres ; considérez que le danger de votre condamnation éternelle est peut-être bien pressant, et que c'est par sa patience infinie, que ce Dieu extrêmement miséricordieux est porté à attendre encore votre retour à lui.
2. Pensez que le péché mortel est une injure faite à la majesté infinie de Dieu et un mépris de ses infinies perfections , qu'il a attaché à la croix Jésus -Christ votre Dieu et votre très -aimable
Rédempteur et qu'il a donné la mort à votre âme créée immortelle.
3. Considérez l'amour tendre et paternel que Dieu vous porte ; c'est par amour qu'il vous a créé, et avec quel amour ne vous a-t-il pas racheté sur la croix ? et quels bienfaits, tant pour le corps que pour l'âme, son amour et sa bonté ne vous ont-ils pas comblé? Enfin quelle félicité ne vous a-t-il pas promise et préparée dans l'éternité ? ô quelle ingratitude n'est-ce donc pas de l'offenser et de transgresser ses commandemens? Écoutez dans le prophète Michée les tendres plaintes de Dieu (chap. 6.) : «Mon peuple que vous ai-je fait? En quoi vous ai-je donné sujet de vous plaindre ? Répondez-moi ; est-ce à cause que je vous ai tiré de l'Egypte, que je vous ai délivré d'une maison d'esclavage? etc.»
4. Contemplez votre aimable Sauveur sur la croix ; considérez ses douleurs inexprimables , sa tête royale couronnée d'épines, etc., et demandezvous à vous-même: quel est donc celui que je vois dans un état si déplorable? quelle est donc la cause de sa mort si cruelle ? Pour qui , lui qui est le Saint des saints souffrit-il ces douleurs inexprimables ? Hélas ! maudit péché ! comment ai-je pu traiter d'une manière aussi cruelle mon aimable Rédempteur? qui donnera à mes yeux des ruisseaux de larmes pour le pleurer ? Hélas ! j'ai de nouveau crucifié mon Sauveur; car l'Apôtre dit : ce Ils crucifient de nouveau le Fils de Dieu et l'exposent à l'ignominie.)) {Hébr., 6, 6.)
Demandez- vous après cela à vous-même : quel est celui que j'ai offensé? comment l'ai-je offensé? pourquoi Y ai-je offensé?
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Priez pour obtenir une vraie contrition , une -sincère et ferme résolution de vous corriger : car la vraie contrition est un des plus grands dons de Dieu, et l'homme ne saurait se le donner à lui-même ?
Remarque. 1. Vous devez savoir, chrétien, que la contrition de vos péchés doit toujours précéder l'absolution, et qu'aussitôt que vous en aurez fait l'examen, vous devez vous en repentir dans l'intention de recevoir le sacrement de Pénitence. Car si vous n'aviez point de contrition ou que vous ne l'excitassiez qu'après l'absolution, le sacrement serait sans fruit. 2. Gardez-vous cependant de pousser trop loin la crainte comme si vos péchés n'étaient pas pardonnés auprès de Dieu, parce que vous ne sentez aucune vraie contrition. De même qu'on reconnaît un bon arbre à ses bons fruits, de même aussi vous reconnaîtrez la sincérité de votre contrition aux fruits de votre amendement. Soit donc dit pour votre consolation, que vous pouvez espérer avec confiance d'avoir eu une vraie contrition, si vous avez effectivement changé de vie et corrigé vos vices et votre conduite répréhensible.
m. DE LA DECLARATION DES PECHES.
T a déclaration qui fait la troisième partie essentielle du sacrement de Pénitence, est une accusation de tous les péchés commis faite à un prêtre qui est légitimement chargé de la recevoir, afin d'en recevoir l'absolution.
Pour vous faciliter cette déclaration, vous pouvez suivre cette méthode :
1. Représentez - vous vivement Jésus -Christ dans la personne du confesseur.
2. Choisissez pour votre confesseur habituel on prêtre qui a pour les pécheurs une grande
douceur, un zèle prudent, et une véritable charité. Cependant il ne faut pas croire que pour cela vous ne puissiez pas vous confesser aussi quelquefois auprès d'un confesseur extraordinaire.
3. Ne vous représentez pas la sainte Confession comme un tourment de conscience, ainsi que font les incrédules , les hérétiques et les railleurs qui la décrient, mais comme l'humble accusation d'un enfant, qui connaît la tendre miséricorde de son père, qui à chaque parole puise une nouvelle consolation et qui est assuré que, loin de s'irriter, son père lui pardonnera assurément.
4. Ne laissez jamais passer un long espace de temps sans vous confesser, par ce moyen vous éprouverez plus de facilité à le faire et vous en retirerez certainement plus de fruit.
5. Pour vous faciliter l'examen de conscience, examinez chaque soir avant le coucher le mal que vous pourriez avoir commis dans la journée.
6. Si vous aviez eu le malheur de tomber dans un péché mortel , ne vous donnez aucun repos, avant que vous ne vous en soyez confessé.
Afin de vous préserver de la fausse honte qui porte à cacher quelque péché grave, ou à le diminuer notablement, faites les considérations suivantes :
1 . Par la réticence de vos péchés , vous vous rendez coupable d'un nouveau crime.
2. Lors même que vous cachez quelque chose au confesseur, vous ne sauriez cependant le cacher à Dieu.
2. Par cette réticence vous ne feriez qu'augmenter le trouble de votre conscience; et néanmoins il faudra tôt ou tard déclarer le péché ca-
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ché à moins que vous ne vouliez le cacher jusque dans la mort, et vous perdre éternellement.
4. Le péché mérite véritablement qu'on en rougisse , c'est donc une marque d'une vraie impénitence , que de ne vouloir pas se soumettre à cette confusion.
5. Le silence vous met en danger d'avoir à rougir devant toutes les créatures au jour du jugement, et de brûler éternellement dans les flammes de l'enfer. Hélas ! si un damné pouvait s'échapper de l'enfer et s'approcher d'un prêtre, rougirait-il de se confesser?
6 . Dites-moi , ne devez-vous pas montrer au médecin corporel les blessures les plus cachées de votre corps, si vous désirez en être guéri? à combien plus forte raison n'ètes-vous pas obligé de découvrir au médécin spirituel les maladies de votre âme, si vous ne voulez pas mourir d'une mort éternelle?
7. Sachez enfin que plus le confesseur remarquera en vous de signes de conversion et de sincérité de cœur, plus aussi il vous aimera ; qu'il ne connaît que trop bien la faiblesse et la misère humaine, et qu'en conséquence, il aura pitié de vous; enfin que, sous les plus grandes peines temporelles et éternelles, il est tenu constamment au secret le plus absolu.
De quels péchés faut-il vous confesser ?
i . De tous les péchés mortels. Si vous cachiez volontairement un péché mortel dans la sainte Confession, non-seulement vous n'obtiendriez aucun pardon des autres; mais vous vous rendriez en outre coupable d'un sacrilège. Si vous aviez à vous confesser depuis plusieurs années, ne vous
inquiétez pas, si vous ne pouvez vous souvenir de tous les péchés. Une volonté sincère et une recherche intelligente suffisent; le sacrement de Pénitence supplée à ce qui surpasse vos forces.
Quant aux petits péchés, appelés véniels, on n'est à la vérité pas tenu de les confesser; cepen- f dant il est prudent et utile de le faire surtout lorsqu'on ne peut pas distinguer avec certitude entre ce qui est péché véniel ou mortel.
Lorsque vous avez quelque doute de savoir si tel péché est mortel, ou si vous l'avez déjà accusé ou non, vous ferez bien de proposer ce doute au prêtre.
2. Il faut déclarer les circonstances qui : changent V espèce du péché et qui V aggravent de beaucoup. Par exemple quelqu'un commet un péché d'impureté avec une personne mariée, il
se rend coupable du péché d'adultère. C'est là une circonstance fort aggravante à confesser. Par exemple encore : quelqu'un dans une grande compagnie commet une médisance, il est plus coupable, que lorsque cela lui arrive devant un petit nombre de personnes ; de même le péché est plus grave lorsqu'on vole une grande somme d'argent, que lorsque la somme est petite, ou lorsqu'on prend une petite somme très-souvent, que lorsqu'on ne la prend qu'une ou deux fois.
3. On doit indiquer de son mieux le nombre des péchés mortels. En cas que l'on ne sache pas absolument le nombre exact, il faut dire: à peu près, environ, ou, autant de fois, plus ou moins.
Si l'on fait une confession de plusieurs années et qu'on ne puisse pas se souvenir exactement du nombre de fois que l'on a péché, on doit au moins
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indiquer le temps pendant lequel l'habitude a duré ; S combien de fois environ on est tombé dans le péché j par jour, par semaine, par mois, et si l'habitude ; n'a pas été interrompue pendant un certain temps. Remarque. Retranchez toutes les narrations et les circonstances étrangères qui n'appartiennent pas à la confession; ne nommez jamais les personnes complices, et si cela est nécessaire pour la déclaration de l'espèce du péché, n'exprimez la profession | de ces personnes ou vos relations avec elles, que | dans des termes généraux, afin que le confesseur, j autant que la chose est possible, n'apprenne point à J connaître la personne complice. Dites par exemple : j J'ai commis le péché de ... . avec une personne de ma parenté, au premier ou second degré; ou avec une personne qui s'est consacrée à Dieu par un vœu; cela suffit; tout le reste est superflu.