VI. DE LA CONFESSION GÉNÉRALE
Dour une conversion véritable et sincère, ou *■ pour l'accroissement d'une vie pieuse et chrétienne, il est nécessaire à plusieurs chrétiens, et très-utile à d'autres de faire une confession générale.
La confession générale est celle dans laquelle on s'accuse sincèrement et le cœur contrit, de tous les péchés que Ton a commis soit dans la jeunesse, soit depuis le premier péché mortel, soit depuis le temps où Ton s'est la première fois mal confessé , soit qu'on en ait un souvenir très-clair, ou seulement un doute bien fondé.
S. François de Sales, ce grand Saint et ce Maître si aimable de la vie spirituelle, dit que
pour assurer leur salut éternel une confession générale est nécessaire à la plupart des hommes. « Elle nous procure, dit-il, une plus parfaite connaissance de nous-mêmes ; elle nous remplit d'une salutaire confusion à la vue de tous nos péchés ; elle délivre l'esprit de bien des inquiétudes, et communique à la conscience la véritable paix; elle excite en nous de bonnes résolutions; elle nous montre combien est digne d'admiration la. miséricorde de Dieu, qui nous a attendu avec une si grande longanimité , elle met notre confesseur en état de nous donner des exhortations convenables, elle ouvre notre cœur pour qu'à l'avenir nous nous confessions avec plus de confiance. »
2. Le plus grand fruit d'une confession générale se montre particulièrement à l'heure de la. mort. Qui ne désirerait, lorsqu'il est sur le point de paraître au jugement de Dieu, dans ce moment terrible qui doit décider d'une éternité tout entière , qui ne désirerait alors d'avoir fait sincèrement et le coeur contrit , une confession générale de toute sa vie? Quelle consolation pour un mourant lorsque avant d'être surpris par la maladie, il a mis ordre aux affaires si importantes de sa conscience? Est-ce mieux peut-être, d'exposer le salut de son âme avec une extrême insouciance et témérité, et d'attendre la dernière extrémité, pour ouvrir les yeux sur toute sa vie passée lorsque déjà on est sur le point de les fermer éternellement à la lumière? «Veillez et soyez prêts, dit Jésus-Christ , car vous ignorez l'heure où le Seigneur doit venir. »
Un homme de distinction vint un jour, auprès d'un missionnaire et le pria d'entendre sa confession
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1 .générale. Le prêtre lui demanda pourquoi il voulait le faire. Ah! vénérable père, répliqua le i gentilhomme: Ne dois-je donc pas mourir? Mais comment pourrai-je mourir tranquille, après avoir mené une vie pleine de péchés , si maintenant je ne fais une confession générale ? Je prévois, que, si j'attends jusqu'à l'heure de la mort, je ne pourrai alors m' acquitter convenablement de ce devoir. Ma femme, mes enfans, l'horreur du mo- ! ment suprême, les souffrances ne me laisseront ! pas la présence d'esprit requise pour cela, et je j n'aurai plus alors tout le calme nécessaire pour ' une affaire aussi importante ; ce serait donc une I grande folie, si je voulais attendre pour la traiter le dernier moment de ma vie. Le pieux gentili homme comprenait bien tout le sens des paroles ! que notre Sauveur dit dans l'Évangile : ((Heureux les serviteurs que le maître à son arrivée trouvera sur leurs gardes. »
3. Ne méprisez donc pas, ô chrétien, si cela vous est nécessaire ou utile, le conseil que je vous donne, de vous résoudre à faire une confession générale. Ce soir même, lorsque vous vous rendrez au lit de votre repos, considérez que cette nuit pourrait bien être la dernière pour vous , et dites vous à vous-même: que désirerai -je avoir fait lorsque je serai étendu sur mon lit de mort?
Et si la pensée vous vient qu'il vous serait utile, alors d'avoir fait une bonne confession générale, oh! ne la différez pas plus longtemps. ÏSe vous laissez pas tromper par le malin esprit, qui, par de vaines représentations, comme celleci : vous n'en avez pas le temps ou cela est trop difficile, cherchera à vous endormir. 11 vous mettra
devant les yeux mille obstacles imaginaires, mille occupations; aujourd'hui ce sera une chose; demain une autre, qui se trouvera pour vous arrêter et ainsi de suite ; si bien que si vous écoutez ses suggestions vous ne trouverez plus ni le temps ni l'occasion ni même peut-être la grâce de faire une action si importante pour votre salut éternel. Mettez-vous donc bien en garde contre les tromperies de cet esprit de mensonge. Soyez assuré que personne ne s'est encore repenti d'avoir fait une confession générale, et que plusieurs, sans ce moyen, seraient morts dans leurs péchés, et se seraient perdus pour toute l'éternité.
A qui la confession générale est-elle absolument nécessaire ?
1 . Elle est nécessaire à tous ceux , dont les confessions précédentes ont été infructueuses. Quand le confesseur demande au pénitent, si, par rapport aux confessions précédentes, il ne se souvient pas de quelque chose , qui lui cause de l'inquiétude et de l'anxiété, celui-ci pour la plupart du temps sans réflexion et aussitôt répond en disant: je crois m' être chaque fois sincèrement confessé. Mais si le confesseur est prudent et zélé et qu'il veuille interroger sur un péché en particulier, spécialement sur celui d'impureté, qui rend la plupart des chrétiens muets en confession , il ne tardera pas à découvrir combien d'âmes ont besoin d'une confession générale et combien il y en a qui ont fait pendant toute leur vie des confessions sacrilèges. — Celui donc qui par honte, malice ou légèreté d'esprit, a célé quelque péché mortel, ou qui volontairement n'a pas indiqué quelque circonstance essentielle , ou qui, par une grande
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légèreté et par une ignorance coupable, n'a pas confessé des péchés mortels parce qu'il ne les estimait pas si graves ; — celui-là certainement a besoin de faire une confession générale depuis le temps qu'il a commencé à cacher des péchés , et cela sous peine de péché mortel et de damnation étemelle.
2. La confession générale est nécessaire encore à ceux qui se sont toujours confessés légèrement, sans un suffisant examen de conscience, et qui se sont exposés par là au grand péril de faire une confession tout à fait incomplète , en passant beaucoup trop rapidement sur des péchés graves.
3. A ceux qui à la vérité se sont confessés de leurs péchés et en ont obtenu l'absolution, mais qui sont entièrement ignorants touchant les principaux mystères de la foi; à ceux qui, par leur faute, ne connaissaient pas le symbole des apôtres, les commandemens de Dieu et de l'Église, ce qu'il est nécessaire de savoir sur les sacremens qu'ils ont reçus et les devoirs essentiels de leur état.
4. A ceux qui ne se sont confessés que par coutume ou par contrainte , sans vraie contrition de leurs péchés, et sans une ferme résolution de ne plus les commettre. En outre à ceux, qui, dans une mauvaise intention, ont cherché un confesseur qui ou n'entendait pas bien, ou leur accordait toujours l'absolution sans les éprouver ni les interroger davantage et sans leur faire de sérieuses exhortations lorsqu'ils persévéraient dans une habitude mauvaise ou une occasion criminelle.
5. A ceux qui continuent à vivre dans l'occasion prochaine du péché, ou dans leurs mé-
chantes habitudes , que cependant ils auraient pu et dû abandonner.
6. A ceux qui étaient obligés de restituer le bien d' autrui ou de restaurer sa réputation qu'ils avaient ravie, et qui dans la sainte confession n'avaient pas la sincère résolution de réparer le dommage fait par eux, le promettant peut-être, à la vérité chaque fois, mais ne l'exécutant jamais par leur faute.
7. A ceux qui ont vécu en inimitié avec leur prochain sans s'être réconciliés avec lui, ou sans vouloir bien sincèrement le faire.
Tous ces pénitents étaient pour lors indignes de l'absolution, et s'ils l'ont reçue elle a été vaine devant Dieu; c'est pourquoi la confession générale leur est nécessaire à tous sans exception.
A qui la confession générale est-elle très-utile?
1. Elle est pour plusieurs le commencement d'une sainte vie. L'expérience apprend, que bien des chrétiens, après une confession générale, ne retombent plus dans leurs péchés précédents, particulièrement dans des péchés graves. C'est pourquoi S. Ignace de Loyola y exhorte d'une manière pressante ceux qui veulent se convertir parfaitement à Dieu.
2. Pour ceux qui songent à embrasser un état, ou qui se chargent d'une fonction importante, ou qui veulent entreprendre un voyage dangereux.
3. A l'approche d'un danger de mort, elle est la meilleure préparation pour une heureuse éternité, et le moyen le plus assuré pour le repos de la conscience. Plusieurs Saints, tels que saint Elzéar, sainte Marguerite, . . etc., ont tenu à faire, avant leur dernière heure , une confession gêné-
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raie avec la plus grande componction de leur cœur.
Exception. Pour les âmes craintives , qui déjà ont confessé leurs péchés, mais qui veulent renouveler leur confession générale à cause des doutes de conscience non fondés qui leur surviennent , il faut la leur interdire. Elles doivent plutôt s'exciter souvent à faire des actes de contrition , et suivre docilement les conseils de leur confesseur.
Comment peut-on, d'une manière facile, faire la confession générale?
Il y a des hommes, qui sont saisis de frayeur en entendant seulement parler de confession générale, et la raison en est qu'ils se figurent des difficultés , qui n'y sont nullement attachées. «Comment pourrais-je, disent-ils, me rappeler tous les péchés de toute ma vie ? » Et trompés de la sorte par la ruse du malin esprit, ils se laissent détourner de cette œuvre excellente. Mais ne vous effrayez pas, chrétien, mon cher frère, de la confession générale, car bientôt vous verrez que toutes ces difficultés disparaîtront, si vous la faites avec le secours du confesseur.
1. Cherchez et priez Dieu pour trouver un bon et judicieux confesseur, qui vous assiste, qui vous conduise comme par la main et qui, en vous interrogeant, vous facilite toute cette entreprise.
2. Sachez, que pour la confession générale, vous n'avez pas besoin de vous examiner sur les péchés véniels.
3. N'examinez donc votre conscience que sur les péchés graves ou mortels. Réfléchissez surtout contre quel commandement vous avez le plus péché.
4. Si vous avez commis un péché durant un long espace de temps, c'est-à-dire si vous en avez eu l'habitude , et que vous ne puissiez plus exactement indiquer le nombre de ces péchés d'habitude, rappelez-vous à quel âge environ vous avez contracté cette mauvaise habitude; combien de fois à peu près vous avez commis ce péché, le jour, la semaine, ou le mois, . . etc. Vous vous souviendrez aussi si cette habitude n'a pas discontinué ou si elle a été interrompue, et combien de temps. Ainsi, déclarez-le au confesseur de la manière que vous le conjecturez et le savez le mieux. Par exemple : Je me suis adonné à des excès de boisson depuis ma vingtième jusqu'à ma quarantième année, tous les mois environ trois fois, ou : J'ai péché eontre la vertu de pureté avec une personne non mariée pendant .... ans, à peu près .... fois par semaine. Pendant ce temps j'ai fait un voyage et omis ce péché pendant six mois. J'ai consenti pendant ce temps deux ou trois fois par jour à des désirs impurs. — Ou par exemple: Depuis ma jeunesse, environ depuis douze ans jusqu'à cette heure où j'atteins trente ans, j'ai journellement prononcé des paroles blasphématoires, souvent cinq fois, certainement toujours deux fois par jour etc.
5. Ce que vous savez comme certain, il faut le déclarer comme certain et ce que vous savez comme douteux, il faut l'indiquer comme douteux.
6. Que l'accusation commence par le péché qui vous inquiète le plus ! par exemple le péché contre la pureté, le péché d'injustice et ainsi de suite, si vous vous en êtes rendu coupable.