DE LA CONFORMITÉ A LA VOLONTÉ DE DIEU
oute notre perfection consiste à . aimer notre Dieu. (Coloss. III.) Mais toute la perfection de l'amour \ consiste dans l'union de notre volonté à la sienne. L'effet principal ; de l'amour, dit S. Denis l'Aréopagite (De Div. Nom. 4.), c'est d'unir la vo- | lonté de ceux qui s'aiment, de telle sorte ^ qu'il n'y en ait plus qu'une. Aussi plus on est uni à la volonté de Dieu, plus est grand l'amour qu'on a pour lui. Les mortifications, les méditations, les communions, les œuvres de charité envers le prochain, plaisent à Dieu; mais quand? lorsqu'elles sont faites selon sa volonté. Au contraire, s'il n'en est pas ainsi, elles lui déplaisent, que dis-je, il les abhorre et les punit. S'il y avait deux serviteurs dont l'un travaillât
toute la journée sans se reposer, mais aussi en ne voulant faire les choses qu'à sa guise, et dont l'autre, prenant moins de peine, obéirait en tout ce qui lui serait commandé, le maître préférerait sans doute le second au premier. Nos œuvres servent-elles à la gloire de Dieu lorsqu'elles ne sont pas selon son bon plaisir? Le Seigneur ne veut pas de sacrifice, dit le prophète à Saùl, il veut seulement qu'on lui obéisse. (I. RegXV., 22.) L'homme qui veut agir par sa propre volonté sans celle de Dieu commet une espèce d'idolâtrie , car alors au lieu d'adorer la volonté de Dieu, il adore la sienne en quelque sorte.
La meilleure manière de glorifier Dieu, c'est d'accomplir sa sainte volonté. Notre Rédempteur, qui est venu sur la terre pour établir sa gloire, nous a enseigné cela avant tout. Voici comment S. Paul le fait parler (Hebr., X. 4.) : Père éternel, vous avez refusé les victimes que les hommes vous ont offertes ; vous voulez que je vous sacrifie le corps que vous m'avez donné ! me voici prêt à faire votre volonté. Le Sauveur lui-même dit en plusieurs endroits, qu'il n'est pas venu sur la terre pour faire sa volonté, mais celle de son Père. (Jean, IV., 38.) C'est en cela qu'il veut que le monde connaisse l'amour qu'il a pour son Père, en obéissant à sa volonté par laquelle il devait se sacrifier sur la croix pour le salut des hommes. C'est ce qu'il dit encore dans le jardin, lorsqu'il allait à la rencontre de ses ennemis qui venaient pour le prendre et le conduire à la mort, afin que le monde sache que j'aime mon Père et que j'exécute ses commandemens; levez-vous, sortons d'ici. (Matth., XXII. 50.)
Tous les Saints n'ont eu d'autre but que celui de faire la volonté de Dieu, car ils comprenaient bien que c'est en cela que consiste toute la perfection d'une âme. Le bienheureux Henri Suson dit (L. II. c. 4.): « Dieu n'exige pas que nous soyons riches en lumières, mais il veut que nous nous soumettions à sa volonté. » Sainte Thérèse dit ce que doit rechercher celui qui s'exerce à l'oraison, c'est de se conformer à la volonté de Dieu, et à s'assurer que c'est en cela que consiste la véritable perfection. Celui qui la pratiquera le mieux, recevra aussi dè Dieu les dons les plus abondants et fera le plus de progrès dans la vie intérieure. La bienheureuse Stéphanie de Soncino, dominicaine, étant un jour en extase, fut conduite au ciel et y vit quelques personnes mortes qu'elle avait connues autrefois. Elles étaient placées entre deux Séraphins. On lui dit que ces âmes étaient élevées à tant de gloire parce qu'elles s'é-
I taient parfaitement conformées sur la terre à la volonté de Dieu. Suson, dont nous avons déjà parlé , disait : « Je préférerais être un ver par la
| volonté de Dieu, qu'un Séraphin par la mienne.»
Sur cette terre nous devrions apprendre des Saints du ciel comment il faut aimer Dieu. L'amour pur et parfait des bienheureux dans le ciel, consiste à s'unir entièrement à sa volonté. Si les Séraphins savaient que Dieu veut les employer pendant toute l'éternité à compter les grains de sable du bord de la mer, ou à arracher l'herbe qui naît dans les jardins, ils le feraient avec plaisir, Bien plus, si Dieu leur témoignait le désir de les voir se jeter dans le feu de l'enfer, ils iraient aussitôt ce précipiter dans cet abime pour faire la
3 i 6 INSTRUCTIONS POUR ACQUÉRIR
volonté de Dieu. C'est ce que nous enseigne Jésus- Christ quand il nous dit de demander que la volonté de Dieu soit faite sur la terre par les hommes comme elle est faite par les Saints dans le ciel. {Matth. ,Y1. 9.)
Le Seigneur appelle David l'homme selon son cœur, car David accomplissait toute sa volonté (Act., XIII. 22.) David était toujours prêt à embrasser la volonté divine , comme il le disait souvent: Mon cœur est préparé, ô Dieu, mon cœur est préparé. (Ps., CVII. 1.) Il ne demandait au Seigneur qu'une chose, c'était de lui enseigner à faire sa Volonté. [Ps. CXLII. 10.) Un seul acte parfait de conformité à la volonté de Dieu suffit pour faire un Saint. Lorsque Saul persécutait l'Église, Jésus-Christ l'éclaira et le convertit. Que fit Saul? que dit-il? Il s'offrit alors à faire la volonté de Dieu. {Act., IX. 6.) Dès lors le Seigneur déclara qu'il était un vase d'élection et l'apôtre des nations. [Act., IX. 15.) Celui qui donne sa volonté à Dieu, lui donne tout ; celui qui donne ses biens par l'aumône, son sang par la flagellation, sa nourriture par le jeûne, donne à Dieu une portion de ce qu'il a; mais celui qui lui donne sa volonté , lui donne tout. Aussi peut-il dire au Seigneur: Je suis pauvre, mais je vous donne tout ce que je puis; en vous donnant ma volonté je ne puis rien vous donner de plus : voilà ce que Dieu demande de nous. Mon fils, dit le Seigneur à chacun, mon fils, donnez-moi votre cœur, c'està-dire votre volonté. (Prov., XX11I. 1.) Non, dit S. Augustin, non, nous ne pouvons offrir à Dieu rien de plus cher que de lui dire : Seigneur, possédez-nous, nous vous donnons toute notre volonté ; faites nous comprendre ce que vous voulez de nous, et nous l'exécuterons.
Si donc nous voulons plaire entièrement au cœur de Dieu, tâchons non-seulement de nous conformer en tout à la volonté divine, mais encore de nous y abandonner, si je puis m' exprimer ainsi. Par le terme de conformité on veut dire que nous dirigeons notre volonté comme celle de Dieu, mais par celui d'abandon on veut dire de plus que de deux volontés nous n'en faisons qu'une, de telle sorte que nous ne voulons que ce que Dieu veut, et que la volonté de Dieu seul est la nôtre. C'est là le plus haut degré de perfection auquel nous devons aspirer ; c'est là que doivent tendre toutes nos œuvres , tous nos désirs , nos méditations et nos prières. Pour y atteindre, nous devrions prier nos saints patrons de nous secourir, ainsi que nos anges gardiens, et surtout la divine Mère, qui a été la plus parfaite de toutes les créatures , parce qu'elle a fait la volonté de Dieu avec le plus de perfection.
Mais le difficile , c'est d'embrasser la volonté de Dieu dans tout ce qui nous arrive, dans la prospérité et dans l'adversité. Dans la prospérité les pécheurs même se conforment à la volonté de Dieu , mais il n'y a que les Saints qui s'y conforment dans l'adversité et dans les circonstances où leur amour propre est contrarié ; c'est là que l'on voit le degré de perfection de l'amour que l'on a pour Dieu. Le vénérable Jean Avila disait: « Cette seule parole : Dieu soit béni dite dans l'adversité , vaut mieux que six mille grâces au sein de la prospérité. »
De plus il faut se conformer à la volonté divine, non-seulement dans l'adversité qui nous vient directement de Dieu , comme sont les ma-
ladies, les chagrins , la pauvreté, la mort de nos parens, mais encore dans les malheurs qui nous arrivent de la part des hommes , tels que les mépris, les infamies, les injustices, les vols et toutes les sortes de persécutions. Quant à cela il faut comprendre que quand nous sommes offensés dans notre réputation, dans notre honneur, quoique le Seigneur ne veuille pas le péché, il veut cependant notre humiliation, notre pauvreté et notre mortification. Il est certain et même de foi que tout ce qui arrive dans le monde arrive par la volonté de Dieu. C'est de Dieu que nous viennent tous les biens et tous les maux, c'est-à-dire toutes les choses qui nous sont fâcheuses et que nous appelons à tort des maux , car ce sont des biens dans le fait, lorsque nous les prenons de sa main. Il est vrai, comme je l'ai dit, que quand un homme vous offense, Dieu ne veut pas le péché que commet l'offenseur et il ne prend pas part à la malice de sa volonté , mais il laisse s'accomplir l'action matérielle par laquelle un tel vous frappe, ou vous vole, ou vous injurie, en sorte que cette injure que vous souffrez vient de Dieu, et que Dieu la veut. C'est pour cela que le Seigneur disait à David , qu'il était l'auteur des outrages que devait lui faire Absalon lorsqu'il lui enlèverait ses femmes devant ses propres yeux, en punition de ses péchés. (II. Rois., XII. 11.) C'est encore pour cela qu'il dit aux Hébreux, qu'en punition de leur iniquité il leur enverra les Assyriens qui les dépouilleront et qui les ruineront. S. Augustin dit à ce sujet (in Ps. XXXVII.) : Dieu se servit de l'iniquité des Assyriens comme d'une hache pour frapper les Hébreux; et Jésus lui-
même dit à S. Pierre que sa passion et sa mort ne lui venaient pas tant de la part des hommes que de la part de son Père.
Lorsqu'un messager, qu'on dit être le démon, vint annoncer à Job que les Sabéens lui avaient enlevé toutes ses richesses et lui avaient tué ses enfans, que répondit le saint homme? 11 ne dit pas: le Seigneur m'a donné des enfans et des biens, et les Sabéens me les ont enlevés; mais: le Seigneur me les a donnés et le Seigneur me les a enlevés ; car il comprenait bien que cette perte lui venait de Dieu; c'est pour cela aussi qu'il ajouta: La volonté de Dieu s'est accomplie, que le nom du Seigneur soit béni. (Ibid.) 11 ne faut donc pas prendre les peines qui nous arrivent comme si elles étaient l'effet du hasard, ou comme si elles venaient par la seule faute des nommes ; il faut encore se persuader que ce qui nous arrive ne vient que par la volonté de Dieu. (S. Aug. in Ps.jCXLVIII.) Lorsque les saints martyrs Epictète et Aton étaient au milieu des tourmens, qu'on les déchirait avec des ongles de fer, qu'on les brûlait avec des torches ardentes , ils ne disaient que ces mots : Seigneur , que votre volonté s'accomplisse sur nous. Lorsqu'ils furent au lieu du supplice, ils s'écrièrent à haute voix : Soyez béni, Dieu éternel, car votre volonté s'est entièrement accomplie en nous. (Rosweid. I. l.)
Césaire raconte (Lib., X. cap. 6.) qu'il y avait un religieux qui ne faisait à l'extérieur rien de différent des autres, et qui cependant avait acquis un tel degré de sainteté que par le seul attouchement de ses vêtements les malades étaient guéris. Son supérieur s'en étant étonné, lui
demanda un jour pourquoi il avait le don des miracles, puisqu'il ne menait pas une vie plus exemplaire que les autres. Le religieux lui répondit qu'il s'en étonnait lui-même et qu'il n'en savait pas la raison. Quelle est votre pratique de dévotion privilégée lui dit l'abbé? Celui-ci lui répondit qu'il faisait peu de chose que seulement il tâchait de ne vouloir que ce que Dieu veut, et qu'il jouissait de la grâce d'abandonner sa volonté à celle de Dieu, a La prospérité ne me touche pas, dit-il, et l'adversité ne m'abat pas, car je prends tout de la main de Dieu, et mes prières tendent à ce que sa volonté s'accomplise en moi.» — «Quoi! vous n'éprouvez aucune peine du dommage que notre ennemi nous a porté l'autre jour, reprit le supérieur; il nous a enlevé toutes nos subsistances, il a mis le feu à notre ferme ou étaient nos blés et nos bestiaux]? » — « Non, mon père, reprit le Saint, j'en ai au contraire rendu grâces à Dieu, comme je le fais ordinairement, car je sais que tout ce que Dieu fait ou permet, est pour sa gloire et notre plus grand bien. Ainsi toujours je suis content de ce qui arrive. » Lorsque l'abbé eut entendu ce discours, et vu dans ce religieux tant de conformité à la volonté de Dieu il ne fut plus étonné qu'il opérât de si grands miracles.
Non-seulement celui qui agit ainsi se sanctifie mais encore il jouit sur la terre d'une paix per- | pétuelle. On demandait un jour à Alphonse-le- Grand [Panormi, in Vita,) roi d'Aragon, prince | très -sage, quel était l'homme qu'il croyait le plus heureux dans ce monde; il répondit que c'était celui qui s'abandonnait à la volonté de
Dieu et recevait toutes les adversités de sa main : Ceux qui aiment Dieu sont toujours contents, car leur plaisir consiste à accomplir la volonté de Dieu, même dans les choses qui les contrarient ; ce qui fait que leurs travaux et leurs peines se convertissent en satisfaction, car en les acceptant ils font plaisir à leur Seigneur bien- I aimé. Et dans le fait, quelle plus grande satis- I faction peut éprouver un homme que de voir j que tout lui arrive selon sa volonté ? Or lorsque I quelqu'un ne veut que ce que Dieu veut, comme tout ce qui arrive dans le monde, excepté le péché, n'arrive que par la volonté de Dieu, il ne voit I arriver que ce qu'il veut. On parle dans la Vie des Pères d'un fermier à qui ses biens rappori taient le double de ceux de ses voisins. Gomme ! on lui demandait comment cela se faisait , il ré- I pondit qu'il ne fallait pas s'en étonner, puisqu'il avait les saisons comme il les voulait. — Mais ( expliquez -vous, lui disait-on. — Oui, sans doute, reprit-il, car je ne veux d'autre temps que celui que Dieu veut, je ne veux que ce que Dieu veut, et Dieu me donne des fruits comme je veux. Si les âmes résignées , dit Salvien , sont humiliées, elles le veulent, si elles sont pauvres elles le veulent aussi , et c'est là leur bonheur dans cette vie. Viennent le froid, le chaud, la pluie, le vent, celui qui est uni à la volonté de Dieu dit toujours : Je veux qu'il fasse froid , qu'il fasse chaud, qu'il fasse du vent, qu'il tombe de la pluie, car Dieu le veut. Viennent la pauvreté, les persécutions, les maladies, la mort ! je veux, dit-il encore, être pauvre, persécuté, malade ! je veux mourir même, car Dieu le veut.
Voilà la liberté dont jouissent les enfans de Dieu ; elle vaut plus que toutes les principautés, que tous les royaumes du monde. Voilà la paix que les Saints ont en partage, la paix qui surpasse tout sentiment : Exsuper at omnem sensum. {Eph.y III, 2.) Elle est au-dessus des plaisirs des sens, des festins, des spectacles, des honneurs et de tous les autres plaisirs du monde , plaisirs sujets à la caducité, qui flattent les sens, il est vrai, au moment où l'on s'y livre, mais qui ne contentent pas; et affligent, au contraire, l'esprit, où réside le vrai contentement; c'est pour cela que Salomon, après avoir joui de tous les plaisirs du monde, s'écriait: Sed et hoc vanitas et afflictio spiritus. (Eccl., IV. 6.) «Que tout n'est que vanité et affliction d'esprit. » L'insensé, dit l' Esprit-Saint, le pécheur change comme la lune qui croit aujourd'hui et qui décroît demain ; tantôt vous le voyez rire et tantôt pleurer, tantôt doux et tantôt furieux comme un tigre; et pourquoi cela? Parce que son contentement dépend de la prospérité ou de l'adversité qu'il rencontre, et c'est pour cela qu'il change, comme les choses qui lui arrivent ; mais le juste est comme le soleil, toujours égal dans sa sérénité quoiqu'il advienne; car il trouve sa satisfaction à se conformer à la volonté de Dieu, aussi jouit-il d'une paix imperturbable. Et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, (Luc, II. 15.) disait l'ange aux bergers. Et quels sont ces hommes de bonne volonté, si ce n'est ceux qui sont toujours unis à la volonté de Dieu, volonté souverainement bonne et souverainement parfaite! Oui, sans cloute, car Dieu ne veut que ce qu'il y a de mieux et de plus parfait.
Par cette conformité à la volonté de Dieu les Saints ont joui sur la terre des douceurs d'un paradis anticipé. Les anciens pères , dit S. Dorothée, ne conservaient leur paix du cœur qu'en recevant les choses de la main de Dieu. Sainte Marie Madeleine de Pazzi, en entendant seulement prononcer le mot de volonté de Dieu, éprouvait des consolations indicibles et tombait dans des extases d'amour. Sans doute, l'on res- | sentira bien quelque peine des contrariétés qui surviennent, mais ce n'est que dans la partie inférieure ; tandis que dans la partie supérieure de l'esprit régneront la paix et la tranquillité ; car la vo- I lonté sera unie à celle de Dieu. « Personne, dit le Rédempteur à ses apôtres, ne peut vous enlever votre joie et que votre joie soit entière.» (Joan. XVI. 22 et 24.) Celui qui unit sa volonté à celle de Dieu, jouit d'une joie parfaite et durable; parce qu'il possède tout ce qu'il veut, comme je l'ai déjà dit; durable, parce que rien ne peut | l'altérer, rien ne pouvant empêcher que la vo- S lonté de Dieu s'accomplisse.
Le père Jean Taulère raconte d'après le père saint Jure, (Enar,. tom. 3. Nieremb. vita div.) qu'ayant prié le Seigneur pendant plusieurs années de lui envoyer quelqu'un qui lui apprît le vrai chemin de la vie spirituelle, il entendit un jour une voix qui lui disait : Allez à telle Église, et là vous trouverez celui que vous demandez. Il va à l'Église et trouve sur la porte un mendiant sans chaussure et couvert de haillons. Il le salue d'abord, en lui disant: Bon jour, mon ami. A cela le pauvre répond : Mais, monsieur, je ne sache pas avoir jamais passé aucun mauvais
jour. — Eh bienl répliqua le père, que Dieu vous donne une vie heureuse. Mais, reprit le pauvre, je ne sache pas non plus avoir jamais été malheureux ; puis il ajouta : Écoutez, mon père, ce n'est pas sans raison que je vous ai dit que je n'avais jamais passé aucun mauvais jour; car, lorsque j'ai faim, je glorifie Dieu ; quand il pleut ou qu'il tombe de la neige, je le bénis. Si l'on me méprise, si l'on me rebute, si je subis quel- ' qu'autre désagrément, j'en glorifie mon Dieu. Je , vous ai dit encore que je n'ai jamais été malheureux, et c'est encore vrai, car je ne veux que ce que Dieu veut; et tout ce qui m'arrive de doux ou d'amer, je le reçois de sa main avec plaisir, comme la meilleure chose qui puisse m'arriver ; voilà d'où vient mon bonheur. Et si Dieu voulait que vous fussiez damné, dit Taulère ? Si Dieu le voulait , eh bien ! reprit le pauvre, plein d'amour et d'humilité, je m'attacherais à lui et le tiendrais si fort que s'il voulait me précipiter en : enfer, il serait obligé de m'y suivre, et dans ce cas-là, je préférerais être en enfer avec lui que de posséder toutes les délices du ciel sans lui. j Où avez-vous trouvé Dieu, dit le père? Je l'ai trouvé, reprit le mendiant, là ou j'ai laissé les créatures. — Mais qu'ètes-vous? — Je suis roi. — Et où est votre royaume ? — Dans mon âme ; ( c'est là que je tiens tout dans l'ordre en faisant j . obéir mes passions à la raison et ma raison à Dieu, j Taulère lui demanda enfin qu'elle était la pratique ç qui l'avait conduit à tant de perfection? c'est, dit [ j il, le silence. Je me suis tû avec les hommes pour parler avec Dieu. Je me suis tenu uni avec le Seigneur, et c'est dans lui que j'ai trouvé la paix i <
véritable. Ce mendiant n'était parvenu à un tel degré de perfection que par l'union qu'il avait avec la divine volonté. Cet homme était certainement plus riche dans sa pauvreté que tous les rois de la terre, et plus heureux dans les souffrances que tous les gens du monde ensemble avec tous leurs plaisirs .
Ohî quelle folie de la part de ceux qui refusent de se conformer à la volonté de Dieu ! Ils j ont à supporter les peines tout également , car s personne ne peut empêcher l'accomplissement des j divins décrets. (Rom.y IX. 19.) Et puis ensuite , ils les souffrent sans en tirer aucun fruit , et se 1 préparent même des châtimens plus grands pour l'autre vie et plus d'inquiétude dans celle-ci. (Job.y \ XXIY.) Que ce malade crie tant qu'il voudra au milieu de ses douleurs , que ce pauvre dans la misère se plaigne de Dieu, qu'il se décourage, qu'il blasphème, que peut-il y gagner que de re- I doubler son mal? 0 homme, dit S. Augustin, que vas-tu chercher hors de Dieu? Cherche Dieu, : unis-toi à sa volonté, et tu vivras toujours heureux dans cette vie et dans l'autre.
Et que veut Dieu, si ce n'est notre bien? Et qui trouverions nous qui nous aimât plus que le Seigneur? Il ne veut qu'une chose, c'est que personne ne se perde ; que nous nous sauvions tous et que nous devenions saints. (II. Petr., III. 9.) La volonté de Dieu est votre sanctification. [Thess., IV .3.) Dieu a mis sa gloire dans notre bonheur, car étant de sa nature la bonté infinie, selon l'expression de S. Léon, et la bonté étant aussi expansive de sa nature, Dieu éprouve un désir extrême de faire participer les âmes à son bonheur et à sa félicité. S'il nous
envoie des tribulations dans ce monde , c'est pour notre bien. Les chàtimens, dit Judith, ne sont pas pour notre perte, mais afin que nous nous amendions et que nous nous sauvions. [Judith, VIII. 17.) Afin de nous préserver des maux éternels, le Seigneur nous entoure de sa bonté. Psal., V. 15.) Non-seulement il désire notre salut, mais il en est pour ainsi dire inquiet. (Ps., XXIX. 18.) Et que peut nous refuser, dit S. Paul, ce Dieu qui nous a donné son propre Fils ? (Rom.3 VIII. 32.) C'est avec cette confiance que nous devons nous abandonner à la volonté de Dieu, car elle est toute dirigée vers notre bien. Remettons tout entre ses mains, car certainement il aura soin de nous. (I. Petr., V. 7.) Pensons ensuite à Dieu, songeons à accomplir sa volonté, et alors il pensera à nous et à notre bonheur. Ma fille, disait le Seigneur à sainte Catherine de Sienne pensez à moi et je penserai à vous. Disons donc souvent avec l'épouse sacrée [CanL, IL 6.): Mon bien-aimé pense à mon bonheur, je ne veux penser à rien autre chose qu'à lui faire plaisir et à me conformer en tout à sa sainte volonté. Le saint abbé Nil disait que nous ne devions jamais prier le Seigneur de nous accorder ce que nous désirons, mais de nous faire accomplir sa sainte volonté. Quand il nous arrive quelque chose de fâcheux, acceptons-le de la main de Dieu, non-seulement avec patience, mais encore avec plaisir, imitant les apôtres. Et quelle plus grande satisfaction pour une âme que de souffrir quelque peine et de savoir qu'en souffrant de bonne volonté, elle cause à Dieu le plus grand plaisir qu'on puisse lui faire ! Les maîtres de la vie spirituelle disent que , quoique Dieu voie avec
zn
plaisir le désir que certaines personnes éprouvent de souffrir , il préfère néanmoins celles qui ne veulent ni jouir ni souffrir, mais qui sont toutes résignées à sa sainte volonté et qui ne désirent que d'accomplir ce qu'il veut.
Si donc, ô âme dévote, vous voulez plaire à Dieu et vivre dans un calme profond sur cette terre unissez-vous toujours à sa volonté. Pensez que pendant toute cette vie désordonnée que vous avez menée, vous n'avez commis tant de péchés que parce que vous avez méconnu la volonté de Dieu. Embrassez donc désormais le bon plaisir de Dieu , et dites toujours dans tout ce qui vous arrive : Ainsi soit fait, Seigneur, comme vous le désirez. (Matth., XI. 16.) Lorsque vous êtes en | proie à l'adversité, pensez que tout cela vient de Dieu. Aussi dites alors : Dieu le veut ainsi ; et conservez la paix du cœur. Seigneur, puisque vous l'avez fait, je l'accepte et je me tais. {Ps* I XXXVIII.) Il faut à cet effet que vous dirigiez toutes vos pensées et toutes vos prières de manière à demander à Dieu dans les méditations, les communions et dans les visites au Saint- Sacrement qu'il vous fasse accomplir sa volonté. Offrez-vous souvent à lui, en disant: 0 mon Dieu, me voici: faites de moi et de mes biens tout ce que vous voudrez! C'était là l'exercice continuel de sainte Thérèse; au moins cinquante fois le jour elle s'offrait à Dieu, afin qu'il disposât d'elle comme il voudrait.
Que vous serez heureux, mon cher lecteur, si vous agissez toujours ainsi. Certainement vous deviendrez saint et vous mènerez une vie correcte et vous ferez une mort heureuse. Lorsque quelqu'un passe à l'autre vie, toute l'espérance que
Ton conçoit de son salut est basée sur ce qu'il est mort résigné ou non. Si, pour accomplir la volonté de Dieu , tous embrassez la mort comme vous avez embrassé tous les accidents qui vous sont survenus pendant la vie vous vous sauverez certainement et vous serez saint. Obéissons donc tous au bon plaisir de Dieu, qui est infiniment sage et infiniment aimant, puisqu'il a donné sa vie pour l'amour de nous, et qu'il connaît et veut ce qui nous convient le mieux. Soyons assurés, dit S. Basile , que Dieu cherche notre bonheur avec plus de soin que nous ne pouvons le faire et le désirer.
Mais venons-en maintenant à la pratique , et voyons quelles sont les choses dans lesquelles nous devons nous conformer à la volonté de Dieu.
1 . Nous le devons dans les choses naturelles qui existent hors de nous , telles que le froid , le chaud, la pluie, la disette, la peste etc. Ne disons jamais : Quelle chaleur insupportable ! quel froid horrible î quelle peste ! quelle mauvaise fortune! quel temps fâcheux! Ne nous servons jamais de ces termes-là, car ils font preuve que Ton a de la répugnance à faire la volonté de Dieu. Nous devons vouloir toutes choses comme elles arrivent, car. Dieu dispose de tout. S. François de Borgia, étant arrivé pendant la nuit devant la porte d'une maison de la compagnie par un temps nébuleux, frappa plusieurs fois; mais comme tous les pères dormaient profondément, on ne lui ouvrit pas. Quand le jour fut venu, chacun des pères lui témoignait le regret qu'il avait de l'avoir fait attendre, mais le Saint leur disait qu'il avait reçu pendant ce temps beaucoup de consolations
; en pensant que c'était Dieu qui lui jetait des fïoj cons de neige.
2. En second lieu, nous devons nous conformer à la volonté de Dieu dans les choses qui
j se passent au-dedans de nous, comme la faim, | la soif, la pauvreté, la désolation, les disgrâces, j En tout, nous devons dire: Seigneur, faites et défaites, je suis toujours content, je ne veux que | votre volonté. C'est ainsi, dit le père Rodriguez, j que nous devons répondre au démon lorsqu'il j tache de nous embarrasser ou de nous faire con- | sentir au mal en nous disant : Si un tel vous disait j telle chose, s'il vous faisait telle autre, que diriezvous? que feriez-vous? Mais toujours nous devons répondre : Je dirais et je ferais ce que Dieu voudrait. C'est par là que nous nous délivrerons de ses suggestions et du péché.
3. Si nous avons quelque défaut naturel de corps ou d'esprit, une mauvaise mémoire, un
I esprit lent, peu d'adresse, un membre estropié, 1 une santé délicate, ne nous en plaignons pas. Quel mérite avons-nous et quelle obligation Dieu avait-il de nous donner un esprit élevé, un corps mieux fait ? Ne pouvait-il pas nous créer au rang des brutes ou nous laisser dans le néant? Quel est celui qui reçoit un don et qui s'en plaint ensuite? Remercions -le donc de ce qu'il nous a donné par un pur effet de sa bonté et contentonsnous de ce qu'il nous a fait tels que nous sommes. Qui sait si avec plus de talent, une santé plus 1 robuste, un corps mieux fait, nous ne nous serions i pas perdus? Pour combien de gens le talent et la science n'ont-ils pas été une occasion de perte, puisqu'ils s'enorgueillissaient et qu'ils méprisaient
les autres? Et plus on avance dans la science, plus on est exposé à tomber. Pour combien d'autres personnes la beauté ou la force du corps n'ontelles pas été une occasion de tomber dans mille péchés? Et combien, au contraire, n'ont été saints que parce qu'ils étaient pauvres , malades ou difformes? S'ils eussent été riches, bien portants et d'un physique agréable, ils auraient été damnés. Contentons-nous donc de ce que Dieu nous a donné. Ni la beauté, ni la santé, ni l'esprit, ne sont nécessaires ; ce qu'il y a de nécessaire dans ce monde, c'est de se sauver.
4. Il faut que nous soyons résignés surtout dans nos infirmités corporelles , il faut que nous les embrassions volontiers pour le temps et comme Dieu le veut. Nous devons avoir recours aux remèdes ordinaires , car le Seigneur le veut ainsi : mais s'ils ne nous guérissent pas, unissons-nous à la volonté de Dieu, ce qui vaudra plus que la santé. Seigneur, disons-lui alors, je ne veux ni guérir ni être malade ; je ne veux que votre volonté. Certainement il y a beaucoup de vertu à ne pas se plaindre de ses douleurs pendant les maladies ; mais lorsque nous souffrons beaucoup, ce n'est pas une imperfection de les faire connaître et d'inviter nos amis à prier le Seigneur qu'il nous en délivre. Je parle des grandes douleurs, car c'est au contraire un très-grand défaut commun à bien des personnes, de vouloir que, pour la moindre douleur ou le moindre dégoût, tout le monde vienne les plaindre et gémir sur leur mal. Du reste Jésus-Christ, au moment de sa passion, communiquait sa peine à ses disciples : (Matth.9 XX. 38.) et puis priait son Père éternel de l'en dé-
livrer. Mais Jésus lui-même nous enseigne ce que nous devons faire après de telles prières, c'est de nous résigner à la volonté de Dieu et de nous écrier : Mon Père, que ce ne soit pas ma volonté, mais la vôtre qui se fasse. (Ibid. 39.)
Quel n'est pas l'aveuglement des personnes qui disent désirer la santé , non pas pour ne pas souffrir, mais pour mieux servir le Seigneur, pour observer les règles de conduite, se dévouer, aller à l'Église, recevoir la communion, faire pénitence, étudier, s'employer au salut des âmes, confesser, prêcher ! Mais, ô mon frère, dites-moi pourquoi désirez-vous de faire toutes ces choses ? est-ce pour faire plaisir à Dieu? Que demandez-vous donc puisque vous savez que le plaisir de Dieu n'est pas que vous fassiez des oraisons, des communions, des pénitences," des études, des prédications, mais que vous souffriez avec patience les infirmités et les douleurs qu'il vous envoie? Unissez alors toutes vos douleurs à celles de Jésus- Christ. — «Ce qui me déplaît, dites vous, c'est qu'étant malade je suis inutile et à charge de la famille et à la maison.» En vous résignant à la volonté de Dieu vous devez croire que vos supérieurs se résigneront aussi, lorsqu'ils verront que ce n'est pas par l'effet de votre paresse que vous êtes à charge à la maison, mais parce que Dieu le veut. Ces désirs, ces gémissemens ne proviennent pas de l'amour de Dieu, mais de l'amour propre qui cherche mille prétextes pour s'éloigner de la volonté de Dieu. Voulons-nous faire plaisir à Dieu ? Disons, alors que nous nous verrons étendus sur un lit de douleur, disons au Seigneur cette seule parole que votre volonté soit
faite; répétons-là souvent , cent fois, mille fois., toujours, et c'est ainsi que nous pourrons seulement faire plus de plaisir à Dieu , que par toutes les mortifications et les dévotions possibles. Il n'y a pas de meilleure manière de servir Dieu que d'embrasser sa volonté avec joie. Le vénérable père d'Avila {Epist. II.) écrivait à un prêtre malade: «Mon ami, ne pensez pas à tenir compte de ce que vous feriez si vous vous portiez bien, mais contentez-vous d'être malade pendant tout le temps qu'il plaira à Dieu. Si vous cherchez la volonté de Dieu, que vous importe d'être en bonne santé, ou d'être malade?» Ce saint personnage avait raison, car Dieu n'est jamais glorifié par nos œuvres, mais il l'est par notre résignation et notre conformité à sa sainte volonté. C'est pour cela que S. François de Sales disait encore que l'on sert mieux le Seigneur en laissant agir qu'en agissant. D'autres fois les médecins et les remèdes nous manqueront ou bien le médecin ne connaîtra pas notre maladie, il faut alors que nous nous conformions à la volonté de Dieu, qui dispose tout pour notre bien. On raconte d'un homme qui avait beaucoup de dévotion à S. Thomas de Cantorbéry qu'étant malade il se transporta au tombeau du Saint pour obtenir le rétablissement de sa santé. En retournant dans son pays il se dit à lui-même: Mais si la maladie devait me me sauver, cette santé à quoi me servirait-elle? Dans cette pensée il revint au tombeau, et pria le Saint de demander à Dieu ce que lui convenait le mieux pour faire son salut éternel. Cela fait , il retomba malade et n'en fut nullement découragé, mais heureux, car il pensa que Dieu
n'en disposait ainsi que pour son bonheur. Surius raconte pareillement qu'un aveugle recouvra la vue par l'intercession de saint Waast, évèque. A peine eut-il fait sa prière il ajouta, que si cette nouvelle faculté devait être fatale à son âme, il conjurait le saint de le rendre aveugle, ce qui arriva aussitôt. Lors donc que nous sommes malades, le mieux est de ne demander ni la maladie ni la santé , mais de nous abandonne à la volonté de Dieu, afin qu'il dispose de nous comme il lui plaira. Mais si nous voulons demander la santé, demandons-la du moins avec résignation, et sous la condition que la santé du corps convienne au salut de l'âme, autrement une telle prière serait défectueuse, et ne serait pas exaucée, puis que le Seigneur n'exauce pas les prières de ceux qui ne sont pas résignés.
Pour moi, j'appelle le temps de la maladie la pierre de touche de la vertu, car c'est alors que i Ton découvre ce qu'elle est, la perfection d'une âme; si elle ne s'inquiète pas, si elle ne gémit pas, si elle ne demande pas, mais qu'elle obéisse aux médecins, aux supérieurs, et si elle est tranquille, résignée à faire la volonté de Dieu, c'est la preuve qu'il y a là un fonds de vertu. Mais que doit-on dire d'un malade qui se plaint et dit qu'il n'est pas secouru, que ses peines sont insupportables, qu'il ne trouve pas de remède qui le soulage, que le médecin est ignorant, et que Dieu appesantit trop sa main sur lui? S. Bonaventure raconte dans la vie de S. François {Cap. XIV.) qu'un de ses religieux le voyant un jour accablé de souffrances lui dit avec simplicité : Mon père, priez Dieu qu'il vous traite avec un peu plus de
douceur, car il paraît qu'il appesantit trop sa main sur vous. A ces mots S. François jeta un cri, et répondit: Écoutez, si je ne savais que ce que vous dites provient de votre simplicité, je ne voudrais plus vous voir, car vous avez eu la hardiesse de critiquer les jugemens de Dieu. Après ce discours, bien que faible et exténué par les douleurs, il se jeta par terre, et baisant le pavé il s'écria: Seigneur, je vous remercie de toutes I les souffrances que vous m'envoyez, je vous supplie de m'en envoyer davantage si cela vous fait ' plaisir; je désire que vous m'affligiez, et que vous ne m'épargniez pas, car l'accomplissement de votre volonté est la plus grande consolation que je puisse goûter dans cette vie.
C'est à cette vertu qu'il faut encore rapporter notre résignation, à propos de la perte de personnes qui nous sont utiles, soit temporellement, soit spirituellement. Souvent les âmes dévotes tombent dans de grandes imperfections en ce point, ( et ne se résignent pas assez à la disposition divine. Notre sanctification ne nous vient pas du père spirituel, elle nous vient de Dieu. 11 veut que nous j nous servions des directeurs spirituels, quand il | nous les donne; mais lorsqu'il nous les enlève, il veut aussi que nous ne nous en plaignions pas, et que nous augmentions notre confiance dans sa bonté, en disant alors: Seigneur, vous m'aviez I donné cet aide; maintenant vous me l'avez enlevé, j que votre volonté soit toujours faite; mais main- ' tenant enseignez-moi ce qu'il faut que je fasse J pour vous servir. C'est ainsi encore que nous I devons accepter des mains de Dieu toutes les croix | | qu'il nous envoie. Mais tant de peines sont enfin (
des ehâtimens, direz- vous? — Je réponds, les ehâtimens que Dieu envoie dans cette vie ne sontils pas des grâces et des bienfaits ? Si nous l'avons offensé , nous devons satisfaire à sa justice en quelque manière, ou dans cette vie ou dans l'autre. C'est pour cela que nous devons dire avec S. Augustin: brûlez, Seigneur, coupez, ne m'épargnez pas en ce monde et faites-moi miséricorde en l'autre. Celui qui sait qu'il a mérité l'enfer doit être consolé lorsqu'il voit que Dieu le châtie, car cela doit l'encourager beaucoup à espérer que Dieu veut le délivrer du châtiment éternel. Disons donc au milieu des ehâtimens de Dieu ce que disait le prêtre Hélie : Il est le Seigneur, qu'il fasse ce qui lui plaît. (II. Reg., III. 18.)
De plus nous devons être résignés dans nos désolations spirituelles. Le Seigneur a coutume de donner des consolations en abondance à une âme qui s'adonne à la vie spirituelle, afin de l'arracher aux plaisirs du monde; mais ensuite lorsqu'elle est plus raffermie dans cette vie, il retire sa main pour éprouver son amour, et pour voir si elle le sert et si elle l'aime pour luimême et sans consolations sensibles. «Pendant la vie, dit sainte Thérèse, le gain ne consiste pas à chercher à jouir de Dieu, mais à faire sa volonté.*» Et dans un autre endroit : L'amour de Dieu ne consiste pas à ressentir de la tendresse, mais à le servir avec force et humilité. Elle dit encore autre part: «C'est par les sécheresses et les tentations que le Seigneur éprouve ceux qui l'aiment. L'âme doit remercier le Seigneur lorsqu'elle est comblée de douceurs, mais elle ne doit pas s'affliger avec impatience lors-
qu'elle est dans la désolation. » Il faut bien prendre garde à ceci, car il y a des âmes aveugles qui, dans les sécheresses, croient aussitôt que Dieu les a abandonnées, ou bien que la vie spirituelle n'est pas faite pour elles, et qui ne font plus oraison, et perdent le bien qu'elles ont fait. Il n'y a pas de temps plus propice pour s'exercer à se résigner à la volonté de Dieu que le temps des sécheresses. Je ne dis pas pour cela, que vous ne deviez éprouver quelque peine en vous voyant abandonné de la présence sensible de votre Dieu: on ne peut pas ressentir une telle peine, on peut même s'en plaindre à Dieu, puisque Jésus lui-même s'en est plaint sur la croix. Mais dans sa douleur l'âme doit se résigner à la volonté de Dieu. Tous les Saints ont éprouvé ces peines et ces abandons d'esprit. « Quelle dureté de cœur que celle que j'éprouve maintenant, disait S. Bernard; je n'aime ni la lecture, ni l'oraison, ni la méditation.» Les Saints ont eu plus souvent des sécheresses que des consolations sensibles. Le Seigneur ne les accorde que très-rarement, et aux âmes faibles peut-être, afin qu'elles ne se s'arrêtent pas dans : le chemin de la vie spirituelle, mais les véritables délices qu'il prépare aux siens sont dans le paradis. Cette terre est un lieu où l'on ne mérite que par la souffrance; le ciel est un lieu de récompense et de bonheur, car sur cette terre ; les Saints n'ont jamais cherché la ferveur qui accompagne les jouissances, mais celle qui accompagne les souffrances. Le vénérable Jean i d'Avila disait (Audi Fil. c. 26.): «Il vaut bien mieux vivre dans les sécheresses et dans les
1 tentations par la volonté de Dieu, que dans la contemplation lorsque Dieu ne le veut pas. » Mais, direz-vous, si je savais que cette désolation vint de Dieu, je serais content; tandis que ce qui m'afflige et m'inquiète, c'est la crainte qu'elles soient la suite de mes fautes et le châtiment de ma tiédeur. Bien: n'ayez donc plus de tiédeur, et ayez un peu plus de zèle. Mais, parce que vous êtes dans l'obscurité, gardez-vous de vous inquiéter, d'a- | bandonner l'oraison, et de doubler ainsi votre mal. ! Il est possible que cette aridité ne soit que le châj timent de Dieu , comme vous le dites ; mais ce châtiment, n'est-ce pas Dieu qui vous l'envoie? ! Acceptez-le donc comme un châtiment que vous méritez, et unissez- vous à la volonté de Dieu. Ne i dites-vous pas quelquefois que vous méritez l'enfer. Pourquoi donc vous plaignez-vous? Peut-être ne méritez- vous pas que Dieu vous console? Contentez-vous donc de la manière dont Dieu vous traite ; faites oraison, poursuivez ce que vous avez commencé, et craignez désormais que vos plaintes ne prennent leur source dans un défaut d'humilité et de résignation à la volonté de Dieu. Quand une âme fait oraison elle ne peut pas en retirer plus de profit que de s'unir à la volonté de Dieu; résignez-vous donc, et dites: Seigneur, j'accepte cette peine de vos mains, je l'accepte pour le temps qu'il vous plaira ; si vous voulez que je sois ainsi affligé pendant l'éternité, je suis content. Cette | prière, quoiqu'elle coûte un peu à la nature, nous servira plus que toutes sortes de consolations.
Mais l'aridité n'est pas toujours un châtiment, parfois Dieu en agit ainsi pour notre profit et pour conserver notre humilité. Le Seigneur permettait
que S. Paul fût tourmenté par des tentations d'impureté , afin qu'il ne se glorifiât pas des dons qu'il avait reçus de Dieu. (IL Cor., XYil, 7.) Celui qui fait oraison avec beaucoup de douceur ne fait pas une chose étonnante. Vous ne tenez pas pour un ami véritable , celui qui vous tient compagnie à votre table , mais seulement celui qui vous aide dans vos peines et cela à ses dépens. Quand Dieu envoie des peines, c'est alors qu'il éprouve ses amis. Pallade avait un jour beaucoup d'ennui pendant l'oraison; il alla trouver S. Macaire. Voici ce que lui dit ce Saint: Quand il* vous vient en pensée d'abandonner l'oraison , répondez: Par amour pour Jésus-Christ je me contente de rester ici à garder les murs de ma cellule. C'est là aussi la réponse que vous devez faire quand vous êtes tenté d'abandonner l'oraison; et lorsqu'il vous semble que vous perdez votre temps ? dites alors : Je suis ici pour faire plaisir à Dieu. S. François de Sales dit, que quand même pendant notre oraison nous ne ferions que chasser les distractions et les tentations, notre oraison n'en serait pas moins très-bien faite. Taulère dit aussi: «Dieu fera à celui qui persévère dans l'oraison pendant les sécheresses , des grâces plus grandes que s'il avait prié longtemps avec beaucoup de ferveur sensible. Le père Rodriguez parle d'un homme qui n'avait éprouvé aucune consolation dans l'oraison pendant quarante ans, mais qui était toujours plus ferme dans la vertu toutes les fois qu'il faisait oraison, tandis qu'au contraire, lorsqu'il passait un jour sans la faire, il était si faible, qu'il n'était capable d'aucun bon acte. S. Bonaventure et Gerson disent qu'il y a plus de
gens qui servent mieux Dieu lorsqu'ils sont moins consolés, qu'ils ne le désirent , parce qu'alors ils sont plus diligents et plus humbles; autrement ils s'enorgueilliraient peut-être et seraient plus tièdes, en pensant qu'ils ont trouvé ce qu'ils cherchaient. Ce que l'on dit des sécheresses, se dit encore des tentations. Nous devons tâcher d'éviter les tentations; mais si Dieu veut, ou permet que nous soyons tentés contre la foi, contre la pureté, ou contre toute autre vertu, nous ne devons pas nous en plaindre, mais nous résigner à la volonté de Dieu. Le Seigneur répondit à S. Paul, lorsqu'il le priait de le délivrer des tentations d'impureté: ma grâce vous suffit. Si nous voyons, nous aussi, que Dieu ne nous exauce pas et ne enlève pas nos tentations fâcheuses, disons-lui: Seigneur, faites, et permettez ce que vous voulez; votre grâce me suffit, mais assistez-moi, afin que je ne la perde pas. Ce ne sont pas les tentations, mais bien les consentemens aux tentations, qui font que nous perdons la grâce de Dieu. Lorsque nous chassons les tentations, nous sommes plus humbles , nous acquérons plus de mérites ; nous avons recours à Dieu plus souvent, nous restons plus longtemps sans l'offenser et nous nous unissons mieux à son saint amour. Il faut enfin que nous nous unissions à la volonté de Dieu pour ce qui regarde notre mort, pour le temps où elle doit arriver et la manière dont elle aura lieu. Sainte Gertrude (L. I. Vit C. 11,) en franchissant une colline, roula et tomba dans la vallée. Ses compagnes lui demandèrent si elle n'avait pas craint de mourir sans sacremens ? Mais la Sainte leur répondit : Je désire bien, il est vrai, de mou-
rir après avoir reçu les sacremens ; mais je préfère la volonté de Dieu , car je crois que la meilleure dispositions que l'on peut avoir pour bien mourir, c'est de se soumettre à ce que Dieu veut : je désire telle mort qu'il plaira à Dieu de m' envoyer. S. Grégoire dit dans ses dialogues (L. III, G. 37.) que les Vandales ayant condamné à mort un prêtre appelé Santolo, lui donnèrent la faculté de choisir la mort qu'il désirait; mais le saint homme refusa de choisir, et s'écria: «Je suis entre les mains de Dipu, je subirai la mort qu'il voudra que je souffre, je n'en veux pas d'autre.» Cet acte plût tellement à Dieu , qu'après que les barbares eurent résolu de lui trancher la tète, le bras du bourreau fut arrêté par une force invisible, et à la vue de ce miracle, on lui laissa la vie. Ainsi quant à notre genre de mort, nous devons croire que le meilleur est celui que Dieu aura déterminé. Sauvez-nous, Seigneur, et puis faites-nous mourir comme il vous plaira; voilà ce que nous devons dire lorsque nous pensons à notre mort.
Nous devons encore nous conformer à la volonté de Dieu quant au temps de notre mort. Qu'est-ce que cette terre, qu'une prison où nous devons souffrir et où nous sommes en danger de perdre Dieu à tout moment? C'est ce qui faisait dire à David: «Seigneur tirez mon âme de sa prison (Ps., 141., 8.)» C'est encore cette crainte qui faisait désirer la mort à sainte Thérèse, et lorsqu'elle entendait sonner l'horloge, elle était toute consolée, en pensant qu'elle avait passé une heure de sa vie, et une heure où elle avait couru le danger de perdre Dieu. Le père Avila disait,
que quand même on ne serait disposé que médiocrement , on devrait désirer la mort, par la
; raison du péril que l'on court de perdre la grâce de Dieu. Qu'y a-t-il de plus cher et de plus désirable que de s'assurer par une bonne mort de ne plus perdre la grâce de Dieu? Cependant, dites-vous , je n'ai encore rien fait, rien acquis pour mon âme. Mais si Dieu veut que vous mou-
! riez à présent, que ferez-vous après si vous vivez
i contre son gré ? Et qui sait si plus tard vous feriez la fin que vous espérez faire? Qui sait si en
I changeant de volonté, vous ne tomberiez pas dans d'autres péchés, et si vous ne vous damneriez pas?
! Et s'il en était autrement, du moins vous ne pouvez vivre sans commettre des péchés au moins
i légers. Car, s'écriait S. Bernard, il est certain qu'un péché véniel déplaît plus à Dieu, que ne peuvent lui plaire toutes les bonnes œuvres que nous pouvons faire.
Je dis encore que celui qui désire faiblement le paradis, donne des preuves qu'il aime peu Dieu. Celui qui aime, désire toujours la présence de l'objet aimé, mais nous ne pouvons voir Dieu, si nous ne quittons la terre; et tous les Saints n'ont désiré la mort que pour aller jouir de la présence de Dieu. C'est après cette présence que soupirait S. Augustin. S. Paul disait: je désire de mourir pour m'unir à Jésus-Christ. [Philip., \m 28.) Et David: Quand est-ce que j'irai et que je paraîtrai en la présence de Dieu? (Ps., XLI. 3.) C'est encore après ce bien qu'ont soupiré toutes les âmes qui ont aimé Dieu. On lit dans un auteur: qu'un chevalier allant un jour à la chasse dans un bois, entendit un homme qui chantait douce-
ment. Le chasseur s'approche et aperçoit un lépreux dégoûtant , dont le corps tombait en lambeaux; il lui demande si c'est lui qui chante. Oui, répond le lépreux , c'est moi-même. — Comment donc pouvez-vous chanter ainsi au milieu de tant de souffrances, et lorsque vous allez mourir? Mais, dit le lépreux, entre Dieu et moi il n'y a d'autre séparation que ce mur de boue, que ce corps chétif ; quand je serai débarrassé de cet obstacle, je jouirai de mon Dieu : en voyant que je tombe en lambeaux, je me réjouis et je chante.
Enfin, il faut que nous nous conformions à la divine volonté même quant à la mesure de grâce et de gloire qu'il nous destine. Nous devons faire cas sans doute de la gloire de Dieu, mais nous devons préférer sa volonté. Nous devons désirer de l'aimer plus que les Séraphins , mais nous ne devons pas vouloir un degré d'amour au-delà de celui que le Seigneur a voulu que nous ayons. Le père Avila dit (Audi filia. c. 13.): Je ne crois pas qu'il y ait eu parmi les Saints, un seul qui n'ait désiré de devenir meilleur qu'il n'était. Toutefois ce désir ne leur enlevait pas la paix, car ils ne le nourrissaient pas par amour propre, mais seulement pour Dieu, et ils étaient contents de ce qu'il leur avait donné, quoiqu'ils eussent moins que d'autres. Ils pensaient qu'il y avait plus d'amour à se contenter de ce que Dieu leur donnait qu'à désirer davantage. C'est ici le lieu de rapporter ce que dit Rodriguez (Tract. VIII, c. 30.) , que, quoique nous devions être soigneux de nous procurer la perfection , autant qu'il est en nous sans chercher d'excuse ni par tiédeur, ni par paresse, comme font ceux qui disent : Dieu me la donnera,
je ne puis aller que jusque-là. Quand nous manquons cependant, nous ne devons pas perdre la paix et la conformité à la volonté de Dieu, qui a permis notre faute, et nous ne devons pas perdre non plus courage. Relevons-nous aussitôt, humilions-nous par le repentir, demandons le secours du Seigneur et poursuivons notre chemin. Ainsi, quoique nous puissions bien désirer de nous réunir dans le ciel , au chœur des Séraphins , non pour avoir plus de gloire mais pour glorifier Dieu et pour l'aimer davantage, nous devons cependant nous résigner à sa sainte volonté et nous contenter du degré auquel il daignera nous admettre dans sa miséricorde.
Ce serait encore un grand défaut , que de désirer d'avoir le don d'oraison surnaturelle, le don d'extase, de vision, de révélation ; car les maîtres de la vie spirituelle disent que les âmes que Dieu favorise de ces grâces doivent le prier de les en i priver, afin qu'elles l'aiment simplement par la foi pure; ce qui est la voie la plus sûre. Bien des saints sont arrivés à la perfection sans ces grâces surnaturelles \ les vertus seules portent les âmes à la sainteté, et principalement la conformité à la volonté de Dieu. Si Dieu ne veut pas nous élever à ce degré sublime de perfection et de gloire, conformons-nous à son saint vouloir, prions-le qu'il nous sauve au moins par sa miséricorde. En agissant ainsi, la récompense que le Seigneur nous donnera dans sa bonté ne sera pas petite , car il aime par-dessus tous les âmes résignées.
En résumé , nous devons regarder toutes les choses qui nous arrivent, et qui nous doivent
arriver, comme venant de la main de Dieu. Nous devons aussi diriger toutes nos actions vers un seul but, celui de faire la volonté de Dieu et pour y arriver plus sûrement, il faut que nous nous laissions guider par nos supérieurs et nos chefs pour le temporel, et par nos directeurs pour le spirituel, afin d'apprendre d'eux ce que Dieu exige de nous; il faut aussi que nous ayons une vive foi dans ces paroles de Jésus-Christ: qui vous écoute, m'écoute. {Luc.,X. 16.) Par-dessus tout, appliquons-nous à servir Dieu de la manière dont il veut que nous le servions. Je dis cela, afin que nous évitions l'erreur de celui qui perd son temps à se dire: Si j'étais dans un désert, si j'entrais dans un monastère, si j'allais dans un autre lieu, loin de ma maison, de mes parens et de mes compagnons, je me sanctifierais, je ferais telle pénitence, je ferais tant d'oraisons ... Il dit toujours je ferais, je ferais. Mais, dans l' entre-temps, en supportant de mauvaise grâce cette croix que Dieu lui envoie, et en ne marchant pas dans le chemin qu'il lui indique, il ne devient pas saint, et va de mal en pis. D'autres fois ces désirs sont des tentations du démon, car ils1, ne sont pas selon la volonté de Dieu; par conséquent, il faut les chasser, et s'encourager à servir le Seigneur par les moyens qu'il nous a départis. En faisant sa volonté, nous ne pouvons que parvenir à la sainteté dans toutes les conditions où le Seigneur nous a placés. Ne veuillons donc en tout temps que ce que Dieu veut; si nous agissons ainsi, il nous pressera sur son cœur. C'est pourquoi familiarisons-nous avec les passages de l'Écriture, qui nous invitent à nous unir toujours de
| plus en plus à la volonté de Dieu. 0 mon Dieu, ! dites -moi ce que vous voulez de moi, car je
veux l'accomplir. Je ne suis plus à moi, je suis j à vous, Seigneur; faites de moi ce que vous
voulez. Lorsqu'il nous arrive quelque contraj riété plus grande, telle que la mort de nos pa- I rens, la perte de nos biens, disons : Oui, ô mon I Dieu, oui, ô mon Père, qu'il en soit ainsi, puisque
cela vous a plu. (Matth., XI. 26.) Que la prière ; que Jésus-Christ nous a enseignée, soit surtout I chère à notre cœur : que votre volonté soit faite
sur la terre comme au ciel. Le Seigneur dit un ! jour à sainte Catherine de Gènes de toujours ré- I péter le Pater noster, et d'insister particulière- [ ment sur ces paroles, que sa sainte volonté
s'accomplit en elle, aussi parfaitement que les
Saints l'accomplissent dans le ciel, et nous aussi
conduisons-nous de la même manière, et nous
parviendrons à la sainteté.
Aimée et louée soit à jamais la volonté de , Dieu, et la bienheureuse vierge Marie conçue
sans péché.
PRIÈRE
à réciter avant chacune des instructions suivantes pour obtenir les saintes vertus.
Mon Seigneur et mon Dieu , je vous demande avant tout, par les mérites de Jésus-Christ, votre sainte lumière ; faites-moi connaître combien sont vains les biens de la terre, et qu'il n'y a d'autre bien que de vous aimer, vous I qui êtes le bien souverain et infini. Faites-moi connaître mon indignité, et combien vous
méritez d'être aimé de tous et spécialement de moi, à cause de l'amour que vous m'avez porté. Dormez-moi la sainte humilité, qui me fasse embrasser avec joie tous les mépris qui me viendront des hommes. Donnez-moi une grande douleur de mes péchés, donnez-moi de l'amour pour la sainte mortification qui me fasse contrarier mes passions et châtier la rébellion de mes sens: attachez-moi à l'obéissance que je dois à mes supérieurs : donnezmoi la grâce de diriger toutes mes actions vers le seul but de vous plaire: donnez-moi la sainte pureté de Fàme et du corps et le détachement de toute chose qui ne tend pas à votre amour : donnez-moi une grande confiance dans la passion de Jésus-Christ, et dans l'intercession de la très-sainte Vierge Marie ; donnez-moi surtout un grand amour pour vous et une parfaite conformité à votre divine volonté.
Je vous recommande les âmes du purgatoire , spécialement mes parens, mes bienfaiteurs, mes amis et tous ceux qui m'ont fait quelque affront ou quelque déplaisir; je vous prie de les combler de toutes sortes de biens. Je vous recommande enfin les infidèles, les hérétiques et tous ceux qui ont perdu votre sainte grâce. Mon Dieu, puisque vous êtes digne d'un amour infini, faites que tout le monde vous connaisse et vous aime, mais spécialement moi qui ai été le plus ingrat de tous. Je vous ai beaucoup offensé ; faites que
; je vous aime beaucoup, et que j'aille un jour dans le ciel chanter éternellement vos miséri-
| cordes. Très-sainte Vierge Marie, saint Joseph priez Jésus pour moi. Amen.