‹ Le livre des missionsChapitre 170 sur 232 · DE L'AMOUR DIVIN ET DES MOYENS DE L'ACQUÉRIR · texte numérisé non relu

DE L'AMOUR DIVIN ET DES MOYENS DE L'ACQUÉRIR

| T)ieu est si bon et a pour nous un tel amour | -^qu'il désire ardemment que nous l'aimions à I notre tour ; et non-seulement il nous y a enga- | gés mille fois, soit par les invitations sans nombre qu'il nous en fait dans l'Écriture, soit par les bienfaits multipliés de toute espèce dont il nous a comblés , mais il a voulu encore nous obliger à l'aimer par un commandement exprès, en nous menaçant de l'enfer si nous ne l'aimions pas, et en nous promettant le ciel si nous l'aimions. Il ! veut que tout le monde se sauve, et que personne ne se perde, comme l'enseignent clairement saint ; Pierre et saint Paul. (Tim., II. 4 I. Petr., III. 9.) Mais puisque Dieu veut que nous nous sauvions tous, pourquoi donc a-t-il créé l'enfer ? Ce n'est pas sans doute pour nous voir nous damner ; mais c'est afin que nous l'aimions; si Dieu n'avait pas créé l'enfer, combien peu l'aimeraient dans ce monde? Si malgré l'existence de ce lieu terrible, la plupart des hommes préfèrent se damner que d'aimer Dieu; s'il n'y avait pas d'enfer, encore une fois, combien peu aimeraient Dieu? Aussi le Seigneur a menacé de la peine éternelle ceux qui ne l'aiment pas, afin que ceux qui ne veulent pas l'aimer de bonne volonté, l'aiment au moins

par la crainte, et y soient contraints par les peines de l'enfer.

II. Oh Dieu! qu'il se croirait heureux et honoré l'homme à qui son roi dirait: Aimezmoi, car je vous aime; un prince n'oserait s'abaisser jusqu'à commander à un de ses sujets de l'aimer; mais Dieu, qui est la bonté infinie, le Seigneur de toutes choses, infiniment puissant, infiniment sage, un Dieu, en un mot, qui nous aime d'un amour infini, qui nous a enrichis de ses dons spirituels et temporels, ne dédaigne pas de nous demander notre amour, nous conjure, nous commande de l'aimer et ne peut l'obtenir ! Que demande-t-il de nous, sinon d'être aimé? (Deut.,X. 12.) C'est pour cela que le Fils de Dieu est venu converser avec nous sur 3a terre, comme il le dit lui-même: Comme si un Dieu qui possède en lui-même le bonheur suprême ne pouvait pas être heureux sans que nous l'aimions, dit S. Thomas.

III. Nous ne pouvons pas douter que Dieu ne nous aime, et ne nous aime beaucoup, mais, puisqu'il en est ainsi, il veut que nous l'aimions | de tout notre cœur. Aussi dit-il à chacun de nous: Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur etc. (Deut, VI. 5.) On voit dans ces paroles le désir ardent que Dieu a d'être aimé de chacun de nous; il veut que nous gravions son précepte dans notre cœur; afin que nous ne l'oublions pas ; il veut que nous le méditions quand nous sommes dans notre maison, quand nous voyageons, quand nous allons dormir, et quand nous nous éveillons. Il veut que nous l'attachions à nos mains comme un signe de

souvenir, afin que partout où nous nous trouvons, i nous Tayons devant les yeux; c'est pour cela j que les Pharisiens, prenant ce précepte à la lettre, le portaient sur un parchemin à la main droite et sur le front, selon ce que dit saint Matthieu. {Cap., XXIII. 5.)

IV. Saint Grégoire de Nysse s'écrie : « Bienheureuse flèche qui insinuez l'archer divin dans nos cœurs. » Ce saint père veut dire que quand Dieu lance une flèche d'amour dans un cœur, Dieu lui-même y entre avec cette flèche d'amour, car Dieu est en même temps et le sagittaire et l'amour. Dieu est charité, dit S. Jean. (Ep. I. c. III. 8.) Et de même que la flèche reste plantée dans le cœur qui a été frappé, de même aussi, quand Dieu a frappé une âme de son amour, il demeure toujours avec elle. Persuadons-nous donc, ô hommes, que Dieu seul nous aime véritablement. L'amour de nos parens, de nos amis et de toutes les personnes qui disent nous aimer, excepté celles qui le font par rapport à Dieu seul, n'est pas un amour véritable; car c'est un amour intéressé et qui prend sa source dans l'amour propre. Oui, mon Dieu, je connais bien que vous êtes le seul qui m'aimiez et qui vouliez mon bonheur, non pas parce que vous y trouvez votre intérêt, mais parce que vous êtes bon et seulement par amour; et moi, ingrat, je n'ai causé à personne autant de peines, autant d'amertumes qu'à vous, à vous qui m'avez tant aimé, ô mon Jésus, ne permettez donc pas que je sois encore ingrat. Vous m'avez aimé véritablement, et moi aussi je veux vous aimer avec sincérité pendant ce qui me reste de vie. Je vous

dis avec sainte Catherine de Gènes: ô mon amour! non, plus de péché, plus de péché, je ne veux aimer que vous seul.

Y. Saint Bernard dit qu'une âme qui aime Dieu sincèrement ne peut vouloir que ce que Dieu veut. Prions le Seigneur qu'il daigne blesser notre cœur de son amour, car une âme blessée ne peut et ne sait vouloir que ce que Dieu veut, et se dépouille de tous les désirs de son amourpropre ; or ce dépouillement, avec l'abandon que | l'on fait à Dieu de soi-même, c'est la flèche qui perce aussi le cœur du Seigneur, comme il le déclare quand il dit à l'Épouse sacrée: Vous avez blessé mon cœur. [CanL} V. 7.)

VI. Qu'elle est belle l'expression de S. Bernard à ce sujet : Apprenons à lancer nos cœurs j vers Dieu. Quand une âme se donne à Dieu sans réserve, alors elle lance en quelque sorte Son cœur vers Dieu qui se déclare son prisonnier et sa conquête. L'exercice que font dans I l'oraison toutes les âmes qui se sont données à Dieu le voici : Elles se donnent tout entières à Dieu, et par des élans d'amour, tels que ceuxci: ô mon Dieu, je ne veux que vous, que vous seul.

Seigneur, je me donne tout à vous, et si je ne sais pas me donner comme je dois, prenez-moi.

Qui donc aimerai-je, ô mon Jésus, si je ne I vous aime pas, vous qui êtes mort pour moi?

0 mon Sauveur, arrachez-moi à la boue de j mes péchés, et entraînez-moi auprès de vous.

Liez-moi, Seigneur, et serrez-moi avec les I chaînes de votre amour, afin que je ne vous ' quitte plus. f

Je veux être tout à vous; Seigneur , m'avez vous entendu? Je veux être tout à vous, acceptez-moi.

Eh! que puis-je désirer, si ce n'est vous, ô mon amour, mon tout? Puisque vous m'avez appelé à votre amour, donnez-moi la force de vous complaire, comme vous le désirez.

Et qui puis-je aimer, si ce n'est vous, qui êtes la bonté infinie et qui êtes digne d'un amour infini?

Vous m'avez inspiré le désir d'être tout à vous, achevez votre ouvrage.

Eh! que puis-je vouloir en ce monde, si ce n'est vous, qui êtes le bien suprême?

Je me donne donc à vous sans réserve, acceptez-moi et donnez-moi la force de vous être fidèle jusqu'à la mort.

Je veux vous aimer beaucoup en cette vie, afin de vous aimer aussi beaucoup pendant l'éternité.

0 mon Jésus! mon bien-aimé!

Je ne veux aimer que vous seul!

Je me donne tout à vous, ô mon Dieu ! Faites de moi ce que vous voudrez.

Celui qui dit ces paroles avec sincérité peut être assuré qu'il réjouit le paradis.

VII. Qu'elle est heureuse l'âme qui peut dire: (Cant. II. 16.) «Mon Dieu s'est donné tout à moi, je suis tout à mon Dieu. » Celui qui parle ainsi, dit saint Bernard, est prêt à souffrir plutôt les peines de l'enfer, supposé qu'il pût les souffrir sans se séparer de Dieu, que de l'abandonner un seul instant. Ce sont les paroles mêmes du saint. Oh! le beau trésor que celui du divin

amour î Heureux qui le possède. Qu'il en ait soin, et qu'il prenne tous les moyens pour le conserver et l'augmenter; celui qui ne le possède pas devrait faire tout au monde pour l'acquérir. Voyons maintenant quels sont les moyens les plus nécessaires pour l'acquérir et le conserver.

VIII. Le premier moyen c'est de se détacher des affections terrestres. Dans un cœur rempli de ces affections, Dieu ne trouve pas de place à son amour, car plus ce cœur est rempli de l'amour des créatures, moins Dieu peut espérer d'y régner. Ainsi celui qui désire remplir son cœur de l'amour divin doit s'efforcer d'en arracher d'abord l'affection qu'il a pour les créatures. Pour se faire saint, il faut imiter saint Paul, qui, voulant acquérir l'amour de Jésus-Christ, regardait comme des immondices tous les biens de ce monde. (PhiL, 3.8.) Prions le Saint-Esprit de nous enflammer de son saint amour, car alors nous mépriserons et nous regarderons comme de la boue, comme de la fumée, toutes les richesses, les plaisirs, les honneurs et les dignités de cette terre, pour lesquels la plus grande partie des hommes se perdent.

IX. Oh! quand l'amour de Dieu entre dans un cœur, ce cœur ne fait plus de cas de ce que le monde estime. [Cant., VIII. 7.) Saint François de Sales dit que quand une maison est incendiée, on jette tous les effets par la fenêtre. Ce saint évèque voulait dire, que lorsqu'un cœur brûle de l'amour divin, sans avoir besoin d'aucun avis, d'aucune exhortation de la part du père spirituel, il cherche à se dépouiller des biens de ce monde, des honneurs, des richesses,

et de toutes les choses de cette terre, pour n'aimer que Dieu. Sainte Catherine de Gènes disait qu'elle n'aimait pas Dieu pour ses dons, mais quelle aimait ses dons, afin de l'aimer davantage.

X. Qu'il est dur et pénible, dit Gilbert, pour un cœur qui aime Dieu de partager son amour entre Dieu et les créatures de ce monde et de les aimer en même temps. {Gil. Serm. il. in Cant.) S. Bernard dit encore que l'amour divin est jaloux, parce que Dieu ne supporte pas un cœur qui veut partager son amour, car Dieu le désire tout pour lui seul. Dieu est-il trop exigeant lorsqu'il veut que l'âme n'aime que lui? S. Bonaventure dit: 0 amabilité de la bonté infinie, Dieu digne d'un amour infini, demande à être aimé seul de celui qu'il n'a créé que pour l'aimer, et pour lequel il s'est sacrifié. S. Bernard dit de même, en parlant de l'amour que Jésus-Christ nous a porté: il s'est sacrifié tout entier pour moi. C'est ce que peut et doit dire chacun de

j nous en pensant à Jésus-Christ, qui a sacrifié sa vie et son sang pour nous, qui est mort dans les douleurs sur une croix, et qui, après sa mort, nous a laissé son corps, son sang, son âme, et tout lui-même dans le sacrement de l'Autel, afin d'être l'aliment et le breuvage de nos âmes et de chacun de nous.

XI. Qu'elle est heureuse, dit S. Grégoire, l'âme qui est parvenue à un tel degré de perfection qu'elle ne peut plus rien souffrir de ce qui n'est pas Dieu, le seul objet qu'elle aime.

1 (Lib. 2. Mor„ cap. 2.) Il faut pour cela nous gar- | der de mettre nos affections dans les créatures, afin qu'elles ne nous enlèvent pas la portion

d'amour que Dieu veut pour lui seul. Et quoiqu'il y ait des affections licites , comme celles que nous éprouvons pour nos parens, pour nos amis, il faut faire attention à ce que dit S. Philippe de Néri, que nous enlevons à Dieu tout T amour que nous avons pour les créatures.

XII. Nous devons être ces jardins fermés que rappelle T Écriture en parlant de l'épouse des Cantiques. (Cant., IV. 12.) L'àme qui tient la porte fermée à toutes les affections terrestres s'appelle un jardin fermé. Lorsqu'une créature veut entrer dans notre cœur, il faut lui en refuser l'entrée, se tourner vers Jésus-Christ, et lui dire: 0 mon Jésus, vous seul me suffisez, je ne veux aimer que vous: 0 mon Dieu, vous serez Tunique maître de mon cœur et mon unique amour. Pour cela, ne cessons pas de demander à Dieu qu'il nous donne la grâce du pur amour. Saint François de Sales disait: Le pur amour de Dieu consume tout ce qui n'est pas Dieu et convertit tout à lui.

XIII. Le second moyen d'acquérir l'amour de Dieu est de méditer sur la passion de Notre- Seigneur Jésus-Christ. A ce sujet, le lecteur pourra lire le livre qui a pour titre: Réflexions sur la passion de Jésus-Christ. Là, il trouvera le développement de toutes les souffrances que le Seigneur a endurées pendant sa passion. Il est certain, du reste, que la cause du peu d'amour que le monde donne à Jésus-Christ vient de la négligence et de l'ingratitude des hommes, qui ne veulent pas considérer, du moins de temps en temps, ce que Jésus- Christ a souffert pour nous et l'amour avec lequel il l'a souffert. 11 semble,

dit S. Grégoire, que c'est une folie de croire que Dieu ait voulu mourir pour nous sauver , nous malheureux esclaves. Mais il est de foi cependant qu'il l'a fait. (Eph. 5. 2.) Il a voulu répandre son sang pour laver nos péchés. (Apoc, L 5.)

XIV. S. Bonaventure s'écrie: 0 mon Dieu, vous m'avez tant aimé qu'il paraît que pour l'amour de moi vous vous êtes haï vous-même. (in Hom. Amor.) Il a voulu ensuite que nous nous nourrissions de sa chair dans la sainte communion. Et S. Thomas ajoute, en parlant de l'Eucharistie, que Dieu s'est humilié au milieu de nous, comme s'il eût été notre esclave et que chacun de nous eût été son Dieu. (Op.deSacr.Euch.)

XV. C'est ce qui fait dire à l'Apôtre: La charité de Jésus-Christ nous presse. (II. Cor. V. 14.) S. Paul dit que l'amour que Jésus-Christ nous a porté nous force en quelque sorte à l'aimer. Oh Dieu ! que ne font pas les hommes pour les créatures, quand ils ont mis en elles leur affection? Et l'on aime si faiblement un Dieu d'une bonté et d'une beauté infinies, mort pour chacun de nous sur l'arbre de la croix! Ah ! disons avec l'Apôtre : A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu'en la croix de notre Seigneur Jésus-Chrit! (GalaL, VI. 14.) Le saint Apôtre s'écriait : Quelle plus grande gloire puis-je espérer dans le monde que celle d'avoir eu un Dieu qui a donné son sang et sa vie pour l'amour de moi? Et c'est ce que nous devons dire tous si nous avons la foi ; or, si nous avons la foi, comment pouvons-nous aimer un autre objet que Dieu? Oh Dieu! Est-il possible qu'une àme contemple Jésus crucifié, suspendu avec

trois clous par les pieds et les mains, et mourant dans les douleurs pour l'amour de nous, sans être comme entrainée et forcée à l'aimer de tout son pouvoir?

XVI. Le troisième moyen pour arriver au parfait amour de Dieu, c'est de nous conformer en tout à sa sainte volonté. S. Bernard dit que celui qui aime Dieu parfaitement ne peut vouloir que ce que Dieu veut. Bien des gens disent de bouche qu'ils sont résignés à tout ce que Dieu veut, mais lorsqu'il leur arrive quelque contradiction, quelque maladie, quelque chose de fâcheux, ils ne peuvent se consoler. Les âmes qui se conforment véritablement à la volonté de Dieu n'en agissent pas ainsi; elles disent: Cela lui plaît, cela plaît ainsi à mon bien-aimé, et en prononçant ces mots, elles se tranquillisent. Tout est doux au saint amour, dit S. Bonaventure. Ces âmes savent que tout ce qui arrive dans le monde ne se fait que par sa permission ou par sa volonté; et quand il leur survient quelque chose de fâcheux, elles baissent la tète avec humilité et vivent contentes de ce que le Seigneur a fait. Et quoique Dieu ne veuille pas que les autres nous persécutent et nous fassent supporter du dommage, il veut cependant avec juste raison que nous souffrions patiemment les persécutions et les pertes qui nous arrivent.

XVII. Sainte Catherine de Gènes disait: «Si Dieu me plaçait au fond de l'enfer, eh bien! je dirais : il est bon que je sois ici. C'est assez pour moi de faire la volonté de Dieu, qui m'aime plus que tout et qui sait ce qui me convient le

mieux.» Il est bon de reposer dans les mains de la volonté de Dieu.

XVIII. Sainte Thérèse disait: Ce que doit tacher d'acquérir celui qui s'exerce à la pratique de l'oraison , c'est de conformer sa volonté à celle de Dieu; en quoi consiste la véritable perfection. Aussi il faut répéter souvent la prière de David : Seigneur, puisque vous voulez que je me sauve, enseignez-moi à faire toujours votre volonté. L'acte d'amour le plus parfait qu'une âme puisse faire à Dieu, c'est celui que fit S. Paul lorsqu'il se convertit. (Act} IX. 6.) Seigneur, dites-moi ce que vous voulez de moi, car je suis prêt à le faire. Cet acte seul vaut plus que mille jeûnes et mille disciplines. Ce qui devrait servir de but à toutes nos œuvres, à nos désirs, à nos prières, c'est de faire la volonté de Dieu. Pour cela nous devons prier notre divine Mère, nos saints patrons, nos saints Anges gardiens, ! de nous obtenir la grâce de faire la volonté de Dieu, et quand il nous arrive des contradictions qui attristent notre amour-propre, alors, par un I seul acte de résignation , gagnons des trésors de I mérites; répétons les paroles que Jésus a prononcées lui-même: Ne veux-tu pas que je boive le calice que mon père m'^ donné ; ou bien : Seigneur, tout ce qui vous ]Haît me fait plaisir; ou bien encore , «comme disait Job : Ces choses sont arrivées comme il a plu à Dieu; que son saint Nom soit béni. Le vénérable père maître Avila disait «qu'un Dieu soit béni, prononcé dans l'adversité, valait plus que mille actions de grâces dans la prospérité.» Et ici ce serait le lieu de répéter ce que nous avons dit plus haut: il est

bon de se reposer entre les mains de la volonté de Dieu, car alors se vérifie la parole de T Esprit- Saint : Quelque chose qui arrive au juste, elle ne l'attristera pas. (Prov.9 XII. 21.)

XIX. Le quatrième moyen pour aimer Dieu, c'est l'oraison mentale. Les vérités éternelles ne se voient point des yeux du corps comme les choses visibles de la terre , mais seulement par la pensée et la méditation ; de là , si nous ne nous habituons à considérer quelquefois les vérités éternelles et surtout l'obligation que nous avons d'aimer notre Dieu autant qu'il le mérite pour les bienfaits que nous lui devons et par l'amour qu'il nous a porté , nous ne saurions nous détacher de l'affection des créatures et mettre notre amour en Dieu que très-difficilement. Pendant la prière, le Seigneur nous fait connaître le néant des choses terrestres et le prix des biens du ciel ; dans l'oraison, il enflamme de son amour les cœurs qui ne résistent point à sa voix.

XX. Plusieurs âmes se plaignent d'aller à l'oraison et de n'y pas trouver Dieu. Cela n'est pas étonnant, car elles y vont avec le cœur plein des choses terrestres. Détachez votre cœur des créatures , dit sainte Thérèse , et cherchez Dieu, soyez assuré que vous le trouverez. Le Seigneur est plein de bonté pour ceux qui le cherchent. [Thren., III. 25.) Pour trouver Dieu dans l'oraison, il faut que l'âme se dépouille des affections terrestres, et alors Dieu lui parlera. (Os., II. 14.) Mais pour le trouver, dit S. Grégoire, il ne suffit pas d'être dans la solitude du corps , il faut être encore isolé de cœur. Le Seigneur dit un jour à sainte Thérèse: Je parlerais volontiers à plusieurs

âmes, mais le monde fait tant de bruit dans leur cœur que ma voix ne serait pas entendue. Ah ! quand une âme détachée du monde fait Y oraison, Dieu lui parle et lui fait connaître l'amour qu'il a pour elle ; et alors, dit un auteur, l'âme brûlant du saint amour, ne parle pas, mais que son silence est éloquent ! Le silenee de la charité, ajoute-t-il, dit plus à Dieu que toute l'éloquence j humaine, chaque soupir découvre tout l'intérieur de Tàme. Elle ne peut s'empêcher de répéter: j Mon bien-aimé est à moi et je suis à lui.

XXI. Le cinquième moyen pour arriver à un j degré éminent de l'amour divin, c'est la prière.

Nous sommes dénués de tout; mais si nous prions, nous possédons tout, puisque Dieu a promis d'exaucer ceux qui le prient : Demandez, et l'on vous donnera, dit-il. [Matth., VII. 7.) Quelle plus grande marque d'affection un ami peut-il donner à son ami que de lui dire : Demande-moi | ce que tu voudras, et je te le donnerai. C'est cependant ce que le Seigneur dit à chacun de nous: Dieu est le Seigneur de toutes choses, il promet de donner tout ce qu'on lui demandera; si nous sommes pauvres, c'est par notre faute, c'est que nous ne lui demandons pas les grâces dont nous avons besoin. Voilà pourquoi l'oraison mentale est moralement nécessaire à tous, puisque hors de l'oraison nous sommes embarrassés des soins de ce monde, nous ne pensons que fort peu à notre âme; mais quand nous faisons oraison, nous voyons les besoins que nous avons , nous demandons les grâces et nous les obtenons.

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