PRATIQUE DE LA CHARITÉ ENVERS LE PROCHAIN
Qui aime Dieu aime aussi le prochain, et qui n'aime pas le prochain n'aime pas Dieu, car le précepte divin s'exprime ainsi : Qui diligit Deum, diligit et fratrem suum. (1. Joan., 4. 21.) Il faut que nous aimions le prochain intérieurement et extérieurement. Et combien faut-il l'aimer? Yoici la règle. Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo , , . . et proximum tuurn sicut te ipsum. {Luc., 1. 27.) Nous devons donc aimer Dieu par -dessus tout et plus que nous mêmes, et notre prochain comme nous-mêmes. Or, comme nous nous désirons du bien et que nous nous y complaisons, quand nous l'avons, et qu'au contraire nous nous affligeons du mal qui nous arrive et que nous i'écartons, de même il faut que nous souhaitions du bien à notre prochain, et que nous nous y complaisions lorsqu'il en obtient, et que nous nous attristions du mal qui lui arrive. Nous ne devons pas non plus juger mal du prochain ni former de mauvais soupçons, sans avoir de bonnes preuves. C'est en cela que consiste la charité intérieure,
La charité extérieure consiste dans nos paroles
372 IÎSTRUCTIONS POUR ACQUÉRIR
et nos œuvres à l'égard du prochain. Quant aux paroles :
1 . Il faut nous abstenir de ce qui serait l'ombre d'une médisance. Le médisant est haï de Dieu et des hommes ; celui au contraire qui dit du bien de tout le monde est aimé des hommes et de Dieu ; et quand on ne peut excuser les fautes de son prochain , on doit au moins excuser l'intention.
2. Gardons-nous de rapporter à un homme le mal qu'un autre homme a dit de lui, car de là dérivent souvent de longues inimitiés, et des vengeances. L'Écriture dit que ceux qui sèment la discorde sont haïs de Dieu.
3. Gardons-nous de blesser notre prochain par quelques paroles désagréables, fût-ce même en plaisantant. Aimeriez-vous qu'on vous tournât en ridicule, comme vous le faites à l'égard de votre prochain?
4. Fuyons les querelles. Par fois il s'élève, pour des motifs légers, des contestations, qui finissent par des injures et des rancunes. Gardons-nous aussi de l'esprit de contradiction. Il est certaines gens qui se plaisent à contredire en toutes choses leur prochain sans nulle raison. Dites votre opinion à l'occasion, puis restez tranquille.
5. Parlons avec douceur à tout le monde, et même à nos inférieurs. Abstenons-nous de tout imprécation et de toute injure. Quand nous voyons notre prochain en colère et nous injurant, répondons avec douceur, et à l'instant la querelle finira. Responsio mollis frangit iram. (Prov. 15., 1.) Quand nous sommes irrités contre notre prochain, ayons soin de ne pas parler, car alors la passion
qui nous transporte nous fera nécessairement passer les bornes, et nous nous repentirons certainement après. Saint François de Sales a dit. Je n'ai jamais rien dit étant fâché sans m'en repentir ensuite. La règle est de garder le silence jusqu'à ce que le trouble soit passé. Et lorsque notre prochain est irrité, attendons quelque temps pour le reprendre, quand bien même la correction serait nécessaire; car tout ce que nous pouvons dire alors, ne persuade et ne profite pas.
Pratiquons les œuvres suivantes de charité envers le prochain :
1. Secourons-le du mieux que nous pouvons. Souvenons-nous de ce que dit l'Écriture: Eleemosyna ab omni peccato et a morte libérât, et non patietur animam ire ad tenebras. (Tob.. 4. il.) L'aumône nous préserve du péché et de l'enfer. On entend par aumône toute assistance que nous pouvons donner au prochain. L'aumône la plus
I méritoire , c'est de secourir l'âme de notre prochain, en le corrigeant toutes les fois qu'on le peut, avec douceur et en temps opportun. Ne disons pas comme quelques-uns : Et que m'importe? Oui, certes, il importe beaucoup à un chrétien: celui qui aime Dieu, veut le voir aimé de tout le monde.
2. Il faut exercer sa charité envers les malades, comme envers ceux qui ont le plus besoin de consolation. Portons leur quelque petite douceur, s'ils sont pauvres. Allons du moins les servir et les consoler quand bien même ils ne nous remercieraient pas : le Seigneur nous en récompensera.