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PRATIQUE DE LA PATIENCE

Caint Jacques dit que la preuve de la perfection ^d'une âme, c'est la patience. Patientia autem opus perfectum habet. (Jac, 14.) La patience est ce qui nous obtient le paradis. Cette terre est le champ du mérite, c'est pour cela qu'elle n'est pas un lieu de repos, mais de travaux et de souffrances. Dieu ne nous laisse donc en ce monde que pour que nous puissions, par notre patience, acquérir la gloire du paradis. Nous avons tous à souffrir en ce monde; celui qui souffre avec impatience, souffre davantage et se damne. Le Seigneur ne vous envoie pas les croix pour nous perdre, comme disent quelques gens impatients, mais pour nous sauver et pour que nous obtenions plus de gloire au ciel. Les douleurs , les adversités, et toutes les autres tribulations, acceptées avec patience, sont les plus belles perles de notre couronne en paradis. Lors donc que nons nous trouvons dans l'affliction, consolons-nous, et remercions Dieu, car c'est un signe que Dieu veut nous sauver, nous châtiant en cette vie où les châtiments sont courts et légers, pour n'avoir pas à nous châtier dans l'autre, où ils sont rigoureux et éternels. Pauvre pécheur que celui qui est heureux dans cette vie, il doit craindre que Dieu ne lui réserve le châtiment éternel.

Sainte Marie-Madeleine de Pazzi disait: Toutes

les plus grandes peines deviennent douces quand on regarde Jésus-Christ sur la croix. Le P. Joseph de Calasanze disait : Qui ne sait souffrir pour Jésus- Christ, ne sait gagner Jésus-Christ. Celui donc qui aime Jésus-Christ, supporte avec patience toutes les croix et peines intérieures, maladies, douleurs, pauvreté, déshonneur, perte de parens et d'amis, et toutes les épreuves intérieures : tristesse , ennuis, tentations, désolations d'esprit, et il souffre tout en paix. Ceux qui, au contraire, s'impatientent et s'irritent dans les tribulations, que gagnent-ils ? Ils ne font qu'augmenter leurs peines et s'en préparer de plus grandes dans l'autre vie. Sainte Thérèse a dit : La croix est lourde à qui la traîne par force, mais qui l'embrasse de bon gré ne la sent pas. S. Philippe de Néri disait: 11 n'y a point de purgatoire en ce monde , mais bien un paradis ou un enfer ; celui qui supporte les tribulations avec patience, a le paradis, celui qui s'impatiente, a l'enfer. Venons-en à la pratique.

Il faut pratiquer la patience: 1° dans les maladies. C'est là qu'on peut découvrir le fond des hommes, et voir s'ils sont d'or ou de plomb. Il y en a qui sont pleins de dévotion et de gaîté quand ils se portent bien, mais quand ils sont visités par quelque maladie , ils perdent patience, se plaignent de tout le monde, se laissent aller à la mélancolie, et tombent dans mille défauts; voilà l'or qu'on découvre n'être que du plomb. Le bienheureux Joseph de Calasanze disait: Si les malades étaient patients, ils ne se plaindraient pas. D'autres se plaignent en disant: «Dans l'état où je suis, je ne puis aller à l'église, je ne puis communier ni entendre la messe, enfin je ne puis rien faire.» Vous ne pouvez rien faire? Vous

faites tout quand vous accomplissez la volonté de Dieu. Dites-moi : Pourquoi voulez-vous faire les choses dont vous venez de parler? Pour plaire à Dieu? Or, ce qui plaît à Dieu, c'est que vous embrassiez avec patience ce que vous souffrez, et que vous laissiez toutes les autres choses que vous voudriez faire. On sert Dieu, dit S. François de Sales, bien plus en souffrant qu'en agissant.

C'est surtout lorsque la maladie est mortelle qu'il faut l'accepter en toute patience ; acceptons aussi la mort, si la fin de nos jours est arrivée, ne disons pas alors : Mais je ne suis pas préparé maintenant; je voudrais vivre encore un peu pour faire pénitence de mes péchés. — Et, que savez-vous, si, vivant plus longtemps, vous ferez cette pénitence , et si vous ne tomberez pas dans des péchés encore plus graves ? Combien de personnes après avoir été guéries d'une maladie mortelle, ont fait pis qu'auparavant et se sont damnées? Si elles étaient mortes alors, peut-être se seraientelles sauvées! Si Dieu veut que vous sortiez maintenant de ce monde, conformez-vous à sa sainte volonté et remerciez-le de ce qu'il vous fait mourir avec le secours des saints Sacremens. Acceptez la mort en paix, et abandonnez-vous à la miséricorde de Dieu. Cette acceptation de la mort pour faire la volonté de Dieu, suffira seule pour assurer votre salut éternel.

2. Acceptons aussi avec patience la mort de nos parens et de nos amis. On en trouve qui sont inconsolables de la mort d'un parent et négligent pour cela l'oraison, les sacremens, et toutes leurs pratiques de dévotion.

Il y a même telle personne qui en vient jus-

qu'à s'en prendre à Dieu, disant: «Seigneur, pourquoi avez vous fait cela?» Quelle témérité ; Ditesmoi, quel avantage y a-t-il à vous laisser aller ainsi à tant de chagrin? Croyez-vous faire plaisir au défunt? Non, vous déplaisez au défunt et à Dieu. Le défunt désire que sa mort vous serve à vous unir davantage à Dieu , et que vous priiez pour lui s'il est en purgatoire.

3. Acceptons la pauvreté que Dieu nous envoie; quand vous vous voyez manquer même du nécessaire, dites! a Mon Dieu! vous seul me suffisez. » Un acte semblable vous gagnera un trésor dans le paradis. Qui possède Dieu, possède tous les biens. Embrassons donc avec patience la perte de nos biens, ou de nos espérances, et même celles des personnes qui nous secouraient. Résignons -no us alors à la volonté de Dieu, et Dieu viendra à notre aide ; et s'il ne lui plaît pas de nous aider comme nous le voudrions, contentons-nous de ce qu'il fait, parce qu'il le fait pour éprouver notre patience, et nous enrichir de plus grands mérites et trésors célestes.

4. Acceptons avec patience les mépris et les persécutions. Vous direz: Quel mal ai-je fait pour être persécuté? Pourquoi ai-je dû souffrir cet affront ? Mon frère , dites cela à Jésus-Christ sur sa croix , il vous répondra : Et moi , quel mal ai-je fait pour souffrir tant de douleurs, d'ignominies , et cette mort sur la croix ? Si donc Jésus-Christ a tant souffert pour l'amour de nous, il n'y a pas à regretter que vous souffriez ce peu pour l'amour de Jésus -Christ. Si surtout vous avez commis quelque péché grave dans votre vie, songez que vous mériteriez d'être dans l'enfer,

où Ton a à souffrir de bien plus grands mépris et de bien plus grandes persécutions de la part des démons. Si vous êtes persécuté pour avoir bien fait, livrez-vous à une extrême joie, écoutez ce que dit Jésus-Christ: «Beati qui persecutionem patiuntur propter justitiam. (Matth., 5, 10.) Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice. » Pénétrons-nous bien de ce que dit l'Apôtre : Que celui qui veut vivre dans ce monde uni avec Jésus-Christ, doit être persécuté.

5. Il faut pratiquer la patience même dans les désolations d'esprit qui sont les plus cruelles peines pour une âme qui aime Dieu. C'est souvent ainsi que Dieu met ses amis à l'épreuve. Humilions-nous alors , et résignons-nous à la volonté de Dieu, en nous remettant entre ses mains. Ayons grand soin de ne pas négliger nos pratiques ordinaires de dévotion, l'oraison, les sacremens, les visites à l'église, les lectures. Comme nous faisons, dans cet état, tout avec ennui et avec peine, nous croyons que tout est perdu; mais il n'en est pas ainsi ; en persévérant avec courage, nous agissons sans goût peut-être, mais à la grande satisfaction de Dieu.

6. Enfin, pratiquons la patience dans les tentations. Il y a certaines âmes pusillanimes qui se découragent quand la tentation dure longtemps; elles vont quelquefois jusqu'à dire: «Dieu veut donc me damner? — Non, Dieu ne permet pas les tentations pour qu'elles nous nuisent, mais bien pour que nous en tirions du profit, afin que nous nous humilions davantage, et nous unissions plus étroitement avec lui, faisant tous nos efforts pour résister 9 et redoublant nos prières,

atin d'acquérir ainsi plus de mérite pour le paradis. «Quia acceptus eras Deo, necesse fuit ut tentatio probaret te. Parce que vous étiez agréable à Dieu ; il a été nécessaire que vous fussiez éprouvé par la tentation. (Tob.9 12, 13.)» C'est ce qui fut dit à ïobie. Chaque fois qu'on repousse une tentation, on obtient de nouveaux degrés de gloire et plus de force pour résister aux tentations à venir. «Dieu ne permet jamais que nous soyons tentés au-delà de nos forces. Fidelis autem Deus, qui non patietur vos tentari supra id quod potestis, sed faciet etiam cum tentatione proventum, (I. Cor., 10, 17.)» Il faut à la vérité prier le Seigneur de nous délivrer des tentations; mais lorsqu'elles viennent , résignons-nous à sa sainte volonté , et prions-le de nous donner la force de résister. S. Paul était assailli de tentations de la chair, et priait Dieu de l'en délivrer; mais le Seigneur lui répondit: «Sufficit tibi gratiamea, nam virtus in infirmitate perficitur. Ma grâce te suffit ; car c'est dans l'infirmité que la vertu se perfectionne.» (II. Cor., 12. 8.) Dans les tentations, et spécialement dans les tentations de la chair, le premier remède est de nous éloigner autant que possible des occasions; puis nous méfiant de nos propres forces, de recourir aussitôt à Jésus-Christ et d'implorer son aide. Et si la tentation ne cesse pas, ne cessons pas non plus de prier: ((Mon Jésus, aidez-moi; Vierge Marie, aidez-moi.» Il suffira, pour repousser les plus violents assauts de l'enfer, d'invoquer seulement ces noms tout puissants de Jésus et de Marie. Il est très-bon aussi de faire alors le signe de la croix sur son front ou sur son cœur. Avec le signe de la croix, S. An-

toine, abbé, chassait des légions de démons. Il est souverainement utile de découvrir ses tentations à son père spirituel. S. Philippe de Néri disait: «Une tentation manifestée en confession est à moitié vaincue. »

PRIÈRE

A Jésus crucifié , que de peines et d'outrages ^vous avez soufferts pour moi! Vous êtes mort pour obtenir la possession de mon cœur, et j'ai sacrifié votre amour à mes caprices. Ayez pitié de moi , pardonnez-moi, que votre miséricorde soit bénie, Seigneur, pour m'avoir supporté si longtemps avec patience. Je ne vous aimais pas alors, et je ne cherchais pas à être aimé de vous. Maintenant je vous aime de tout mon cœur et la plus grande de mes peines c'est de vous avoir offensé, vous qui m'avez tant aimé. Oui, c'est là ma peine la plus cruelle, mais je me console dans l'espérance que vous m'avez déjà pardonné. Oh! fussé-je mort avant de vous offenser î 0 mon Dieu! si par le passé, je ne vous ai pas aimé, maintenant je me consacre tout à vous. Je veux tout abandonner pour n'aimer que vous, ô mon Sauveur, digne d'un amour infini. Je vous ai assez offensé jusqu'ici. Je consacre le reste de mes jours à vous servir. Dites-moi ce que vous voulez que je fasse, rien ne me sera difficile. Je vous aime, ô mon Rédempteur, et pour votre amour j'accepte toutes les

croix qu'il vous plaira de m'envoyer. Marie ma mère, saint Joseph mon protecteur, aidezmoi par votre intercession ; je me confie en vous. Ainsi soit-il.

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