PRATIQUE DE LA MORTIFICATION
Qui vult ventre post me, abneget semetipsum et tollat crucem suam et sequatur me, (Matth., 6, 24.) Voilà ce que doit faire celui qui veut suivre Jésus- Christ. Se renoncer soi-même, c'est mortifier son amour propre. Voulons-nous nous sauver? il faut nous vaincre tout-à-fait pour mettre tout en assurance. Pauvre âme que celle qui se laisse guider par l'amour-propre ! Il a deux espèces de mortifications, la mortification intérieure et la mortification extérieure. Par la mortification intérieure, on s'applique à vaincre ses passions et surtout celle qui nous domine le plus. Celui qui ne surmonte pas sa passion dominante est en grand danger de se perdre. Mais celui qui la dompte, domptera facilement toutes les autres. Certaines personnes sont dominées par un vice et se tiennent pour bonnes, parce qu'elles ne voient pas en elles-mêmes les vices qu'elles aperçoivent dans les autres. Mais qu'importe? dit S. Cyrille, une ouverture imperceptible suffit pour faire couler la barque à fond. Il ne sert de rien de dire: je ne puis m'abstenir de ce défaut; une volonté résolue triomphe de tout, bien entendu, avec l'aide de Dieu, qui ne manque jamais.
La mortification extérieure tend à vaincre les appétits sensuels. Les mondains accusent les Saints de cruauté, parce qu'ils refusent à leur corps tout plaisir sensuel, et le font souffrir par les cilices, les disciplines et d'autres pénitences.
Mais saint Bernard dit que les mondains sont bien plus cruels envers eux-mêmes ; puisque, pour jouir sur la terre de quelques misérables plaisirs d'un moment, ils se condamnent à brûler éternellement dans le feu de l'enfer. D'autres conviennent qu'il faut refuser au corps tout plaisir défendu, mais il méprisent les mortifications extérieures, disant que la mortification intérieure, c'est-à-dire celle de la volonté, est la seule nécessaire. Oui, mon frère, il faut principalement mortifier sa volonté; mais il faut aussi mortifier sa chair, parce que quand la chair n'est pas mortifiée, difficilement on obéit à Dieu. Saint Jean de la Croix disait qu'il ne faut pas ajouter foi à ceux qui enseignent que les mortifications extérieures ne sont pas nécessaires, quand même ils feraient des miracles.
Mais venons-en à la pratique. 11 faut mortifier, 1° les yeux. Les premiers traits qui blessent l'âme et souvent la tuent, entrent par les yeux. Les yeux sont pour ainsi dire des aimants puissants qui nous entraînent comme par force au péché. Un philosophe païen se creva les yeux pour se garantir de l'impureté. Il ne nous est pas permis de nous arracher les yeux avec les fers, mais nous devons nous rendre aveugles par le moyen de la sainte mortification; sans cela il sera difficile de nous maintenir chastes. S. François de Sales disait: «Qui ne veut pas que les ennemis entrent dans la place doit tenir les portes fermées. » Il faut donc que nous nous abstenions de regarder tout objet qui peut nous donner des tentations. S. Louis de Gonzague n'osait même regarder le visage de sa propre
mère. Et quand par hasard nos yeux nous échappent pour regarder quelque objet dangereux , prenons garde de ne pas le regarder une seconde fois. «Ce qui nous perd, ce n'est pas tant de voir que de regarder,» disait le même saint François de Sales: ayons donc grand soin de mortifier nos yeux, car plusieurs sont en enfer à cause de l'immodestie de leurs yeux.
2. Il faut mortifier 2° la langue en s' abstenant | de tout médisance , de toute parole injurieuse ou j obscène. Une parole obscène dite dans la con-
versation, même en plaisantant, peut causer du ' scandale et faire commettre ensuite mille péchés. I Et qu'on remarque bien qu'un mot équivoque, dit
avec esprit, fait parfois plus de mal qu'une parole
i ouvertement déshonnête.
3. Il faut mortifier 3° le sens du goût. S. André Avelin disait que pour vivre en bon chrétien, il faut commencer par mortifier sa bouche; et S.
! François de Sales disait : « Il faut manger pour i vivre, et non vivre pour manger. » Bien des gens ne semblent vivre que pour manger , et ruinent ainsi la santé de l'âme avec celle du corps.
4. Il faut mortifier 4° l'ouïe et le toucher. On mortifie l'ouïe en fuyant toute conversation contraire à la modestie ou à la charité. On mortifie le toucher en usant d'une extrême précaution, tant avec nous-mêmes qu'à l'égard des autres. Quelquesuns disent que ces précautions sont inutiles, parce
j qu'elles ne sont qu'un badinage permis; mais je le demande , qui jamais se permit de badiner avec le feu?
PRIÈRE
Mon Jésus , aidez-moi, donnez-moi la force ^de vous servir à l'avenir autrement que je ne l'ai fait jusqu'à présent. Je n'ai pensé jusqu'ici qu'à satisfaire mes goûts et mon amourpropre, sans craindre de vous offenser ; mais désormais je ne veux songer qu'à vous contenter, car vous seul méritez tout mon amour ; vous n'avez rien épargné pour m' engager à vous aimer, et je vivrais encore dans l'ingratitude où j'ai langui pendant tant d'années? Non, mon Sauveur, il n'en sera pas ainsi, je vous ai assez offensé. Pardonnez-moi, pardonnez-moi entièrement; je me repens de tout mon cœur de vous avoir tant offensé autrefois, je vous aime maintenant de tout mon cœur, et je veux faire tout ce que je pourrai pour vous plaire en toute chose. Faites-moi connaître votre volonté, par la voix de mon directeur, car à présent je me propose de l'accomplir avec votre grâce. Mon bien-aimé Rédempteur, remplissez ma mémoire de saintes pensées, afin que je me souvienne toujours, ô mon Dieu, des douleurs que vous avez souffertes pour moi; remplissez ma volonté de saintes affections, afin qu'elle ne s'attache qu'à vous plaire, et ne veuille que ce que vous voulez, sans autre liberté que celle de pouvoir être tout à vous. Faites, Seigneur, que je vous aime beaucoup, parce que dès que je
vous aimerai , toutes les peines me seront douces et chères. Vierge sainte , ô Marie ma | mère, saint Joseph aidez-moi à plaire à Dieu pendant les jours que j'ai encore à vivre, je me confie tout en votre intercession. Ainsi soit-il.
PRATIQUE DE i/HUMILITÉ.
Quiconque n'est pas humble ne peut plaire à Dieu qui ne souffre point les superbes. Il a promis d'exaucer tous ceux qui le prieront; mais si un orgueilleux le prie il ne l'exauce pas. Au | contraire il répande ses grâces sur les humbles.
Deus superbis resistit, humilibus autem dat gratiam. I (Jac, 4, 6.)
On distingue deux degrés d'humilité : l'humi- | lité de sentiment, et l'humilité de volonté. L'hu- I milité de sentiment consiste à nous regarder comme des misérables que nous sommes , qui ne I savons rien, et ne pouvons rien faire sinon le I mal ; car tout le bien que nous avons et que nous faisons vient de Dieu.
Venons à la pratique de l'humilité de sentiment. 1 . N'ayons jamais confiance en nos propres forces, ou en nos résolutions; mais défionsnous toujours de nous-mêmes et tremblons. Cum timoré et tremore vestram salutem operamini. (Phil. 2. 12.) S. Philippe deNéri disait: «Qui ne craint pas est déjà tombé. » 2. Ne nous glorifions jamais de ce que nous avons, comme de nos talents, de nos actions, de notre naissance, de nos parens . ., etc. 3. Ne nous indignons pas contre nousmêmes après une faute. Ce n'est pas là de l'humilité, mais de l'orgueil; c'est même un artifice du démon pour nous faire tomber dans le décourage-
ment et nous faire quitter le bon chemin. 4. Quand nous voyons les autres tomber, ne nous en étonnons pas; plaignons-les, remercions Dieu et prions -le de nous soutenir de sa main. 6. Regardons-nous toujours comme les plus grands pécheurs du monde, quand même nous saurions que les autres ont commis plus de péchés que nous.
L'humilité de volonté consiste à se complaire dans le mépris des hommets. Celui qui a mérité l'enfer, a mérité d'être éternellement foulé aux pieds des démons. Jésus-Christ veut que nous apprenions de lui à être doux et humbles de cœur : Discite a me quia mitis sum et humilis corde. {Matth. il. 29.) Bien des gens sont humbles débouche mais non de cœur. Ils disent: «Je suis le pire des hommes ; je mérite mille fois l'enfer. » Mais si quelqu'un vient à les reprendre, ou leur dit une parole désagréable, ils se retournent fièrement; ils font comme les hérissons qui, dès qu'on les touche, deviennent tout épines.
Si donc vous voulez être véritablement humble : 1° quand on vous fait quelque remontrance recevez-la tranquillement et remerciez celui qui vous la fait.
2. Lorsque vous recevez quelque affront, supportez-le avec patience, et redoublez d'amour pour celui qui vous méprise; c'est là la pierre de touche par laquelle on reconnaît si une personne est humble et sainte. Si elle s'irrite, dites qu'elle n'a qu'une humilité apparente, fit-elle même des miracles.
PRIÈRE
Mon Jésus, j'ai honte de paraître devant vous : lit vous avez tant aimé les mépris et les outrages que vous avez voulu mourir sur une croix, raillé et insulté, et moi je ne puis supporter les moindres affronts. Vous avez été abreuvé d'ignominies, vous, innocent, et moi, pécheur, je suis avide d'éloges! ô mon Jésus, que je suis différent de vous ! Cela me fait trembler pour mon salut éternel, car les prédestinés doivent vous ressembler. Mais je ne veux pas douter de votre miséricorde; vous me secourerez et me changerez. Je me propose, avec votre grâce, de souffrir dorénavant, pour votre amour, toutes les injures dont vous m'accablerez. Votre exemple a rendu l'injure aimable aux âmes qui vous aiment. Je veux faire tout mon possible pour vous plaire; pardonnez-moi la peine que vous a causée mon orgueil, et accordez-moi la grâce d'être fidèle à la promesse que je fais de ne jamais me fâcher quelqu'outrage qu'on me fasse. — Oh 1 Marie, ô ma mère, saint Joseph mon saint protecteur, vous qui fûtes si humble, obtenezmoi la grâce de vous imiter. Ainsi soit-il.