VI. LES DEVOIRS DES PARENS ENVERS LEURS ENFANS
T e grand-prêtre Héli avait deux enfans qui, par •^leurs désordres, leurs injustices, leurs impiétés,, déshonoraient son saint ministère , et devenaient pour tout Israël un sujet de plaintes et de scandales.
Le père en fut souvent averti; mais, par une faiblesse extrême et une criminelle complaisance, il n'eut jamais le courage et la force d'y remédier. Enfin, Dieu irrité lui envoie le prophète Samuel, et lui fait annoncer que bientôt il lui arriverait des malheurs si grands que tous ceux qui les ap-
prendraient en seraient effrayés. En effet , la guerre s' étant allumée entre les Israélites et les Philistins , on en vint aux mains. C'était là le moment des vengeances de Dieu; vingt mille Israélites restèrent sur le champ de bataille : l'arche d'alliance tomba au pouvoir des ennemis , et le& deux fils du pontife, Ophni et Phinées , sont trouvés au nombre des morts, nageant dans leur sang. On en apporte en tremblant la nouvelle au père, qui, au récit de cette terrible catastrophe , tombe à la renverse. Sa cervelle se répand sur le pavé, et il expire à l'instant.
Ainsi périt dans un jour presque toute cette malheureuse famille, en punition de la lâcheté criminelle du père et de la conduite scandaleuse des enfans. — Pères et mères, pensez-y bien, et apprenez à vos enfans à y penser.
Durant une persécution violente qui s'éleva contre la religion dans le Japon, un père et une mère, chrétiens tous deux , s'attendaient tous les jours au martyre, et s'y disposaient par des prières ferventes: ils avaient un fils encore très-jeûne, sur l'avenir duquel ils étaient extrêmement en I peine. Un jour, étant auprès du feu, ils s'entretenaient là-dessus, et se disaient l'un à l'autre: «Nous espérons bien, avec la grâce de Dieu, souffrir le martyre pour la religion ; mais, hélas ! ce tendre enfant que deviendra- t-il? aura-t-il la force de supporter les tourmens? serait-il assez malheureux pour succomber et renoncer à la foi?» Durant leur entretien, l'enfant faisait semblant de jouer et de ne pas les écouter; en attendant il faisait rougir un fer au feu ; et quand il fut rougi, il le retira et se l'appliqua sur la main avec une
constance héroïque. Les paréos alarmés lui demandèrent ce qu'il faisait, et pourquoi il en agissait ainsi. — Ce que je fais, leur dit-il avec fermeté est très-sérieux, je veux vous montrer qu'avec le secours de Dieu, j'aurai assez de courage pour souffrir le martyre avec vous, plutôt que de renoncer à ma religion.» — Les parens, dans l'admiration, l'embrassent tendrement, fondant en larmes de joie, et rendant grâces à Dieu de leur avoir donné un tel fils. Ils eurent tous les trois le bonheur de recevoir la couronne du martyre. Heureuse récompense des soins de la bonne éducation que les parens avaient donnée à ce cher enfant , et du fruit salutaire que cet enfant avait retiré de leurs soins !
Les sentimens de piété sont quelquefois plus vifs et plus ardents chez les nations nouvellement converties, que parmi les anciens chrétiens. Dans un pays nouvellement découvert, se trouvait une famille chrétienne distinguée parmi les autres; le père et la mère vivaient en saints , uniquement occupés des devoirs de leur état et du soin de leur salut. Tous les jours ils faisaient une lecture de piété à leur famille assemblée : un de leurs enfans, âgé de cinq ou six ans, avait entendu la lecture des souflrancès de Jésus -Christ, et en avait été tellement touché , que , dans le désir de l'imiter et de souffrir quelque chose pour son amour, il allait tous les jours nu-pieds marcher sur les orties, et se mettre les pieds tout en sang ; outre cela il avait fait une petite couronne d'épines aiguës, et durant la nuit il la mettait sur son chevet, et appliquait sa tète sur cette couronne en l'honneur de celle de Jésus-Christ. Les parens
s'en aperçurent enfin , et l'empêchèrent de continuer; ils comprirent bien que Dieu avait des vues spéciales de bénédiction sur cet enfant ; et en effet, dès qu'il fut en âge, il entra dans l'état ecclésiastique, et ayant été fait prêtre, il se consacra aux travaux des missions étrangères, y opéra des prodiges de charité, et termina sa carrière dans ce saint exercice. Aujourd'hui les parens ont plutôt à veiller sur leurs enfans pour les éloigner du mal, qu'à contenir leur zèle pour la piété, et en général, il arrive rarement, que la grâce opère déjà dans les premières années d'une manière aussi précoce. Cependant on trouve quelquefois de nos jours dans ces âmes encore tendres, une inclination particulière pour l'oraison, un vif amour des choses de Dieu, et un grand désir d'imiter Jésus-Christ. Mais , hélas ! ces beaux germes de sainteté sont souvent étouffés par de mauvais principes, par de pernicieux exemples , ou par la froide et insipide pensée , que tout ce qui n'est pas ordinaire et ne se présente pas tous les jours, est exagéré et défectueux. C'est pourquoi, parens chrétiens, si vous avez un enfant qui montre une disposition particulière pour la piété, remerciez-en Dieu, et afin que vous ne fassiez rien qui pût nuire à cette disposition et que vous ne souffriez rien, qui, sous l'apparence du bien, pourrait devenir dangereux, consultez sur ce point des prêtres pieux et savants, des hommes éclairés dans les voies de Dieu.