Pline, Hist. nat., liv. XIII, chap. v
Cet édit eut le sort de toutes les lois somptuaires, qui n’ont servi dans l’histoire qu’à montrer l’état des mœurs à certaines époques. Les Romains ne s’inquiétèrent pas plus des prohibitions de leurs consuls que les Athéniens ne l’avaient fait de la loi de Solon, et continuèrent à se couvrir de senteurs et d’onguents.
Ce fut toutefois sous le règne des empereurs que l’usage des parfums atteignit son apogée. Les essences les plus précieuses coulèrent à flots dans les baignoires, inondèrent les murs des palais et tombèrent en pluie fine de l'immense velarium qui abritait au Cirque des milliers de spectateurs contre les ardeurs du soleil. Tout alors fut parfumé, jusqu’aux chiens et aux chevaux, jusqu’aux enseignes militaires le jour de la bataille.
Comme chez tous les autres peuples de l’antiquité, les aromates jouaient un rôle important dans les rites religieux des Romains. Dans les premiers temps, on se contentait d’offrir sur les autels quelque produit du sol, quelques fleurs indigènes; mais, comme dit Ovide, les dieux étaient alors moins difficiles :
Avant que les vaisseaux, de l’Inde et de l'Euphrate,
Ne nous eussent porté le coûteux aromate Et l’encens précieux, on offrait sur l’autel Un modeste tribut de blé mêlé de sel.
Nos dieux, dans ce temps-là, pour se montrer propices, Savaient se contenter de simples sacrifices,
Une branche de myrte ou de bois odorant Formait tout l’holocauste, avec les fleurs des champs.
Ovide, Fast. m, 737-
Les Grecs, en léguant aux Romains leurs divinités, leur transmirent en même temps tous les accessoires de
Coffre
(Acerra).
Encensoir ( Thuribulum ).
leur culte. La forme resta la même: il n’y eut que le nom qui changea. Le libanôtris (XiëavwTpiç), coffre contenant l’encens destiné aux sacrifices, devint Yacerra; l’autel ôurnptov (thytêrion) fut leur ara thuricrema; et l’encensoir ÜupitaTYi'piov ( thymiatêrion ) se changea en thuribulum. On faisait aussi usage, pour transporter l’encens, d’un petit chariot dont le spécimen représente ci-contre fut trouvé dans un temple.
Les Grecs influèrent également sur les Ara Thuricrema. cérémonies funèbres des Romains. Dans les premiers temps, ceux-ci enterraient leurs morts; mais quand ils eurent adopté les coutumes grecques, ils brûlèrent sur des bûchers odorants les cadavres, dont on recueillait les cendres dans des urnes qu’on plaçait ensuite dans des chambres sépulcrales. Ces cendres étaient généralement mélangées d’aromates pour les conserver.
Mais parfois, s'il faut en croire les satiriques, d’avares héritiers ne se faisaient pas scrupule d’y substituer des drogues à bon marché, ou de les omettre entièrement.
Je crains que sur ma tombe un jour il ne lésine,
Et qu’au lieu de couvrir de suave résine Mes restes vénérés, il se passe de nard,
Ou prenne quelque gomme achetée au hasard ’.
Néron, plus généreux et toujours prêt à dépenser l’argent de son peuple, consuma, aux funérailles de Poppée, plus d’encens que l’Arabie ne pouvait en produire en dix ans.
Ce prince faisait du reste lui-même un usage immodéré de parfums, et dans le palais d’or qu’il s’était fait construire, les parois de la salle de banquet étaient garnies de feuilles mobiles d’ivoire au moyen desquelles on faisait pleuvoir sur les convives des fleurs et des essences*. Dans une fête qu’il donna une fois sur les bords du lac de Baies, la dépense, pour les roses seulement, s’éleva à quatre millions de sesterces, ou cinq cent mille francs de notre monnaie.
Caligula, il est vrai, lui avait donné l’exemple en