CHAPITRE VI
LES ROMAINS
Discite, quæ faciem commendct cura, Et quo sit vobis forma tuenda modo.
ESSERRES dans un étroit territoi re,ettoujoursforcé s de combattre pour la défense ou l'agrandissement de leur patrie, les premiers Romains ne connurent que les rudes habitudes de la guerre ; les soins de la toilette leur étaient étrangers, et l'eau limoneuse du Tibre suffisait pour rafraîchir leurs membres fatigués. Une simple gerbe de verveine ou de sauge, suspendue au-dessus de la porte pour en éloigner le mauvais œil . si redouté encore de leurs descendants, était le seul parfum qui embaumât leur demeure.
Les aromates ne servaient alors qu'aux funérailles des grands personnages. C'est ainsi qu’au dire d’Ennius, « une bonne femme lava et oignit le corps de Tarquin. »
Cependant, depuis longtemps les autres peuples de la Péninsule connaissaient les parfums. Les Iapyges, qui vinrent de Crète s'établir dans la Pouille et la Calabre, furent, dit-on, les premiers qui en importèrent l’usage en Italie. Les Étrusques les faisaient aussi figurer dans les cérémonies de leurs mariages et de leurs funérailles.
Bientôt lés Romains, poursuivant leurs conquêtes, englobèrent tour à tour les territoires de leuys voisins et, entre autres, les pays situés au süd et connus sous le nom de Grande-Grèce, où régnaient les coutumes de l’ancienne patrie de leurs habitants. Sybaris et Capoue devinrent des villes romaines et firent connaître à la métropole les mollesses du luxe et les raffinements de la civilisation.
Les cheveux, qu’on portait courts sous le casque, commencèrent à croître, et leur coupe s’harmonisa aux contours du visage, qui ne se cacha plus sous une barbe longue et inculte.
Un Sicilien nommé Ticinus Ménas introduisit à Rome la mode de se raser, et fit venir de son pays, en l'an 454, une troupe d'habiles barbiers qui s’établirent sous le portique de Minucius, près du temple d’Hercule. Leurs boutiques devinrent le rendez-vous des élégants, qui venaient se faire couper les cheveux, raser la barbe
LES ROMAINS
et arracher avec des pinces des poils malencontreux.
Scipion l’Africain donna le premier l’exemple de se raser tous les jours; il eut de nombreux imitateurs, et à partir de ce moment on ne vit plus que des mentons lisses et unis.
Il est naturel de rapporter à cette époque l'introduction dans Rome des parfums et des cosmétiques, dont l’usage devait plus tard prendre un tel développement. Les barbiers (tonsores) ajoutèrent cette nouvelle branche à leur industrie, jusqu’à ce que d’habiles parfumeurs grecs fussent venus d'Athènes leur faire une redoutable concurrence. L’abus des odeurs fut alors poussé si loin, qu’on pouvait suivre certaines personnes à la piste. Ainsi Pline nous raconte que Lucius Plotius, banni de Rome et poursuivi par les satellites des triumvirs, fut trahi dans sa cachette, à Salerne, par les senteurs qu'exhalaient ses vêtements, et paya de sa vie son goût pour les parfums 1 .
Après la défaite d’Antiochus et la conquête de l’Asie, la passion des Romains pour les aromates devint encore plus grande, et les vainqueurs adoptèrent bientôt les habitudes des vaincus. Les consuls Licinius Crassus et Jules César, voulant mettre un terme à ces excès, rendirent, en l’an 565, un édit qui défendait dans Rome la vente des compositions exotiques, comprenant sous cette dénomination toute espèce de produits odorants.