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La macération et l’absorption sont toutes deux fondées sur l’affinité qui existe entre les corps gras et les odeurs. Le premier de ces procédés consiste à faire macérer des fleurs pendant quelques heures dans de la graisse ou de l’huile chaude en les renouvelant tous les jours jusqu’à ce que le corps gras soit complètement saturé ; il s’emploie principalement pour la rose, la cassie, la fleur d’oranger et la violette.
Le second procédé, qu’on nomme absorption ou enfleurage, sert à extraire l’arôme du jasmin et de la
Châssis à huile et à pommade.
tubéreuse dont le parfum fugace ne résisterait pas à la chaleur. Il se compose d’un châssis carré en bois garni d’un verre à vitre sur lequel on étend une couche de graisse purifiée; on y sème un lit de fleurs qu’on a soin de renouveler tous les matins, et, au bout d’un certain temps, la graisse a absorbé complètement l’odeur
des fleurs. On obtient le même résultat au moyer d’huile d’olive en en imbibant une toile épaisse de coton posée sur un châssis garni au fond d’un grillage. On empile ces châssis les uns sur les autres pour le; rendre hermétiques et empêcher l’évaporation de l’odeur.
M. D. Séméria, de Nice, a inventé un système amélioré d’enfleurage qui consiste en une espèce d’armoire dans laquelle sont fixés les châssis de graisse ou
plus fins extraits d’odeur. En un mot, le corps gras ne sert en cette circonstance que de véhicule pour transporter la senteur de la fleur à l'alcool qui, employé directement, serait sans puissance.
Il y a déjà plus de deux siècles qu’on connaît ce mode d’extraire le parfum des fleurs. Le premier pas
dans cette voie fut de disposer alternativement des couches d’amandes douces et de fleurs et d’exprimer ensuite l’huile des amandes, mais on obtenait ainsi un assez mince résultat. C’est cependant le procédé encore en usage chez les Indiens pour se procurer des huiles parfumées, en substituant aux amandes des graines de sésame.
Plus tard, on se servit de plats creux de terre cuite qu’on remplissait de fleurs en enduisant de graisse l’intérieur du couvercle ; ce procédé, décrit dans le « Parfumeur françoys », dont nous avons parlé au chapitre dernier, est celui qu’emploient de nos jours les Arabes en durcissant la graisse avec de la cire pour résister à la chaleur du climat. Le système des châssis que nous avons décrit date du commencement de ce siècle.
Grasse, Cannes et Nice sont les grands centres de ce genre de fabrication, qui forme une des principales richesses du pays, et donne de l’occupation à douze ou quinze mille personnes, dont la majorité se compose de femmes et d’enfants, la cueillette et l’épluchage des fleurs exigeant plus d’adresse que de force.
Les environs de ces trois villes sont presque entièrement consacrés à la culture des fleurs, que les propriétaires vendent aux parfumeurs généralement par contrats passés à l’avance. La fleur d’oranger, toutefois, s’apporte en sacs au marché et se vend au prix du cours. Depuis que Nice est annexée à la France, elle possède de grands avantages sur ses rivales, car toutes les fleurs, et surtout la violette, toujours si re-
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cherchée, y viennent mieux que partout ailleurs, et ses fleurs n’ont plus à payer, comme jadis, de droits d’entrée en France.
Nous donnerons ici approximativement les quantités et valeurs annuelles des six principales fleurs qu’on consomme dans cette partie de la Provence pour la parfumerie.
Fleurs d’oranger 2,000,000 Icilog., d’une valeur d’environ 2,000,000 fr.
Roses. 500,000 » ii 500,000
Jasmins. 80,000 » » 200,000
Violettes. 80,000 » » . 400,000
Cassies. 40,000 » » 160,000
Tubéreuses . . . 20,000 » » 80,000
On fabrique avec cela à peu près 500,000 kilos de pommades et huiles parfumées, 1 million de litres d’eau de fleurs d’oranger, 100,000 litres d’eau de rose et 1200 kilogrammes de néroly. On distille aussi dans cette localité une assez grande quantité de plantes aromatiques, telles que le géranium, la lavande, le romarin et le thym. Ces trois dernières croissent principalement dans les montagnes environnantes et sont apportées aux parfumeurs par les paysans, ou parfois distillées sur place au moyen d’alambics portatifs.
L’expression s’emploie pour extraire l’essence de tous les citracées, tels que l’orange, le citron, la bergamote, le cédrat, etc. Cette essence existe toute formée dans l’écorce de ces fruits, ainsi qu’il est facile de s’en assurer en crevant les vésicules qui la contiennent. On l’obtient de diverses manières. Sur la côte de Gènes,
on frotte les fruits contre un entonnoir percé de trous ; en Sicile, on découpe finement l’écorce et on la presse dans des sacs de toile; en Calabre, où se fabrique la plus grande quantité, on place les fruits entre deux bols superposés qui sont garnis de petites pointes, celui de dessus à la partie convexe et celui de dessous à la partie concave; on fait ensuite tourner des bols en sens contraire, et quand les vésicules sont percées, on retire les fruits et on les essuie avec une éponge. Tous ces procédés produisent ce qu’on appelle l’essence au ^ est , qui est très-fine ; on peut aussi obtenir de l’essence par la distillation, mais elle est bien inférieure à l’autre.
L’extraction de ces essences se fait en automne ; il faut de trois à quatre mille fruits, suivant la saison, pour produire i kilogramme d’essence; les fruits verts rendent plus que les fruits mûrs. La fabrication totale s’élève, en Sicile et en Calabre, à une moyenne annuelle de 100,000 kilos d’essence de bergamote, autant d’orange et à peu près le double de citron.
Après avoir-utilisé l’écorce de l’orange amère, les fruits servent à faire du curaçao. La bergamote et le citron se donnent en pâture aux vaches, dont ce genre de nourriture augmente et améliore le lait.
Outre les procédés que nous avons décrits, il en est quelques autres qui n’ont pas encore reçu une application générale.
M. Piver, parfumeur de Paris, a inventé pour extraire l’arome des fleurs un appareil composé d’une
série de plaques perforées sur lesquelles reposent les fleurs et qui alternent avec des feuilles de verre enduites de graisse ; puis, au moyen d’une machine pneumatique, on fait passer un courant d’air avec force plusieurs fois à travers l’appareil jusqu’à ce qu’il ait déposé l’arôme des fleurs sur le corps gras.
Un autre procédé fort ingénieux est celui de M. Millon, le chimiste, qui verse sur des fleurs placées dans un entonnoir de l’éther ou du sulfure de carbone, qu’on recueille ensuite et qu’on distille jusqu’à siccité. On obtient ainsi une masse cireuse qui possède l’arome de la fleur sous sa forme la plus concentrée. Il ne faut pas croire, cependant, que ce soit Y odeur solidifiée, car en traitant ce produit plusieurs fois avec de l’alcool, on lui enlève son parfum sans diminuer son poids ; c’est ce qui nous confirme dans l’opinion que nous avons exprimée au chapitre I er que l’odeur est complètement impondérable. Ajoutons que le procédé Millon est resté jusqu’à présent à l’état de curiosité de laboratoire, en raison du prix excessif de ces essences concrètes, qui s’élève en moyenne à 1,000 ou 1,200 fr. l’once.
Un troisième système nouveau est celui de déplacement à grande hauteur qu’on emploie déjà avec succès pour obtenir des infusions d’iris, de vanille, etc., et que nous avons cherché à appliquer aux fleurs. Il se compose de deux entonnoirs superposés à 8 ou io mètres de distance et reliés ensemble par un tuyau. Dans l’entonnoir du bas on place la substance à trai-
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ter, et dans celui du haut, de l’alcool qui la traverse rapidement en exerçant une grande pression. Nous avons opéré ainsi récemment sur des fleurs de cassie et de néflier du Japon, et nous avons obtenu un résultat suffisamment encourageant pour motiver de nouvelles expériences et pour engager les amis du progrès à nous imiter.
M. Ticheborne recommande la glycérine pour la conservation de l’arome des fleurs, comme bien préférable au sel, qui a été employé jusqu’à présent dans ce but. Voici comment on doit procéder . on remplit un grand bocal de fleurs cueillies à point ( c’est-à-dire quand la floraison n'est pas trop avancée) sans les comprimer; on verse sur ces fleurs de- la glycérine jusqu’à ce qu’elles soient couvertes et on bouche soigneusement; elles conservent alors leur arôme, même après un voyage de quelques mois, et on peut ensuite les distiller ou les traiter par les corps gras. Lorsque l’arome des fleurs est léger ou fugace, il est bon d'en passer préalablement une certaine quantité dans la glycérine qui doit servir à l’infusion.
Cette méthode offre à toutes les personnes qui habitent les pays où les fleurs odorantes sont communes et les alambics sont rares un moyen précieux d’éprouver la valeur de leurs richesses florales en les envoyant à Paris ou à Londres. Nous devons dire, à l’appui de la méthode de M. Ticheborne, que nous avons reçu des deux hémisphères, pour l’exposition de 1867, des fleurs ainsi préparées qui avaient conservé tout leur parfum; mais les quantités n’étaient pas suffisantes pour des expériences conclusives.
Nous passerons maintenant à la seconde catégorie des parfumeurs, c’est-à-dire à ceux qui confectionnent les objets destinés à la consommation publique.
C’est à Paris et à Londres que se trouvent les principales fabriques de parfumerie. Nous dirons même qu’à l’exception de l’eau de Cologne, les seules marques acceptées et ayant cours dans le monde entier sont celles de ces deux villes. Il existe bien, il est vrai, des fabriques en Allemagne, en Russie, en Espagne, aux États-Unis; mais elles se sont bornées jusqu’à présent à faire des articles communs ; quelquesunes même ne rougissent pas d’imiter textuellement les étiquettes des parfumeurs français et anglais, afin d’ajouter une valeur factice à leurs produits. L’Allemagne se distinguait jadis en première ligne pour ce genre de contrefaçon dont elle empoisonnait les marchés étrangers, mais depuis les traités de commerce, les punitions sévères qu’entraîne ce délit ont mis en grande partie un terme à ce commerce néfaste.
LA PARFUMERIE MODERNE
Il y a à Paris environ cent vingt fabricants de parfumerie, occupant plus de trois mille ouvriers et ouvrières, et produisant annuellement un chiffre total de 40 millions de francs ; les trois quarts s’exportent dans toutes les parties du monde, mais principalement en Europe, dans le Levant et dans les deux Amériques.